PJ Harvey – Rid Of Me

PJ Harvey – Rid Of Me

En 1993, lorsque PJ Harvey s’adjoint les services de Steve Albini, elle n’est encore qu’une promesse parmi d’autres (pas besoin de name dropping, ON EST EN 1993). Et Steve Albini n’est pas encore “le gars qui a enregistré In Utero“, mais au moins Goat (Jesus Lizard), Pod (The Breeders) et Surfer Rosa (Pixies). Pas tout à fait un bleu, donc. L’une des grandes qualités de Steve Albini est de ne pas polir le son de ses artistes, les laisser s’exprimer, en conserver la substantifique moelle sans trop chercher à le faire mousser artificiellement. Ce n’est pas pour rien que la mention “recorded (enregistré) by Steve Albini” est plus souvent présente sur ses disques que “produced by…”. Ceci étant précisé, on a parfois le sentiment que sur cet album, il s’est montré un brin timide (ou fainéant, c’est selon). Car la prod de Rid Of Me, totalement à nue, manque un peu de puissance quand même. Mais Polly Jean était alors un fauve indompté, rempli de rage, n’hésitant pas à camoufler ses mélodies sous trois couches de disto. Alors le mariage fonctionne, forcément (même si un coup de boost a posteriori ne serait pas de refus). Dès l’entame de l’album et son morceau-titre, la tension est palpable, on entend davantage les mouches voler que la voix de PJ, à peine audible. Mais l’explosion est proche. Et elle va tout envoyer valser. “Lick my legs I’m on fire, Lick my legs of desire” hurle la dame à qui veut bien l’entendre. L’auditoire est tout ouïe. Et ne demande qu’à s’exécuter. Le ton est donné, le rock fiévreux sera la norme sur ce disque. Même Bob Dylan aura droit à son charcutage en règle (“Highway 61 Revisited”). Mais derrière la rugosité de l’interprétation (l’explosive “Rub Til It Bleeds”, sèche comme un coup de trique, les riffs dissonants Nirvanic Youthesques de “Hook”), le groupe sait rester extrêmement mélodieux (“Missed”, “Dry”, portés par la voix ensorceleuse de Polly et des refrains mémorables). L’inquiétante “Man-Size Sextet” (et ses violons diaboliques), qu’on pourrait croire issue du cerveau torturé de Nick Cave, donne un avant-goût de la direction plus arty que prendra la carrière de la demoiselle par la suite. Impensable alors, avec des “Me-Jane” ou “50 ft. Queenie”,  dignes du Soundgarden testostéroné des débuts. On est à mille lieues d’imaginer que la gamine fougueuse deviendra la prêtresse qui déclame aujourd’hui, à grands renforts de cuivres, des ambiances plus New Orleans que Seattle. Avec cet album incandescent, dans la continuité de Dry mais plus constant dans l’intensité, PJ Harvey s’imposait comme une artiste énervée et éminemment talentueuse. Dans la foulée, elle allait enquiller avec trois merveilleux disques (To Bring You My Love, Is This Desire?, Stories From The...

