Liars – TFCF

Liars – TFCF

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. Gageons qu’Angus Andrew, retrouvé seul dans le navire Liars depuis le départ d’Aaron Hemphill, ne s’est pas lamenté bien longtemps avec cette citation de Lamartine en tête. Si Liars a déjà touché à presque tout musicalement (souvent avec brio) on aurait pu craindre que le père Angus choisisse de simplifier la donne n’ayant plus de comparse avec qui partager ses délires et idées saugrenues. Il n’en est rien. Pourtant, les instruments à sa disposition sont réduits comme peau de chagrin : une gratte sèche omniprésente et des machines pour s’adonner à quelques bidouillages électroniques. C’est à peu près tout, si l’on excepte les coups de main épars de quelques copains. Mais inutile d’escompter un frein quelconque à son imagination débordante : ce TFCF a tout pour lui, excepté son affreuse pochette. A commencer par une atmosphère globale hypnotique, étrangement envoutante, un je ne sais quoi qui procure un grand attachement pour tout un tas de morceaux qui ne paient pas de mine de prime abord. Comme souvent chez ce groupe. L’univers Liars se retrouve dépouillé mais fourmille toujours d’idées. Et de bonnes chansons. Citons pèle mêle « Cliche Suite » aux allures médiévales, les errances mystiques d’un Angus tourmenté sur fond de beat d’abord rachitique puis épileptique (« Face To Face With My Face »), la mélancolie palpable de « No Help Pamphlet », la simplicité tubesque de « No Tree No Branch » dans un délire drum&bass, « Cred Woes » entre electro et hip hop, avec un chant rappelant Beck (!), tout en s’octroyant un break qui semble emprunté… au « My Sharona » des Knacks ! Ça fait beaucoup pour un seul disque. Et ça confirme que l’entité Liars conserve toute son âme, sa singularité et vient d’ajouter une réussite de plus à sa fascinante discographie....

Lire la suite

Sollomon Hollow – Sollomon Hollow EP

Sollomon Hollow – Sollomon Hollow EP

Nostalgique des vacances ou besoin d’évasion ? Nous avons la bande son idéale pour une petite virée en voiture. Artiste solo originaire de Petaluma en Californie, Sollomon Hollow a sorti son premier EP éponyme fin juillet. Il nous propose un format court post-grunge avec une production brute et épurée, tout en livrant des mélodies efficaces. Dès l’entame du disque, il nous emmène en ballade sur les routes californiennes avec « Joy ride ». Le voyage se poursuit avec « Cheese » et sa fin grungy, sa voix éraillée qui n’est pas sans rappeler celle d’un certain Kurt Cobain. Nous roulons ensuite tout en douceur avec « Young Skin » avant d’arriver à la perle de l’album « Reunion (Josh/Bay Street) », parfait condensé du talent de l’artiste écorché et de son sens de la mélodie. Arrivée à destination avec « Small Town Cops » teintée de pop music qui vient conclure ce premier EP très prometteur. Malgré quelques transitions abruptes cet EP a le charme d’un premier essai réussi, il ne reste plus à Sollomon Hollow de le confirmer avec ses prochaines compositions. Keep on rocking Sol’ AD Sollomon Hollow by Sollomon...

