Ausgang – Gangrene

Ausgang – Gangrene

(A-Parte, 6 mars 2020) Au niveau fusion rock-rap, l’année 2020 semblait devoir être marquée surtout par le retour triomphal (et/ou sonnant et trébuchant selon l’angle choisi) de Rage Against The Machine. Pas si sûr… … Car voilà, Casey a aussi « La Rage » ! Et depuis qu’elle l’appelle, l’appelle, (cf le refrain), elle déboule avec un projet hybride répondant au nom d’Ausgang mêlant aussi rap et rock. Après tout, Casey, son flow précis et tranchant comme un scalpel, et la guitare aventureuse de Marc Sens, ça vaut bien Tom Morello et Zack De La Rocha, non ? À ce casting, déjà aperçu dans l’excellente Zone Libre, s’ajoutent Sonny Troupé à la batterie et Manusound aux machines. Autant dire que l’excitation était au rendez-vous des dix titres de ce Gangrène. D’autant que les 2 titres lancés en éclaireurs (avec 2 beaux clips) pour teaser cette sortie se sont d’ores et déjà placés bien haut dans ma playlist de 2020. D’abord le furieux « Chuck Berry », où Casey rappelle avec rage et justesse une vérité historique. Le Rock est Noir, héritier du rythm’n blues afro-américain. “Ma race a mis dans la musique sa dignité de peur qu’on lui prenneA fait du blues, du jazz, du reggae, du rap pour lutter et garder forme humaineEt l’Occident qui avait honte a inventé le punk s’est haï lui-même x2Tu as le cuir, la coupe, les clopes, les bottes et la FenderLes anecdotes, Les Enfants du Rock, la collection de vinyles de ton pèreJe l’ai dans la chair, je l’ai dans les veines, qu’est-c’que tu crois ? Cette histoire est la mienne” Riff addictif, flow chirurgical, plume de compétition, grosse puissance. C’est du Rock ! C’est du Rap ! Avec « Aidez-moi », changement d’ambiance pour un titre tout aussi imparable. À l’image de l’incroyable « La chanson du mort vivant » sur l’album L’Angle Mort de Zone Libre (m’en suis toujours pas remis), Casey égrène, avec son brio habituel, la lente descente aux enfers des oubliés de la République sur une musique sombre. Magistral ! “Quel goût a l’existence quand tout n’a aucun sensJ’envie ceux qui connaissent les caresses j’ai des carencesPlus rien à déclarer j’ai des carnets j’ai des cahiersOù j’ai déjà tout détaillé de la tristesse et la souffrance (…)[Refrain] Mais où est ma bouée si vous pouvez me la trouverBalancez-la dans l’égout où je suis en train d’coulerLa folie va m’avaler j’suis harcelée par mes doutesIls me retiennent par le cou et la corde est nouée x2” Elle confirme (une fois de plus) la puissance de sa plume. Loin devant toute concurrence. La bonne surprise (mais avait-on seulement des doutes vu la présence de Marc Sens), c’est que l’album est résolument rock (le brûlot « Bonne Conduite »,...

