A Tribe Called Quest – We Got It from Here… Thank You 4 Your Service

A Tribe Called Quest – We Got It from Here… Thank You 4 Your Service

2016 aura été une belle salope. Elle nous aura pris David Bowie, Phife Dawg, Leonard Cohen, Prince (et à quelques jours près Lemmy mais on était encore en 2015… 2015 aura été un sacré enfoiré aussi. On n’est pas prêt de l’oublier.) Tous ces grands noms sont partis et, comme un ultime pied de nez, les trois premiers cités nous auront prouvé une fois de plus qu’on les regretterait éternellement avec des albums offerts, dans un dernier soupir, dotés du supplément de classe qui a caractérisé leur carrière. Pourtant, pour Phife Dawg, ça puait le traquenard à plein nez. Honnêtement, quand un nouvel album de A Tribe Called Quest a été annoncé 18 ans après le dernier, quelques mois seulement après la mort du MC, je l’ai vu d’un œil extrêmement méfiant. Réaction logique, à un détail près : on parle de A Tribe Called Quest là. Et ces gens-là quand ils se mettent au boulot ne savent faire autre chose que pondre des classiques instantanés. Q Tip avait prévenu en ouverture d’album : ils n’étaient pas venus pour sucrer les fraises, répétant tel un leitmotiv « Gotta make something happen ». Et il a tenu parole. Quelque chose s’est produit, incontestablement. Lorsqu’on s’enfile l’album en entier (1h quand même) pour la première fois, on perçoit d’emblée l’énorme potentiel de l’objet. On le réécoute pour être sûr de pas avoir déliré et finalement le constat se dessine de façon de plus en plus implacable : ce disque est une tuerie. Même la présence un brin incongrue d’Elton John sur « Solid Wall Of Sound » (et pas seulement en sample de « Benny And The Jets ») évite largement le fiasco, tant les évolutions du morceau (hyper riche !) sont cohérentes et maîtrisées. A côté de ça, il y a de pures bombes comme on n’en fait plus, de celles dont la grande majorité des rappeurs actuels courent après toute leur carrière. De celles qu’A Tribe Called Quest a l’habitude d’aligner comme des perles (« We The People », « Kids » avec Andre 3000 d’Outkast qui sans surprise est parfaitement à sa place, « Dis Generation », « Ego », on pourrait tous les citer…). Quel bonheur d’entendre une dernière fois la verve de Phife Dawg, entouré de ses acolytes de toujours (y compris Jarodi White, signant un retour remarqué au sein de sa formation d’origine). Et quelle chance qu’ils s’expriment sur une production aussi aboutie, d’une variété impressionnante. Rien à voir avec la chance toutefois, mais plutôt avec le talent de Q Tip et de Blair Wells (épaulés notamment par Kanye West, qui, sans en faire des caisses – ça change – nous a dégoté un sacré sample de...

