Swervedriver – Future Ruins

Swervedriver – Future Ruins

(Dangerbird, 25 janvier 2019) Il y a quatre ans, Swervedriver fêtait son grand retour avec un bon disque, I Wasn’t Born To Lose You, qu’on a un peu oublié d’écouter depuis… Deux explications : 1 – Vingt ans après leur heure de “gloire” (tout est relatif), on ne consomme plus la musique de la même manière, on en bouffe H24, tout est accessible en un clic, et le disque qu’on écoute un jour peut très vite être effacé par celui du lendemain. Cruelle loi de la jungle musicale. 2 – Swervedriver a ravivé notre nostalgie, n’a nullement déshonoré son passé mais ne l’a certainement pas surpassé non plus. Donc une fois digéré le nouvel album, on s’est plus volontiers tourné vers nos bons vieux Raise et Mezcal Driver qui ont passé aisément l’épreuve du temps. Cela étant, on n’est ni trop vieux ni trop con pour bouder un nouvel album de Swervedriver et on a bien raison car, une fois encore, le savoir-faire du groupe saute aux oreilles dès les premières secondes. Avancer à tâtons dans ce brouillard diffus, façonné par des guitares noyées sous les effets, en suivant aveuglément les (belles) mélodies… On a connu pire expérience. Et on a connu de bien moins bonnes entames que celle de Future Ruins. Efficace en diable, “Mary Winter” ne marquera pas l’histoire par son originalité mais risque de squatter un coin de votre tête un petit moment. Un tube de plus dans l’escarcelle. Concurrent redoutable dans ce domaine, “The Lonely Crowd Fades In The Air” l’emporte même d’une courte tête tant son riff suffit d’emblée à dessiner un large sourire sur notre visage. Swervedriver a peut-être réduit la dose d’agressivité mais il connait son job, incontestablement, et Future Ruins recèle de chansons noisy pop de niveau supérieur à la moyenne, comme son morceau-titre. Les pensées affleurent, les souvenirs émus des 90s ressurgissent. La nostalgie est là mais il faut regarder devant. Et malheureusement constater que l’enthousiasme s’effrite peu à peu à mesure qu’on avance dans le disque. Il y a bien un “Drone Lover” aguicheur qui séduira sans difficulté bien au-delà des amateurs de drones mais aussi un mode pilotage automatique enclenché régulièrement quand Swervedriver fait dans l’évasion cotonneuse (“Golden Remedy”, “Radio Silent” qui s’étire plus que de raison). Pas de quoi plomber un disque de très bonne tenue mais de quoi s’interroger légitimement : va-t-on écouter régulièrement Future Ruins dans les années à venir ou préfèrera-t-on se replonger dans nos bons vieux Raise et Mezcal Driver ? On a une petite idée de la réponse. Jonathan Lopez LIRE LA CHRONIQUE DE I WASN’T BORN TO LOSE...

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Wu-Tang Clan – Enter The Wu-Tang (36 Chambers)

Wu-Tang Clan – Enter The Wu-Tang (36 Chambers)