Lire la suite

David Bowie – Ziggy Stardust

David Bowie – Ziggy Stardust

Que dire sur ce disque qui n’ait pas déjà été dit ? Absolument rien, je pense. Alors on va faire simple. Soit vous connaissez déjà le disque par cœur et vous collectionnez avidement les avis sur celui-ci, dans ce cas vous pouvez limite passer votre chemin et en profiter pour l’écouter une fois de plus. Soit vous ne connaissez pas le disque, et je ne peux que vous conseiller d’aller l’écouter, vous pouvez donc passer aussi votre chemin. Si vous continuez à lire mon article malgré ça, vous n’avez que ça à faire alors profitons-en pour lister 5 points pour lesquels The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars, qui fête ses 45 ans, est le meilleur disque de Bowie, et pas juste pour faire bien dans les classements Rock And Folk : – Déjà, c’est le premier album où Bowie s’est trouvé musicalement. Les 3 premiers étaient chacun très différents, on sentait le tâtonnement sur Hunky Dory notamment avec des titres comme « Queen Bitch », mais là c’est enfin parti sans temps morts et super cohérent musicalement. Bowie fait partie de ces artistes dont les premiers albums représentent une véritable évolution musicale et pas le summum de leur carrière, et cette évolution arrive à son point d’orgue sur cette période. – Parce que ce n’est pas un album solo, mais des Spiders From Mars et qu’il représente le point où le groupe a trouvé son alchimie. Vu que Mick Ronson apportera à Bowie ses plus grands plans de guitare, ce n’est pas peu dire. – C’est un concept album qui est bon dans son ensemble sans jamais être chiant, et c’est assez rare pour être souligné. – Sous sa démarche artistique, c’est surtout un recueil de morceaux surpuissants, avec une face b quasi-parfaite, une intro (« Five Years ») et un final (« Rock’n Roll Suicide ») magnifiques et des temps faibles (« Soul Love », « It Ain’t Easy » et « Star ») qui pourraient être des temps forts sur tellement d’autres albums. – Il contient « Moonage Daydream », peut-être le meilleur morceau de Bowie. Voilà. L’année prochaine, je vous fais à peu près le même article sur Aladdin Sane. BCG LIRE LA CHRONIQUE DE STATION TO STATION LIRE LA CHRONIQUE DE LOW LIRE LA CHRONIQUE DE THE NEXT DAY LIRE LA CHRONIQUE DE BLACKSTAR LIRE LA CHRONIQUE DE L’EXPO « DAVID BOWIE...

Lire la suite

Mogwai – Every Country’s Sun

Mogwai – Every Country’s Sun

A l’heure d’accueillir le nouvel album de Mogwai, on ne sait pas trop sur quel pied danser. Le dernier album en date, Atomic, était une franche réussite… mais c’était une BO. Un exercice forcément particulier qui convient à merveille au groupe. Si on remonte au dernier « véritable » album, Rave Tapes, il y a de quoi être plus inquiet. Celui-ci ne nous avait guère enthousiasmé lors de sa sortie et on ne peut pas dire qu’avec le temps on ait revu notre jugement. A vrai dire on l’a même un peu oublié. Ajoutez à cela le départ de John Cummings, un des gratteux historiques, et ça commence à faire beaucoup d’interrogations… Mi-mai, le remarquable single « Coolverine » (qui ouvre l’album) avait toutefois passé un premier coup de balai sur nos soupçons teintés d’inquiétude. Quelques écoutes (nécessaires) du disque dans son intégralité auront raison des derniers doutes. Oui Every Country’s Sun replace Mogwai là où il se situe le mieux : tout en haut de la pyramide post rock. Mais ce disque ne s’apprivoise pas en un claquement de doigts, il s’explore et se livre petit à petit, faisant d’abord son timide, planqué derrières des nuages récalcitrants avant de percer et nous illuminer de chacun de ses rayons. L’attaque est trompeuse, tout parait simple. « Coolverine » sonne comme du pur Mogwai intemporel, aucune révolution en vue mais une composition inspirée, maîtrisée et un voyage garanti où les synthés le disputent aux guitares et cohabitent à merveille. Que demande le peuple ? Puis vient l’incongruité de ce disque, « Party In The Dark ». Dans un registre pop (!) presque dansant (ouh le vilain mot), Mogwai s’éclate sur une rythmique post punk et Stuart Braithwaite se la donne au chant. L’exercice déroute mais ne déplait pas. Après cela, les écossais repartent dans des contrées plus familières en nous offrant quelques superbes plages atmosphériques avec des mélodies qui touchent au coeur, à dominance synthétique et/ou électronique (« Crossing The Road », « Aka 47 » tout en retenue downtempo, « 20 Size », « Don’t Believe The Fife » qui semble échappé d’Atomic). On pense alors que le groupe va tranquillement nous indiquer le chemin de la sortie en nous berçant religieusement et c’est là qu’il nous expédie à coups de pieds au cul, renouant en fin d’album avec les grosses guitares saturées à mort et les déflagrations noisy d’antan (« Battered At A Scramble », « Old Poisons » et le morceau-titre en forme de conclusion épique magistrale). On n’avait rien vu venir et on l’a senti passer ! Dense et varié, ce disque ne fera peut-être pas tomber de la chaise les amateurs de longue date du groupe écossais, préférant chérir leurs vieux classiques, mais il les rassurera sur un point : le talent est toujours là...