Lire la suite

Beastie Boys – Licensed To Ill

Beastie Boys – Licensed To Ill

Au début des années 1980, Michael Diamond, futur Mike D, Adam Yauch qui deviendra MCA et Adam Horovitz qui se fera appeler Ad-Rock, font du punk hardcore… Les Beastie Boys n’ont encore rien enregistré mais écumé bon nombre de salles, ouvrant notamment pour les Misfits, les Bad Brains et autres Dead Kennedys. Mais au contact d’un certain Rick Rubin, jeune producteur en devenir, le destin du groupe va prendre une tournure inattendue. Habitué comme eux des concerts punk, Rubin partage ce goût pour le riff sale et sec comme un coup de trique. Il est aussi le fondateur du label Def Jam… Il va donc leur souffler de faire comme ses petits protégés Run DMC ou LL Cool J : rapper. On ne le remerciera jamais assez. Mais à la différence des autres groupes rap qui émergent aux quatre coins des Etats-Unis et qui piochent allègrement dans les samples de James Brown et la musique black, les blancs becs des Beastie Boys pillent, eux, les classiques hard rock et metal. La pochette, géniale, illustre tout à fait l’esprit Beastie. On croit partir en voyage tranquille à bord d’un bel avion et quand on déplie le vinyle… BIM il se trouve que le bel avion s’est pris une falaise. Le voyage ne sera peut-être pas aussi paisible que prévu. Sur le cockpit, le logo des Beastie et le numéro de série vu dans un miroir donne « EAT ME ». On va manger. Confirmation dès l’entame du disque avec le gros riff qui tâche de « Rhymin And Stealin’ ». La bande de branleurs énervés s’égosillent, s’invectivent. Les Beastie postillonnent, les Beastie remuent, et nous font un bien fou. On a déjà envie de hurler « Ali Baba and the 40 thieves » et ça ne fait que commencer. Sur ce morceau, on retrouve du sample de Led Zep, Black Sabbath et du Clash. Rien de moins. L’alternance entre gros morceaux rock/rap vénères (« Rhymin And Stealin’ », « Fight For Your Right », « No Sleep Till Brooklyn ») et hip hop old school plus classique (« Posse In Effect », « Brass Monkey », « Paul Revere ») est savoureuse. A l’image de leur style vestimentaire inimitable (survet’ Adidas, casquette à l’envers, chaîne en or qui brille), les Beastie Boys osent tout. On leur a demandé de se lâcher, fallait pas le dire deux fois… Mix Master Mike fait parler les platines sur « The New Style », les 3 MCs balancent des textes affreusement sexistes (à prendre au 12e degré) sur la génialement débile « Girls ». On est loin des textes revendicatifs de Public Enemy, les Beastie revendiquent, eux, le droit de faire la fête sur « Fight For Your Right » qui deviendra un hymne. Le morceau n’est pas franchement ce qu’ils ont fait de plus abouti mais ça...

Lire la suite

The Beatles – Revolver

The Beatles – Revolver

Le 5 août 1966, une déflagration sans précédent secoue le juvénile monde du Rock. Il ne s’agit pas d’un coup de Revolver mais quasiment d’un coup de canon. Le 7ème album des Beatles parait et ce disque, non seulement enfonce toute la concurrence (ok il y a également Blonde On Blonde de Bob Dylan qui paraît cette année-là), mais il marque l’entrée du Rock dans l’âge adulte, et invite les Beatles à la postérité. Je vous remets dans le contexte. Printemps 1966, les Beatles sortent exténués et ahuris de leur dernière tournée. Elle sera (ils ne le savent pas encore) la dernière de l’histoire en tant que Groupe. Ils ne supportent plus le cirque délirant qui accompagne leurs prestations sur scène : hurlements des fans, sonos pas à la hauteur de leur désormais très haute ambition sonore. Sans oublier la police omniprésente, et désormais les menaces qui font suite à quelques déclarations sorties de leur contexte comme « on est désormais plus célèbres que Jesus Christ », ce trait d’humour de John Lennon qui n’amuse pas les connards du Ku Klux Klan. Les Beatles vont donc tourner la page de la première partie de leur carrière et s’attacher à faire exploser les genres en studio (leur nouvel univers) et enregistrer quelques albums qui marqueront l’histoire de la musique. Nous sommes juste un an avant le « Summer Of Love », et la salve de disques essentiels qui le précèdent ou l’accompagnent. Je vous livre en vrac, quelques exemples pour donner une idée du bouillonnement musical de l’époque : Surrealistic Pillow (Jefferson Airplane), Are You Experienced (Jimi Hendrix), The Piper At The Gates Of Down (Pink Floyd), The Doors (The Doors), The Velvet Underground And Nico (Velvet Underground), et bien entendu le génial Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band... En 1966, donc les Beatles découvrent le LSD, et Revolver est le reflet et le résultat de quelques-uns de leurs trips. Le titre qui transpire le plus l’acide est bien entendu le fantastique « Tomorrow Never Knows ». Intro martelée par une batterie lourde noyée dans l’écho, voix de Lennon qu’on jurerait sortie d’une cabine téléphonique immergée, solos de guitare passés à l’envers, synthés imitant des oiseaux, et ces textes totalement barrés (« Listen to the color of your dreams »), à mille lieues des « she loves you yeah yeah ». Cette première incursion dans le psychédélique est sans doute le morceau où les Beatles flirtent le plus avec le mystique et leur quête d’au-delà. Une pièce majeure à ranger à côté des « Within Without You » ou « A Life In A Day ». Très loin des petites rengaines rock n’roll de leurs débuts et évidemment injouable en concert (à l’époque). D’ailleurs le plus remarquable avec Revolver est que tous les titres ont été...

