Turbonegro – Apocalypse Dudes

Turbonegro – Apocalypse Dudes

Il y a 20 ans sortait l’un des plus grands albums de rock des années 90. Et celui-ci ne vient ni de l’Ouest des États-Unis, ni d’Angleterre, ni même d’Australie ou d’Irlande. Non, l’un des plus grands disques de rock de la fin du 20ème siècle vient de Norvège. Qui l’eut cru ? Certes, la Scandinavie est plus connue pour ses groupes de metal extrême ou de punk hardcore, que pour son rock de bon goût. Il n’empêche que ce disque est la raison pour laquelle Turbonegro est aujourd’hui un groupe qui compte pour tant de personnes. La raison pour laquelle ils ne sont pas un énième groupe de punk. Mais Apocalypse Dudes, c’est avant tout l’histoire d’un groupe qui réussit sa mutation, qui franchit un gouffre… et un putain d’album de rock. Ass Cobra avait confirmé à ceux qui y avaient prêté l’oreille, malheureusement peu nombreux à l’époque, que Turbonegro était un groupe de punk à suivre, capable d’apporter des mélodies bien tubesques à ses morceaux punk énervés. Cet album avait permis au groupe de sortir la tête de l’eau, de mettre les galères du début derrière eux et d’aller de l’avant. Puis, il y a eu une histoire de pizza. Car entre l’enregistrement et la sortie d’Ass Cobra, presque deux ans se sont passés et deux membres du groupe sont partis, dont le guitariste Pål Pot, qui après un voyage en Thaïlande, se reconvertit en gérant de pizzeria. En son absence, Happy Tom reprend la basse et propose le poste de guitariste par interim à Knut Schreiner, surnommé Euroboy du nom de son autre groupe. Schreiner a été bercé au rock glam des 70s, Stooges période James Williamson en tête, et apporte une touche technique loin des riffs hardcore et des solos minimalistes qui étaient la norme jusqu’ici. Si bien que quand Pål Pot revient, il n’est pas en mesure de jouer les nouveaux morceaux et se retrouve clavier/danseur. Le nouvel album, écrit dans la foulée, repose sur une superbe conjonction d’éléments : les aspirations de Happy Tom d’écrire des morceaux plus élaborés, mélangeant l’énergie punk avec des aspects hard rock et rock 70s sont rendues possible par la maitrise d’Euroboy à la guitare et le nouveau batteur Chris Summers qui renforce la section rythmique, tandis que le côté glam est sublimé par la voix et le charisme d’Hank Von Helvete, qui arbore désormais les soleils noirs à la Alice Cooper. La présence scénique est accentuée par le nombre de musiciens (2 guitaristes, 1 bassiste, 1 batteur, 1 chanteur et 1 claviériste/danseur) et leur look gay agressif en jean de la tête aux pieds, les discours débiles de Hank et les fameuses ass rockets, feux de bengale allumés...

Lire la suite

Pearl Jam – Yield

Pearl Jam – Yield

L’été prochain je passe mon bac PJ avec trois épreuves de 3h chacune dans 3 villes d’Europe (et oui, il se mérite ce diplôme !). Une épreuve ardue car on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Alors forcément je potasse mes classiques. Assidu comme je suis, les premiers chapitres ne me font pas peur, je les maitrise sur le bout des doigts. Même sur le chapitre No Code, pas évident à retenir, je suis parfaitement serein parce que j’ai bossé dur l’an dernier. Les derniers chapitres n’étant pas les plus passionnants loin s’en faut, il y a peu de chances qu’on tombe dessus. J’ai donc décidé de mettre l’accent sur la partie Yield aujourd’hui, un programme vieux de 20 ans mais qui se porte comme un charme. C’est bien simple, quand on le relit, on se dit qu’il aurait pu être écrit hier. Allez, au boulot ! Nous sommes donc en 98. Pearl Jam se retrouve quelque peu esseulé au sein du « big four » de Seattle pour cause de suicide de chanteur (Nirvana), descente aux enfers de chanteur (Alice In Chains) ou tensions entre chanteur et ses copains (Soundgarden). Eddie Vedder, lui, va mieux. La pression médiatique est retombée, les regards commencent à se braquer sur des faisceaux autres que Seattle et en s’affranchissant des codes Pearl Jammiens (No Code, 1996), égarant ainsi quelques adeptes en chemin, Pearl Jam s’est donné de l’air. Avec Yield, il revient sur un sentier plus balisé. La production, un temps envisagée seul, est finalement confiée au bon vieux fidèle Brendan O’Brien qui s’est battu pour ne pas rester sur la touche. L’unité du groupe est de plus en plus probante. Chacun y va de sa contribution, les débats sont ouverts. Ensemble tout devient possible. Il est loin le temps où Stone Gossard arrivait avec ses compos clés en main. Très vite, Pearl Jam fait de nouveau parler de lui en pondant un bon gros single. Un beau jour, bloqué par la neige, Mike McCready s’emmerde chez lui, prend sa gratte et brode un merveilleux riff aussi limpide que virevoltant. « Given To Fly » est (presque) né. On pense d’abord à une ballade tout en douceur mais le morceau vire à l’épique sur l’explosion du refrain. Un classique supplémentaire dans la besace. Et un carton sur les ondes. Le même jour, McCready écrit « Faithful », autre point culminant du disque. Une fois de plus, l’intro tout en délicatesse est trompeuse, le titre prend son envol ensuite. Pour la petite histoire, Mike avait écrit deux parties distinctes : l’intro et la partie principale (bien plus burnée) et ne trouvait pas comment raccrocher les wagons. Il appelle alors Stone pour lui jouer les deux parties en...