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Volage – Sittin’ Sideways

Volage – Sittin’ Sideways

Lorsque j’ai appris que Volage sortait un second album je me suis dis “ça peut être sympa, ils vont nous refaire le coup du Ty Segall à la française.” Le 1er single “Permanent Feeling” m’a vite confirmé cette impression de déjà vu comme aiment le dire nos amis d’Outre-Manche. C’est du garage maîtrisé qui pourrait être sur Manipulator de ce cher Ty. Puis, sort leur second single “Never Heal” et là ils font exploser mes préjugés sur ce nouvel album et me donnent plein d’espoir. Ce single est une merveille pop avec des arrangements piano cordes rappelant le meilleur de la pop anglaise des 60’s. Une fois ma curiosité attisée et à la demande de notre rédac’ chef de lui pondre un article, je décide de me jeter dans l’écoute de cet album. Récit. “Permanent Feeling”, dont nous avons déjà parlé, ouvre la première face dans la continuité de Heart Healing (premier album sorti il y a 4 ans tout de même). Puis vient “Sittin’ Sideways” qui donne à la fois son nom à l’album et annonce également sa touche pop empreinte de nostalgie. “Spleen” et “Whispers” reviennent sur des sentiers plus balisés et énergiques. Le premier, avec la participation de Nathan Roche du Villejuif Underground, martèle sa rythmique efficace digne d’un bon vieux Black Rebel Motorcycle Club. Le second, segallien à souhait (on n’oublie pas si facilement ses premiers amours), se distingue tout de même par son refrain soigné quand la fuzz s’efface au profit de la mélodie. La seconde partie de l’album confirme cette touche pop plus affirmée dans le garage de Volage. L’enjouée “Fever” se révèle parfaite pour un dimanche matin rempli d’insouciance, quand la folk “Handkerchief Waver” nous entraine au coin du feu. “Sally’s Code”, plus complexe qu’elle n’en a l’air, pourrait s’apparenter à une fusion entre un morceau des Doors et un refrain des Beach Boys. Osé, et réussi. “Never Heal”, quant à elle, clôt magnifiquement l’album. Un vrai tube pop qui donne le sourire telle la photo toutes dents dehors (signée Martin Parr) qui illustre l’album. Volage a grandi, Volage a mûri en s’éloignant de cette image de « faiseur » de garage-psyché (registre très encombré) pour trouver une identité garage-pop plus affirmée, et beaucoup plus prometteuse, dont on pouvait déjà percevoir les prémices sur Heart Healing, avec “Wait” ou “Love Is All”. La production est soignée avec de nombreux arrangements de cordes et piano. Les 4 gars de Touraine sont dans le vent et ont choisi une direction artistique qui leur va à merveille. Un bonheur. Alain Dutertre   LIRE LA CHRONIQUE DE VOLAGE – HEART...

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Hot Snakes – Jericho Sirens

Hot Snakes – Jericho Sirens

John Reis et Rick Froberg se plaisent à jouer aux pères Noël auprès de leurs fans en ce moment. Après la reformation inespérée (uniquement scénique mais tout de même) de Drive Like Jehu, voici les Hot Snakes de nouveau prêts à mordre 14 ans après Audit In Progress. Et il suffit d’écouter l’entame musclée “I Need A Doctor” pour s’assurer que leurs langues fourchues sont toujours chargées de venin. Ça carbure à 12000, amplis dans le rouge, cordes vocales à l’agonie, déferlante de riffs assassins, tendus comme des strings mais ultra mélodiques (se remettra-t-on un jour de la monstrueusement jouissive “Six Wave Hold-Down” ? Rien n’est moins sûr). Hot Snakes fait du Hot Snakes et c’est déjà beaucoup. A l’exception d’une face b globalement moins passionnante (“Death Doula”, “Death Of A Sportsman”), il y a là de quoi se faire une belle collection de tubes punk printaniers (ajoutons aux pré-cités l’imparable “Death Camp Fantasy”, “Jericho Sirens” et son melodica aussi saugrenu que bien senti, “Candid Cameras”, assez Drive Like Jehu-esque, comprendre tout aussi rentre dedans mais par des biais plus alambiqués). Pour s’enfiler l’album entier, il faut être prêt à se faire gueuler dessus pendant plus une demi heure. Pour peu qu’on tolère la maltraitance auditive, on en ressort bien secoués mais le sourire aux lèvres. Comme après un tour de rock’n’roller coaster. Jonathan...

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Délage – Loverboy Beatface

Délage – Loverboy Beatface

Qu’il est bon parfois d’envoyer valser ses préjugés. Si j’avais lu le communiqué de presse, je n’aurais peut-être jamais cliqué sur le lien de “Loverboy Creation”. De la pop à synthés, brrr. Même si je ne rejette pas en bloc toute musique synthétique (vouant même un culte à un certain Robert S.), j’ai globalement beaucoup de mal quand ils prennent le pas sur les guitares. Alors, une pop romantique très synthétique, il y avait de quoi me faire fuir. Et finalement ce Délage (un allemand comme son nom ne l’indique pas) a un je ne sais quoi qui m’accroche bien l’oreille. Une voix caverneuse et réconfortante qui nous susurre des mots doux (sans une once de niaiserie) sur des instrus pour le moins lo-fi et tout à fait chaleureuses (on s’imagine bien danser en tongs un cigare au bec sur “Sweet Tender Summer Apricote”). Si la nostalgie est bien présente (“Sun Keeps Raining Down”), rien de pompeux ni de plombant dans ce disque, Délage se distingue au contraire par une simplicité somme toute rafraichissante. Ne nions pas qu’une certaine monotonie peut pointer le bout de son vilain nez par moments (on vous a dit qu’il y avait beaucoup de synthés ?), mais au final le plaisir d’écoute l’emporte haut la main (la guillerette “I Need Love” ou la délicate mélopée enfumée de “Dream Of Me”). Et les imparables tubes “Loverboy Creation” et “Call Me Today” achèvent de convaincre. On a beau dire, on a beau faire, de bonnes mélodies ça reste l’arme ultime en musique… Et avec ça on peut flinguer bien des préjugés. Jonathan Lopez Délage – Loverboy Beatface by...