Lire la suite

Mudhoney – Every Good Boy Deserves Fudge

Mudhoney – Every Good Boy Deserves Fudge

Le deuxième album est souvent un intense moment de remise en question pour les petits groupes remarqués qu’on attend au tournant, et c’est certainement encore plus vrai pour Mudhoney. Car non seulement le groupe a déjà sorti un successeur mitigé à sa première grosse claque, mais en plus tous les espoirs qu’on portait en eux se sont tournés vers d’autres groupes de la scène de Seattle, dont un autre cassera la baraque quelques mois plus tard à un niveau inattendu, et qu’on ne reverra certainement pas de sitôt. Il faut dire que l’histoire du groupe est assez particulière : créé comme une petite cour de récréation entre 4 mecs plus ou moins en pause ou débarrassés de leurs groupes respectifs (Green River, The Thrown-Ups, Bundle Of Hiss et les Melvins), sorte de supergroup de la scène locale dont le seul objectif était de faire quelques concerts et peut-être un 45 tours, Mudhoney devient un peu par hasard, beaucoup par passion, la coqueluche puis la figure de proue du label naissant de Seattle, Sub Pop, qui les envoie en festival en Allemagne avant même que le groupe n’ai sorti le moindre titre. Écrit dans l’urgence, ce qui prouve l’alchimie incroyable entre les musiciens, leur EP Superfuzz Bigmuff et quelques singles mémorables achèvent d’en faire le groupe à suivre, les futures superstars indie de la fin des années 80. Sauf que, comme je le disais, le premier album (simplement intitulé Mudhoney) qui suit n’est qu’un Superfuzz Bigmuff rallongé, ce qui reste très cool mais beaucoup moins percutant. Et entre leur premier EP et cette année 1991, le regard de la critique, des médias et même des majors commence à se tourner vers Seattle, pas avec autant de ferveur qu’après Nevermind, mais les gros noms de la scène locale commencent à signer des contrats chez des majors et MTV commence à diffuser certains clips en rotation lourde. Tous les groupes de Seattle sentent que quelque chose se prépare et qu’il est peut-être temps de réfléchir plus sérieusement à leurs perspectives de carrière. Tous ? Non. Mudhoney, resté fidèle à Sub Pop envers et contre-tout, s’est concentré à sortir un album digne de ce nom après le précédent dont ils ne sont pas particulièrement fiers, un album qui pourrait vraiment leur plaire. Leur plaire, et aussi désarçonner un peu la presse musicale, britannique principalement, qui a construit autour d’eux et d’autres groupes comme TAD le mythe des rockers bûcherons simplets, festifs et bourrins qui les enferme dans une case dans laquelle ils n’ont jamais eu envie de se mettre. Steve Turner simplifie ses solos de guitare qui lui avaient valu d’être qualifié d’Eric Clapton du grunge et tous s’attèlent à composer des morceaux...

Lire la suite

The Gun Club – Fire Of Love (Fury)

The Gun Club – Fire Of Love (Fury)