Lire la suite

Oh Sees – Orc

Oh Sees – Orc

Voici donc le 42e album de Thee Oh Sees en 3 ans. A peu de choses près hein on va pas chipoter. A force, il vaut mieux en rire, ça épate toujours les fans autant que ça énerve les détracteurs. Pour brouiller les pistes, le groupe a « changé de nom » mais à l’écoute de « The Static God » en ouverture, rien de nouveau sous le soleil californien. Le morceau est dans la parfaite continuité du remarquable A Weird Exits (j’omets volontairement le moins notable An Odd Entrance qui ressemblait fort aux faces b de ce dernier). Au programme donc, un rock frénétique qui sent bon la pinte de bière renversée sur vos godasses toutes collantes et des freinages in extremis provoquant des couinements de guitares typiquement Oh Seesiens. Nous quand on nous sert ça, on est contents. Après un « Nite Expo » un brin convenu, « Animated Violence » hausse le ton façon stoner au riff d’acier. Et un long final expérimental inattendu ponctué d’aboiements (oui, d’aboiements) de Dwyer nous aide à digérer l’assaut. Nous quand on nous sert ça, on se lèche les babines. Une fois lancés sur les rails du délire psyché, les Oh Sees nous estiment prêts à endurer les 8 minutes totalement illuminées de « Keys To The Castle ». Nous le sommes en effet. Et nous apprécions l’attention. Malheureusement, certains titres plus anecdotiques viennent ternir le bilan (« Nite Expo », « Paranoise » bien moins palpitante que son nom le suggérait), et ce même s’ils s’appuient sur des arguments solides (« Cadaver Dog » bénéficiant pourtant des options basse dodue, orgue imposant et d’un Dwyer jouant au prêcheur, « Raw Optics » qui malgré une belle démonstration de double batterie est envahi de gimmicks forts communs pour qui suit le groupe depuis au moins deux ans – soit 26 albums environ). Dans le registre étrange, fun et attachant, « Cooling Tower » remplit bien son rôle et définit finalement assez bien un album qui possède un certain grain de folie et pioche allègrement dans tous les styles chers à Dwyer (garage évidemment mais aussi pop, krautrock, voire stoner ou electro). Mais cet aspect foutraque et décousu, moins maîtrisé que sur A Weird Exits, finit par lui desservir en diluant notre attention. Alors évidemment, nous quand on nous sert ça, on l’avale tout cru mais on n’est pas tout à fait rassasié....

