Slowdive – Slowdive

Slowdive – Slowdive

Vingt-deux ans. Les fans de ce groupe honni puis réhabilité auront attendu vingt-deux ans avant de pouvoir poser leurs oreilles émues sur le successeur de Pygmalion. Si je n’en faisais pas partie à l’époque, Slowdive fait partie des belles découvertes que j’ai faites ces dernières années. Et cet album n’entame en aucune manière cette opinion. Le quintet a mûri, et a travaillé un peu plus ses compositions qu’à l’époque où leur motivation tenait sans doute plus dans l’espoir de surpasser leurs maîtres ès sons qu’étaient – et que sont probablement encore – The Cocteau Twins et My Bloody Valentine, que de se couler dans la vague britpop qui emportait tout sur son passage. Les habitués ne seront pas dépaysés : on retrouve la dream pop à guitares cotonneuses telle que le groupe la pratiquait sur ses albums précédents et telle qu’elle a pu influencer le post-rock de Sigur Rós, entre autres. On gagne une plus grande variété des ambiances et des tempos, mais au prix d’une identité sonore moins affirmée que sur ces vieux albums qu’on ne peut s’empêcher de réécouter pour comprendre ce qui a changé. Et ce qui a changé, c’est la présence sur cet album d’au moins trois véritables tubes à la structure classique mais efficace et aux thèmes entêtants, qui compensent les longueurs de la fin de l’album, et qui m’évoquent le premier album d’Interpol, les voix caressantes de Neil Halstead et de Rachel Goswell en plus : « Star Roving », « Sugar Pill » et « No Longer Making Time ». Comme par hasard, les trois que le groupe a dégainé lors de son récent concert parisien. Et moi de repenser à cette tentative moyennement convaincante de recroiser post-rock, shoegaze et revival post-punk, intitulée Minor Victories, qui réunissait pas plus tard que l’an dernier Rachel, un Mogwai et deux Editors ; contre toute attente, c’est avec Slowdive que Rachel obtient un an plus tard une petite victoire dans cet exercice....

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Mark Lanegan Band – Gargoyle

Mark Lanegan Band – Gargoyle

La force d’un grand cuisinier, c’est de pouvoir vous faire aimer des aliments que vous détestez. Alors certes, je n’ai aucune idée des compétences culinaires de Mark Lanegan, mais sur le principe, il nous prouve que c’est un grand cuisinier. Et pourtant, ce n’était pas gagné ! Rappelez-vous, ces dernières années, il nous avait quand même proposé un second album de reprises assez plat, où il prenait plaisir à revisiter des classiques de variété américaine, et le disque le plus mitigé de sa carrière, le très moyen Phantom Radio. Pour un artiste dont la carrière de plus de 20 ans était un quasi sans faute, enchainer deux albums au mieux passables, ça sentait le sapin. Quand les communiqués de presse annonçaient une poursuite sans compromis du virage électronique entrepris depuis Blues Funeral, j’avoue que j’étais prêt à baisser les bras. C’était oublier que si Lanegan a connu une carrière aussi longue et fructueuse en termes de créativité et de coopération, ce n’est pas que grâce à sa voix rocailleuse. Et que quand elle a des compositions à sa hauteur, cette fameuse voix rocailleuse atteint facilement la grâce. Me voilà donc face à Gargoyle, disque que contrairement à d’habitude, je prends assez facilement comme un tout, une balade dans des contrées qui ne me sont certes pas familières (vous saurez que la musique électronique, a fortiori d’influence 80s, m’est plutôt antipathique), mais que le charisme et la maitrise du guide me rend particulièrement immersive. Alors, si rien ne se détache aussi fortement que les tubes de Blues Funeral, encore que « Emperor » est sidérant par son atmosphère presque joyeuse, et que des titres comme « Sister » ou « Goodbye To Beauty » sont magnifiques, on plonge facilement dans cet album pour peu qu’on apprécie Lanegan, et on a une forte envie de se le réécouter. Pas facile de convertir des personnes aussi têtues et réfractaires que moi avec un virage musical qui a tout pour leur déplaire, et rien que pour ça Gargoyle mérite largement d’être écouté. Chapeau bas !...