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Peter Kernel – The Size Of The Night

Peter Kernel – The Size Of The Night

En 2015, tout changeait pour Peter Kernel. Avec Thrill Addict, un disque aux forts relents de jeunesse sonique, le groupe recevait un accueil chaleureux et boostait considérablement sa popularité. Aujourd’hui Peter Kernel compte dans la sphère indie rock. En 2017, nouveau changement important, beaucoup moins heureux cette fois. Andrea, ami et fidèle complice des enregistrements du groupe, décède. Barbara et Aris accusent évidemment le coup, puis sèchent leurs larmes et se retroussent les manches. Ce disque sortira. Pour lui. Et ce sera le plus ambitieux. Voilà pour la genèse. Quand au contenu de ce The Size Of The Night, il n’a rien d’un blockbuster. Les attraits sont subtils, pas tape à l’oreille pour un sou. Non, il faut y aller doucement, le laisser s’imposer peu à peu. Le single, “There’s Nothing Like You”, pouvait laisser assez froid au départ mais s’impose comme un grower. Après QUELQUES écoutes, on se dit que l’album est pas mal mais que le single reste son principal intérêt. Après de MULTIPLES écoutes, le déclic se produit : finalement tout ce disque est un grower et on se demande alors comment on a pu passer à côté de toutes ses qualités. Ce qui semblait n’être qu’une succession de petits gimmicks bien trouvés mais un peu vains est finalement d’une grande cohérence et forme un disque très travaillé aux atmosphères intimistes. Là où Thrill Addict brillait par ses coups d’éclat (“High Fever”, “Your Party Sucks”, “It’s Gonna Be Great”…), The Size Of The Night s’impose comme un tout. L’expérience du Peter Kernel Orchestra, pas tout à fait convaincante, a sans doute porté ses fruits a posteriori. Et ici de nouveaux instruments s’invitent à la fête. Chaque morceau est à sa place, chaque morceau est remarquablement pensé, chaque morceau est totalement captivant. Des morceaux libres, fins et intelligents qui surprennent d’emblée (l’intro démente de “Drift To Death”), ou s’évadent là où on ne les attend pas (le solo de flûte de “Terrible Luck” et sa montée finale où Barbara part dans des aigus insoupçonnés). Avec un chant tantôt murmuré (“The Secret Of Happiness”), tantôt scandé, parfois taquin (“Pretty Perfect”), toujours mélodieux, des guitares tour à tour caressantes et tranchantes (“Men Of The Women”), des mises en place en douceur, des accélérations subites, des morceaux à tiroirs (“The Shape Of Your Face In Space”, énorme), Peter Kernel surprend constamment et séduit durablement. La délicate “The Fatigue Of Passing The Night” vient conclure un trip étrange mais ô combien excitant. Peter Kernel a pris des risques, ils ont bien failli me laisser sur le bas côté mais me voilà finalement plus enthousiaste que jamais à leur sujet. Jonathan...

