Mudhoney – Every Good Boy Deserves Fudge

Mudhoney – Every Good Boy Deserves Fudge

Le deuxième album est souvent un intense moment de remise en question pour les petits groupes remarqués qu’on attend au tournant, et c’est certainement encore plus vrai pour Mudhoney. Car non seulement le groupe a déjà sorti un successeur mitigé à sa première grosse claque, mais en plus tous les espoirs qu’on portait en eux se sont tournés vers d’autres groupes de la scène de Seattle, dont un autre cassera la baraque quelques mois plus tard à un niveau inattendu, et qu’on ne reverra certainement pas de sitôt. Il faut dire que l’histoire du groupe est assez particulière : créé comme une petite cour de récréation entre 4 mecs plus ou moins en pause ou débarrassés de leurs groupes respectifs (Green River, The Thrown-Ups, Bundle Of Hiss et les Melvins), sorte de supergroup de la scène locale dont le seul objectif était de faire quelques concerts et peut-être un 45 tours, Mudhoney devient un peu par hasard, beaucoup par passion, la coqueluche puis la figure de proue du label naissant de Seattle, Sub Pop, qui les envoie en festival en Allemagne avant même que le groupe n’ai sorti le moindre titre. Écrit dans l’urgence, ce qui prouve l’alchimie incroyable entre les musiciens, leur EP Superfuzz Bigmuff et quelques singles mémorables achèvent d’en faire le groupe à suivre, les futures superstars indie de la fin des années 80. Sauf que, comme je le disais, le premier album (simplement intitulé Mudhoney) qui suit n’est qu’un Superfuzz Bigmuff rallongé, ce qui reste très cool mais beaucoup moins percutant. Et entre leur premier EP et cette année 1991, le regard de la critique, des médias et même des majors commence à se tourner vers Seattle, pas avec autant de ferveur qu’après Nevermind, mais les gros noms de la scène locale commencent à signer des contrats chez des majors et MTV commence à diffuser certains clips en rotation lourde. Tous les groupes de Seattle sentent que quelque chose se prépare et qu’il est peut-être temps de réfléchir plus sérieusement à leurs perspectives de carrière. Tous ? Non. Mudhoney, resté fidèle à Sub Pop envers et contre-tout, s’est concentré à sortir un album digne de ce nom après le précédent dont ils ne sont pas particulièrement fiers, un album qui pourrait vraiment leur plaire. Leur plaire, et aussi désarçonner un peu la presse musicale, britannique principalement, qui a construit autour d’eux et d’autres groupes comme TAD le mythe des rockers bûcherons simplets, festifs et bourrins qui les enferme dans une case dans laquelle ils n’ont jamais eu envie de se mettre. Steve Turner simplifie ses solos de guitare qui lui avaient valu d’être qualifié d’Eric Clapton du grunge et tous s’attèlent à composer des morceaux...

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The Gun Club – Fire Of Love (Fury)

The Gun Club – Fire Of Love (Fury)