Lire la suite

Elliott Smith – Either/Or

Elliott Smith – Either/Or

« Papy, papy ! Germaine est encore en train d’écouter ses chanteuses à la con qui crient comme des chèvres qu’on égorge ! J’en peux plus ! Mais quand je lui demande d’arrêter d’écouter ça, elle me dit que les chanteuses à voix qui chantent l’amour, y a rien de plus puissant en termes d’émotion. J’ai essayé d’écouter, par acquis de conscience, je suis tombé dans les pommes tout de suite. Si elle écoute encore une fois « My Heart Will Go On », je pense que je vais tuer quelqu’un. Elle, certainement. Et comme Maman et Maman m’ont défendu de commettre un sororicide, je ne sais plus quoi faire… » Allez, allez, calme-toi, viens-là, assieds-toi et prends une petite menthe à l’eau. Moi non plus, je ne pensais pas voir un jour le revival des chanteuses à voix. Quand on a enterré toutes ces connasses au début des années 2000, j’espérais bien que ce serait pour de bon. Comment on a fait pour survivre à ça ? Ah, c’était dur, très dur. Mais c’est faisable, avec un peu de détermination. Certes, c’était un autre temps, à l’époque Germaine c’était un nom de vieille rombière, pas de petite pétasse de 14 ans comme ta soeur, et dis-toi bien que si quelques résistants considéraient déjà que les chèvres bêlantes à la Céline Dion étaient déjà affreusement ringardes et la lie de la musique, beaucoup collaboraient et achetaient leur disque sans honte. Ils se sont tondus lors de la libération du rock, mais c’est une autre histoire. Chiale pas partout, je vais te donner une solution. On avait une arme secrète pour survivre, une arme secrète qui pouvait même convertir les petites poufs comme ta soeur, pour peu qu’elles n’aient pas le cerveau trop atrophié par l’écoute intensive de leurs conneries. Parce que tu vois, écouter du rock alternatif dans ta chambre, c’est super en soi, mais ça te fera toujours passer pour un tordu, et c’est pas comme ça que tu vas tirer ton coup. Les midinettes, ce qu’elles veulent, c’est de l’émotion, et j’ai justement ce qu’il te faut ! Tiens, vas me chercher le disque, là-bas. Alors là tu as l’arme ultime, la bombe nucléaire, fais gaffe à pas le faire tomber où tu vas tout péter. Mets-le sur la platine, je vais t’expliquer. Oui, je sais, il paie pas de mine, le Elliott, avec sa gueule burinée, mais quand bien même. Niveau émotion, c’est de la bonne, de la pure ! Houla, malheureux, te trompe pas de disque ! Tu veux tous qu’on se tranche les veines, ou quoi ? Non, non, Elliott Smith, ça se commence toujours par Either/Or, surtout pas les premiers, sinon c’est l’overdose émotionnelle direct ! Souviens-toi...

Lire la suite

King Gizzard & The Lizard Wizard – Sketches of Brunswick East

King Gizzard & The Lizard Wizard – Sketches of Brunswick East

Pour ma part, j’avais cru que le miracle arriverait. L’engagement de King Gizzard de sortir 5 LP en 2017. J’ai toujours ressenti un telle intelligence chez ces mecs que j’étais certain qu’ils y arriveraient en évitant les pièges. Mais non. Déjà, Murder of the Universe était difficile dans le genre sci-fi apocalyptique et la répétition des gimmicks, les auto-références. ‎Ici, c’est la livraison « jazzy »… Pas grand chose à se mettre sous la dent, tout juste un petit riff orientalisant sur « D-Day » qui m’a fait croire qu’ils allaient bâtir une énorme basilique foutraco-géniale mais non, on est reparti sur de l’easy listening (vais pas me faire des potes). A chaque sursaut, on y croit mais le souffle retombe dans sa routine pépère. A la limite, c’est « sympa à écouter« , ce qui est la pire insulte ! Putain, y avait tellement à faire et ils ont tout pour faire, ils l’ont déjà démontré. Allez, je me refais les 4 premiers titres de I’m In Your Mind, Fuzz et j’attends la suite de 2017. Alors, je sais que King a ses inconditionnels qui trouveront tout génial, je me joindrai à leurs choeurs quand King prendra à nouveau des risques ! Manu Sketches Of Brunswick East by King Gizzard & The Lizard Wizard Lire la chronique de Flying Microtonal Banana Lire la chronique de Paper Mâche Dream Balloon Lire le report de Primavera Porto 2017 Lire l’interview de King Gizzard Lire la chronique de...