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Birth Of Joy – Hyper Focus

Birth Of Joy – Hyper Focus

Avec ses prestations scéniques fiévreuses (on sait de quoi on parle) et quelques solides albums au compteur, Birth Of Joy jouit depuis quelques années maintenant d’un statut particulier en France (comme ils nous l’expliquaient l’an dernier). Et le 5e album des néerlandais, Hyper Focus, ressemble fort à une nouvelle occasion de franchir un palier. Enregistré live (comme toujours) Hyper Focus a le mérite d’être hyper costaud. Intro batterie/clavier qui groove à mort, refrain scandé façon “Grow” (un de leurs tubes imparables), break hystérique, solos endiablés. Il y a tout, et même plus dès l’entame “Join The Game”. On ne va pas se mentir, à l’image de ce morceau, Hyper Focus a les défauts de ses qualités. C’est efficace en diable, ça pétarade tous azimuts. Une machine de guerre bien huilée. Trop huilée parfois. On aimerait que le groupe s’autorise quelques sorties de route (maîtrisées, cela va de soi) et surprenne davantage. Ils le font par moments, et avec réussite (“Forenoon” qui calme le jeu avant de partir dans des envolées Floydiennes quand Kevin Stunnenberg se la joue Gilmour, l’excellente “Witches Hammer” à la Mike Patton où heavy rime avec zarbi et grain de folie). Mais ces escapades ne suffisent pas à nous sortir d’une certaine monotonie (l’album dure 51 minutes, ça joue aussi). Les quelques interludes instrumentales (“i”, “ii”, “iii”) se révèlent assez anecdotiques, et certains morceaux prennent aisément le pas sur d’autres (“Riff Raff” qui riffe sec, “Let It Slide” qui avec son groove contagieux envoie valser nos considérations de journaliste aigri). Le synthé manzarekien est par ailleurs omniprésent. Et sur la très bluesy “Poor Duffy”, le fantôme de Morrison plane à ses côtés. Ce n’est ni la première ni la dernière fois que Birth Of Joy nous fait le coup. Mais il le fait toujours très bien. Bref, rien de bien nouveau pour Birth Of Joy qui maitrise toujours son affaire. Les fans du groupe vont se régaler. Les amateurs, s’ils passent outre le manque d’effet de surprise, y trouveront leur compte. Ceux qui n’étaient guère convaincus ne le seront pas davantage. Jonathan Lopez   LIRE LE REPORT PHOTOS 5 ANS EXITMUSIK : BIRTH OF JOY + WONDERFLU + THE BLIND...

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J.C. Satàn – Centaur Desire

J.C. Satàn – Centaur Desire

J.C. Satàn, l’un des groupes fers de lance du garage français, revient le 2 mars sur vos platines. Après le succès de leur excellentissime quatrième album éponyme (le premier chez Born Bad), on est en droit de se demander quel visage va nous offrir le groupe aujourd’hui. Ont-ils sombré vers la tentation de livrer un album plus grand public ou sont-ils restés intègres ? Même si on avait déjà notre petite idée sur la question, le teaser lâché sur internet début janvier se voulait rassurant. Et les derniers doutes sont vite dissipés. Avec une production abrupte, les voix légèrement en retrait, ils n’ont pas fait le choix de la facilité pour remplir des stades tels les derniers Queens Of The Stone Age (nausée) et Arcade Fire (vomi) mais de revenir à un son plus noisy comme sur les précédents Faraway Land et Hell Death Samba. La première écoute de Centaur Desire peut ainsi être déroutante, il faut prendre le temps de dompter le bestiau afin qu’il nous dévoile toutes ses richesses et subtilités planquées sous ses sabots. Dès l’ouverture (“I Won’t Come Back”) les bordelais démontrent qu’ils ne se sont pas assagis et ont conservé leur hargne, saupoudrée comme souvent d’une pointe de stoner (“Centaur Desire”, “Communion”). Les voix de Paula et d’Arthur se répondent toujours à merveille, la batterie de Romain et la basse (du nouveau-venu Gaspard, bassiste de Cockpit, Sam Fleisch, Prêcheur Loup) groovent comme jamais en album, la guitare d’Arthur, digne d’un Josh Homme période Rated R, nous assène des riffs assassins (“No Brain No Shame”, “Lies”). On retrouve enfin gravée sur album cette énergie dévastatrice qui vous donne une grande mandale à chacune de leur prestation live et fait de J.C. Satàn l’un des groupes rock français incontournables sur scène. Sur les albums précédents, Arthur avait déjà laissé exprimer son talent pour écrire de belles mélodies pop façon Kinks ou Beatles (point culminant avec “Waiting For You” sur le dernier album), il récidive en nous offrant ici de nouveaux bijoux noise-pop (“Erika”, “Drink Dope and Debauchery”, “The End”). Le synthé est lui plus présent (“The Road”), le groupe se fait d’ailleurs plaisir en nous livrant un morceau cold wave (“Complex situation”) rappelant Frustration, leurs comparses de Born Bad. Avec Centaur Desire, J.C. Satàn monte encore sur ses grands chevaux et prouve qu’il reste entier sans glisser vers le côté obscur du rock mainstream à la recherche du tube à jouer sur les plateaux TV. Force est de constater une nouvelle fois qu’ils sont les dignes porte-drapeaux du garage français. Et bien plus encore. Gloire à J.C. Satàn. Alain Dutertre CENTAUR DESIRE by JC SATAN LIRE L’INTERVIEW DE J.C....