(RCA, 9 novembre 1993) Fin 93, le Wu-Tang fait son entrée dans le monde du hip hop par la porte de derrière, qui cède sous les grands coups de lattes d’une armada de shaolins. Le monde n’est pas prêt. Il va en prendre pour son grade. Le monde n’est déjà pas prêt à ces looks. Bandanas, regards de tueurs, le Wu-Tang fait peur. Pas de doute, si on croise ces gars-là dans un tunnel sombre, on se chie dans le ben. Un coup de sabre est vite arrivé. Musicalement, l’impression est toute autre. Encore que… Si on ne ressent aucune envie de prendre les jambes à notre cou (nos oreilles aiment tant se faire maltraiter), l’agression est permanente. BRING DA MOTHERFUCKING RUCKUS! Les beats sont violents, le son brut et radical. RZA, génie du sampling, confectionneur hors pair d’instrus sombres, a pondu du très lourd pour sa bande d’excités du micro. Le monde n’est pas prêt. Il n’en a rien à foutre. Le monde devra s’y faire. Il y avait eu NWA avant eux mais on n’avait jamais entendu autant de killers au micro se succéder pour conter les belles histoires du ghetto. Tous les DJ vendraient leur couille gauche pour avoir un MC de ce niveau, le Wu-Tang en avait huit. Huit, putain ! Life’s a bitch, comme disait l’autre. Résultat des courses : agression permanente mais agression variée. ODB déclenche l’uppercut, Method Man y ajoute une balayette, GZA vous colle une beigne, Raekwon vise vos bollocks… Si besoin, il reste du renfort, prêt à porter le coup de grâce. WU-TANG CLAN AIN’T NUTHIN’ TA FUCK WIT! L’ambiance est unique. Les bas-fonds new-yorkais croisent des maitres shaolins, et une pincée de standards soul vient “””adoucir””””le tout (trois guillemets s’avèrent-ils suffisants ?). L’album croule sous les classiques, à tel point qu’aujourd’hui un best of du Wu-Tang est encore squatté par la moitié de Enter The Wu-Tang. “Bring Da Ruckus”, “Shame On A Nigga”, “Clan In Da Front”, “C.R.E.A.M.”, “Method Man”, “Protect Ya Neck”… C’est beaucoup trop, c’est n’importe quoi. Le monde n’était pas prêt mais il n’avait qu’à fermer sa grande gueule, écouter et encaisser. Car une affaire aussi rondement menée s’avère forcément lucrative. CASH RULES EVERYTHING AROUND ME. CREAM GETS THE MONEY, DOLLAR, DOLLAR BILL YA. La punchline est restée culte, les 36 Chambers n’ont plus aucun secret pour nous et tous les amateurs de hip hop vénèrent aujourd’hui le Wu-Tang Clan comme il se doit. Car personne n’était prêt mais tout le monde a retenu la leçon.  Jonathan...

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Steve Gunn – The Unseen In Between

Steve Gunn – The Unseen In Between

(Matador, 18 janvier 2019) C’est l’un des noms de la folk qui sonnent familiers mais demeurent assez méconnus. Dans l’ombre d’un Kevin Morby (avec qui il a tourné) ou d’un Kurt Vile (pour qui il a joué au sein des Violators), Steve Gunn n’est jusqu’alors pas parvenu à écrire son propre patronyme en haut de l’affiche. La donne pourrait bien changer avec The Unseen In Between, son 4e album, dégainé avec maturité et maîtrise. Dans la lignée de grands folkeux d’antan (Neil Young, Nick Drake) et des indie folkeux récents les plus en vogue (voir plus haut), Steve Gunn ne réinvente rien mais place ses pions très habilement et nous emporte sans difficulté dans son univers. Pas d’effet de manche mais une voix chaleureuse, un jeu de guitare fin et subtil, des mélodies raffinées (l’envoûtante “New Moon” teintée de psychédélisme en ouverture, la très poppy “Vagabond” ou la superbe “Stonehurst Cowboy” en hommage à son père décédé). Un disque qui sonne à la fois simple avec ses airs familiers, et sophistiqué. On entend les doigts glisser élégamment sur le manche de la gratte comme si on était dans la même pièce et, question arrangements, Gunn a sorti l’artillerie lourde (renfort de cordes sur “Luciano”, piano sur “Paranoid”, solos électriques sur “New Familiar” ou “Lightning Field”). Comme s’il nous promettait une soirée tranquille au coin du feu et qu’il se mettait à tirer des feux d’artifice sous nos yeux ébahis (discrets les feux d’artifice, pas question d’effrayer le voisinage). Pas d’ennui à déplorer donc mais un disque à s’écouter au chaud en regardant la neige tomber. Et un nouveau nom à cocher. Le haut de l’affiche, c’est pour bientôt Steve. Jonathan...

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Green River – Dry As A Bone EP/Rehab Doll

