Zenzile – Elements

Zenzile – Elements

Ça fait déjà bien longtemps qu’on ne sait plus si on doit classer Zenzile au rayon dub. Ça emmerde sans doute les disquaires mais nous ça nous va très bien. Après avoir posé les bases du genre (on parle bien sûr du dub « à la française », le jamaïcain existant lui depuis belle lurette), Zenzile est parti en expédition et n’est jamais vraiment revenu. Ou plutôt si, il revient chaque fois avec de nouvelles idées. Après un tour à Berlin il y a 2 ans au bon goût de rock choucroute, le voici désormais entouré d’une nouvelle exploratrice qui foule pour la première fois la planète Zenzile et s’y accommode très bien, en témoigne la merveilleuse « Bird » en ouverture avec une Zakia Gallard des plus aériennes. La pochette prend alors tout son sens. Nous sommes bien au-dessus des nuages. Autre bijou bien poli, « Dry », qui peut se targuer d’une somptueuse intro où on pense que tout est déjà dit. Mais non il y a bien d’autres choses à conter dans cette fantastique épopée que de délicats synthés emmèneront vers des contrées new wave. L’album, qui tient autant du dub que du rock progressif, se révèle moins rugueux que son prédécesseur. A l’exception du rock burné d’« Outsight » (qui n’est pas sans rappeler certains titres incandescents de Livin’ In Monochrone), l’ambiance se veut plus apaisée. Il est davantage question de méditation que d’excitation (la formidable « Storm » qui s’autorise toutefois quelques éclairs guitaristiques rageurs, l’inspirante « Sequences » qui nous susurre « love is all around » de la façon la plus convaincante qui soit). Sans surprise, Matthieu Bablée envoie toujours des lignes de basse qu’on pourrait s’écouter tranquille un bon quart d’heure sans se lasser, et quand le tout est accompagné de percus et d’une voix brumeuse (« Presence »), on est bien. Un bon vieux dub des familles (« Poly ») vient boucler une affaire rondement menée, et rappeler que Zenzile n’oublie pas ses racines. Autre rappel : la musique de Zenzile fascine toujours et, si on ne sait jamais où ils vont nous emmener, on peut toujours les suivre les yeux fermés....

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John Garcia – The Coyote Who Spoke In Tongues

John Garcia – The Coyote Who Spoke In Tongues

Ce qu’on peut être médisant parfois. Regardez les mots que j’employais pour attaquer ma chronique du précédent disque de John Garcia « John Garcia fait toujours peu ou prou la même chose. John Garcia n’a pas une voix d’une sidérante beauté. » Rangez vos guns toutefois, les adorateurs du roi du désert, je me montrais enthousiaste sur le contenu dudit album. Mais depuis ce jour le père John, fidèle lecteur d’Exitmusik, ruminait dans son coin et s’était juré de prendre son temps pour sortir son successeur, dont l’unique but serait de me faire mentir. Voici donc un album de John Garcia bien différent de ce qu’il a l’habitude de nous proposer. Ok John, tu marques un point. Forcément du stoner acoustique ça ne ressemble plus vraiment à du stoner. Le pari était donc somme toute relativement risqué. « Relativement » parce qu’avec 4 morceaux de Kyuss, il a pris soin de ne pas déboussoler totalement l’auditeur. On aurait pu penser que mélanger morceaux cultes et nouveaux morceaux n’était pas forcément la meilleure idée pour mettre en valeur ces derniers. Mais figurez-vous qu’ils s’en sortent plutôt très bien. En ouverture « Kylie » est une franche réussite (et on serait curieux de l’entendre en version électrique !). « Argleben II » ou la très entrainante « Hollingworth Session », sans être des chefs-d’oeuvre inoubliables, font également mouche. Et on retrouve en fin d’album, une version live de « The Blvd » (présent sur le précédent disque) aux atours bluesy fort séduisants. Ceci étant dit, la grande et belle surprise demeure la réinterprétation des classiques de Kyuss, que John Garcia laisse vivre et n’ont pas besoin des riffs monstrueux de Josh Homme pour marquer les esprits. Mention spéciale à « Gardenia », transfiguré en folk minimaliste, là où elle faisait figure d’ouragan dévastateur en ouverture de Welcome To Sky Valley. Ou « Green Machine » sur lequel Garcia beuglait virilement auparavant et qui, ici opte pour un murmure délicat. Sans surprise « Space Cadet » est celle qui a subi le lifting le moins sévère (puisqu’elle était déjà acoustique) mais Garcia y chatouille les aigüs avec brio (avec qui ?) prouvant aux médisants dont je fus qu’il a bien une voix superbe… Ok John, mille excuses. La formidable « El Rodeo » et ses slides de guitare jouissifs vient entériner la démonstration que le défi un brin périlleux du passage à la gratte sèche est relevé haut la main. On résume donc : John Garcia ne fait pas toujours la même chose, John Garcia a une très belle voix et chante remarquablement bien. Le troisième point que j’avais évoqué à l’époque dans ma chronique était le suivant « John Garcia n’égalera plus jamais les albums de ses débuts avec Kyuss« . Alors autant y aller franco, le sieur Garcia a l’air un peu nostalgique de Kyuss et...

