“In Utero” de Nirvana a 25 ans. Chronique

“In Utero” de Nirvana a 25 ans. Chronique

Vu que vous allez trouver des dizaines voire des centaines de sites pour vous raconter l’histoire de ce disque, la vie de Cobain et de Nirvana, je vais jouer à fond le mauvais critique, celui qui ne parle que de lui-même. Du coup, si vous cherchez un article historique ou que vous avez un avis très arrêté sur ce que doit être la critique musicale, vous pouvez d’emblée passer votre chemin. Au commencement, ce disque n’était rien qu’une image. Une femme avec des ailes d’ange sur un fond orangé. Une femme tellement nue qu’on voit l’intérieur de son  corps. Et un nom qui sonne familier et mystique, Nirvana. À l’époque où j’ai vu cette image, je devais déjà avoir entendu parler du groupe sans jamais l’avoir écouté, je savais que c’était de la musique mais pas du rock, pas du grunge, ces mots n’avaient que peu de sens pour moi, même pas qu’elle était faite par des hommes, je m’étais même imaginé que c’était une femme qui devait chanter ça, allez savoir pourquoi. Je n’avais donc aucune idée de qui était Kurt Cobain et j’ignorais complètement que dans à peine 6 mois, il serait l’objet de la plus grosse tragédie musicale des années 90. En revanche, je me souviens parfaitement du jour où j’ai écouté ce disque, en même temps que son ainé Nevermind. La grosse claque dans la gueule pour un gamin élevé dans une maison où la plupart des disques avaient sur leur pochette un quelconque hippie barbu orné d’une guitare classique et d’un pull dégueulasse. Le truc le plus rock que j’avais dû entendre jusque-là, c’était Jean Jacques Goldman. Imaginez le choc ! Mon premier émoi, sans surprise, c’était “Rape Me”. Le tube accrocheur par excellence, et rebelle en plus. On était tous des brêles en anglais, à l’époque, mais on savait étonnamment exactement ce que le titre voulait dire. Ce morceau, évinçant ainsi la bombe “Smells Like Teen Spirit” qui pour ma part fut à retardement, devenait mon premier coup de foudre avec Nirvana. Le deuxième viendra très vite, “Heart-Shaped Box” qui reste encore aujourd’hui un de mes tubes préférés du groupe. Ensuite, mon histoire avec In Utero fut jalonnée de va et vient, jamais vraiment disparu mais parfois en retrait avant d’y revenir inexorablement. Au collège, alors que je découvrais Oasis et tombais dans le piège de la britpop pour quelques années, chaque réécoute de Nirvana faisait vaciller mes sens d’une façon différente. In Utero,  souvent. Après le lycée, alors que j’errai sans gloire dans des sphères métalliques, il fallut l’influence bienvenue de ma petite amie d’alors pour me remettre dans le droit chemin. In Utero, toujours In Utero. Aujourd’hui que le gros de...