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The Breeders – All Nerve

The Breeders – All Nerve

Ils nous prennent vraiment pour des billes, chez 4AD ! Bien sûr, ils nous disent que les Breeders vont sortir un disque cette année. La belle affaire ! Ça va faire plus de 5 ans qu’on nous fait le coup. Heureusement, chez Exitmusik, on n’est pas nés de la dernière pluie. J’avoue, ils ont bien fait leur coup cette année, et on aurait facilement pu tomber dedans. Déjà, ils ont sorti un single l’année dernière. Le single était excellent, la face b aussi. Du pur bonheur comme les Breeders savent en créer, qui ne peut que donner envie de renquiller sur un long format. On aurait pu s’y laisser prendre, si on nous avait pas fait à peu près la même en 2012 avec “Walking With A Killer”, suivi de plus rien. On n’allait pas se mettre à y croire pour si peu. Ensuite, ils ont annoncé une date de sortie. Le 02 mars. C’est bien fait, c’est crédible. Sauf que le 02 mars, c’est la veille de mon anniversaire, et s’ils avaient voulu dire aux gens quoi m’offrir cette année, ils ne s’y seraient pas mieux pris. Comme par hasard. Bref, on restait sceptique et vigilant, quand on a reçu des liens presse. Là, normalement, tout le monde se serait fait avoir. Nous-même, nous avons failli nous faire prendre. Sauf qu’on les a écoutés, les liens. Alors, soyons beaux joueurs, c’est super bien fait. La voix de Kim Deal, parfaitement imitée, avec même ce timbre un peu fragile, ce manque de justesse un chouia plus flagrant histoire de montrer que sa voix a vieilli. Le son parfaitement reconnaissable, rock noisy et pop avec un côté foutraque punk parfaitement dosé. La batterie, magistrale (“Skinhead #2!!), exactement comme si Jim MacPherson était vraiment revenu derrière les fûts. Les lignes de basses superbes, et la voix de Josephine Wiggs à s’y méprendre sur un des morceaux. Sérieusement, si vous tombez dans le panneau, je ne pourrai pas vous en vouloir. Mais forcément, c’était trop bien fait. Quel groupe sort encore des albums aussi bons après 10 ans d’absence et presque 30 ans de carrière ? Sortir 11 tueries sur 11 titres (moins, peut-être, une reprise d’Amon Düül 2, et encore), évoquer ses anciens albums (Pod avec l’éthérée “Dawn : Making An Effort”, par exemple) sans jamais se répéter, proposer tour à tour du bordel noisy (“Metagoth”), du tube power pop (“Wait In The Car”), du rythme ternaire enlevé (“Howl At The Summit”, magnifique), des morceaux calmes planants (“Spacewoman”) ou en tension (“All Nerve”) et réussir à chaque fois brillamment, c’est donné à qui ? Et franchement, si on tenait vraiment un groupe en aussi grande forme après toutes ces années, quel...