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Social Square – Feeling Superhuman EP

Social Square – Feeling Superhuman EP

Tiens, Wonderflu sort un nouvel EP ? Ah non, ce sont leurs collègues de Social Square ! À la première écoute, pourtant, on y croirait. Je n’avais jamais constaté à quel point les voix de Patrick et Greg pouvaient se ressembler, parfois. Et puis ce sens du cool, cet amour du son typé rock indé 90s, on ne peut pas nier que les deux groupes, au-delà de leur label, partagent quelques affinités. Mais ne nous y trompons pas, Social Square a sa propre touche, un brin plus punk (limite californien, parfois, mais sans jamais franchir la limite du mauvais goût), un penchant pour les compos plus complexes, et un autre pour les instruments bizarres qu’on découvre dès le titre d’ouverture, « Gold & Silver Medals ». Il faut savoir qu’avant de sortir ce Feeling Superhuman, Social Square est passé par une refonte importante, changement de bassiste puis carrément de configuration, et que c’est leur premier vrai disque à deux. Auparavant, ils ont sorti Songs We No Longer Play, qui vaut aussi son pesant de cacahuètes, mais qui n’était qu’une compilations de vieux titres amenés à finir au placard, d’où le titre. En fait, je dis qu’il faut le savoir, mais c’est surtout qu’il faut le savoir pour s’en rendre compte ! Les deux comparses jouent ensemble depuis un bon bout de temps, s’entendent musicalement très bien et le résultat est assez bluffant. À aucun moment, on ne sent d’hésitation, de recherche d’identité ou d’errement typiques des disques de transition. Non, Social Square a trouvé la formule qui lui va, et elle va bien pour nos oreilles également. Seul reproche, qu’on peut aussi faire à Wonderflu, le disque est trop court. Un poil frustrant. Sinon, Social Square nous offre encore un chouette moment de rock 90s inventif, bien foutu, un poil complexe mais néanmoins très plaisant pour peu qu’on apprécie le genre, comme tout ce que publie Influenza Records. Du tout bon ! BCG Feeling Superhuman by Social SquareSocial Square fêtera la sortie de son nouvel EP en concert vendredi 3 mars à l’American Express Live Bar (Paris) en compagnie leurs (excellents) collègues de label...