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Slift – Ummon

Slift – Ummon

(Vicious Circle, 28 février 2020) Tout d’abord : quelle pochette ! Étant aussi fin connaisseur en BD/comics qu’en biathlon, j’apprends qu’elle est signée de la main de CAZA, collaborateur de Metal Hurlant. Un univers (et un nom) qui collent on ne peut mieux avec cette bande-son de l’espace assez ébouriffante. Après avoir exploré les moindres recoins de La Planète Inexplorée en 2018, nous voilà propulsés sur Ummon qui démarre en trombe et se dévore d’une traite, non sans craindre l’indigestion tant le menu est copieux. Riffs dégoulinants de fuzz, basse matraquant un groove insidieux, grands cris scandés. On se demande souvent comment trois mecs parviennent à foutre un tel boucan, ce qui a bien pu leur passer par la tête… et comment on va bien pouvoir tenir le choc. Fort heureusement, entre les décollages à la vitesse de la lumière, les réacteurs en fusion au bord de l’implosion, les slaloms entre les météorites, l’équipage de Slift nous octroie quelques reprises de souffle ô combien vitales pour ne pas succomber (« It’s Coming… » épopée cosmique trépidante mais point trop pétaradante). Le jeu se calme ainsi sur quelques boucles basse-batterie hypnotiques chères à tant de groupes teutons des 70s et quelques parties de guitares en arpège où chacun se jauge, attendant le moment opportun pour faire feu (la pièce imposante « Citadel On A Satellite » qui offre de longues accalmies et renvoie aux grandes heures de Pink Floyd mais dégueule aussi sa toute-puissance, faisant vrombir une basse heavy as fuck). Trimballés comme une portée de chatons dans le cockpit d’une F1, l’hystérie nous guette en permanence, les répétitions nous laissent hagards, à la merci de coups de semonce assassins, portés par des guitares qui semblent innombrables et déversent des pluies de notes acides sur nos pauvres caboches (la démente « Altitude Lake » qui alterne les atermoiements hallucinés, le doom le plus massif qui soit et les hurlements possédés d’une six-cordes aux abois). Il vous viendra parfois à l’idée d’aller sauter gaiement d’un cratère à l’autre, le cœur léger (« Dark Was Space, Cold Were The Stars » et son chant pour une fois réconfortant, ou l’onirique « Aurore Aux Confins ») mais mieux vaut ne pas baisser la garde sous peine de se faire pourchasser 13 minutes durant par des « Lions, Tigers And Bears » en furie. L’ambition était grande, le résultat se montre à la hauteur. Lancé à la conquête de Mars, Ummon salue en chemin les satellites Hawkwind et Pink Floyd, en orbite depuis des lustres, et s’impose en alternative crédible au colossal Murder of the Universe de King Gizzard. Si ce dernier puisait davantage dans un univers heroic fantasy, leurs caractéristiques demeuraient fort semblables....

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Mondo Generator – Fuck It

Mondo Generator – Fuck It

(Heavy Psych Sounds, 21/02/20) S’il est compliqué de chroniquer un groupe qui officie dans le rock 90s en 2020 sans citer ses illustres prédécesseurs, il l’est tout autant de parler de Nick Oliveri ou de son groupe Mondo Generator sans citer son impressionnant CV. Mais l’erreur de beaucoup de gens est de penser que Mondo Generator est le projet par défaut d’Oliveri, celui auquel il se consacre quand il n’est plus dans un groupe culte ou mythique. Car, mine de rien, le projet roule sa bosse depuis 1997 (officiellement) et trouve même son origine dans un morceau de Blues For The Red Sun, alors qu’Oliveri faisait encore partie d’un groupe pionnier du desert rock. Ainsi, on peut dire que Mondo Generator ne s’est pas construit en dépit des expériences de son frontman mais en parallèle, glanant à chaque nouveau groupe un ou plusieurs éléments pour enrichir sa musique. Mais c’est également un Oliveri libre de tout autre compositeur, or on sait qu’il était toujours entouré de personnalités assez fortes en la matière, et donc libre de s’exprimer de la façon la plus personnelle. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que si cet album représente la personnalité de son compositeur principal, elle ne doit pas être bien facile à cerner ! Car si la musique de Mondo Generator peut sembler rugueuse au premier abord, voire bourrine, ce qu’elle est indubitablement par moments, elle se révèle souvent plus subtile et complexe qu’elle n’y parait. Alors certes, ce n’est pas la subtilité qui transpire de titres comme “Up Against The Void” qui navigue entre punk hardcore et metal extrême, la flippante “S.V.E.T.L.A.N.A.S.”, avec le groupe éponyme, ou “It’s You I Don’t Believe”, le morceau le plus court de l’album. Mais quand on écoute un peu plus attentivement, on constate que même les morceaux qui semblent les plus linéaires ont des éléments qui leur permettent de se distinguer, comme le break du très accrocheur “Turboner”, le passage blues de “Fuck It” ou l’excellente (et très drôle) outro à tiroirs de “When Death Comes”. L’album, aussi brut et immédiat qu’il semble être, ne manque donc pas de surprises et de paradoxes. Ainsi, “Silver Tequila” est doté d’une intro technique assez complexe avant d’enchainer sur un morceau rentre-dedans relativement primal, et même “S.V.E.T.L.A.N.A.S” a un pont qui rappelle “Get It On”, l’un des morceaux de Death Punk les plus catchy au monde. “Death Van Trip”, pour sa part, alterne entre les riffs qui évoquent clairement le désert californien et ceux qui feraient plutôt penser à la banlieue d’Oslo, et est peut-être ainsi à lui seule une belle allégorie du disque et du groupe. Celui-ci nous avait habitué à son syncrétisme stylistique, mais il est...