Jeffrey Lee Pierce avait déjà sacrément roulé sa bosse avant de monter le Gun Club. Après avoir crapahuté dans bon nombre de groupes d’inspiration punk, déjà (le Delta Blues notamment), fait parler sa plume pour le fanzine Slash Magazine, crié son amour pour Blondie en tant que président de son fan club (!), il finit par se trouver l’escouade idéale pour atteindre les sommets qui n’attendaient que lui. Au sein de cette escouade, celui qui l’épaulera à la guitare et dont le parcours est curieusement assez analogique au sien, Brian Tristan plus connu sous le nom de Kid Congo Powers. Avant le Gun Club, le père Brian était lui aussi président d’un fan club, celui des Ramones, et fondateur du fanzine The Screamers. Ils étaient faits pour s’entendre. Le groupe se nomme initialement The Creeping Ritual avant d’opter pour un nom plus agressif à l’oreille, The Gun Club. Kid Congo se tire peu avant la sortie de Fire of Love, pour rejoindre les Cramps. Pas mal non plus. Jeffrey Lee Pierce ne se laisse pas démonter et, entouré de Ward Dotson (guitare, slide guitare), Rob Ritter (basse), Terry Graham (batterie), balance un impérial premier album en 1981. Fire Of Love donc. Pierce était un bon vieux déglingué, fort instable comme sa musique, préférant snober un soundcheck pour aller se bourrer la gueule. Avec le Gun Club, il s’était mis au point un petit cocktail maison en puisant dans les racines américaines (blues, country), le tout rehaussé d’une dose de punk. Bien chargée la dose. L’entame de Fire Of Love est à haute teneur inflammable. Single intemporel, « Sex Beat » est irrésistible. « So you can move, move » exhorte Jeffrey autant pour alimenter le coït brûlant que pour rameuter ses troupes, sans oublier d’avertir « we can fuck forever but you will never get my soul ». S’ensuit une furieuse reprise du « Preachin’ The Blues » de Robert Johnson. Dépoussiéré, branché sur 1000 volts, le blues des ancêtres. On l’a dit les racines sont importantes pour le Gun Club, qui aime faire trainer un bon vieil air innocemment country avant de tout envoyer valser dans une virée sauvage (« Ghost On The Highway »), ou rendre incandescent un blues qui se serait bien contenté de n’être que lancinant (« Promise Me » et son violon qui squatte le fond sonore). Indomptable, ce disque l’est de bout en bout, rempli de ruptures intempestives. Comme quand JLP décrète que le « fire will stop » (« Fire Spirit », autre tube éternel, à tout jamais affublé du label cool) ou sur l’endiablé « For The Love Of Ivy », le groupe appuyant sur le champignon quand ça lui chante, mais toujours à bon escient. L’assemblage est parfait : riffs tranchants, basse-batterie constamment sur le qui-vive et un Jeffrey...

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Suicide – Suicide (Red Star)

Suicide – Suicide (Red Star)

Quelle meilleure occasion de célébrer Suicide, qu’à la mort de son cofondateur ? Les disquaires vont s’en donner à coeur joie, alors faisons de même. Alan Vega s’en est allé, mais la musique de Suicide restera. Pour son impact, déjà. Indéniable. Sur la musique électronique évidemment, sur la noise, l’indus, le punk, la new wave, aussi. Deux petits mecs, des machines, et pourtant tant de choses à dire, d’émotions mêlées à l’écoute de ce premier album qui reste un monument, et un point d’ancrage pour beaucoup. Sombre et hanté comme du Joy Division. Hypnotisant comme de la transe. Rageur comme un bon vieux Stooges. Vega était d’ailleurs fasciné par les Stooges et leurs concerts qui pouvaient virer en émeutes, une habitude qui deviendrait celle des shows de Suicide*. Oui, il y avait quelque chose de suicidaire à s’y rendre. Quelque chose de sulfureux aussi, à voir débarquer un Alan Vega brandissant une chaîne de moto avant de se faire canarder d’objets en tout genres. Ces soirées-là n’étaient jamais de tout repos. Et ce disque est tout sauf une innocente promenade de santé. Ce disque est une invitation au malaise. Suicide se propose gentiment de racler notre boîte crânienne à la truelle pour y faire entrer ses étranges incantations. Et ce, dès l’entame, bien punchy, avec un « Ghost Rider » tout en électricité, en saccades infernales. « America, America’s killing its youth » scande Vega, en bon prédicateur dont nous buvons les paroles. Pas vraiment le choix vu la déferlante. En 1977, alors dans la fleur de l’âge, Vega jouait déjà au fantôme, chuchotant entre les échos et les infrabasses (« Rocket USA »). Il n’a pas fini de nous faire flipper. Plus tranquilisante pour nos pauvres âmes malmenées, « Cheree » cachait toutefois un amour certain pour le malsain. Derrière un xylophone suspect et des « i love you » susurrés, la comptine avait quelque chose de tourmentée. Un appât séduisant et un piège qui se referme, voilà qui pourrait assez bien résumer la musique de Suicide quand elle se voulait « romantique ». Sur « Girl », mêmes causes, mêmes effets. Une basse qui fait le boulot de défrichage, rigoureusement, Martin Rev qui sort son clavier/orgue à la Manzarek, Vega qui gémit « oh girl turn me on ». Dangereusement sexy. Sur cette première galette suicidaire, au son martelé, primitif, on peut également entrevoir les prémices new wave, avec les aspects douteux que cela peut comporter (encore plus évident sur le morceau bonus « Keep Your Dreams »** et sa boîte à rythmes bien kitsch). Mais l’épreuve la plus redoutable est la piste 6, « Frankie Teardrop ». Vega, en mode schizophrène, y campe un travailleur précaire, se tuant à la tâche dans une usine. Martin Rev maintient une tension de tous les instants, nous propulse dans la...