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The Saints – (I’m) Stranded

The Saints – (I’m) Stranded

Dans le premier numéro d’une émission radio malheureusement en stand-by définitif, les chroniqueurs nous proposaient un débat un poil fallacieux : le punk est-il américain ou anglais ? Si la paternité musicale se doit de revenir aux Ramones, et la parenté du style vestimentaire et de l’attitude (qu’on pourrait qualifier de « marketing ») aux Sex Pistols, la question devient complètement inepte si on la comprend comme « qui a fait le meilleur punk ? » puisqu’à ce compte-là, c’est peut-être vers l’Australie qu’il faudrait se tourner. En 77, avant même que Never Mind The Bollocks ne mette le mot sur toutes les lèvres, un petit groupe de Brisbane sortait ce qui est certainement un des meilleurs albums du genre. Un des meilleurs albums de rock tout court. Car finalement, la force des grands groupes étiquetés punk est certainement d’avoir fait les meilleurs albums de rock possible, sans chercher à rattacher leur musique à un quelconque mouvement, et les Saints ne font pas exception. Leur musique se rapproche de celles de leurs compatriotes de Radio Birdman, avec une influence sensible des groupes de proto-punk, un son direct, incisif, et un sens mélodique certain. La recette des champions. Après avoir sorti leur premier single sur leur propre label, comme de bons adeptes du DIY, le groupe signe chez Sony pour son premier album qui reprend le single éponyme, tube imparable et lui ajoute 9 titres. Si on pourrait facilement se contenter d’appuyer systématiquement sur repeat à l’écoute de « (I’m) Stranded » et être déjà content du résultat, ce serait tout de même dommage vu ce que le disque a à offrir d’autre. Car ici, même le titre le plus anecdotique ferait figure de tube sur un disque des Sex Pistols ou des Clash, voire de chef d’oeuvre sur le premier album de Wire. Bien sûr, le gros de la musique des Saints tient à la formule citée précédemment, un rock’n roll assez essentiel joué à un tempo endiablé avec un son cru, servi par le chant désabusé mais irréprochable de Chris Bailey, mais ça n’empêche que le spectre de leurs compositions n’est pas si restreint : ils s’osent à la ballade avec « Messin’ With The Kids », pire ils réussissent l’exercice haut la main, proposent des reprises sauvages (« Wild About You » des Missing Links et « Kissin’ Cousins »), un tempo lent (« Story Of Love »), des morceaux nerveux (« Demolition Girl », « No Time », « One Way Street »), sans se donner d’impératif de durée (la très énervée « Erotic Neurotic » dépasse les 4 minutes et le « Nights In Venice » final, pas beaucoup plus lent, frôle les 6). Et pour couronner le tout,  le jeu du guitariste Ed Kuepper saute aux oreilles tant il étoffe sans jamais être dans la surreprésentation. Ni trop limité, comme...

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King Gizzard & The Lizard Wizard – Flying Microtonal Banana

King Gizzard & The Lizard Wizard – Flying Microtonal Banana

Ils sont joueurs les King Gizzard & The Lizard Wizard (dernière fois que je l’écris en entier). A chaque nouvel album, ils se fixent un nouveau défi. Avec une constante cependant, les bonhommes planant à 15000, ils ont choisi de retourner le psyché dans tous les sens possibles et imaginables. Après avoir fait du rock psyché vénère bien imbibé de fuzz (12 Bar Bruise), puis du psyché façon western spaghetti (Eyes Like The Sky), du pop psyché guilleret (Oddments), du psyché planant (Quarters!, chaque morceau durant 10 minutes 10), du psyché chansonnier pour hippies jamais redescendus (Paper Maché Dream Balloon), du psyché qui tourne en boucle pour bien te rentrer dans le crâne façon kaléidoscope (I’m In Your Mind Fuzz, Nonagon Infinity), ils reviennent ici à du « King Gizzard classique » (pour peu que ça ait un sens). A savoir une sorte de synthèse de tout cela. Mais bien psyché hein, sinon ce serait moins fun. Pour corser le challenge, l’ami Stu MacKenzie s’est doté d’une gratte microtonale (qui permet de jouer des quarts de ton). Ça peut sembler anecdotique voire de la branlette arty mais ça illustre bien l’amour de la musique de ces australiens sans cesse en quête d’exploration et de mise en danger. On ne va pas vous faire croire qu’on a détecté un apport considérable grâce à l’ajout de cet instrument peu commun, on peut en revanche vous assurer que le programme de ce Flying Microtonal Banana est des plus variés. Et des plus trippants. Le bon gros single « Rattlesnake » ouvre le bal de façon sacrément jouissive avec ses boucles infinies façon kraut sous taurine. On est tenté de laisser le doigt sur la touche repeat. Mais ce serait dommage de se priver du reste. Les titres s’étirent, des tiroirs s’ouvrent un peu partout, remplis d’idées aussi brillantes que saugrenues. A retenir parmi les démonstrations les plus éclatantes de ce psychédélisme foutraque savamment maîtrisé  : « Melting » et ses synthés 60s hallucinés qui tourbillonent avec les voix, « Sleep Drifter » qui invite un harmonica à la fête. Ou l’excellent « Billabong Valley » et sa touche ethnique apportée par un zorna (une trompette turque) railleur. Une touche ethnique bienvenue et très présente tout du long, comme si les australiens étaient allés à la rencontre des touaregs. Façon Page et Plant, il y a bien longtemps dans une galaxie lointaine, très lointaine… Tout n’est pas issu du même moule, certains morceaux se révélant plus anecdotiques, mais l’impression d’ensemble est d’avoir affaire à un groupe sans frein, qui s’éclate et régulièrement nous éclate aussi. A défaut de nous pondre l’album ultime de leur discographie, les australiens continuent de sortir à leur rythme effréné des disques bien au-dessus de la moyenne. Ne reste plus qu’à confirmer ça avec...