Green River – Dry As A Bone EP/Rehab Doll

Sub Pop (Rééditions), 25 janvier 2019 Green River ou le supergroupe avant l’heure. Le groupe se forme en 1984 et en cet an 0 du grunge, il n’est alors composé que de cinq illustres inconnus chevelus. Parmi eux, deux futurs Mudhoney, Mark Arm (chant) et Steve Turner (lead guitar), croisaient le fer avec deux futurs Mother Love Bone et Pearl Jam, Stone Gossard (guitare rythmique) et Jeff Ament (basse). Un an plus tard, Green River a un premier EP (Come On Down) dans sa besace et s’est déjà fait plaquer par Steve Turner, remplacé par Bruce Fairweather (qui, lui, n’est autre que le futur gratteux de Love Battery). Un début d’émulation est en train de naître dans la ville où il tombe toujours des cordes. Aux côtés de Green River, quelques groupes bruyants font trembler les murs des clubs de Seattle et se retrouveront sur la (désormais culte) compil Deep Six. Ils s’appelaient Melvins, Soundgarden ou encore Malfunkshun (avec Andy Wood, futur frontman exubérant de Mother Love Bone, futur coloc de Chris Cornell, futur premier destin tragique d’une longue lignée…). L’histoire est en marche et si on leur avait dit à l’époque qu’ils seraient à l’avant-garde de la scène vers qui tous les yeux allaient être rivés quelques années plus tard, ils se seraient bien foutus de notre gueule. Nous non plus, on n’y aurait pas cru à l’écoute de Dry As A Bone, première sortie d’un petit label local nommé Sub Pop, et deuxième EP de ce groupe au cul un peu coincé entre une chaise punk et l’autre hard rock/metal. Pas très confortable mais Green River s’en accommode assez bien et cette particularité fait également son charme (même si elle les mènera à un irrémédiable split). Malgré tout, on ne va pas vous la faire à l’envers non plus, Green River, en dépit de son indiscutable statut culte et sa prépondérance pour façonner un son qui allait traumatiser toute une génération, n’a pas produit de chef-d’œuvres injustement méconnus. Bien sûr, Fairweather savait déjà tricoter du riff qui cogne bien (“In My Town”), la doublette Gossard/Ament était déjà des plus affûtées et groovait comme il faut (“PCC”, “Unwind”), Mark Arm s’en donnait à cœur joie et faisait déjà un très bon imitateur d’Iggy Pop (comme sur le bien teigneux “Hangin’ Tree”, présent initialement sur la – non moins culte – compil Sub Pop 200)… Mais en dehors de quelques titres qui sortent aisément du lot, on déplore bon nombre de morceaux plus anecdotiques. Rehab Doll et Dry As A Bone avaient pour eux une énergie féroce, des membres indiscutablement talentueux, des compos solides mais finalement assez peu de mélodies mémorables. Au-delà DU tube “Swallow My Pride” écrit par...

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Deerhunter – Why Hasn’t Everything Already Disappeared?

Deerhunter – Why Hasn’t Everything Already Disappeared?

(4AD, 18 janvier 2019) S’il est vrai que l’actualité du moment n’incite pas vraiment à l’optimisme, on a connu des titres d’albums plus engageants. La crainte était donc de se coltiner un Deerhunter fleurant bon la sinistrose. Heureusement il n’en est rien, ou si peu. Si la mélancolie s’avère assez prégnante sur ce Why Hasn’t Everything Already Disappeared?, on retrouve une diversité fort appréciable et surtout deux des forces récurrentes de ce groupe : des morceaux qui nous semblent très vite familiers (“Element”, “What Happens To People”, “No One’s Sleeping”) et une capacité à susciter l’envie d’en explorer tous les recoins, en quête d’éventuels trésors cachés. Des trésors on n’en trouve pas toujours, pas partout et peut-être pas aussi mirifiques que ceux dénichés dans Microcastle ou Halcyon Digest, mais on revient rarement bredouille. Et les arrangements d’une grande finesse (“Greenpoint Gothic”, “Nocturne”) ne manquent pas de susciter l’enthousiasme, comme la direction inattendue empruntée par certains morceaux. Ainsi, quand en début d’album, “Death In Midsummer” nous plonge dans l’époque médiévale avec cet étrange clavecin anachronique, on reste d’abord interdit avant de se laisser embarquer. Car très vite, Bradford Cox enfile son costume de troubadour pour amuser la galerie. C’est du Deerhunter après tout, et ce n’est pas le genre de la maison de nous laisser planter là. Alors non, tout n’est pas parfait. “Détournement” ne parvient pas à susciter grand chose si ce n’est détourner notre attention, “Tarnung” nous emmerde un brin avec ses contours jazzy et globalement Deerhunter ronronne un peu trop sur la face B… Mais la pop de Deerhunter possède toujours ce truc qui fait la différence et s’il y a bien quelque chose qui n’a pas disparu à l’écoute de ce disque, c’est notre enthousiasme pour un groupe qui cultive toujours mieux que quiconque sa singularité. Jonathan...