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Wipers – Is This Real? (Park Avenue)

Wipers – Is This Real? (Park Avenue)

Quarante ans après les débuts du punk, quels groupes du genre ont aujourd’hui encore la faveur des livres d’histoire musicaux ? Pas des masses. Les proto-punk que furent les Stooges et MC5 voire New York Dolls voiiire Patti Smith ou le Velvet Underground. OK. Les pionniers, les vrais, les Ramones, que tu peux même retrouver chez H&M (soupirs). Et les british qui s’en sortent pas mal avec deux représentants incontournables que même une fan de Mylène Farmer pourrait te citer dès lors qu’on lui dit le mot punk qui fait peur, je veux bien évidemment parler des Sex Pistols et des Clash. Bon, les livres d’histoire les plus cléments ajouteront peut-être les Damned. Pourtant, les Sex Pistols n’ont fait qu’un album, certes indéniablement important, avant de voler en éclat et les Clash qu’un seul véritable album punk : le premier. Et pourtant, nombreux groupes punk américains (sans parler des australiens) mériteraient aussi de truster leur place dans les livres d’histoire, à commencer par les Wipers. Le problème des Wipers c’est qu’ils font partie de la deuxième vague. Ils sont américains (Portland, Oregon), mais se forment au moment où les anglais en sont à leurs premiers méfaits (1977). Quand le premier Wipers sort, trois ans plus tard, le monde se fout déjà du punk. Les Ramones ne sortiront plus de tube de l’ampleur de « Blitzkrieg Pop » (en termes de popularité j’entends), les Clash font du reggae, les Damned font de la merde (ou pas loin), Johnny Rotten s’appelle John Lydon et a pris le virage post punk avec PiL. Donc, les Wipers se retrouvent en ligue 2, au sein des groupes respectés voire adulés par une poignée (les amateurs punk qui ne lâchent rien), ignorés par la majorité (le grand public). Et pourtant… Pourtant ce Is This Real ? comporte son lot d’imparables pépites punk. De l’immédiat, du rugueux, du sanguinolent. Greg Sage avertit « you better watch out, you better beware » et dès les premières secondes de « Return of the Rat », on est mitraillés et happés. Du bon gros rock’n roll dans nos dents. Moins virulent, « Mystery » vient taper du côté du pop punk avec une touche Ramones. Les riffs frappent vite et juste, les mélodies s’ancrent rapidement dans un coin de la tête pour n’en sortir que bien plus tard, quand l’addiction s’estompe. Pas de « one, two, three, four » ici, mais de la cadence infernale, de la gratte qui crache, de la saleté délicieuse. Le fameux propos de rageux « le punk c’est toujours pareil » ne fonctionne pas non plus, désolé. Quand un « Up Front » ou « Return Of The Rat » se la jouent cavalcades effrénées, le morceau-titre s’autorise un break reggae discret mais bien senti et « D-7 » prend l’urgence à...

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Witch – Witch (Tee Pee)

Witch – Witch (Tee Pee)