Jeffrey Lee Pierce avait déjà sacrément roulé sa bosse avant de monter le Gun Club. Après avoir crapahuté dans bon nombre de groupes d’inspiration punk, déjà (le Delta Blues notamment), fait parler sa plume pour le fanzine Slash Magazine, crié son amour pour Blondie en tant que président de son fan club (!), il finit par se trouver l’escouade idéale pour atteindre les sommets qui n’attendaient que lui. Au sein de cette escouade, celui qui l’épaulera à la guitare et dont le parcours est curieusement assez analogique au sien, Brian Tristan plus connu sous le nom de Kid Congo Powers. Avant le Gun Club, le père Brian était lui aussi président d’un fan club, celui des Ramones, et fondateur du fanzine The Screamers. Ils étaient faits pour s’entendre. Le groupe se nomme initialement The Creeping Ritual avant d’opter pour un nom plus agressif à l’oreille, The Gun Club. Kid Congo se tire peu avant la sortie de Fire of Love, pour rejoindre les Cramps. Pas mal non plus. Jeffrey Lee Pierce ne se laisse pas démonter et, entouré de Ward Dotson (guitare, slide guitare), Rob Ritter (basse), Terry Graham (batterie), balance un impérial premier album en 1981. Fire Of Love donc. Pierce était un bon vieux déglingué, fort instable comme sa musique, préférant snober un soundcheck pour aller se bourrer la gueule. Avec le Gun Club, il s’était mis au point un petit cocktail maison en puisant dans les racines américaines (blues, country), le tout rehaussé d’une dose de punk. Bien chargée la dose. L’entame de Fire Of Love est à haute teneur inflammable. Single intemporel, « Sex Beat » est irrésistible. « So you can move, move » exhorte Jeffrey autant pour alimenter le coït brûlant que pour rameuter ses troupes, sans oublier d’avertir « we can fuck forever but you will never get my soul ». S’ensuit une furieuse reprise du « Preachin’ The Blues » de Robert Johnson. Dépoussiéré, branché sur 1000 volts, le blues des ancêtres. On l’a dit les racines sont importantes pour le Gun Club, qui aime faire trainer un bon vieil air innocemment country avant de tout envoyer valser dans une virée sauvage (« Ghost On The Highway »), ou rendre incandescent un blues qui se serait bien contenté de n’être que lancinant (« Promise Me » et son violon qui squatte le fond sonore). Indomptable, ce disque l’est de bout en bout, rempli de ruptures intempestives. Comme quand JLP décrète que le « fire will stop » (« Fire Spirit », autre tube éternel, à tout jamais affublé du label cool) ou sur l’endiablé « For The Love Of Ivy », le groupe appuyant sur le champignon quand ça lui chante, mais toujours à bon escient. L’assemblage est parfait : riffs tranchants, basse-batterie constamment sur le qui-vive et un Jeffrey...

Lire la suite

Suicide – Suicide (Red Star)

Suicide – Suicide (Red Star)

Quelle meilleure occasion de célébrer Suicide, qu’à la mort de son cofondateur ? Les disquaires vont s’en donner à coeur joie, alors faisons de même. Alan Vega s’en est allé, mais la musique de Suicide restera. Pour son impact, déjà. Indéniable. Sur la musique électronique évidemment, sur la noise, l’indus, le punk, la new wave, aussi. Deux petits mecs, des machines, et pourtant tant de choses à dire, d’émotions mêlées à l’écoute de ce premier album qui reste un monument, et un point d’ancrage pour beaucoup. Sombre et hanté comme du Joy Division. Hypnotisant comme de la transe. Rageur comme un bon vieux Stooges. Vega était d’ailleurs fasciné par les Stooges et leurs concerts qui pouvaient virer en émeutes, une habitude qui deviendrait celle des shows de Suicide*. Oui, il y avait quelque chose de suicidaire à s’y rendre. Quelque chose de sulfureux aussi, à voir débarquer un Alan Vega brandissant une chaîne de moto avant de se faire canarder d’objets en tout genres. Ces soirées-là n’étaient jamais de tout repos. Et ce disque est tout sauf une innocente promenade de santé. Ce disque est une invitation au malaise. Suicide se propose gentiment de racler notre boîte crânienne à la truelle pour y faire entrer ses étranges incantations. Et ce, dès l’entame, bien punchy, avec un « Ghost Rider » tout en électricité, en saccades infernales. « America, America’s killing its youth » scande Vega, en bon prédicateur dont nous buvons les paroles. Pas vraiment le choix vu la déferlante. En 1977, alors dans la fleur de l’âge, Vega jouait déjà au fantôme, chuchotant entre les échos et les infrabasses (« Rocket USA »). Il n’a pas fini de nous faire flipper. Plus tranquilisante pour nos pauvres âmes malmenées, « Cheree » cachait toutefois un amour certain pour le malsain. Derrière un xylophone suspect et des « i love you » susurrés, la comptine avait quelque chose de tourmentée. Un appât séduisant et un piège qui se referme, voilà qui pourrait assez bien résumer la musique de Suicide quand elle se voulait « romantique ». Sur « Girl », mêmes causes, mêmes effets. Une basse qui fait le boulot de défrichage, rigoureusement, Martin Rev qui sort son clavier/orgue à la Manzarek, Vega qui gémit « oh girl turn me on ». Dangereusement sexy. Sur cette première galette suicidaire, au son martelé, primitif, on peut également entrevoir les prémices new wave, avec les aspects douteux que cela peut comporter (encore plus évident sur le morceau bonus « Keep Your Dreams »** et sa boîte à rythmes bien kitsch). Mais l’épreuve la plus redoutable est la piste 6, « Frankie Teardrop ». Vega, en mode schizophrène, y campe un travailleur précaire, se tuant à la tâche dans une usine. Martin Rev maintient une tension de tous les instants, nous propulse dans la...