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Bryan’s Magic Tears – 4 AM

Bryan’s Magic Tears – 4 AM

(Born Bad, 7 décembre 2018) Bryan était un jeune garçon réservé, un peu branleur et par-dessus tout passionné de musique. Un jour, sa vie a basculé. Alors qu’il avait son billet pour un festival réunissant tous ses groupes préférés (Pavement, My Bloody Valentine et Jesus & Mary Chain), Bryan est tombé malade la veille de l’événement. Pas le truc grave mais le truc qui te cloue au lit et te plombe ton festoche. Las, Bryan a donc été obligé de laisser filer cette date qu’il attendait depuis des lustres. Pleurant toutes les larmes de son corps, Bryan s’est alors fait une promesse : ses larmes ne seraient pas vaines, elles seraient magiques. Ses larmes allaient lui donner la force et le talent de monter un groupe synthétisant parfaitement ses 3 groupes préférés. Et il dominerait le monde. Le nom du groupe était tout trouvé : Bryan’s Magic Tears. Derrière cette fable débile et cette intro merdique, quelques vérités : Bryan’s Magic Tears aime bien les années 90, l’indie rock et le shoegaze. Ce qui est moins vrai, c’est que derrière Bryan se cache une belle brochette d’indie rockers français, passés chez The Space Binouze From Refrigerator (respect éternel pour le nom du groupe), Dame Blanche, Marietta ou encore La Secte Du Futur. Pas vraiment des bleus, donc. Nul besoin d’enjoliver le tableau, Bryan est un bon gars qui prend soin de nous. Bryan aime se la couler douce en chantonnant nonchalamment avant de nous en coller une belle soudainement, armé d’une fuzz ravageuse (“Change”,  la fin démentielle de “Lilac Tree” qui s’achève dans le plus grand des boucans). Bryan aime les tubes et il en a mis plusieurs au début du disque, histoire de bien nous accrocher l’oreille. Et évidemment, il nous a eu. Bryan aime qu’on fasse de l’air guitar pour mimer le gros riff lourd de “Ghetto Blaster” tout en clamant des “oooh oooh”, pensant qu’on est aussi cool que lui. Bryan sait aussi nous filer le bourdon et le sourire à la fois (“CEO”), Bryan compose des intros qui rendraient jaloux Kurt Cobain (“Marry Me”), Bryan fait chialer sa gratte comme Kevin Shields (“4 AM”) . Bryan est bon, nous aimons Bryan et nous bénissons ses larmes magiques. On n’ira pas vous faire croire que vous allez mettre votre réveil à 4AM tous les matins pour écouter ce disque, mais il y a des chances qu’au moment de vous diriger vers le boulot (ou autre tâche ingrate), vous vous le colliez fréquemment dans les oreilles pour vous évader et rêver d’un destin similaire à celui de Bryan. Jonathan...

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Dirty Deep – Tillandsia

Dirty Deep – Tillandsia

(Deaf Rock, 30 novembre 2018) Nous avions déjà pu constater le talent de Dirty Deep lors du festival de Binic quand il était venu défendre Back To The Roots, son premier album, il y a une dizaine d’années. A l’époque, le groupe n’était incarné que par Victor Sbrovazzo qui œuvrait en mode one man band. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts et la tête pensante du groupe est désormais entourée d’un batteur et d’un bassiste, à l’heure de livrer son 4ème album sous le label strasbourgeois Deaf Rock Records. Dès la première écoute, ce blues du delta sent bon le bayou. Rien de révolutionnaire, certes, mais à la différence de Greta Van Fleet qui frôle la parodie de Led Zeppelin, le trio alsacien s’approprie cette musique et nous la fait partager avec inspiration et énergie, à la façon d’un Raconteurs français. Dès le premier morceau “Road Dawgs” on se lève, non pas pour se taper un yaourt, mais pour taper des mains avec eux sur ce gospel et chanter à leur côté avec notre plus belle chemise à carreaux sur les épaules. Les morceaux blues rock s’enchainent à merveille avec des riffs qui restent en tête (“Sunday Church”, “Shake It!”, “Hanging On A Oak Tree”, “Wild Animal”) et des ballades efficaces (“You’ve Got To Learn”, “By The River” et la très country “Last Call To Heaven”). Un retour aux sources qui s’achève par la bonus track bien nommée “Whiskey Song”. Entouré de sir Jim Jones en personne à la production, Dirty Deep nous livre un blues poisseux et ténébreux qui nous replonge avec bonheur dans les plus belles heures du blues du Delta. On aurait tort de s’en priver. Alain...