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Mudhoney – Digital Garbage

Mudhoney – Digital Garbage

Mudhoney a sorti en janvier un disque live qui, bien que très plaisant et de bonne qualité, nous laissait un peu sur notre faim. Mais ce n’était pas sans la promesse d’un nouvel album cette année. L’album arrive en cette fin de mois de septembre et, ne tergiversons pas, il valait le coup d’attendre. Mudhoney fait partie de ces groupes qui n’y vont pas par quatre chemins. Il suffit de quelques morceaux pour savoir exactement la musique qu’ils aiment et celle qu’ils veulent faire. Pour l’auditeur, c’est pareil, quelques écoutes suffisent pour savoir si on accroche ou non, et même s’ils ont des disques meilleurs que d’autres, je pense que vous ne perdez pas grand chose à les éviter si vous n’aimez pas ce que vous entendez. A contrario, si vous aimez, vous pouvez vous plonger sans crainte dans l’ensemble de leur discographie. Malgré cela, il serait réducteur de considérer que le groupe fait toujours la même chose. Ils ont coloré leur son tour à tour de blues (Tomorrow Hit Today), de psychédélisme (Since We’ve Become Translucent), ajouté des cuivres (Since… et Under A Billion Suns), supprimé une guitare (The Lucky Ones) et Vanishing Point, le dernier en date, ressemblait fort à une tentative expérimentale tout en restant dans le domaine swamp-punk-fuzzy habituel. Qu’en est-il de Digital Garbage, donc ? Et bien, encore une fois, c’est du Mudhoney pur jus ; si vous aimez Mudhoney, vous adorerez, sinon vos resterez froid (mais si vous n’aimez pas Mudhoney, je vous encourage tout de même à consulter). Malgré cela, on a l’impression que l’album est un retour aux sources ; non pas aux sources de leur discographie en tentant de refaire un Superfuzz Bigmuff bis, mais bien aux sources du groupe en pondant presque l’album punk qu’ils n’ont jamais fait. Je dis “presque”, car ce disque est également fort de leurs expériences passées, comme si les expérimentations de Vanishing Point, et l’ensemble de leur carrière, avaient bien été digérées. On fait difficilement meilleur album pour fêter les 30 ans d’un groupe. Punk, cet album l’est également dans les textes. Mark Arm est plus critique que jamais, lui qui au début n’écrivait que des chansons avec les mots “sick” et “dog”, et son esprit vif fait des merveilles. Tout le monde en prend pour son grade, la génération youtube avec “Kill Yourself Live” (“Tue-toi en direct, fais-le pour les likes“), les complotistes avec “Paranoid Core”, les religieux sur “Messiah’s Lament” et “21st Century Pharisees”, le capitalisme avec “Prosperity Gospel” (“Baise la planète, nique tes enfants, deviens riche, c’est gagné“), la race humaine entière avec “Next Mass Extinction” (“Rien ne nous remplacera à la prochaine extinction de masse“) et je ne serais pas...

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SLIFT – La Planète Inexplorée

SLIFT – La Planète Inexplorée

Après son remarquable EP Space Is The Key sorti l’année dernière, le trio toulousain SLIFT revient ce vendredi avec son premier album La Planète Inexplorée. Dès le morceau d’ouverture, “Heavy Road”, on embarque dans le space opéra de SLIFT avec un garage-rock survolté fortement teinté de psychédélisme. En 40 minutes SLIFT nous fait découvrir sa planète inexplorée peuplée de spécimens des plus accueillants : riffs fuzzy, rythmiques soutenues et même apparition inattendue de parties de flûte. Le tout pour nous livrer ce qui pourrait être une bande son psychédélique d’une très bonne série B de Science Fiction. Les explorateurs des planètes Oh Sees, Ty Segall et autres King Gizzard & The Lizard Wizard ne voyageront pas en terre inconnue. Si à la première écoute “Heavy Road”, “Doppler Ganger” et “Fearless Eyes” se détachent immédiatement, les autres morceaux se dévoilent peu à peu au fil du temps. Signalons notamment la très cool “Trapezohedron” et son break sous acides ou l’instrumentale “La Planète Inexplorée” avec son intro heavy à souhait à la Black Sabbath et son riff qui pourrait être une chute de l’un des derniers Oh Sees. Dans la foulée du dernier Kaviar Special, eux aussi chez Howlin Banana Records, SLIFT nous montre que le rock psyché français peut bomber le torse tant il n’a pas grand chose à envier à celui de la côte ouest américaine. Avec ce premier album les toulousains transforment l’essai et confirment que l’on doit dorénavant compter sur eux. Reste à espérer qu’ils empruntent une trajectoire plus personnelle par la suite car malgré ses indéniables attraits cette Planète Inexplorée nous donnent parfois le sentiment qu’on l’a déjà foulée. Alain Dutertre LIRE LA CHRONIQUE DE KAVIAR SPECIAL – VORTEX LIRE LA CHRONIQUE DE KAVIAR SPECIAL – #2 LIRE LA CHRONIQUE DE VOLAGE – SITTIN’ SIDEWAYS LIRE LA CHRONIQUE DE VOLAGE – HEART HEALING LIRE LA CHRONIQUE DE THE MADCAPS – SLOW DOWN LIRE LA CHRONIQUE DE THE MADCAPS – HOT SAUCE LIRE LA CHRONIQUE DE THE MADCAPS – THE...