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Lee Ranaldo and Raül Refree – Names Of North End Women

Lee Ranaldo and Raül Refree – Names Of North End Women

(Mute / [PIAS], 21 février 2020) Le temps passe. Presque une décennie (!) que Sonic Youth a splitté suite à la séparation d’un couple rock des plus emblématiques : Kim Gordon et Thurston Moore. Membres de l’amicale du souvenir de Sonic Youth, si vous cherchez quelques réminiscences du défunt, merci de vous orienter vers les (plus que recommandables) derniers essais solos de Thurston Moore… …Lee Ranaldo joue la rupture et surprend son petit monde. Accompagné du réputé producteur et compositeur espagnol Raül Refree, et plus encore que le dernier disque de Kim Gordon, il se démarque totalement de l’encombrant héritage de la jeunesse sonique. Et voyage léger. Point de guitares furieuses et dissonantes. De titres noisy à tiroirs, alambiqués et de crescendos épiques. On joue l’épure. On dégage (presque) carrément les guitares. On lorgne vers la musique concrète ou l’expérimental. On peut ainsi entendre un vieil enregistrement de Lee fracassant une chaise contre un mur ! On fait du spoken word comme sur l’inaugural « Alice, etc », pas le meilleur des 8 titres pour commencer. Et forcément, à la première écoute, la petite déception. Mais bon, naïf que nous sommes, on attendait (encore) un Lee Ranaldo expert ès larsens et dissonances, et son art subtil d’injecter de la pop dans le chaos noisy. Reset complet. On se remet le disque. Et on l’écoute pour ce qu’il est finalement. La collaboration de deux artistes qui expérimentent, (plus ou moins) loin de leurs univers respectifs. Alors, est-ce qu’on pouvait s’attendre à mieux vu le pedigree prestigieux des artistes présents ? Certainement. On sent le travail de studio, ça bidouille parfois avec réussite (« The Art Of Losing »), parfois moins… Le spoken word, pourquoi pas… mais quand on a la voix de Lee Ranaldo, loin d’être dégueulasse, autant jouer la carte à fond. Il suffit d’écouter le refrain très réussi et épuré de « Humps », le final et apaisant « At The forks » ou même la world music inattendue et addictive de « Name Of North End Women » pour s’en convaincre. Parfois, on n’est même pas loin d’être emballé comme sur ce « Light Years Out » assez bluffant sur ces 3 dernières minutes avec sa basse groovy et… des guitares ! On est ainsi presque frustré quand on entend surgir quelques bribes d’électricité au détour de « Words Out Of The Haze ». Je t’aurais bien perverti tout ça avec quelques fender jazzmaster dissonantes. Ah jeunesse sonique, quand tu nous tiens ! Bon, parfois, ça se perd un peu en chemin, comme sur « Alice, etc » ou « New Brain Trajectory ». Résultat, avec seulement 8 titres et quelques (petites) longueurs, on reste un poil...