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Polarbird – Burst

Polarbird – Burst

Mesdames et messieurs, Polarbird ! Polarbird c’est une bande de potes bercés au son des 90s qui se sont dit un jour « pourquoi pas nous ?« . C’est vrai ça, pourquoi pas eux ? Donc ils l’ont fait, ils ont chopé une mascotte (le beau pingouin de la pochette bien coolos signée Halfbob), enregistré des premiers morceaux à l’arrache, donné quelques concerts chaotiques et, peu de temps après, rejoint d’autres potes au sein d’Influenza Records avec qui ils partagent cet amour de l’Indie avec un grand I. Aujourd’hui sort leur premier album et ça tombe plutôt bien, le groupe semble arrivé totalement à maturité. Toujours très inventif dans son jeu de guitare, Olivier nous susurre de délicieux motifs mélodiques, qu’il saupoudre régulièrement d’une saturation bienvenue, sûr de sa force et de ses comparses qui assurent une section rythmique béton à l’humeur changeante (on y reviendra). Au chant, toujours cette très agréable impression qu’il passait dans le coin, qu’on lui a tendu un micro et qu’il a tenté le coup. Entre branleur assumé et chanteur appliqué. Et comble de bonheur, pour nous auditeurs gâtés, le trio prend toujours un malin plaisir à faire partir en vrille ses morceaux. C’est aussi pour ça qu’on aime Polarbird. Jamais avares en mélodies accrocheuses, leur goût pour le crade et les fins apocalyptiques a, en outre, le don de porter leurs morceaux vers des sommets insoupçonnés (le pompon pour les formidables « Gone » et « Brothers » au final mémorable, qui font déjà figures d’indie tubes de l’été par chez moi). Du bruit, des dissonances, des mélodies… Que demande le peuple ? Et bien pourquoi pas un un bon petit solo tout ce qu’il y a de plus cool sur « One Of Yr Numbers » (qui s’autorise aussi un pont quasi post rock, on ne se prive de rien). Clairement Polarbird a mis un paquet d’ingrédients de choix dans la marmite et a remué bien comme il faut. Les précédents EP étaient séduisants, ce premier essai long format, bluffant de maitrise, ne fait que confirmer tout le bien qu’on pensait d’eux. Reste à espérer que le premier double album de Wonderflu (prévu pour juin) leur donne l’idée de faire encore plus long la prochaine fois que ces 9 morceaux gobés d’une traite, qui évidemment nous rassasient, mais nous ouvrent aussi grandement l’appétit. JL   Burst by polarbird Burst est disponible en digital ici et en précommande en CD et vinyle sur la boutique d’Influenza Records. Last but not least, Polarbird défendra son nouveau bébé à l’occasion de la release party le 6 mai prochain sur la scène du Supersonic...