2006 : Je vois Dinosaur Jr en concert pour la première fois avec leur line-up originel. Je prends une des claques musicales de ma vie, et je deviens vite accro à leur discographie. Je me rue sur leur nouveaux albums quand ils sortent et je vais les voir dès que je peux, je tombe également vite en manque car ils ne passent pas près de chez moi et ne sortent pas d’albums aussi vite que mon envie de les voir ne revient. Je pars donc à la découverte de leurs side-projects. Je tombe sur ce disque, simplement intitulé Witch avec cet autocollant qui me refroidit immédiatement « le nouveau projet stoner/doom metal de J Mascis« . J’ignore ce qu’est exactement le « stoner/doom metal », mais allergique au metal extrême et circonspect sur le stoner en dehors de Kyuss, je laisse celui-ci de côté, déjà bien occupé à explorer les albums de Sebadoh. 2008 : Depuis l’été dernier (une malheureuse date au Rock En Seine), Dinosaur Jr n’est pas repassé en France, et leur tournée ne prévoit aucune étape dans l’hexagone. Je suis en manque sévère, au point de faire le déplacement jusqu’à Cologne pour les revoir. Cependant, j’apprends que J Mascis passe en France à l’automne pour son side-project Witch. Son truc de « doom metal ». Bon, je vais quand même y jeter une oreille. Depuis 2006, ils ont sorti un nouvel album, d’où la tournée, mais je me tourne directement vers celui que j’avais boudé deux ans auparavant, avec une légère appréhension. Je le mets dans ma platine et je serre les dents. Et là, je maudis purement et simplement les étiquettes, car ce disque est une tuerie. « Ah, ok, donc « stoner/doom metal », ça veut juste dire du Black Sabbath ! » me dis-je. Petite nuance, qui a dû leur valoir le terme de stoner, le son est propre et moderne, avec une chouette fuzz bien mise en avant. J’ai lu je ne sais plus où que les groupes du désert à l’origine du mouvement stoner cherchaient à reproduire le son de Black Sabbath, et je pense qu’aucun n’en a été aussi proche que Witch. Bon, on va évacuer d’emblée la critique la plus évidente. Ce groupe n’a rien inventé. Certes. Je ne suis pas le dernier à être frustré à l’écoute d’un nouveau disque en me disant « oui, c’est sympa, mais ça ressemble beaucoup trop à tel ou tel groupe. » Je fais cette critique régulièrement, et ça m’a gâché plusieurs écoutes, occulter ce point chez Witch serait hypocrite de ma part. Sauf que pour une fois, je l’écarte assez facilement en constatant que certes, Witch fait purement et simplement du Black Sabbath sur son premier album, mais en mieux. Attention, je ne dis...

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Dinosaur Jr. – Discographie (2ème partie : 1989 – 1997)

Dinosaur Jr. – Discographie (2ème partie : 1989 – 1997)

  Cherchez Lou, garçons   Quand nous avions laissé Dinosaur Jr., en 1989, c’était après une tournée éreintante pour leur troisième album Bug, et sans bassiste, puisque Lou Barlow et J Mascis semblaient irréconciliables. Pourtant, nulle envie pour Mascis et Murph de baisser les bras ; la musique est bonne, comme dirait Jean-Jacques Goldman, et le leader de Dinosaur qui commence enfin à vivre de sa musique ne se voit pas vraiment abandonner ses projets pour redevenir pompiste, le seul boulot qu’il n’ait jamais eu à côté. Il ne se voit pas non plus devenir musicien studio ou rejoindre le groupe d’un autre, comme lui aurait proposé un petit jeune de Seattle dont le groupe prend de l’ampleur, un certain Kurt Cobain. L’anecdote a été citée par Thurston Moore, alors que Mascis explique à Cobain qu’il pense à l’ex-Melvin Donna Dresch pour prendre la suite de Lou dans Dinosaur, le leader de Nirvana lui aurait sérieusement répondu « elle craint, viens plutôt nous rejoindre à la place ! » Il reste donc à trouver un nouveau bassiste, et c’est d’abord la miss qui s’y colle pour une tournée océanienne. La tournée se passe bien, musicalement et humainement, mais il manque quelque chose. À la fin, ils décident mutuellement d’en rester là. Ensuite, vient le tour de Van Conner, bassiste des Screaming Trees. La tournée se passe bien, musicalement et humainement, mais il manque quelque chose. À la fin, ils décident mutuellement d’en rester là. Plutôt que d’écumer l’ensemble des groupes cultes de la région de Seattle, Mascis tente une nouvelle formation avec Don Fleming en deuxième guitare et Jay Spiegel en renfort à la batterie et aux percussions, Mascis s’occupant lui-même de la basse en plus de la guitare. Cette mouture fantaisiste ne fera pas long feu mais aura quand même le temps de sortir l’excellent single « The Wagon » chez Sub Pop en 1990. Pour expliquer ces errances, Murph se contentera de dire « on cherchait encore Lou, et évidemment on ne le trouvait pas, car il n’y a qu’un seul Lou ». C’est à ce moment-là que J Mascis rencontre celui qui sera son alter-ego sur toute la durée des années 90 : Mike Johnson.   L’année où le punk a explosé Au départ guitariste, surtout connu pour sa participation sur le premier album solo de son ami Mark Lanegan, Mike Johnson rencontre J par le biais d’amies communes. Et si celui-ci n’est pas réputé pour ses compétences sociales, l’accroche entre les deux est rapide et forte. Mascis, qui l’apprécie en tant que guitariste, finira par lui mettre une basse entre les mains en lui demandant de rejoindre le groupe pour la tournée de son nouvel album. Car entre « The Wagon » et...