Lire la suite

Wipers – Is This Real? (Park Avenue)

Wipers – Is This Real? (Park Avenue)

Quarante ans après les débuts du punk, quels groupes du genre ont aujourd’hui encore la faveur des livres d’histoire musicaux ? Pas des masses. Les proto-punk que furent les Stooges et MC5 voire New York Dolls voiiire Patti Smith ou le Velvet Underground. OK. Les pionniers, les vrais, les Ramones, que tu peux même retrouver chez H&M (soupirs). Et les british qui s’en sortent pas mal avec deux représentants incontournables que même une fan de Mylène Farmer pourrait te citer dès lors qu’on lui dit le mot punk qui fait peur, je veux bien évidemment parler des Sex Pistols et des Clash. Bon, les livres d’histoire les plus cléments ajouteront peut-être les Damned. Pourtant, les Sex Pistols n’ont fait qu’un album, certes indéniablement important, avant de voler en éclat et les Clash qu’un seul véritable album punk : le premier. Et pourtant, nombreux groupes punk américains (sans parler des australiens) mériteraient aussi de truster leur place dans les livres d’histoire, à commencer par les Wipers. Le problème des Wipers c’est qu’ils font partie de la deuxième vague. Ils sont américains (Portland, Oregon), mais se forment au moment où les anglais en sont à leurs premiers méfaits (1977). Quand le premier Wipers sort, trois ans plus tard, le monde se fout déjà du punk. Les Ramones ne sortiront plus de tube de l’ampleur de « Blitzkrieg Pop » (en termes de popularité j’entends), les Clash font du reggae, les Damned font de la merde (ou pas loin), Johnny Rotten s’appelle John Lydon et a pris le virage post punk avec PiL. Donc, les Wipers se retrouvent en ligue 2, au sein des groupes respectés voire adulés par une poignée (les amateurs punk qui ne lâchent rien), ignorés par la majorité (le grand public). Et pourtant… Pourtant ce Is This Real ? comporte son lot d’imparables pépites punk. De l’immédiat, du rugueux, du sanguinolent. Greg Sage avertit « you better watch out, you better beware » et dès les premières secondes de « Return of the Rat », on est mitraillés et happés. Du bon gros rock’n roll dans nos dents. Moins virulent, « Mystery » vient taper du côté du pop punk avec une touche Ramones. Les riffs frappent vite et juste, les mélodies s’ancrent rapidement dans un coin de la tête pour n’en sortir que bien plus tard, quand l’addiction s’estompe. Pas de « one, two, three, four » ici, mais de la cadence infernale, de la gratte qui crache, de la saleté délicieuse. Le fameux propos de rageux « le punk c’est toujours pareil » ne fonctionne pas non plus, désolé. Quand un « Up Front » ou « Return Of The Rat » se la jouent cavalcades effrénées, le morceau-titre s’autorise un break reggae discret mais bien senti et « D-7 » prend l’urgence à...