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The Breeders – Last Splash

The Breeders – Last Splash

La revanche d’une brune. Fin 1992 : Pixies se sépare vu que le “couple” Frank Black/Kim Deal ne tient plus. La fin d’un mythe. Kim sera informée par fax. Classe. Août 1993 : les Breeders sortent “Cannonball” et tiennent leur tube ultime. Celui que les Pixies n’ont jamais obtenu* (même avec l’effet Fight Club). Black peut se les bouffer, Deal jubile. Ahouhaaa ahouuhaaa. Suivi d’une ligne de basse aussi évidente que dantesque, un refrain qui claque. L’affaire est dans le sac, les Breeders squattent les ondes. Ce n’est pas “Smells Like Teen Spirit” non plus mais le succès est pour le moins inattendu. Mais réduire Last Splash à “Cannonball”, tout génial qu’il est, serait évidemment criminel. Last Splash regorge de qualités pop, de mélodies simplistes en apparence et diablement accrocheuses, de riffs saturés, de lignes de basse rondouillardes, d’idées bien trouvées… et en plus il y a les soeurs Deal. En un mot, ce disque est la coolitude incarnée et sent bon le 90s à plein nez. Quoi de plus normal en 1993 me direz-vous mais 25 ans plus tard il reste un emblème de cette époque et une de ses œuvres majeures. Dans les musées plus tard, on dira « vous voyez cette chose, ça avait l’air tout con comme ça et ça les a tous retourné ». Car il y a tout sur Last Splash. Pod était déjà grand, son successeur est un géant. Il consacre définitivement les Breeders et Kim Deal n’est plus « seulement » l’ex bassiste d’un groupe fondamental, elle assure le lead du truc le plus jouissif qui soit. Car si la familiarité des Breeders avec le « grunge » peut parfois sembler évidente, l’humeur n’est pas aussi plombée que chez les mastodontes de l’époque, qui hurlent à tout un tas de gamins déplorés leur mal-être à évacuer. Kim Deal n’a rien à évacuer, elle nous prend par la main, nous explique le tout gentiment, haussant le ton quand il le faut, mais toujours avec une grâce et une classe absolue. Passons donc en revue les raisons de notre amour fou pour cette indie lady et ses comparses. L’accueil n’est pas des plus chaleureux. « New Year » est menaçant d’emblée et on sent bien qu’on va vite s’en prendre une belle. Après l’intro au ralenti, le tempo augmente subitement et il n’y aura plus rien ni personne pour l’arrêter. Moins de deux minutes et c’est déjà plutôt clair : CE DISQUE VA TOUT ARRACHER. Il y a ensuite « Cannonball » que vous connaissez déjà par cœur et qu’on va donc zapper. Oh et puis merde vous avez entendu cette basse ? Allez, on se la refait. Rien qu’une fois, promis. Jusqu’à la prochaine. Autre tube mémorable, mais que ta voisine ne connait...