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Radiohead – A Moon Shaped Pool (XL Recordings)

Radiohead – A Moon Shaped Pool (XL Recordings)

Radiohead a plusieurs catégories d’adorateurs, à des stades plus ou moins modérés. Les aficionados ultimes qui bénissent aveuglément la moindre de ses sorties, crient au génie à chaque nouvelle orientation du groupe. Ceux qui guettent les nouveaux albums avec une certaine impatience, conscients que la claque n’est jamais loin mais sachant raison garder quand la déception demeure évidente (The Kings Of Limbs, il faut dire ce qui est, c’était pas ça). Ceux qui ne jurent que par leurs débuts (The Bends, OK Computer quand l’électronique n’occupait pas une part prépondérante comme aujourd’hui). A moins de faire preuve d’une mauvaise foi consternante, chacun – qu’il se classe dans l’une ou l’autre de ces catégories – se doit de reconnaître l’évidence : Radiohead a marqué son époque. Il s’agit même à n’en pas douter du groupe le plus important de « l’après-Nirvana » pour avoir su à la fois toucher le grand public dans des proportions très larges et satisfaire audiophiles exigeants. Pas sûr que Radiohead ait fait naître l’envie de devenir musicien à autant de futurs artistes que le Velvet Underground ou Nirvana avait pu le faire mais son empreinte est toujours décelable, à degrés divers, dans bon nombre de groupes actuels. On a pu lire à plusieurs reprises que Radiohead réinventait le rock avec ce nouvel album. C’est totalement faux, évidemment. Ces balivernes ont sans doute été influencées par les propos du manager du groupe qui promettait qu’on allait entendre quelque chose qu’on n’a « jamais entendu« . Habile manière de faire monter la sauce (et là-dessus le groupe en connaît un rayon) mais on ne tombera pas aussi aisément dans le panneau. Radiohead fait du Radiohead, tout en veillant à se démarquer (un peu) de ses prédécesseurs. Beaucoup moins accessible qu’un In Rainbows, bien plus marquant qu’un The King Of Limbs, A Moon Shaped Pool est une nouvelle œuvre dense offerte par Radiohead. Une œuvre qu’il faut patiemment étudier pour en saisir la richesse. Et le temps se chargera de lui attribuer la place qu’il mérite au sein de l’immense discographie du groupe. On peut toutefois se risquer à le situer très probablement dans les hautes sphères. Les deux singles, de teneur assez classique, avaient rassuré sans toutefois émerveiller. On attendait de voir ce qu’ils donneraient entourés de leurs camarades de jeu. On le sait désormais. Tout ceci est extrêmement beau. Une beauté distante d’abord, de plus en plus évidente ensuite. Quand les écoutes se multiplient, quand les recoins subtils se dévoilent, la luminosité finit par jaillir. Et A Moon Shaped Pool resplendit alors. « Daydreaming » laissait assez vite deviner son potentiel et sa capacité d’envoûtement, ils ne font désormais plus le moindre doute. L’éthéré « Decks Dark » ne nous laisse guère d’autre choix...