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TH Da Freak – The Hood

TH Da Freak – The Hood

Fais pas la gueule, mecton ! Y a Mr Da Freak qui revient et Da Freak c’est (un) chic (type). Sous ses airs de branleur patenté, de chanteur du dimanche, il a quand même pondu un EP de belle facture fin 2017 ainsi qu’un autre avec une dénommée Courtney deux semaines plus tard, et vient de récidiver avec un album. On a vu des branleurs moins productifs. Pour ce qui est de l’attitude et du chant, TH Da Freak n’est pas énervé, il faut bien le dire. Il déroule ses pop songs tranquille Emile avec un flegme rafraîchissant. Il pourrait y avoir un avion qui s’écrase sur le pâté de maison derrière lui qu’il sursauterait à peine. De là à dire qu’il s’entendrait bien avec Dog Gynéco il n’y a qu’un pas que nous ne franchirons pas mais avec Stephen Malkmus, cela ne fait aucun doute, tant ils parlent le même langage musical. La prod est minimaliste, tout en ne lésinant pas sur les reverbs (ce qui ne manquera pas d’alimenter les discussions de comptoir dans la team Exit “c’est de l’indie rock 90s à mort”, “mais non, c’est du psyché à la Ty Segall !”. Ouais on a des comptoirs cool chez Exit, vous devriez vous y accouder plus souvent). L’aspect lo-fi omniprésent est toutefois à double tranchant. C’est cool, cool, cool mais ça gagnerait parfois à être plus percutant. On ne peut pas avoir le slacker et l’argent du slacker… Pas de quoi bouder tout de même face à une ribambelle de morceaux qui respirent le détachement en toutes circonstances et garnis en riffs qui font bouger les têtes (le tubesque à souhait “See You In The Hood”, “I Add Some Whisky In My Cola” et son gimmick guitaristique qui va bien, les accords simples et efficaces de “I Don’t Understand”). T’écoutes ça, tu sourirais presque niaisement aux gens dans le métro. Et si une certaine redondance peut être ressentie lors des premières écoutes, on constate en s’y penchant de plus près que la palette est plus large qu’il n’y parait (“Techno Bullshit” et son ambiance country, l’irrésistible “Thick Head” où on pourrait croire que Thurston Moore est venu taper le bœuf, “Bienvenidos At Satori Park” plus garageux sur les bords). Ne vous méprenez pas : ce disque ne changera certainement pas votre vie mais il peut rendre une journée maussade bien plus guillerette. Alors avant de t’adonner à une tâche chiante dont la vie quotidienne regorge, procrastine un bon coup, écoute toi The Hood et ça ira mieux. Jonathan Lopez The Hood by TH da...

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Turbonegro – Apocalypse Dudes

Turbonegro – Apocalypse Dudes

Il y a 20 ans sortait l’un des plus grands albums de rock des années 90. Et celui-ci ne vient ni de l’Ouest des États-Unis, ni d’Angleterre, ni même d’Australie ou d’Irlande. Non, l’un des plus grands disques de rock de la fin du 20ème siècle vient de Norvège. Qui l’eut cru ? Certes, la Scandinavie est plus connue pour ses groupes de metal extrême ou de punk hardcore, que pour son rock de bon goût. Il n’empêche que ce disque est la raison pour laquelle Turbonegro est aujourd’hui un groupe qui compte pour tant de personnes. La raison pour laquelle ils ne sont pas un énième groupe de punk. Mais Apocalypse Dudes, c’est avant tout l’histoire d’un groupe qui réussit sa mutation, qui franchit un gouffre… et un putain d’album de rock. Ass Cobra avait confirmé à ceux qui y avaient prêté l’oreille, malheureusement peu nombreux à l’époque, que Turbonegro était un groupe de punk à suivre, capable d’apporter des mélodies bien tubesques à ses morceaux punk énervés. Cet album avait permis au groupe de sortir la tête de l’eau, de mettre les galères du début derrière eux et d’aller de l’avant. Puis, il y a eu une histoire de pizza. Car entre l’enregistrement et la sortie d’Ass Cobra, presque deux ans se sont passés et deux membres du groupe sont partis, dont le guitariste Pål Pot, qui après un voyage en Thaïlande, se reconvertit en gérant de pizzeria. En son absence, Happy Tom reprend la basse et propose le poste de guitariste par interim à Knut Schreiner, surnommé Euroboy du nom de son autre groupe. Schreiner a été bercé au rock glam des 70s, Stooges période James Williamson en tête, et apporte une touche technique loin des riffs hardcore et des solos minimalistes qui étaient la norme jusqu’ici. Si bien que quand Pål Pot revient, il n’est pas en mesure de jouer les nouveaux morceaux et se retrouve clavier/danseur. Le nouvel album, écrit dans la foulée, repose sur une superbe conjonction d’éléments : les aspirations de Happy Tom d’écrire des morceaux plus élaborés, mélangeant l’énergie punk avec des aspects hard rock et rock 70s sont rendues possible par la maitrise d’Euroboy à la guitare et le nouveau batteur Chris Summers qui renforce la section rythmique, tandis que le côté glam est sublimé par la voix et le charisme d’Hank Von Helvete, qui arbore désormais les soleils noirs à la Alice Cooper. La présence scénique est accentuée par le nombre de musiciens (2 guitaristes, 1 bassiste, 1 batteur, 1 chanteur et 1 claviériste/danseur) et leur look gay agressif en jean de la tête aux pieds, les discours débiles de Hank et les fameuses ass rockets, feux de bengale allumés...

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