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Low – Double Negative

Low – Double Negative

Cessons de nous voiler la face. Après maintes écoutes pour espérer palper l’impalpable, déceler la magie dissimulée derrière tous ces sons brouillés, ces voix trafiquées, le constat est aussi cruel qu’inattendu : oui, il est possible d’être déçu par Low. Un groupe, qui malgré de nombreuses évolutions et remises en question, était toujours parvenu a minima à nous séduire, et bien souvent, à nous transporter littéralement. Un groupe unique à l’osmose sidérante, à la finesse inégalée qui, encore une fois rebat les cartes, poursuivant de façon bien plus radicale, ce qu’elle avait commencé à entreprendre sur les deux albums précédents. Dès le début de Double Negative, on vérifie que ses enceintes fonctionnent bien tant le son est abrupt, radical, saturé au possible. Pour ne pas dire dérangeant. Low ne se reposera jamais sur ses lauriers, c’est une immense qualité mais cette fois il est dur de les suivre dans leurs expérimentations. L’expérience est déroutante, on manque de repères et les moments de grâce, d’ordinaire si fréquents au sein de leurs disques, se comptent ici sur les doigts d’une main. Le triptyque d’ouverture de près d’un quart d’heure en fait partie, notamment ce “Dancing And Blood” en apesanteur après l’agression auditive que constitue “Quorum”. La magie affleure de nouveau, subrepticement, sur “Fly” où Mimi Parker de son timbre si pur vient percer les sonorités brouillées par l’électronique et les bidouillages. Quelques notes de basse viennent alors nous guider et nous emporter loin de tout ce tumulte et on se dit alors que Low va encore parvenir à nous livrer une œuvre majeure tout en se réinventant en partie. Las… Difficile de conserver cet enthousiasme tout du long tant l’expérience se révèle éprouvante, au lieu d’être enivrante. Le plus frustrant est cette surcharge d’effets, cette saturation excessive qui vient complètement noyer les mélodies, la force inaltérable de Low depuis 25 ans (“Tempest” en est l’illustration parfaite). Chassez le naturel, et vous perdez gros. Il y a bien également “Always Tryin To Work Out” qui parvient à nous émouvoir dans sa langueur caractéristique avec ce duo vocal toujours aussi irréel de complicité. Pour le reste, on peine à reconnaitre notre Low adoré et on finit par capituler… Le conflit perpétuel qui agite Double Negative est trop déséquilibré : les machines ont eu raison des hommes, et toute la puissance émotionnelle du trio de Duluth s’est envolée. Mais gardons espoir, on ne peut croire que ce groupe puisse nous faire ce coup-là deux fois de suite… Les prochaines retrouvailles n’en seront que plus jubilatoires ! Jonathan Lopez Low sera en concert le 13 octobre à La Gaîté Lyrique (Paris) et nous n’avons aucun doute sur le fait que la magie opérera de...

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Slaves – Acts Of Fear And Love

Slaves – Acts Of Fear And Love

C’est un constat très plaisant à écrire : 40 ans après, le punk anglais est encore bien vivace. Il y avait de quoi en douter, mais avec les succès récents de Slaves (adoubés par Mike D, ex-punkeux devenu dieu du rap), Sleaford Mods ou Idles, on peut l’affirmer haut et fort : ça gueule encore bien LOUD outre manche. A peine la touche play enclenchée qu’on se fait percuter violemment par “The Lives They Wish They Had”. Si ça c’est pas du tube, je suis fan d’Hélène Segara. Riff dément, chant scandé (limite rappé) par Isaac Holmes en même temps qu’il martèle ses futs, refrain en forme de slogan imparable. Le tout s’achève dans l’hystérie comme une fin de concert où les instruments sont fracassés au sol. Nous voilà prévenus, ces deux-là (oui, deux !) sont toujours aussi bruyants. Mais si bien des salves dévastatrices appuient ce constat (“Cut And Run” et son taquin “you’re looking unwell“, “Artificial Intelligence” ravivant nos années teenage, “Bugs” au refrain un peu trop skaters boutonneux), l’agréable surprise vient également de ces morceaux plus mid tempos, tout aussi fédérateurs, franchement pop et incontestablement cool (on pense parfois plus à Blur qu’aux Sex Pistols). A l’image de “Magnolia” avec la cowbell qui va bien, le break qui tue, donnant envie de claquer des doigts en mâchant son chewing-gum. Et de faire quelques fuck aux passants. L’accent so british de sir Holmes renforce évidemment nos élans rebelles (le refrain imparablissime de “Chokehold”. Non, vraiment, c’est pas Damon Albarn qui a participé à la compo ?!). La sympathique “Daddy” joue carrément la carte de la fausse ballade innocente, comme “Photo Opportunity”… avant qu’elle ne fasse hurler la disto sur le refrain. L’agressivité est constamment là mais le dosage est assez bien pensé pour qu’on n’ait pas le sentiment de ramasser des gnons non stop et éviter à la lassitude de pointer le bout de son nez (le disque ne dépasse pas la demi heure, c’est très bien comme ça). Pas sûr que cet Acts Of Fear And Love vous poursuivra des années durant mais quand vous chercherez un bon défouloir, il sera toujours là pour rendre service.   Jonathan Lopez   LIRE L’INTERVIEW DE...