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Ramones – Ramones (Sire)

Ramones – Ramones (Sire)

Comment écrire un article sur le premier album des Ramones sans bêtement répéter ce qui a déjà été dit des milliers de fois ? Ou plutôt, comment ne pas s’arrêter à un péremptoire « rien n’a été fait de mieux depuis, exceptés leurs deux albums suivants ! » ? On se confronte à ce type de problématiques en voulant chroniquer quelque chose d’aussi universellement connu que les Ramones. Une petite quinzaine d’années plus tôt, cela aurait encore proposé un certain challenge. Pour beaucoup, les Ramones restaient en effet ce groupe aux chansons très courtes et toutes similaires, faites de trois voire quatre notes différentes, et qu’un musicien débutant pouvait facilement reproduire. La hype du revival rock and roll du début des années 2000 est ensuite passée par là. Les Ramones sont entrés dans les références au même titre que, voyons large et brouillon, les Sex Pistols, les Stooges, Led Zep, les Clash, les Stones, les Sonics, les Who… Beaucoup de groupes à guitares ont commencé à être étiquetés d’un sympathique mais souvent creux « ils ont un petit côté Ramones ». Hier, on nous disait qu’ils ne savaient pas jouer, aujourd’hui ils sont le summum du cool et on les a toujours adorés. Au-delà de ce petit monde égocentré, le groupe est devenu une sorte de marque plus ou moins reconnue par le grand public. Bien que croiser un t-shirt des Ramones fasse toujours plaisir, il y a quelque chose d’étrange à le savoir acheté chez H&M tellement cela semble antinomique avec ce que les Ramones ont été : l’anti-cool, la loose pas très beautiful, le pas glamour du tout, l’objet de moqueries complaisantes, les mecs que logiquement on ne célèbre pas sur MTV. Bon, c’est sympa de nous dire que l’image des Ramones a bien changé, mais cet album alors, ça donne quoi 40 ans après ? Et bien, déjà il s’ouvre par « Blitzkrieg Bop ». Et ça, c’est pas rien. Entendu des milliers de fois, l’hymne absolu « Hey ! Ho ! Let’s go ! » reste d’une efficacité extraordinaire. Assez archétypal du son Ramones : compressé, dépouillé et rentre-dedans, avec ce gimmick inoubliable. Un assaut très punk qui sonne très pop. Le vrai tour de force des quatre faux-frères est peut-être à retrouver ici : parvenir à réinsuffler de l’âme dans un rock and roll qui, en 1976 donc avant la vague punk, en manque sévèrement. Retrouver l’esprit innovant et fun de ce qui se faisait quelques décennies plus tôt (la pop, la surf, les girls band des 50’s…), le jouer plus vite et y ajouter de grosses guitares. En somme, faire du bubble-gum. L’album offre une belle variété de morceaux (en déplaise aux tenants du « ouais, c’est tout pareil » qui n’ont jamais dû vraiment l’écouter), allant du pur punk avec la...

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The Psycho Realm – The Psycho Realm (Ruffhouse)

The Psycho Realm – The Psycho Realm (Ruffhouse)