Lire la suite

Neutral Milk Hotel – In The Aeroplane Over The Sea

Neutral Milk Hotel – In The Aeroplane Over The Sea

Un morceau qui commence par “I love you Jesus Chriiiist, Jesus Christ i love you” soit ça craint pas mal, soit ça cache quelque chose de pas net. Avec Neutral Milk Hotel, on penche pour la deuxième option. Les textes de Jeff Mangum (dont l’une des principales inspirations admises est le journal d’Anne Frank) parlent autant de garçon à deux têtes, que de roi carotte, de soeurs siamoises dévorées par un monstre, de parents cannibales, d’enfants enterrés vivants… que de Jesus Christ. Alors vous l’interprétez comme vous voulez mais le coup de l’admiration béate pour le divin enfant on a bien du mal à y croire. De l’admiration béate c’est toutefois ce que vous éprouverez sans doute si vous avez le bonheur – comme moi il n’y a pas si longtemps – de découvrir l’œuvre immense que constitue ce survol de la mer en aéroplane. Jeff Mangum et ses comparses se livrent à un gigantesque bordel foutraque où la folk débraillée le dispute au punk lo-fi débridé. Il n’y a pas deux groupes comme Neutral Milk Hotel mais il existe de multiples raisons de les aimer. Les réfractaires au folk un peu trop sérieux trouveront là des jerricans d’essence pour enflammer leurs préjugés, les allergiques au punk “trop répétitif” jubileront face à la richesse de ces compos, qui conservent l’esprit punk originel de part sa spontanéité et embellit l’affaire avec une prose inégalée et des détours en territoire champêtre, à grands renforts de cuivres tantôt hystériques tantôt désabusés. Jeff Mangum n’en fait pas des caisses, ne cherche pas la justesse à tout prix, il balance aux orties tout carcan, tue dans l’œuf toute idée furtive d’autocensure, n’hésitant pas à s’envoler dans des aigus qu’il est bien incapable d’atteindre sans partir en vrille complet. Il vit sa musique à 1000%, y laisse son âme, ses tripes, son sang, sa bile, et ses cordes vocales, mises volontairement à rude épreuve. C’est beau à en pleurer (“Communist Daughter”, la déchirante “Oh Comely”, la faussement simple mais véritablement grandiose “In The Aeroplane Over The Sea”), c’est renversant d’intensité (l’irrésistible “Holland, 1945” et sa fuzz qui vient pimenter les débats) et c’est parfois même tout ça à la fois (“The King Of Carrot Flowers, pt 2”, l’invraisemblable “Untitled” où se mêlent cornemuse, grosse disto et tour de manège désenchanté). Cette omniprésente (mais bien accompagnée) guitare acoustique semble être jouée devant nous, dans notre chambre, comme si chaque chanson nous était adressée directement, que l’on partageait quelque chose d’intime avec son auteur, qui nous a accordé le privilège de nous ouvrir la porte de son univers. C’est trop d’honneur qui nous est fait et trop de bonheur qui nous est offert....

Lire la suite

Gang Of Four – Entertainment!

Gang Of Four – Entertainment!