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Bambara – Stray

Bambara – Stray

(Wharf Cat, 14 février 2020) Même si sa première piste se nomme ainsi, de “Miracle” il n’est pas encore question en début d’album, de grande surprise non plus, mais d’envoûtement assurément. De billet pour une virée nocturne également, où l’on croise Nick Cave, Lydia Lunch et le fantôme de Rowland S. Howard. Guidé par cette basse ténébreuse à souhait, on rode dans des rades un peu miteux, fréquentés notamment par ce mec qui sirote son Jack D. en nous jetant des regards pas franchement rassurants. Et si le périple débute langoureusement, si notre vision est embuée, nos sens anesthésiés, “Heat Lightning” va se charger de nous remettre dans le droit chemin et nous faire cavaler à l’allure d’une section rythmique qui a les crocs.  Cette alternance entre ballades marécageuses où le leader semble chancelant et post-punk fiévreux mené soudainement par sa poigne de fer est une récurrence de ce Stray qui poursuit là où Shadow On Everything s’était arrêté… En y ajoutant des mélodies plus marquantes, pour ne pas dire proprement renversantes. En premier lieu desquelles “Sing Me To The Street”. Le charisme vocal de Reid Bateh impressionne une fois encore, hypnotisés que nous sommes par son timbre chaud et sensuel. Son chant désabusé est ici parfait, on l’imagine déambuler sans but, hanté par ses chœurs féminins qui viennent sublimer un morceau qui n’en demandait pas tant. Dans un registre tout à fait différent (qui évoquera davantage un Protomartyr), le tonitruant “Serafina” s’en va défier la mort. En la regardant droit dans les yeux et en maintenant notre palpitant à un niveau très élevé. Comme à son habitude, le chanteur/auteur a apporté un soin tout particulier aux textes, entre poèmes sombres et véritables récits ultra détaillés contribuant à plonger l’auditeur dans le décor, lui faire sentir les odeurs, l’aider à dévisager les personnages qui peuplent ce vieux western gothique… La mort, thème omniprésent de ce disque, rôde en permanence, prête à abattre sa faux. Un disque qui nous exhorte à “Stay Cruel” et non pas “Cool” (drôle d’idée), le temps d’un morceau où la basse pachydermique semble piquée à Massive Attack, le son de gratte issu d’un bon vieux Chris Isaak, et où viennent se mêler trompettes, violons et chœurs d’un autre monde… Une armada irrésistible qui vient entériner une certitude : ce que nous écoutons se révèle décidément assez faramineux. Ce serait déjà beaucoup mais ce n’est pas tout, la langoureuse “Made For Me” se charge de faire groover les cadavres avec sa cowbell de derrière les fagots et “Sweat” nous fait habilement retenir notre souffle lorsque le tempo redescend, à la merci de guitares qui nous lacèrent sans pitié alors même que nous nous pensions enfin en...

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…And You Will Know Us By The Trail of Dead – X: The Godless Void and Other Stories

…And You Will Know Us By The Trail of Dead – X: The Godless Void and Other Stories

(Dine Alone, 17 janvier 2020) Autant le dire tout de go : si j’avais écrit cette chronique il y a quelques semaines, mon avis aurait sans doute été moins enthousiaste. Il faut dire qu’…And You Will Know Us By The Trail of Dead (que l’on se limitera à désigner par « ToD » dans le reste de cet article) a, depuis plus de quinze ans, toujours eu le chic pour entretenir les malentendus à son sujet. Apparu à la fin du siècle précédent, le groupe d’Austin triompha (artistiquement) grâce à son deuxième album, Madonna, sorti chez Merge en 1999, puis Source Tags and Codes, son premier disque pour la major Interscope, auréolé d’un 10 chez Pitchfork en 2002. Mélangeant la rage post-hardcore et emo d’un At The Drive-In avec l’indie rock racé de Sonic Youth, tout en ajoutant un brin de southern gothic, la formation emmenée par Conrad Keely et Jason Reece, deux multi-instrumentistes se relayant au micro, à la guitare et à la batterie, se devait de réaliser son disque de la consécration avec Worlds Apart, sorti en 2005. Malheureusement, ce dernier représenta un premier tournant déconcertant pour le groupe. Clairement porté par la vision de Conrad Kelly, quand le prédécesseur était une œuvre plus collaborative, ce disque offrait une production plus claire, des voix en avant et de gros refrains mélodiques que n’auraient pas renié un Green Day. Ce tournant plus « commercial » (malgré quelques morceaux longs et ambitieux) ne découragea pas tous les fans, loin de là, mais provoqua l’ire de la presse musicale branchée qui se mit à taper sur le groupe qu’elle avait tant loué trois ans auparavant. So Divided, plus progressif mais restant dans la veine « emo » du précédent, mit fin à la période Interscope : le groupe, qui avait perdu les faveurs de la critique, n’avait pas conquis un public suffisamment large pour se hisser au niveau d’un Queens of the Stone Age. Depuis une grosse dizaine d’années et son retour dans le monde des indépendants, ToD a toujours semblé être un groupe convalescent, cherchant à se remettre de sa mésaventure sur Interscope en enchaînant les bons disques sans toutefois faire de l’ombre aux chefs-d’œuvre des débuts. X: The Godless Void and Other Stories, sorti six ans après IX – quelle originalité ! – allait-il enfin représenter un retour aux vertes années de Madonna et ST&C ? La première écoute, comme je l’ai suggéré au début de cet article, suscita un sentiment de frustration. Je ne reconnais pas la voix de Conrad Keely. Il ne chante pas mal, bien au contraire, mais il n’est pas lui-même : il sonne comme un mélange de Lee Ranaldo et de Bob Mould....