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Alice In Chains – Rainier Fog

Alice In Chains – Rainier Fog

Hasard du calendrier (ou pas ?), Rainier Fog, 3e album de la “deuxième carrière” d’Alice In Chains, est sorti deux jours après l’anniversaire de Layne Staley. Comme un énième symbole que son fantôme hantera à jamais ce groupe. A tel point que certains ne veulent même pas entendre parler du Alice In Chains post-Staley. Ils ont totalement tort. Car Black Gives Way To Blue et, dans une moindre mesure, The Devil Put Dinosaurs Here, étaient des plus consistants et n’entachaient en rien la légende des grungeux. Ceux qui ont accepté de tourner la page attendaient donc de pied ferme ce Rainier Fog, et l’écoute du premier single, “The One You Know”, au riff en béton armé et à la mélodie instantanément gravée, n’a fait qu’accentuer l’impatience. Pourtant, la première écoute du disque laissait une impression de “bien mais pas top“. Et puis, le brouillard s’est peu à peu dissipé, bien plus vite que celui trônant constamment au sommet du mont Rainier (de Seattle, évidemment) qui orne la pochette et donne son nom à l’album. Dans un premier temps, la production limpide du disque et les harmonies de Cantrell et DuVall, plus au point que jamais, pouvaient laisser penser à un album un peu trop propre. Il faut le dire, et cela ne surprendra personne, Rainier Fog, n’atteint pas les sommets de noirceur d’un Dirt. Mais Cantrell n’a pas laissé au placard ses riffs ténébreux et ses solos habités. Et il porte comme toujours le groupe avec sa patte inimitable. Tellement inimitable, et tellement omniprésente, qu’on aurait pu craindre que ça frôle l’auto-caricature par moments. Mais il fallait le temps de dompter la bête pour apprécier la qualité irréprochable des compos et ses subtilités malgré la chape de plomb qui s’abat constamment sur notre caboche (comme ce break aussi classe qu’inattendu sur le titre éponyme). Rainier Fog, s’il ne bouleverse en rien les habitudes du fan d’Alice In Chains (bien qu’un peu moins sombre qu’à l’accoutumée, on l’a dit), lui offre quelques excellents morceaux pour venir garnir la compil maison (triple cd la compil). Sans jamais tenter de singer son inimitable prédécesseur, William DuVall s’est imposé dès le départ et continue de renforcer sa complémentarité vocale avec Cantrell et de légitimer sa place dans le groupe. On a évoqué le premier single, les deux autres ne sont pas en reste (“So Far Under”, poisseuse comme il faut, et “Never Fade”, dédiée aux disparus, dont le refrain marque les esprits). En moitié d’album, la colossale doublette monolithique “Drone” – “Deaf Ears Blind Eyes” appuie là où ça fait du bien. Et il serait criminel de ne pas citer “Red Giant”, terriblement dynamique et rentre dedans, tout en sentant bon la dépression....