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Le Peuple De L’herbe – Stay Tuned…

Le Peuple De L’herbe – Stay Tuned…

On a d’abord tous pensé que les membres du Peuple De L’herbe étaient des fumeurs de joints invétérés. Erreur ! Le Peuple De L’herbe ce sont de gros alcooliques. Des alcooliques qui ont su faire évoluer les moyens de se/nous torcher la gueule. Alors qu’à leurs débuts ils ne lésinaient pas sur les doses et les mélanges, les voilà désormais plus mesurés. Tout en sachant apprécier les bons crus forts en bouche (JC001 qu’ils ont toujours affectionné, Marc Nammour de La Canaille et Oddatee), Le Peuple semble assagi, préférant un bon alcool fort à déguster plutôt qu’un mélange qui pourrait se révéler indigeste (même si à l’époque ils étaient ô combien savoureux !). Avec l’âge on encaisse moins facilement. Aujourd’hui Le Peuple apprécie se faire un bon rock’n rhum tranquille, surtout quand les amis sont de la partie, même s’ils sont un peu sur les nerfs et revendicatifs (« Abuse »). Ça fait aussi du bien de vider son sac. Alors évidemment quand on se remémore un soir comme ce maudit vendredi 13, impossible de ne pas avoir l’alcool triste. Mais même l’esprit un peu embrumé, les mots de Marc Nammour sont justes. Triste mais beau et touchant (« V13 »). Et c’est aussi beau d’écouter JC001 embrasser la cause de réfugiés trop souvent vilipendés (« Refugees »). L’alcool libère la parole dit-on, là c’est juste le coeur qui parle. Mais la soirée est longue et si Le Peuple a mis un peu d’eau dans son vin, il sait varier les plaisirs, calmant le jeu avec un soft bien senti (« Lucy Fire ») avant de se faire un petit shot pour faire monter la pression et partir en soirée rock’n rhum (« Only A Few »). Dès lors, les bonhommes ont l’enthousiasme si communicatif qu’il devient inconcevable de ne pas se déhancher à leurs côtés (« Who’s Got It »). Finalement, même sans l’exubérance de sa jeunesse, le souvenir ne sera peut-être pas indélébile comme à l’époque mais c’est toujours aussi bon de passer une soirée en compagnie du Peuple De L’herbe à s’enfiler quelques canons....

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Pearl Jam – No Code

Pearl Jam – No Code

(Attention je vais vous raconter ma vie. Si vous voulez fuir, il est encore temps…) J’aime beaucoup ma famille. Et dans la famille Pearl Jam c’est sacré. Le premier concert que j’ai vu, à l’âge de 11 ans ? Pearl Jam. En 96 au zénith avec mon père, ma mère, mes frères et mes soeurs. Et c’était le bonheur. Bon, pas exactement. Plutôt mon père, mon frère, ma tante et mon cousin. Mais c’était le bonheur, pour sûr. Et cette tournée-là, c’était la tournée de No Code. Et à l’époque, on était dégoûtés parce qu’on l’aimait pas. Enfin, pour être tout à fait honnête, on m’a dit qu’il était nul et je les ai crus. No Code c’était presque devenu le sujet à ne pas aborder à table. Si quelqu’un avait le malheur de prononcer le nom de ce disque, c’était suivi d’un silence gêné. Bref je ne l’aimais pas, personne ne l’aimait c’était un peu le vilain petit canard. Pour moi c’était acté, j’étais passé à autre chose (à Yield pour être exact, et c’était de nouveau le bonheur). Et puis un jour, genre 15 ans plus tard, alors que pour la 425e fois on avait une discussion enflammée sur la discographie de Pearl Jam, je lâche un définitif « de toutes façons, à part No Code (gniark gniark), ils sont tous mortels les premiers albums ». Et là, on me sort un « ba il est trop bien aussi No Code… » Whaaaaaat !!! Mon monde s’écroule alors, ce disque que j’ai totalement snobé parce qu’on m’avait fortement invité à le faire, avait été réhabilité dans le plus grand secret… Dès lors, je me suis attelé à rattraper le temps perdu. Et depuis c’est le bonheur. Il faut dire qu’il n’y a pas que ma famille qui a mis du temps à assimiler/accepter/apprécier No Code. D’abord, parce qu’il a eu le malheur de succéder à un Vitalogy d’anthologie salué par tous, ou presque (exception faite des anti Pearl Jam primaires rejetant tout en bloc avec des arguments massues genre « j’aime pas Vedder, il a les cheveux trop longs »). Passer après un tel monument n’est évidemment pas chose aisée, et le contexte est également très particulier. La tournée qui suit Vitalogy est largement tronquée, en raison de la guerre menée contre l’ogre Ticketmaster. Une guerre un peu vouée à l’échec, assez éreintante, et qui aura vu le groupe dans son acharnement anti-commercial (aucune interview donnée, aucun clip sorti) s’éloigner d’une partie de ses fans, un rien frustrés par la radicalité de la démarche. No Code déboule alors, et rompt assez radicalement avec ses prédécesseurs. On ne va pas se mentir, malgré l’immense talent que je leur reconnais, les Pearl Jammeux n’ont jamais...