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Bitpart – Eat Your Mess

Bitpart – Eat Your Mess

(Destructure/Boslevan, 31 janvier 2020) Difficile, quand on parle de groupes qui font du rock influencé années 90 de ne pas tomber dans la foire aux références. Comme tous les mauvais journamateurs, je tombe régulièrement dans ce travers, et j’avais certainement dû le faire en parlant du dernier album de Bitpart sur ce site ou un autre (il semblerait que ce soit un autre, ndrc). Sauf que, merde, Bitpart a presque une décennie de bons et loyaux services, même plus si on compte Fat Beavers, le précédent groupe de Julie Appéré et Eric Bricka, et aurait quand même le droit d’être considéré comme un groupe à part entière. Eat Your Mess, leur 3e album, sort après presque 4 ans d’attente, mais 4 ans qui n’ont pas été chômés avec notamment des concerts dans toute la France. De là à dire que cet album a été rôdé avant même d’être enregistré, il y a un pas que je ne franchirais pas, n’ayant aucune idée de sa genèse (tiens, c’est intéressant, il faudrait peut-être qu’on les interviewe pour leur poser la question). En revanche, on peut dire qu’on sent sur ce disque, surtout quand on sait qu’il a été enregistré assez vite si on se fie aux liner notes, un groupe parfaitement en place. Ça ne trompe pas, et le temps passé ensemble à jouer a certainement dû aider à obtenir ce résultat. Ce qui fait plaisir, avec cet album, c’est de sentir que le groupe est de plus en plus à l’aise loin du hardcore de ses débuts. Le travail du son est toujours aussi impeccable, ce qui est la moindre des choses dans un registre musical qui met un point d’honneur à intégrer le bruit et les dissonances dans ses harmonies, et les mélodies sont de plus en plus assumées, ce qui dans l’ensemble donne encore un super album. Par ailleurs, les paroles fournies dans le disque sont dans un anglais excellent, bien écrites et intelligentes, ce qui est toujours un plus. Seule petite déception, il me semble que les harmonies vocales entre Julie et Eric sont moins mises en avant (à part sur de trop rares moments comme le refrain de “Since You Left”). C’est un peu dommage, mais ne gâche en rien les morceaux qui sont d’un très haut niveau. À mon avis, la force de Bitpart comparé aux autres groupes qui officient dans le rock 90s, c’est d’avoir emprunté le même parcours que les meilleurs du genre : venus du punk hardcore pour se tourner vers une musique pop qui s’assume sans renier ses origines. Car oui, quelque part, Bitpart comme beaucoup d’autres (vous le sentez, l’effort pour ne citer aucune référence ?) ne serait-il pas avant...