Lire la suite

Witch – Witch (Tee Pee)

Witch – Witch (Tee Pee)

2006 : Je vois Dinosaur Jr en concert pour la première fois avec leur line-up originel. Je prends une des claques musicales de ma vie, et je deviens vite accro à leur discographie. Je me rue sur leur nouveaux albums quand ils sortent et je vais les voir dès que je peux, je tombe également vite en manque car ils ne passent pas près de chez moi et ne sortent pas d’albums aussi vite que mon envie de les voir ne revient. Je pars donc à la découverte de leurs side-projects. Je tombe sur ce disque, simplement intitulé Witch avec cet autocollant qui me refroidit immédiatement « le nouveau projet stoner/doom metal de J Mascis« . J’ignore ce qu’est exactement le « stoner/doom metal », mais allergique au metal extrême et circonspect sur le stoner en dehors de Kyuss, je laisse celui-ci de côté, déjà bien occupé à explorer les albums de Sebadoh. 2008 : Depuis l’été dernier (une malheureuse date au Rock En Seine), Dinosaur Jr n’est pas repassé en France, et leur tournée ne prévoit aucune étape dans l’hexagone. Je suis en manque sévère, au point de faire le déplacement jusqu’à Cologne pour les revoir. Cependant, j’apprends que J Mascis passe en France à l’automne pour son side-project Witch. Son truc de « doom metal ». Bon, je vais quand même y jeter une oreille. Depuis 2006, ils ont sorti un nouvel album, d’où la tournée, mais je me tourne directement vers celui que j’avais boudé deux ans auparavant, avec une légère appréhension. Je le mets dans ma platine et je serre les dents. Et là, je maudis purement et simplement les étiquettes, car ce disque est une tuerie. « Ah, ok, donc « stoner/doom metal », ça veut juste dire du Black Sabbath ! » me dis-je. Petite nuance, qui a dû leur valoir le terme de stoner, le son est propre et moderne, avec une chouette fuzz bien mise en avant. J’ai lu je ne sais plus où que les groupes du désert à l’origine du mouvement stoner cherchaient à reproduire le son de Black Sabbath, et je pense qu’aucun n’en a été aussi proche que Witch. Bon, on va évacuer d’emblée la critique la plus évidente. Ce groupe n’a rien inventé. Certes. Je ne suis pas le dernier à être frustré à l’écoute d’un nouveau disque en me disant « oui, c’est sympa, mais ça ressemble beaucoup trop à tel ou tel groupe. » Je fais cette critique régulièrement, et ça m’a gâché plusieurs écoutes, occulter ce point chez Witch serait hypocrite de ma part. Sauf que pour une fois, je l’écarte assez facilement en constatant que certes, Witch fait purement et simplement du Black Sabbath sur son premier album, mais en mieux. Attention, je ne dis...

Lire la suite

Dinosaur Jr. – Discographie (2ème partie : 1989 – 1997)

Dinosaur Jr. – Discographie (2ème partie : 1989 – 1997)

  Cherchez Lou, garçons   Quand nous avions laissé Dinosaur Jr., en 1989, c’était après une tournée éreintante pour leur troisième album Bug, et sans bassiste, puisque Lou Barlow et J Mascis semblaient irréconciliables. Pourtant, nulle envie pour Mascis et Murph de baisser les bras ; la musique est bonne, comme dirait Jean-Jacques Goldman, et le leader de Dinosaur qui commence enfin à vivre de sa musique ne se voit pas vraiment abandonner ses projets pour redevenir pompiste, le seul boulot qu’il n’ait jamais eu à côté. Il ne se voit pas non plus devenir musicien studio ou rejoindre le groupe d’un autre, comme lui aurait proposé un petit jeune de Seattle dont le groupe prend de l’ampleur, un certain Kurt Cobain. L’anecdote a été citée par Thurston Moore, alors que Mascis explique à Cobain qu’il pense à l’ex-Melvin Donna Dresch pour prendre la suite de Lou dans Dinosaur, le leader de Nirvana lui aurait sérieusement répondu « elle craint, viens plutôt nous rejoindre à la place ! » Il reste donc à trouver un nouveau bassiste, et c’est d’abord la miss qui s’y colle pour une tournée océanienne. La tournée se passe bien, musicalement et humainement, mais il manque quelque chose. À la fin, ils décident mutuellement d’en rester là. Ensuite, vient le tour de Van Conner, bassiste des Screaming Trees. La tournée se passe bien, musicalement et humainement, mais il manque quelque chose. À la fin, ils décident mutuellement d’en rester là. Plutôt que d’écumer l’ensemble des groupes cultes de la région de Seattle, Mascis tente une nouvelle formation avec Don Fleming en deuxième guitare et Jay Spiegel en renfort à la batterie et aux percussions, Mascis s’occupant lui-même de la basse en plus de la guitare. Cette mouture fantaisiste ne fera pas long feu mais aura quand même le temps de sortir l’excellent single « The Wagon » chez Sub Pop en 1990. Pour expliquer ces errances, Murph se contentera de dire « on cherchait encore Lou, et évidemment on ne le trouvait pas, car il n’y a qu’un seul Lou ». C’est à ce moment-là que J Mascis rencontre celui qui sera son alter-ego sur toute la durée des années 90 : Mike Johnson.   L’année où le punk a explosé Au départ guitariste, surtout connu pour sa participation sur le premier album solo de son ami Mark Lanegan, Mike Johnson rencontre J par le biais d’amies communes. Et si celui-ci n’est pas réputé pour ses compétences sociales, l’accroche entre les deux est rapide et forte. Mascis, qui l’apprécie en tant que guitariste, finira par lui mettre une basse entre les mains en lui demandant de rejoindre le groupe pour la tournée de son nouvel album. Car entre « The Wagon » et...