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Edam Edam – Volcano

Edam Edam – Volcano

En novembre 2016, Shyle Zalewski sortait son album définitif d’Edam Edam, dont le nom était un symbole très casse-pied à retranscrire sur un clavier d’ordinateur, et nous annonçait prendre une pause musicale d’une durée indéterminée. Comme l’album était très bon, on avait de quoi se consoler, mais c’était quand même le coeur gros qu’on se demandait combien de temps il faudrait attendre pour voir Shyle reprendre sa guitare et nous balancer ses chansonnettes pop-punk. Avril 2017, un nouveau disque sort. Le tracklisting n’est pas encore définitivement arrêté (oui, chose exceptionnelle, c’est un work in progress qui nous a été envoyé pour chroniquage), mais on approche de la vingtaine de titres. En 5 mois, ce qui devait être au minimum un aurevoir s’est transformé en un dernier petit EP pour le plaisir puis en EP de 14 titres, soit un album, puis en album protéiforme. La vérité, à mon avis, c’est que Shyle est incapable de s’arrêter de composer, d’interpréter, d’enregistrer, de bidouiller. Ce type est non seulement un hyper actif, mais un hyper créatif, et jamais satisfait, avec ça ! L’album va sortir, mais non, un nouveau titre est fini, et finalement il passerait mieux, alors je vire tel autre, mais à bien y réfléchir, tel autre est pas si mal, mais je ne vais pas mettre 40 titres, bon, ben je fais un double album. J’exagère, mais pas tant que ça, à mon avis. Bon, pour parler du disque en lui-même, Volcano reprend dans la lignée de son prédecesseur, avec un « Paper Thin » d’ouverture qui évoque d’emblée Eels. On y retrouve des morceaux pop-punk typiquement Edam Edam, comme « Salem » ou « Witchy-Bitchy », du banjo et du cheap tunes (« Special Flame »), des ballades folk plus calmes (« Twisted Hair », « Castletown »), des inspirations punk ado évidentes (« Volcano »), des petites bizarerries comme le faux jazz de « Wednesday » ou « I’m On Fire With You » qui donne une idée de ce que serait une reprise de « New York Conversation » par les Moldy Peaches et même des instrumentales (« Flyweight Theme », « Pâquerettes »). On est donc en terrain connu sans répéter à l’infini une formule toute faite, ce qui fait qu’on ne s’ennuie jamais même si l’album, copieux, sort dans la foulée d’un autre qui l’était tout autant. Son seul véritable défaut, d’ailleurs, est que sa sortie aussi rapide fait qu’on n’avait même pas eu le temps de se repasser le précédent un million de fois. Quoi qu’il en soit, j’attends impatiemment la sortie physique de ce Volcano qui risque, comme d’habitude, d’être un bel objet. À ce que j’en sais, le fond est là, en tout cas !...

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Sleaford Mods – English Tapas

Sleaford Mods – English Tapas

La délation c’est pas notre genre. Mais chez Sleaford Mods, sans vouloir balancer, il y en a quand même un qui se déchire pendant que l’autre se gratte les bollocks. Jason Williamson cherche des thèmes sur lesquels cracher, puis éructe dans le micro sans ménager ses efforts, y rajoute même une touche mélodique en chantant sur certains passages. Simon Parfrement, lui, a le bon rôle. Il cherche des instrus, et une fois trouvées les mémorise sur son ordi, pour ne plus avoir qu’à « double cliquer » ensuite pour les lancer. Tranquille Emile. Bien sûr on caricature (encore que..) mais le contraste est tel sur scène qu’on ne peut s’empêcher d’y repenser à l’écoute de cet English Tapas qui, à quelques exceptions près, sonne comme chacun de ses prédécesseurs. Et l’ami Simon n’y est pas totalement étranger. Car, si Williamson trouve encore de bonnes formules qui percutent et les répète à l’envi (« trip to Spar is like a trip to Mars », « Pisshead knocking out half-cut ideas/Pretentious little bastard on social medias »), s’il en fout plein la tronche aux réseaux sociaux (« Just Like We Do ») ou aux patrons voyous (« B.H.S. »), Parfrement ne se démène pas outre mesure pour marquer les esprits, au-delà de son bon vieux post punk minimaliste qui tourne en boucle. Signalons quelques efforts tout de même : « Time Sands », moins énervé, qui joue sur les ruptures de beat et sur une basse plus flemmarde que rentre dedans, « I Feel So Wrong » et ses atours funkisants, « Dull » et son piano (?) qui apporte un brin de changement dans ce paysage outrageusement dominé par la basse et le beat. Mais il faut quand même bien gratter pour trouver un peu de variété à ces tapas anglaises qui ont toutes plus ou moins le même goût. Comme sur Key Markets. La recette est maîtrisée, elle nous plaisait bien et on l’aime toujours mais à l’avenir il va falloir trouver de nouveaux ingrédients sinon, à force, on va préférer se tourner vers d’autres cuistots....