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The Men – Mercy

The Men – Mercy

(Sacred Bones / Differ-Ant, 14 février 2020) The Men a toujours mis un point d’honneur à être un groupe créatif qui fait à peu près ce qu’il veut et se joue complètement des cases dans lesquelles on voudrait le ranger. En effet, en écoutant tous leurs albums depuis le premier, Immaculada, il y a maintenant plus de 10 ans, bien malin celui qui pourra définir leur style et prédire ce que donnera leur prochaine sortie. En revanche, force est de constater que depuis Tomorrow’s Hits, hormis un Devil Music qui commence à ressembler à un accident imprévu, leur musique est moins enthousiasmante. Enfin “on”, je ne sais pas, mais moi, j’ai clairement du mal à y trouver ce qui me retournait complètement sur leurs disques précédents. La faute ne vient pas uniquement de la variété de styles, qui était présente quasiment dès le départ, mais peut-être à un équilibre moins évident entre morceaux calmes, parfois beaucoup trop plan-plan, et les morceaux énervés ou planants qui restent à mes yeux la grande force du groupe. Quand, retrouvant leur envie d’expérimenter, ils avaient sorti les synthés, j’avais décidé de tourner les talons. Pourtant, Drift (l’album en question) ne se limitait pas à un énième disque lorgnant beaucoup trop du côté des années 80 et avait même des compos plutôt sympas, mais pour y avoir droit, il fallait s’en taper 4 dans des styles que je déteste viscéralement. C’était au-dessus de mes forces. Je décidais pourtant d’attendre le disque suivant pour laisser tomber, puisque le groupe a toujours été capable de prendre ses auditeurs à contre-pied. Le voici, et effectivement, ce ne sont pas les synthés qui sautent aux oreilles à l’écoute de Mercy. Bon, le single de l’album “Children All Over The World” est une chanson pop fm 80s à laquelle je suis hautement réfractaire, mais hormis ce titre, rien n’évoque ce type de musique.Et puis, en dehors de la ballade au piano “Fallin’ Thru”, la guitare est revenue à l’honneur, que ce soit dans les solos sur une ou deux notes de “Wading In Dirty Water”, les rythmiques folk de “Cool Water” ou “Mercy”, la country emportée de “Call The Doctor” ou la plus classiquement punk (pour le groupe) “Breeze”. Dans l’ensemble surnage une tonalité country-folk, qui ne concerne pas tous les titres mais donne une ambiance générale. Le problème, enfin mon problème, c’est que si cette ambiance me convient mieux sur le papier que la foire aux synthés, je trouve la plupart des compositions assez peu marquantes. Par conséquent, j’ai du mal à rentrer dedans, à l’exception des deux dernières. “The Breeze” qui, si elle ressemble à des choses que le groupe a déjà fait, se trouve dans mon...