Lire la suite

Radiohead – A Moon Shaped Pool (XL Recordings)

Radiohead – A Moon Shaped Pool (XL Recordings)

Radiohead a plusieurs catégories d’adorateurs, à des stades plus ou moins modérés. Les aficionados ultimes qui bénissent aveuglément la moindre de ses sorties, crient au génie à chaque nouvelle orientation du groupe. Ceux qui guettent les nouveaux albums avec une certaine impatience, conscients que la claque n’est jamais loin mais sachant raison garder quand la déception demeure évidente (The Kings Of Limbs, il faut dire ce qui est, c’était pas ça). Ceux qui ne jurent que par leurs débuts (The Bends, OK Computer quand l’électronique n’occupait pas une part prépondérante comme aujourd’hui). A moins de faire preuve d’une mauvaise foi consternante, chacun – qu’il se classe dans l’une ou l’autre de ces catégories – se doit de reconnaître l’évidence : Radiohead a marqué son époque. Il s’agit même à n’en pas douter du groupe le plus important de « l’après-Nirvana » pour avoir su à la fois toucher le grand public dans des proportions très larges et satisfaire audiophiles exigeants. Pas sûr que Radiohead ait fait naître l’envie de devenir musicien à autant de futurs artistes que le Velvet Underground ou Nirvana avait pu le faire mais son empreinte est toujours décelable, à degrés divers, dans bon nombre de groupes actuels. On a pu lire à plusieurs reprises que Radiohead réinventait le rock avec ce nouvel album. C’est totalement faux, évidemment. Ces balivernes ont sans doute été influencées par les propos du manager du groupe qui promettait qu’on allait entendre quelque chose qu’on n’a « jamais entendu« . Habile manière de faire monter la sauce (et là-dessus le groupe en connaît un rayon) mais on ne tombera pas aussi aisément dans le panneau. Radiohead fait du Radiohead, tout en veillant à se démarquer (un peu) de ses prédécesseurs. Beaucoup moins accessible qu’un In Rainbows, bien plus marquant qu’un The King Of Limbs, A Moon Shaped Pool est une nouvelle œuvre dense offerte par Radiohead. Une œuvre qu’il faut patiemment étudier pour en saisir la richesse. Et le temps se chargera de lui attribuer la place qu’il mérite au sein de l’immense discographie du groupe. On peut toutefois se risquer à le situer très probablement dans les hautes sphères. Les deux singles, de teneur assez classique, avaient rassuré sans toutefois émerveiller. On attendait de voir ce qu’ils donneraient entourés de leurs camarades de jeu. On le sait désormais. Tout ceci est extrêmement beau. Une beauté distante d’abord, de plus en plus évidente ensuite. Quand les écoutes se multiplient, quand les recoins subtils se dévoilent, la luminosité finit par jaillir. Et A Moon Shaped Pool resplendit alors. « Daydreaming » laissait assez vite deviner son potentiel et sa capacité d’envoûtement, ils ne font désormais plus le moindre doute. L’éthéré « Decks Dark » ne nous laisse guère d’autre choix...

Lire la suite