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Caspian – The Four Trees

Caspian – The Four Trees

Deux ans après la sortie de leur premier EP You Are The Conductor, Caspian sort le 10 avril 2007 son premier album, The Four Trees, qui vient de fêter ses 10 ans. Composé de 11 titres dont « ASA » et « Some Are White Light », des incontournables de la discographie du groupe, The Four Trees est une ode à la lumière. Ses morceaux instrumentaux sont tous portés par cette beauté harmonieuse dont Caspian a le secret. Les premières notes de « Moksha » suffisent à nous mettre du baume au cœur et le sourire aux lèvres. Pas de grosses prises de risques sur ce disque, les mélodies s’enchainent sur des titres plutôt courts (j’entends pour ce genre musical) mais comme toujours on retrouve cette force, ces guitares puissantes qui montent crescendo vers des notes finales épiques (« Crawlspace », « Book IX »). Néanmoins, on découvre aussi pour la première fois un morceau entièrement acoustique, « Our Breath In Winter », qui laisse entrapercevoir une nouvelle palette musicale au sein de leur univers. On retrouve également des notes acoustiques dans la magnifique « Sea Lawn ». Le mélange de ces doux accords accompagnés des loops électriques rappelant le chant des baleines nous laisse imaginer la beauté des paysages qui entourent le groupe sur La baie du Massachusetts. Emotion partagée avec talent. L’enchainement « The Dove »/« ASA » fait partie des plus belles compositions du répertoire du groupe. Éthérée et intense, l’harmonie entre ces deux morceaux nous laisse sans voix. Le quatuor nous prouvait à nouveau tout au long de cet album très cohérent qu’il n’est pas nécessaire d’apposer des paroles pour nous procurer des émotions. The Four Trees posait ainsi une nouvelle pierre à leur édifice après un You Are The Conductor prometteur, et laissait déjà présager les monuments à venir. Tertia (2009) , Waking Season (2011) , le bouleversant Hymn For The Greatest Generation (2013), et le puissant Dust And Disquiet sorti en 2015, un des meilleurs disques de rock instrumental. Aujourd’hui, Caspian continue d’évoluer et d’apporter de la variété à sa discographie en nous présentant en octobre 2016 le mini film Castles High Marble Bright, entièrement composé d’images capturées par Ryan Mackfall lors de leur dernière tournée européenne. Ce titre nous donne un magnifique aperçu de ce qu’il reste à venir. On a hâte de découvrir la suite.   ET...

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The Jesus And Mary Chain – Damage And Joy

The Jesus And Mary Chain – Damage And Joy

Ne jouons pas les vierges effarouchées ou les esprits obtus : les reformations, si elles débouchent sur des albums de qualité et quand il s’agit de groupes mythiques comme The Jesus And Mary Chain, on prend. Les anglais nous avaient laissé orphelins près de 20 ans après le moyennasse Munki et reviennent donc près de 30 ans après le cultissime Psychocandy, nous étions donc aussi impatients que légitimement inquiets. Si cette affreuse pochette n’augurait rien de bon, le groupe a décidé de nous en mettre plein la vue dès le début. En vieux briscards, ils se doutaient bien qu’en mettant les morceaux moyens au début, le public et la critique auraient eu bien du mal à apprécier ce disque. Donc, les morceaux moyens, ils les ont disséminé plus loin dans la tracklist… Psychocandy s’ouvrait avec « Just Like Honey », Darklands s’ouvrait avec.. « Darklands ». Qu’à cela ne tienne, Damage And Joy s’ouvre avec « Amputation », tube incontestable. Et derrière on a droit à la magnifique et cotonneuse « War On Peace », suivie de l’excellente et énergique « All Things Must Pass ». On est heureux de retrouver la voix de Jim Reid, le son caractéristique de Jesus And Mary Chain… Et tout va bien dans le meilleur des mondes. C’est à partir de « Always Sad », sympathique ritournelle pop mais un peu trop innocente, que le bât blesse. Les frères Reid se mettent ensuite à souffler le chaud et le froid avec d’autres franches réussites quand les larsens viennent brouiller les mélodies avec bonheur (« Get On Home », « Facing Up To The Facts » ou « Mood Rider » qui s’envenime méchamment sur le finish), et des morceaux franchement dispensables (« Los Feliz », « Presidici », un « Can’t Stop The Rock » qui, comme son nom pouvait le laisser craindre, flirte dangereusement avec la mièvrerie ou « Simian Split » aux breaks de batterie aussi déconcertants que les paroles : « I killed Kurt Cobain, i put a shotgun through his head. And his wife gave me the job » qui ne manqueront pas de faire jaser, ce qui permettra au moins de faire parler de ce morceau assez quelconque). Jim Reid n’oublie pas un rappel essentiel : « i hate my brother and he hates me« . Ouf, rien n’a vraiment changé ! Mais au final, The Jesus And Mary Chain nous offre un bon album pop, un retour honnête mais certainement pas un grand disque de Jesus And Mary Chain. On peut avancer sans trop se mouiller que dans 10 ans on préfèrera sans doute se réécouter Psychocandy, Darklands ou Automatic, même si on les connait par cœur. Mais au moins on ne tirera pas la tronche quand ils joueront dans deux semaines à l’Elysée Montmartre les meilleurs titres de ce Damage And Joy....