Lire la suite

Queens Of The Stone Age – Villains

Queens Of The Stone Age – Villains

Une fois n’est pas coutume, puisque ce disque divise la rédaction, voici deux chroniques aux avis diamétralement opposés. POUR // Voilà l’objet de la discorde, le centre de la polémique, le disque des Queens Of The Stone Age que même les fans risquent de trouver à chier, et qu’il y aura pourtant toujours des contradicteurs invétérés pour défendre. Sauf que cette fois, le contradicteur invétéré, c’est moi. C’est d’autant plus étonnant que je n’avais pas tellement aimé le dernier album en date, ni la collaboration avec Iggy Pop, et que j’ai une aversion naturelle assez forte pour le pop rock dansant, surtout quand il est teinté années 80. Ajoutez à cela que j’ai trouvé le premier morceau à avoir fuité, « Feet Don’t Fail Me » très, très mauvais à la première écoute. Bref, je n’avais a priori pas du tout le profil pour défendre cette nouvelle sortie, d’autant plus que je n’aime aucun album du groupe depuis le départ d’Oliveri, à l’exception de quelques chansons par-ci, par-là. Or, c’est peut-être justement pour ça que je suis plutôt bienveillant à l’égard de Villains. Déjà, contrairement à Lullabies To Paralyze et les albums qui ont suivi, ce n’est pas une variation sur le thème de Songs For The Deaf en moins réussi, ce n’est pas une répétition moins convaincante de la formule Queens Of The Stone Age, et c’est déjà respectable en soi. Mais le meilleur moyen d’expliquer ce qu’il y a de positif dans ce nouveau disque, c’est de le comparer au précédent. Pour moi, …Like Clockwork, fortement surestimé ici-même, était un échec. Une tentative louable pour Josh Homme de renouveler sa musique, avec de vraies incursions pop rock, mais pas assez franches. D’une part, les morceaux purement pop n’étaient pas tous réussis (« …Like Clockwork » en étant l’exemple le plus flagrant), et d’autre part, ils étaient noyés entre des morceaux typiques du rouquin complètement anecdotiques mis là comme pour rassurer les fans que c’était bien un album de Queens Of The Stone Age et des ratages complets malgré la présence de pléthore de guests (« If I Had A Tail », le pire morceau qu’ait écrit Homme ou pas loin). Au final, une seule réussite, grandiose, le titre « I Appear Missing » qui était la meilleure chanson du groupe à sortir depuis longtemps. À l’époque, je m’étais dit que Josh Homme gagnerait à assumer pleinement son envie de faire du pop rock. Cette orientation s’est confirmée avec le dernier album d’Iggy Pop, dont les plus gros défauts à mon goût étaient une influence très marquée des années 80 et une trop grande molesse. Un délire musical qui ne me plait pas avec des chansons qui ne me plaisent pas, ça ne pouvait pas décemment...