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Oh Sees – Smote Reverser

Oh Sees – Smote Reverser

Il suffit de s’attarder quelques secondes sur le magnifique artwork de Smote Reverser pour comprendre que ça va remuer, et pour s’imaginer qu’on va se faire canarder non stop. Vos oreilles sont prévenues : l’heure est à l’extermination, façon blockbuster hollywoodien. TUTUTUT on ne s’emballe pas, ce n’est pas aussi simple. Cette repoussante bestiole nous dégueule bien quelques riffs maousses dans le plus pur style Oh Sees quand il est décidé à nous coller une dérouillée (la furax “Overthrown” et, dans une moindre mesure, “Abysmal Urn”). Mais le père Dwyer, revenu de sa paisible parenthèse OCS, se complait, comme depuis quelques temps maintenant, dans un rock progressif cosmico-motoriko-barjot des plus aventureux. Peut-être même le plus aventureux à ce jour. Dwyer et ses potes ont le goût des sons répétitifs et entêtants, des basses qui tournoient pendant des plombes (“Flies Bump Against The Glass”, miam), et parviennent ici à nous retourner le cerveau en 11 leçons. Dès l’entame (“Sentient Oona”), ça groove à mort. Les délires opiacés sont de la partie (la réjouissante “C” et ses wou wou wou), tout comme les longues divagations bluesy psychédéliques (les langoureuses “Last Peace” et “Moon Bog” aux longs solos étirés). Thomas Dolas – acolyte synthétique de Dwyer au sein d’OCS – est ici convié et ses synthés occupent une place de choix, qu’ils soient Doors-ien sur l’énergisante “Enrique El Cobrador”, jazzy sur “Nail House Needle Boys”, ou complètement distordus sur l’étrange et mélancolique “Beat Quest”. Puisqu’il faut bien pinailler un peu, on regrettera quelques égarements au sein d’un album globalement trop long (1 heure au compteur, la palme pour “Anthemic Aggressor” et ses 12 minutes de jazz fusion qu’on aurait bien réduite de moitié). Mais on aura du mal à en vouloir à un artiste aussi généreux qui en est à son 21e album sous les entités OCS/Thee Oh Sees/Oh Sees et semble avoir encore de l’inspiration à revendre. Nous on achète. Jonathan Lopez  LIRE LA CHRONIQUE DE ORC LIRE LA CHRONIQUE DE OCS – MEMORY OF A CUT OFF...

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Mark Lanegan & Duke Garwood – With Animals

Mark Lanegan & Duke Garwood – With Animals

Ces deux-là sont unis. Unis par une amitié profonde et sincère, que l’on devine indéfectible. Unis par un amour commun pour la musique intimiste. Il y a 5 ans, cette union avait donné naissance au très beau Black Pudding, pour lequel on n’osait plus espérer une suite. La voici. Et elle est telle qu’on pouvait l’imaginer. Mark Lanegan et Duke Garwood ne s’étaient pas perdus de vue et sur With Animals on a le sentiment qu’ils ne se sont jamais quittés. L’entente est évidente. Dans le plus grand des calmes, on déguste un disque aussi fin que minimaliste. Un disque qui ne s’embarrasse d’aucune fioriture mais qui ne délaisse pas les arrangements (nombreux et raffinés) pour autant. Un disque qui s’écoute au crépuscule ou à la nuit tombée. Comme ce « Save Me » hanté qui semble filtrer à travers une brume épaisse. Un album d’ores et déjà hors du temps sorti en plein cœur d’un été à dominance caniculaire alors qu’on s’imagine plutôt l’écouter au coin du feu, simplement accompagné du bruit des braises qui crépitent. Quelques cordes caressées et distordues par Duke, quelques vers murmurés par Mark, il en faut peu pour nous toucher en plein cœur (« Feast To Famine »). Après plusieurs escapades électroniques sur ses derniers albums, il est bon de retrouver la voix de Lanegan dans un univers blues/folk classique qui lui sied parfaitement et qui commençait à nous manquer (les superbes « My Shadow Life » et « One Way Glass »). Dans le plus grand dépouillement, la magie opère (« Desert Song » et sa guitare à nu, les notes prolongées indéfiniment sur « Lonesome Infidel » qu’on pourrait croire issus d’un Boards Of Canada, et les sifflements du grand Mark). Hormis une légère monotonie qui peut s’installer vu la grande homogénéité du disque qui ne cesse de nous caresser dans le sens du poil (à l’exception de “Spaceman” où Duke taquine sa six-cordes comme un vieux bluesman et Lanegan retrouve un entrain mis de côté jusqu’alors au profit de la méditation), pas grand chose à reprocher à ces deux-là qui nous offrent le privilège de pénétrer au cœur de leur univers si particulier. La mélancolie n’est jamais loin, la beauté est toujours là. Jonathan Lopez   LIRE L’INTERVIEW DE MARK LANEGAN LIRE L’INTERVIEW DE DUKE GARWOOD LIRE LA CHRONIQUE DE HEAVY LOVE DE DUKE GARWOOD LIRE LA CHRONIQUE DE BUBBLEGUM DE MARK LANEGAN LIRE LA CHRONIQUE DE BLUES FUNERAL DE MARK LANEGAN LIRE LA CHRONIQUE DE PHANTOM RADIO DE MARK LANEGAN LIRE LA CHRONIQUE DE GARGOYLE DE MARK LANEGAN LIRE LE REPORT DE MARK LANEGAN AU TRABENDO EN...