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The Madcaps – Slow Down

The Madcaps – Slow Down

Comme son nom l’indique, Slow Down, troisième album des Madcaps, a décidé de calmer le jeu. Leur pop teintée de garage, ou l’inverse, était presque toujours jouée à fond les ballons et destinée à s’écouter comme tel. Et bien, les temps ont changé. Non pas que les Madcaps soient désormais totalement méconnaissables, loin s’en faut, mais ils ont mûri (oh le vilain mot). Et il faut dire ce qui est, en intellectualisant un peu la chose, en lui ajoutant une coloration soul inattendue, ils nous ont pris par surprise et on s’est retrouvé un peu paumé. Là où le groupe brillait par ses mélodies qui restent immédiatement ancrées, ce Slow Down a le don de s’offrir à qui veut bien l’attendre. Bien sûr la fibre pop du groupe ne s’est pas volatilisée, mais les quelques morceaux qui rappellent irrémédiablement ses prédécesseurs (« No Friend Of Mine », « She’s So Hot ») et qui s’apprivoisent en une ou deux écoutes se révèlent finalement moins marquants. Et si quelques riffs très Stonesien (« Come », « Fair Enough ») viennent pimenter la partie, c’est bien quand les Madcaps s’éloignent de leur terrain de prédilection qu’ils nous attirent plus aisément dans leurs filets. Quand ils nous embarquent en Nouvelle-Orléans avant de s’offrir un final très blues 50s (« Slow Down ») par exemple, ou quand Thomas Dahyot s’essaie au spoken word (« Le Passe Muraille » tiré du roman du même nom de Marcel Aymé). Les cuivres sont plus présents que jamais, reléguant presque les guitares au second plan, et les synthés bien vintage font également une entrée remarquée (« Devil Monkey », la groovy « Chill Pants »). Il faut reconnaître un certain culot aux rennais de s’affranchir de leur recette fétiche qu’ils maitrisent jusqu’au bout des ongles, au risque peut-être de perdre en chemin ceux qui attendaient un album dans la même veine que l’imparable Hot Sauce. En résulte un disque qui a un peu le cul entre deux chaises, probablement entre le Madcaps d’hier et celui de demain. Reste à trouver le parfait équilibre. Sur le prochain ?...

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Pile – A Hairshirt Of Purpose