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Failure – In The Future Your Body Will Be The Furthest Thing From Your Mind

Failure – In The Future Your Body Will Be The Furthest Thing From Your Mind

(Failure Records, 16 novembre 2018) Il y en a toujours un pour foutre la merde. La fin d’année approche, mon top 25 est bien ficelé, je ne procède qu’à de petites retouches occasionnelles et là, y a celui du fond de la classe qu’on avait oublié et qui vient tout chambouler. Cette année, le fouteur de merde se nomme Failure mais on ne lui en veut pas trop. Car ce groupe injustement sous-estimé des 90s confirme son retour au tout premier plan après The Heart Is A Monster en 2015. Et s’il y a bien un gagnant dans l’affaire, c’est nous. Pourtant, Failure ne nous a pas pris par surprise puisqu’il a été présent toute l’année, en distillant quatre EP qui sont aujourd’hui regroupés en un album de plus d’une heure. Un album qui nous fait d’abord croire à un virage inattendu avec son ouverture post punk (“Dark Speed”, très réussi), où la basse prend les devants sur les guitares et Ken Andrews parle (rappe ?!) plus qu’il ne chante. Après cela, retour en terrain connu et distribution de tubes pour tout le monde. Et Failure n’a pas fait son crevard sur le dosage. C’est Noël après tout. Envolées mélodiques irrésistibles (“Found A Way”, “Heavy And Blind”, “What Makes It Easy”), riffs de plomb (“Distorted Fields”, “No One Left” avec sa basse “à la Shellac”), refrains qui emportent tout (“Pennies”, “Solar Eyes”), et souvent tout cela à la fois (on va arrêter de lister tout l’album). Andrews chante juste et superbement. Les poils se dressent volontiers. Les nuques s’agitent machinalement. Seules ombres au tableau, mais on a l’habitude avec Failure, les “Segue” (morceaux instrumentaux sans aucun intérêt qui viennent polluer inexplicablement chacun de leur album) et des mélodies qui semblent parfois un peu faciles, aux frontières du radiophonique (quand c’est trop irrésistible, ça nous parait tout de suite louche). Mais si Failure passait à la radio, le monde s’en porterait mieux. Non, Failure est et restera un groupe pour initiés. Des initiés bien contents d’être constamment gâtés par ces fouteurs de merde au grand cœur. Jonathan...

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Dilly Dally – Heaven

Dilly Dally – Heaven

(PTKF, 14 septembre 2018) Alors que leur premier album, qui a trois ans cette année, squatte encore régulièrement ma platine, Dilly Dally se décide à sortir un nouveau disque. Certes, on pouvait très bien se satisfaire du premier, mais quand un groupe dont on a aimé le travail sort de nouvelles choses, on a envie d’y jeter une oreille. Malheureusement, les ardeurs sont vites freinées par un visuel très moche fleurant bon les années 80 et un premier titre lent et déroutant “I Feel Free”. De quoi vraiment nous prendre à rebrousse poil. Le “Paradis”, ça ? Espérons tout de même que Dilly Dally n’est pas allé rejoindre les 172 groupes qui rendent hommage à la décennie maudite à coups de Post-Punk ou de Synthpop…Heureusement, à l’écoute de Heaven dans son intégralité, ce doute est vite levé : le son rappelle toujours beaucoup plus les années 90, et personnellement, je préfère. Reste que le tempo ralenti d'”I Feel Free” semble donner le ton de l’album. Et la voix de Katie Monks, sur ces morceaux moins agressifs, prend parfois des allures de miaulement plaintifs. De quoi franchement partir du mauvais pied avec ce nouveau disque.Au premier abord, donc, un son qui plait, mais des éléments qui déroutent et dérangent. On pourrait se contenter de ça pour laisser l’album au placard et se contenter d’écouter Sore. Sauf que ce serait bien dommage de s’arrêter à ça, et c’est là que va se jouer toute l’opinion sur ce disque : au fil des écoutes, l’ensemble se révèle beaucoup plus subtil que l’on croyait, laissant apparaitre une qualité de composition, une maitrise et une identité renforcée. La formule reste similaire, un chant rageur (car si les titres sont moins agressifs, la rage reste bien présente) porté par des guitares lancinantes et une session rythmique qui bourrine en arrière-plan, mais elle s’étoffe et on ne peut plus vraiment aligner les références pour décrire la musique du groupe. Dilly Dally a grandi et s’affirme, et c’est fabuleux à écouter.Au final, il aura fallu sacrifier les tubes immédiats (encore que “Pretty Cold” reste bien dans la tête) pour des titres plus subtils (“Marijuana”, “I Feel Free” qui se révèle avec le temps, “Sober Motel”…) et un groupe qui semble trouver sa propre voix. À suivre… (notamment le 1er février 2019 à l’Olympic Café)...