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It It Anita – Laurent

It It Anita – Laurent

It It Anita aime brouiller les cartes. De la tension, il en instaure dès les premiers accords de « Denial », puis de délicats arpèges viennent adoucir le propos. Le mot pop nous vient à la bouche, mais avec ce qu’il faut de vicié. N’allez pas croire qu’on vous emmène en ballade non plus, vous pourriez avoir de drôles de surprises. On pense ensuite se retrouver en territoires post punk sur « User Guide » (on dit coucou à Disappears en passant) avant que l’affaire ne s’emballe en un stoner musclé. Du post stoner, il fallait l’inventer. Quoiqu’il en soit, le résultat est aussi surprenant que décapant. 11 titres, c’est peu et beaucoup à la fois. En 11 titres, on entend du punk furax (« Another Canceled Mission », « GOD »), on croit qu’on va voir débouler Josh Homme pour entonner « nicotine, valium, vicadin, marijuana, ecstasy and alcohol » (« 11 ») et on se retrouve finalement face aux cousins belges de J.C. Satàn. En 11 titres, on a aussi le temps de dire un grand oui à « Say No », véritable manifeste grunge d’une efficacité absolue. On évite les obus qui tombent d’un peu partout (« Tanker 2 pt 1 ») et alors que tout semble s’être apaisé, on croise la journaliste Myriam Leroy en plein dialogue conjugal sulfureux. 11 titres, c’est énorme, donc. On a le temps d’en prendre plein la gueule. De toutes les manières, et d’en redemander. L’énergie est tantôt débridée sans que rien ni personne (surtout pas nous) ne semble vouloir l’arrêter, tantôt totalement maitrisée, comme sur ce « We Are Nothing » final aux couplets très Sonic Youth-esques assagis pour une montée gargantuesque sur le refrain façon post rock (un refrain en post rock ? Et oui, pourquoi pas). Voilà on a cité 42 styles différents pour tenter de définir ce qu’on aurait pu faire en quelques mots simples : Laurent est un putain d’album ROCK. Du rock intense et puissant, du rock inspiré et généreux, du rock dans toute sa sauvagerie, aux clins d’œil fréquents à quelques influences par ci par-là mais réussissant l’exploit de garder une véritable homogénéité malgré ses vagabondages dans tout ce que le genre peut connaitre de bruyant. It It Anita prend un malin plaisir à triturer ses guitares pour les faire gémir, à façonner un bon gros magma sonore dans lequel on aime se noyer, sans oublier d’y inclure de bonnes doses de groove et de cool. On ne sait jamais vraiment sur quel pied danser, parfois c’est sur les mains qu’on se retrouve, mais on ne cesse de s’agiter, de headbanger, de gueuler avec Michaël, Damien, Bryan et Elliot (et Laurent). Parce que c’est foutrement bon. Jonathan...

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