Lire la suite

Marietta – La Passagère

Marietta – La Passagère

Aah notre belle langue française. Nous la chérissons pour ce qu’elle représente à travers les âges, et grâce à ceux qui l’ont élevée au rang de fierté du patrimoine. Mais musicalement c’est souvent une autre histoire. De mauvais textes en français, ça pardonne moins et il n’est pas chose aisée de faire « sonner » cette langue si riche et complexe. Marietta qui s’était jusque-là contenté de la langue de Shakespeare, beaucoup moins retorse, se jette dans le grand bain. Audacieux. Et périlleux. Les illustres ainés semblent beaucoup moins nombreux que les prédécesseurs peu glorieux. Et si on salue partout dans le monde le chic de la langue de Molière, ceux qui sont parvenus à s’exporter avec un chant en français demeurent des exceptions. Pour le chroniqueur aussi, l’obstacle est de taille. Son premier album, Basement Dreams Are The Bedroom Cream, fait de bricolage bancal, de chansons brinquebalantes, gentiment lo-fi, nous avait fortement enthousiasmé (tout comme ses travaux au sein des excellents The Feeling Of Love). Il semble loin derrière. Marietta prend le pari audacieux de s’inscrire dans un registre plus classique de pop/chanson française, au risque de passer parfois pour de la variété. La frontière est mince, et Marietta, tout talentueux qu’il est, n’évite pas l’écueil. Si les textes sont assez fins et de qualité, on peine toutefois à s’emballer pour ces compositions globalement trop sages et maniérées (« L’électricité », « Nos Ventres Nus ») et certains partis pris peinent à convaincre (les velléités électroniques de « L’insecte Dans Ma Bouche », les textes crus de « La Grande Ville Malade » où le Guillaume se mue en gros dégueulasse qui « veut baiser, être défoncé, sortir (sa) bite, (…) pisser sur les voitures et éjaculer sur les tatouages »). Heureusement il reste des pop songs de qualité (« Livide La Nuit ») et quelques virées psychédéliques perçues comme autant de bouffées d’air frais (« La Carte », le voluptueux « La Passagère » et son final généreux, « La Bouche Du Vent » qui offre quelques réminiscences instrumentales de « Chewing Your Bones » nous offrant ainsi quelques regrets nostalgiques). Marietta a mis les formes à ce disque qu’on ne balancera pas aveuglément aux orties. Le garçon est doué, cela va sans dire. Il a simplement emprunté un chemin qu’il nous est parfois difficile de suivre. La tentative est louable mais la concrétisation guère convaincante. Qu’à cela ne tienne, n’enterrons pas trop vite Marietta qui a sans doute plus d’un projet dans son sac. JL   Lire la chronique de Basement Dreams Are The Bedroom Cream Lire la chronique de The Feeling Of Love – Reward Your...

Lire la suite

Chastity Belt – I Used To Spend So Much Time Alone

Chastity Belt – I Used To Spend So Much Time Alone

Salaud que je suis, ce n’est qu’aujourd’hui que je vous parle de ce charmant petit disque qui aurait pu être votre disque de l’été. Un disque qui ne paie pas de mine et qui, finalement se révèle au gré des écoutes bien plus riche qu’il n’y parait. Un disque qui s’ouvre par le tube imparable « Different Now » et ses délicieux arpèges qui ne peuvent vous mettre qu’en bonnes conditions. Votre vie ne sera peut-être pas différente après ça mais vous aurez sans doute l’envie fréquente de vous enfiler de nouveau cette mélodie entêtante. Malgré un nom qui n’inspire que rigueur et fermeture d’esprit, Chastity Belt délivre un rock harmonieux, d’une légèreté rafraichissante, garni en ritournelles attachantes (« Caught In A Lie », « Stuck »). Et ce disque sans réel temps faible fleure bon la maturité pour ce quatuor féminin de Seattle qui en est à son troisième essai. La voix de Julia Chapiro possède ce qu’il faut de je m’en foutisme pour sonner cool en toutes circonstances, parfois limite désabusé (« Used To Spend »), si ce n’est franchement Kim Gordon (« Sam »). Les guitares ensoleillées réjouissent, non sans une once de mélancolie latente (« What The Hell »). Sans oublier ce qu’il faut de bruit disgracieux pour salir un peu un ensemble qui, trop propret, aurait vite perdu en intérêt (« 5am » qui s’achève en un délicieux crachin sonore ou « Sam » qui se barre gentiment en sucette). Bref, des mélodies qui collent aux basques, une nonchalance qui va bien, des sorties de route délibérées pour brouiller un peu les pistes. On tient là un groupe indie rock de très bonne facture, qui ne bousculera pas l’ordre établi mais installe Chastity Belt parmi les demoiselles qui comptent dans le paysage indie d’aujourd’hui....

Lire la suite