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Pixies – Come On Pilgrim… It’s Surfer Rosa

Pixies – Come On Pilgrim… It’s Surfer Rosa

(4AD, 28 septembre 2018) Comme le disait Jacques Séguéla, éminent spécialiste du rock indépendant « si tu n’as pas tous les premiers albums des Pixies en CD, vinyle et MP3, t’as raté ta vie ». C’était un peu radical certes, mais on est au moins d’accord pour dire que t’as raté ta discothèque. Fort heureusement, Frank Black et 4AD n’étant pas les derniers à courir après les biftons, la discographie des Pixies (à laquelle nous avions consacré un colossal article il y a quelques temps) fait l’objet de rééditions tous les 5 ans environ. Cette fois, il s’agit des deux premiers faits d’armes des bostoniens qui sont à l’honneur : le premier EP, Come On Pilgrim, et le premier album Surfer Rosa, sorti il y a 30 ans. Pourquoi faudrait-il donc se ruer sur ces disques, s’interrogent les incultes ? On vous explique. Viens donc Pilgrim, tu sais qu’on t’aime et on va raconter un peu ce que t’as dans le bide. Des mélodies délicieuses (“Ed Is Dead”) mêlées à une furieuse énergie punk (les hispaniques hystériques “Vamos”, “Isla de Encanta”), des refrains éternels (“Caribouuuuuuuuuuuu”)… Come On Pilgrim c’est décousu, c’est foutraque, c’est énervé, ça se chantonne autant sous sa douche que ça se pogote dans son salon (“you are the son of a motherfuckeeeer“). “Levitate Me” boucle ces 20 premières minutes géniales avec ce grain de folie qui ne quittera plus le groupe (enfin si, il le quittera en même temps que Kim Deal). 8 titres, 20 minutes et un bon paquet de promesses. Pas grand chose à demander de plus et pourtant quelques mois plus tard, Pixies enfonçait le clou au marteau piqueur avec Surfer Rosa. A l’époque, tout le monde se cognait de “Where Is My Mind?” qui n’est qu’un (grand) morceau parmi d’autres. Il y a tout sur Surfer Rosa, une intro de disque merveilleuse avec déjà une pure ligne de basse de Kim Deal, une doublette Black/Deal au chant qui fait merveille, des cris de demeurés du gros aux envolées éthérées de la petite. Des riffs incontrôlés, une hystérie permanente (“Something Against You”, “Broken Face”), une maitrise confondante (“River Euphrates”), un “Cactus” bien piquant qui mettra tout le monde à genoux, Bowie compris (qui le reprendra respectueusement). Des lignes de basse que tu peux apprendre en trois minutes mais que t’aurais jamais pensé à composer. Plus c’est con, plus c’est bon. Fabuleux disque pop expédié façon punk. Des morceaux bourré d’idées géniales, saugrenues, ou les deux, qui en disent bien plus en deux minutes que beaucoup le font en cinq. Surfer Rosa c’est aussi l’une des plus grandes chansons jamais écrites par Kim Deal : “Gigantic”. La formule loudQUIETloud à son paroxysme. On prend tous notre...

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