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Pinegrove – Marigold

Pinegrove – Marigold

(Rough Trade, 17 janvier 2020) Il est bien difficile de parler de ce quatrième album du groupe de Montclair, New Jersey, sans évoquer son contexte de production. Le 21 novembre 2017, Evan Stephens Hall, le chanteur-guitariste et tête pensante du groupe publiait sur le Facebook du groupe un message affirmant qu’il venait d’être accusé d’avoir exercé une forme de coercition sexuelle à l’égard d’une femme avec laquelle il pensait avoir une liaison librement consentie. Il annonçait que le groupe interromprait sa tournée et ferait une pause pour réfléchir à la situation. À ce jour, aucune plainte officielle ne semble avoir été déposée par la jeune femme en question. Un récent article du New Yorker, sans indiquer le nom de la personne, affirmait qu’il s’agissait d’un membre de l’équipe de tournée du groupe. Il était question de pressions psychologiques plutôt que physiques. Par ailleurs, Hall affirmait avoir eu à l’égard de certains des fans des envies qu’il considérait lui-même comme déplacées. En d’autres termes, rien qui, du point de vue du public européen, ne serait considéré comme contraire à la morale – ceux qui pensaient assister à une affaire Matzneff du milieu de l’indie pop n’auront pu qu’être déçu. Seulement, cette nouvelle tomba quelques semaines seulement après les témoignages accablants de fans harcelées par l’ex-guitariste de Real Estate Matt Mondanile et quelques mois après le scandale Pwr Bttm, qui effaça en quelques heures ce nouveau venu sur la scène indie de la surface de la planète. Pinegrove se trouva donc emporté par la spirale #MeToo, même s’il semblait clair que la situation était bien différente de celle des deux artistes sus-cités. A ce moment là, le troisième album de la formation, Skylight (2018), bien qu’enregistré, n’était pas encore sorti et le groupe ne tourna pas pour le promouvoir. Vous me direz : quel rapport cela a-t-il avec la musique ? Et bien, je vous répondrai : un rapport étroit. Si les stars des années 70 comme Led Zeppelin avaient fait du rock machiste un fond de commerce, leurs scandales sexuels, aussi choquants furent-ils, ne faisant qu’ajouter à la légende, Pinegrove est arrivé au début de la décennie dernière avec une musique bien plus inoffensive, tentant de véhiculer une culture de la sincérité et de la bienveillance. S’inspirant, tant par son discours que par son énergie, de la scène « emo » mais empruntant également au country rock alternatif, Pinegrove créa un chaînon manquant entre Death Cab For Cutie, Band of Horses et The Decemberists où se mêlent songwriting introspectif, arpèges délicats et mélodies entêtantes. Le public s’identifia fortement au groupe, ce qui créa immédiatement un culte autour de lui. On dit même que l’actrice Kirtsten Stewart porterait un tatouage du...

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Lonely Walk – Lonely Walk

Lonely Walk – Lonely Walk

(Permafrost/Kerviniou/I Love Limoges, 20 janvier 2020) Derrière Lonely Walk, un certain Monsieur Crâne, qui ne marche pas seul mais guide sa troupe (légèrement renouvelée ici) avec talent depuis 2010, et qui a visiblement eu sa dose de misère sociale et d’actu morose pour garder tout cela pour lui (difficile de contenir bien longtemps une tempête sous un crâne…). Lonely Walk porte ainsi en son sein un je-ne-sais-quoi de dérangeant, si ce n’est malsain. Une sensation tenace d’être bousculé, pour ne pas dire molesté. Quelque chose d’audacieux et de singulier également, ce qui est une excellente idée à l’heure où les groupes post punk/cold wave pullulent et sont parfois aussi vite écoutés qu’oubliés tant ils ressemblent au précédent (qui lui-même…). Audacieux comme cette alternance anglais/français sur “Red Light”, morceau qui nous malmène avant un refrain plus léger et mélodique. Singulier par son parti pris, avec basse et synthés au diapason et omniprésents, et une guitare qui ne la ramène pas, ou si peu. Et ce troisième album des bordelais affiche une vraie belle cohérence d’ensemble, se montre entrainant sans être superficiellement dansant, palpitant sans chercher à faire dans le clinquant. On aime ainsi jouer sur la répétition comme de coutume dans ce genre de musique (“Fake Town” et sa rythmique obsédante. Tu ne peux pas lutter, le veux-tu seulement ?) mais on n’en fait pas non plus une nécessité. Les morceaux demeurent malgré tout très évolutifs avec des synthés loin de la caricature 80s parfois soulante ou du gimmick fainéant (“Shadow of the Time” où, intenables, ils n’ont de cesse de nous trimballer tandis que la basse nous fait de l’œil en ronronnant, “Look At Yourself” aussi percutant que son titre est accusateur et qui s’échappe sur la fin, en roue libre). En guise de plaidoyer imparable pour la cause Lonely Walk, “TG” qu’on a bien envie d’interpréter comme un bon gros “TA GUEULE”, fait dans la rage contenue avec cette tension qui règne en maître et le chant de Monsieur Crâne à l’anxiété grandissante jusqu’au final où il beugle à la façon d’un Jason Williamson (Sleaford Mods) à qui on aurait bien pris la tête. Il fallait que ça sorte, et on l’a bien senti passer. Merci bien, ça ne fait jamais de mal de se faire remettre en place. Jonathan...

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