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Nick Drake – Pink Moon

Nick Drake – Pink Moon

En ce jour funeste*, qui voit la disparition du poète et chanteur canadien Léonard Cohen, auteur de quelques-unes des plus belles chansons du siècle dernier (écoutez « Hallelujah », qu’avait repris si magistralement Jeff Buckley sur l’album Grace). On a l’impression d’entendre un ange tombé du ciel. Léonard Cohen première victime collatérale de la sinistre marionnette Trump. Mais je m’égare, en ce jour maudit disais-je, j’ai envie de vous parler d’un autre poète chanteur, qui n’a malheureusement pas eu la reconnaissance de son talent de son vivant, et qui est mort très jeune, totalement inconnu dans une solitude extrême. Je voulais vous parler de Nick Drake, artiste maudit s’il en est, et autre ange tombé du ciel. Nick Drake, est unanimement reconnu depuis, bien sûr, comme c’est souvent le cas, reconnaissance et estime post mortem. De nombreux chanteurs lui vouent un culte et ne tarissent pas d’éloge sur son talent immense. Peter Buck, Robert Smith, Lou Barlow en font partie (excusez du peu). C’est même en écoutant tout jeune Five Leaves Left qu’il se dit que même un mec timide, voire introverti, peut passer ses émotions dans la musique et écrire des chansons. Et quelles chansons ! Aujourd’hui, si je vous parle de Nick Drake, c’est que Pink Moon, son troisième et dernier album a été publié il y a 45 ans. Dernier disque, brut de fonderie, aucune fioriture sur ces titres concis (l’album ne dure que 28 minutes). Nick seul à la guitare et au chant. On ne peut faire plus dépouillé et moins commercial. Nick Drake a 24 ans, deux albums au succès limité derrière lui. Et pourtant deux chefs-d’œuvre ignorés de son vivant qui trouveront avec le temps des cohortes de fans qui découvriront le génie de ce chanteur compositeur. Nick Drake, éprouvé par les échecs relatifs de ses deux premiers disques choisit l’épure comme ligne directrice, lorsqu’il enregistre en deux nuits onze chansons. Rupture totale avec le style des deux albums précédents Five Leaves Left et Bryter Layter à la production riche, et aux nombreuses harmonies complexes, piano, cordes, guitares. Jetant tout ce qu’il a d’émotion et de passion dans ces séances, qui verront la naissance de Pink Moon. Bien que jugé par ses fans comme son meilleur album, l’échec commercial sans appel du disque enfonce Nick Drake plus profondément dans la dépression qui le mine depuis toujours. Très affecté par le rejet public du disque, Nick Drake abandonne la musique et se retire définitivement chez ses parents. Deux ans plus tard, il décède d’une overdose d’anti dépresseur. Triste fin pour un jeune génie de 26 ans incompatible avec le succès, et le monde dans lequel il vivait. L’éponyme « Pink Moon » en ouverture, sur laquelle il a...