Pile – A Hairshirt Of Purpose

J’aurais dû savoir, entre leurs disques et la découverte de Tennis Bafra l’année dernière, que les mecs d’Influenza Records connaissaient leur affaire en matière de rock indé inspiration 90s. N’empêche, j’avais écouté plusieurs morceaux de Pile et c’était un poil bourrin à mon goût, ce n’est pas ma faute, je suis un sensible. Du coup, je ne me suis pas empressé d’écouter ce nouveau disque, le premier américain à sortir sur le label, et encore moins d’en faire la promotion. Mea maxima culpa. Je n’avais certainement pas écouté les bons titres pour me planter sur Pile à ce point-là ! Puissants, ils le sont certainement, il y a bien des titres comme « Hissing For Peace », « Texas » ou « Hairshirt »  pour le prouver. Mais bourrins, allons donc ! Déjà, A Hairshirt Of Purpose s’ouvre sur une ballade, et les morceaux downtempo sont quasiment omniprésents. Surtout, ils sont particulièrement réussis qu’ils soient de vrais titres calmes (« I Don’t Want To Do This Anymore », « Making Eyes »), dans le crescendo contenu (la très jolie « Milkshake »,  « Rope’s Lengths », « Dogs ») ou même dans l’explosion finale (« Slippery »). Au bout du compte, on a un disque très réussi, dans lequel on sent un gros travail de composition sans jamais être dans la surenchère, de la complexité sans jamais être dans le grandiloquent, de l’émotion sans jamais tomber dans le sentimentalisme… une vraie réussite, pour peu qu’on aime ce style de musique. Sans tergiverser, ce qui ne semble pas être le genre de Pile, Influenza Records a su nous dénicher un excellent album, et un groupe à découvrir assurément. Et puis, comment pourrais-je résister à des musiciens du Massachusetts qui appellent un de leurs morceaux « No Bone » ?...

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IAM – L’École Du Micro D’Argent

IAM – L’École Du Micro D’Argent

Dans quelques années quand on parlera de rap français à nos gosses, ils auront peut-être du mal à croire qu’auparavant les rappeurs déblatéraient dans le micro avec leur vraie voix sans avoir recours à des artifices dégueulasses, que ce qui les animait était de dépeindre la vie telle qu’ils la percevaient et telle qu’elle était vécue par des milliers de banlieusards n’ayant pas accès à la même exposition qu’eux. D’être la voix des sans voix comme le veut l’expression consacrée. Ils nous regarderont peut-être les yeux écarquillés quand on leur dira que ces mêmes rappeurs étaient médiatisés uniquement pour la qualité de leurs textes et non pas pour leurs frasques ou marques de sapes. On ne sera alors pas peu fier de leur dire que nous étions là il y a 20 ans pour vivre l’arrivée d’un monument du rap francophone. On leur foutra « Demain, C’est Loin » dans les oreilles et ils comprendront que tout est vrai. En 1997, IAM, étendard du rap marseillais sort donc ce qui reste à ce jour son chef-d’œuvre inégalé. Jusque-là il était respecté pour son statut de pionnier, justifié par deux premiers albums de qualité et un tube pour faire les cons en soirée (« Le Mia »). Les promesses sont là mais on ne s’attend quand même pas à un tel coup de maître. Avec L’école Du Micro D’argent, IAM déploie l’artillerie lourde. Tout pour plaire. Des instrus travaillées comme jamais, Imhotep et Kheops partent en quête du sample qui tue sillonnant les films, disques soul, funk et nous pondent des instrus comme on n’en avait jamais entendues de ce côté-là de l’Atlantique. C’est d’ailleurs en partant enregistrer une partie du disque à New York, mecque du rap underground, que les marseillais vont chercher l’inspiration. Dès le morceau titre en ouverture et son instru terriblement entrainante, on s’en prend plein la face. Parés pour la bataille. Les amateurs du Wu-Tang Clan ou de Mobb Deep auront droit à leur petite hallucination se disant qu’on n’est pas si mal en France. Au niveau des textes on n’est pas si mal non plus. Les MCs déploient un style tout terrain avec une plume aussi à l’aise dans l’égotrip pur et simple (« Un Bon Son Brut Pour Les Truands ») que dans le fait divers glaçant dépeint avec un réalisme froid (« Un Cri Court Dans La Nuit »). Le grand public découvre que le rap n’est pas qu’un truc de banlieusards pour les banlieusards. Une science de la rime, des textes d’une intelligence rare à même de parler à chacun de nous. Pas aussi intello qu’un MC Solaar, pas aussi radical que NTM ou Assassin, les marseillais ont leur créneau et livrent là « une musique pas faite pour 5...

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