Nous sommes en 1989. Deux frangins, Big Duke et Sick Jacken, se partagent le micro et forment le groupe The Psycho Realm. Exerçant dans l’ombre, il commenceront à connaitre un début de renommée en 1994 avec le titre « Scandalous » sur la B.O du film Mi Vida Loca. Ils sont très vite repérés lors d’un concert par B-Real de Cypress Hill, qui sans en devenir un membre à part entière, les prend quelque peu sous son aile et s’investit activement à leur projet et la réalisation de leur premier album éponyme sorti en 1997. Il s’avère que les similitudes entre les deux formations sont flagrantes, à tel point qu’on aurait facilement pu se méprendre et penser qu’il s’agissait là d’un side-project du leader de Cypress hill. Si les bienfaits de cette collaboration (en termes de ventes et de notoriété) sont avant tout une aubaine pour Sony qui les signe dans la foulée, les membres eux ne tombent pas dans le piège et se contentent de faire leur musique comme ils l’entendent. Il reviendront d’ailleurs à un statut d’indépendant par la suite en créant leur propre label Sick Symphonies. À cette période, du côté de Cypress Hill, chaque membre se consacre à des projets parallèles depuis la sortie de Temples of Boom fin 95. Un Ep de remixes sortira en 96, pour pallier au manque à gagner du troisième album, moins accessible que ses prédécesseurs. Si ce dernier rencontre un véritable succès d’estime, la transition artistique opérée restreint son succès commercial. B-Real se consacre exclusivement à The Psycho Realm, Sen Dog, lui, produit le groupe Delinquent Habits, Dj Muggs lance son projet solo et sort « Soul Assassins Chapter 1 » qui réunit la crème du rap américain. Après les présentations d’usage, revenons à The Psycho Realm et consacrons-nous au contenu de cet album si particulier. Si vous pensez bêtement que les origines latines de ses membres, sont gages de musique teintée de chaleur et de rythme dansant, vous faites fausse route et vous perdrez votre temps. Car ce qu’on trouve la, n’a rien de chaleureux ou de réconfortant, bien au contraire. L’atmosphère est sombre, les ambiances lugubres, les voix nasillardes… Rien de séduisant je vous dis. Sick Jacken et Big Duke ont créé un univers glaçant, où l’auditeur peine à entrer, mais finit vite par être pris au piège. Reflet d’un quotidien où la violence règne, les deux MCs décrivent les inégalités sociales, et le statut latent des minorités rejetées, qui tentent avant tout de survivre avant même d’imaginer se frayer une place dans la société. Les armes, la guerre des gangs, la soif de pouvoir, l’argent, la rue et ses recoins sont autant de sources d’inspiration de nos protagonistes. Le décor est planté. « Psycho City Blocks » ouvre les hostilités, B-Real balance le refrain, Big Duke et Jacken se répondent au travers des couplets....

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Troy Von Balthazar – Knights Of Something (Vicious Circle)

Troy Von Balthazar – Knights Of Something (Vicious Circle)

Chokebore n’est plus. C’est malheureux mais on finira bien par s’y faire. Troy Von Balthazar continue, lui, de tracer seul sa formidable carrière. Knights of Something est déjà le 4ème de cordée et c’est une énième preuve du bien fondé du revirement de l’auteur. Revirement oui car TVB a indéniablement calmé le jeu avec des albums solo beaucoup plus reposés, moins rock, plus minimalistes (à l’exception du 2e, l’excellent How To Live On Nothing) mais pas nécessairement moins riches en émotion. Car Troy ne triche jamais. Troy s’enferme dans sa chambre et se livre. Entièrement. Dans son plus simple appareil. Enfin, pas complètement. Il dispose quand même du Tascam 388, qui n’est pas tout à fait le nec plus ultra du magneto d’enregistrement mais qui lui offre un son très lo-fi et nous offre à nous une relation brute, non tronquée avec un artiste à fleur de peau. Au menu donc, murmures quasi indicibles, fragilité désarmante, simplicité et beauté excessive. Qu’il alterne apaisement et électricité (« Surfer »), qu’il agrémente le tout de sons désuets qui semblent se retrouver là, par la grâce d’un choix improbable et pourtant si évident (la ravissante « Astrid »), le voile déployée par Troy nous enrobe et nous emprisonne dans son monde, où on pourrait être incroyablement triste mais où on est, avant tout, merveilleusement bien. Bien que l’épure soit le maitre d’ordre, Troy Von Balthazar trouve toujours un petit truc qui fait la différence, en triturant ses pédales ou en ajoutant des sons de claviers délicats et absolument enchanteurs (« Thugs », « Touch Is Meat », « Manic High »). Ces deux dernières sont d’ailleurs d’une beauté effarante. On sait d’ores et déjà qu’on a gagné de nouveaux alliés contre le coup de blues, que nos nuits seront plus douces avec de telles merveilles à se mettre sous les esgourdes. A l’instar d’un Lou Barlow à son meilleur (c’est à dire pas nécessairement son dernier) ou d’un Eels au sommet (certainement pas son dernier), mais surtout à l’image de lui-même tant l’œuvre est personnelle, Troy Von Balthazar nous offre énormément, avec si peu. Nul besoin d’artifice quelconque, le talent suffit. Une belle leçon de finesse dans un monde ravagé par les brutes. La sincérité ne se simule pas, elle s’offre telle quelle. Et cette offrande est à savourer sans modération....

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