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Shannon Wright – Division

Shannon Wright – Division

Vous aimez Shannon Wright ? Oui, bien sûr, vous adorez son rock rugueux sur In Film Sound. A moins que ce soit plutôt la folk décharnée de Let In The Light qui vous sied davantage. Une chose est sûre, vous pouvez aimer Shannon Wright pour bien des raisons et par bien des aspects. Et bien cette fois, attendez-vous à encore autre chose. Les guitares sont restées la plupart du temps bien au chaud dans leurs étuis et Shannon s’est enfermée dans un studio avec Katia Labèque, pianiste de renom mais d’obédience classique. On pouvait donc être curieux du résultat de la rencontre entre une artiste qui fait dans le perfectionnisme, la sophistication et une qui s’apparente davantage à une écorchée vive. Et bien le résultat est tout bonnement sublime. On y retrouve une Shannon Wright transcendée par le procédé, totalement à fleur de peau, faisant preuve d’une grâce et d’une délicatesse extrêmement touchante. Le premier single, « The Thirst », dégage une puissance émotionnelle formidable, entre la sobriété du piano et l’écrasante rythmique sur le refrain qui vient donner une dimension épique aux paroles de Shannon. On trouve également l’étrangement bancale « Accidental » où se côtoient sonorités 8bits et nappes de synthétiseurs. On se demande d’abord légitimement ce que c’est que ce binz avant que la voix de madame n’emporte tout, telle cette « hand grenade » qu’elle dit se trouver dans sa tête. L’explosion n’est donc pas loin. Pourtant elle ne viendra pas. Le fil ténu n’est jamais rompu, que ce soit sur la superbe et totalement envoûtante « Iodine » ou l’intense « Wayward » qui nous renvoie à l’âge béni du trip hop bristolien. Que ça vous plaise ou non sur le papier, vous ne pouvez qu’aimer Shannon Wright et son Division. Elle prouve encore une fois qu’elle est une artiste douée, éminemment singulière qui ne s’embarrasse guère de frontières… Et prend un malin plaisir à diviser l’épure d’un piano délicat avec l’exubérance électronique. Pour mieux régner....

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Pù – Tunguska : Last Transmission EP

Pù – Tunguska : Last Transmission EP

Qui a déjà vu Shining ici ? Levez la main. Tout le monde, c’est bien ce qu’il me semblait. Eh bien vous voyez ce petit disque là, de Pù, oui c’est son nom, il me fait fortement penser à Shining. Plus particulièrement à ce moment où on sent l’angoisse grandir et les solutions de secours s’amenuiser. La neige s’amoncelle, le contact radio ne passe plus et on se demande comment on va bien pouvoir se sortir de ce traquenard qui semble de plus en plus inextricable. Ici, on n’est pas dans le Colorado mais au fin fond de la Russie et les seuls contacts radios qu’on parvient à établir sont (fort logiquement) en russe. Pour le reste, on s’y croirait. Il se dégage quelque chose d’inexorable dans l’atmosphère qui s’instaure progressivement (« Radio Prologue »), quelqu’un s’acharne sur la porte qui ne tiendra plus très longtemps. Puis intervient une basse narquoise, implacable, annonciatrice d’un destin funeste (« Tunguska : Last Transmission »). Existe-t-il un échappatoire ? Rien n’est moins sûr. Les violons entérinent votre sort. Vous êtes quasiment mort et enterré mon pauvre vieux. Forcément l’ambiance n’est pas au beau fixe (« Disturbances »). On est presque dans l’éloge funèbre, les dernières prières. Et puis, de façon totalement inattendue vous entendez un bruit venu de l’extérieur au fin fond du blizzard. Quelqu’un est venu vous sauver ! La lueur rejaillit, le champ de vision s’élargit, les grands espaces s’offrent de nouveau à vous. Vous pouvez vous laisser aller à cavaler dans la neige écoutant le doux son de guitares rassurantes (« Eastern Western »). Non sans une étrange pointe de mélancolie toutefois, vous êtes passé par toutes les émotions et désormais vous ressentez une sorte de syndrome de Stockholm. Un attachement profond envers ce ravisseur complexe qu’est Pù. Ce n’était pas si terrible au fond, vous vous êtes fait des idées, Pù vous aura fait peur mais ce n’était peut-être que pour mieux jouer avec vos émotions et vous laisser exprimer votre joie une fois libéré de son emprise. Dans le doute, vous allez lui laisser quelques mois et peut-être que, quand l’eau aura coulé sous les ponts, vous aurez de nouveau envie de lui rendre visite quand il vous invitera… A Tunguska ou ailleurs. JL Tunguska : Last Transmission by...

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