Après le forfait commis par le vil BCG, je me dois de réhabiliter en ces pages ce grand disque qu’est Entertainment! de Gang Of Four. En 1979, le mouvement punk s’essouffle (déjà) et le post punk pointe le bout de son nez. Gang Of Four évolue du côté lumineux de la force post punk. Point de synthés ténébreux ici ni d’atmosphères gothiques, mais des guitares acérées et tranchantes, une hargne omniprésente et des morceaux terriblement entrainants emmenés par la basse virevoltante de Dave Allen. L’incendiaire “Ether” ouvre les hostilités. Le feu est déclaré dans votre salon. Et ce n’est pas l’instabilité chronique de “Not Great Men”, son groove spasmodique qui va vous calmer. Ça respire l’urgence, la tension et ça n’hésite pas à mélanger amoureusement funk, dub (aaah le mélodica !) et punk, évidemment… Tout ce qui bouge et remue nos tripes. Le jeu de basse phénoménal de Dave Allen a d’ailleurs bien traumatisé Flea (Red Hot) « ça a complètement changé ma façon de voir le rock et ça m’a poussé à devenir bassiste » dira-t-il des bonbons plein les yeux rien qu’en y repensant. Un album qu’on retrouve également dans le top 50 des disques préférés de Kurt Cobain qui n’a pas dû rester insensible au son de guitare d’Andy Gill, aiguisé à souhait, qui n’en fait pas des caisses, mais se contente d’asséner les coups de poignards. C’est sec, sans fioritures, ça pique bien là où il faut (« At Home He’s A Tourist »). La formule est parfois simple et efficace comme ce « I Found That Essence Rare » très pop/punk façon Buzzcocks ou Clash des débuts. Mais on tombe aussi sur des compos bien plus complexes à l’image de la stupéfiante “Anthrax” et son intro en plein brouillard drone. Un cataclysme arrive pense-t-on alors mais c’est une session rythmique funky en diable qui surgit. Et tandis que Jon King chante l’anti-amour (« l’amour comme de l’anthrax »), Andy Gill au fond de la pièce débite des propos inintelligibles façon écriture automatique. Comme de faux-airs de Lou Reed sur “Sister Ray”. Vous avez dit génial(ement barré) ? Les morceaux s’enchainent, plus parfaits les uns que les autres, on danse, on s’excite, on hurle, on ne s’arrête pas. Jamais. Et on oublie presque qu’en chemin on s’est mangé le tube ultime en pleine trogne. “Damaged Goods” et sa basse fabuleuse, son rythme infernal. “Your kiss so sweet, your sweat so sour“. Ça doit être à ça que ressemble le paradis. Dès sa sortie le morceau s’impose comme un hit ultime, bombardé par John Peel, il est l’indie single numéro 1 des charts. Notez que c’est un peu mieux que Franz Ferdinand (encore un qui leur a tout pompé, au passage..). On vous épargne la liste d’artistes qui ont appris...

Lire la suite

“Incesticide” de Nirvana a 25 ans. Chronique

“Incesticide” de Nirvana a 25 ans. Chronique

Décembre 92. Nevermind a foutu un beau merdier. Le rock est de retour au centre de l’échiquier, des groupes indés condamnés à l’obscurité découvrent la lumière, le rockeur ermite dans sa chambre qui rongeait son frein depuis bien trop longtemps se frotte les mains. L’heure de la vengeance a sonné. A peine le temps de se remettre de “celui qui a tout changé” qu’un nouveau Nirvana déboule dans les bacs. Du pain béni pour Geffen qui a chipé le prodige à Sub Pop et pour les jeunes aficionados qui vont pouvoir écouter autre chose que “Smells Like Teen Spirit”. Encore que… Encore que Incesticide n’est “qu’une” compile d’inédits. Et majoritairement issus de sessions période Bleach, qui plus est. Donc plus crado, plus brut, plus Nirvana finalement (et moins Butch Vig, forcément). Mais les recalés de Bleach et Nevermind ont évidemment une sacrée gueule. La raison est simple : c’est Kurt Cobain qui les a écrits. Et le bonhomme pondait à la pelle des tubes imparables, des riffs colossaux, des refrains diablement évidents et accrocheurs. Donc qu’il y mette moins d’enrobage, moins d’application importe peu (c’est même encore mieux pour qui chérit la facette punk du bonhomme). Parmi les pépites qui ont passé l’épreuve du temps, “Dive” (essaie de l’écouter sans la fredonner ou sans remuer la tête pour voir), “Sliver” et sa ligne de basse innocente avant que l’affaire s’emballe quand grand-mère nous ramène à la maison, “Been A Son” et son “she should have…” qui entame chacun des vers (rictus cobainien) et ajoute une corde à l’arc de l’addiction qui n’en demandait pas tant. Les “Molly’s Lips” et “Son Of A Gun” des Vaselines glissent encore mieux (hum..) avec ce surplus de hargne et d’intensité. Nirvana, roi de la cover, on ne le savait pas encore, excelle également sur celle de Devo “Turnaround” avec ce don de s’approprier des titres comme s’ils étaient de lui. “Polly” se fait ravaler la façade en mode punk et ça fonctionne tout aussi bien que l’original. “Big Long Now” à la fois lourd et désabusé culmine à 5 minutes et annonce idéalement la baffe ultime qui arrive. “Aneurysm”, cela va de soi. Parce que le monde serait moins beau sans “Aneurysm” et que la formule LOUDquietLOUD n’a jamais été aussi bien incarnée. Bon bordel noisy en intro, duo basse/batterie ravageur et la gratte qui vient régler des comptes aux récalcitrants. “Come on over, do the twist ahaaaaa.” C’est parfait, c’est magique. Merci, au revoir. Et on repense toujours la larme à l’œil à ce petit enfoiré du live at Reading qui a dansé sur scène tout le morceau face à Kurt. Culé va. Mais je m’égare et deviens grossier, il est temps...

Lire la suite

Deftones – Around The Fur

Deftones – Around The Fur

Voilà comment une bande d’ados de Sacramento s’est offert un destin incroyable. Accros à la fumette et à la planche à roulette, leur passion commune pour la musique leur donne l’idée de fonder un groupe en 1988, alors qu’ils sont encore étudiants. Deftones est né, enchaîne les concerts dans les bars et petites salles, enregistre une démo en 1993. Ils parviennent à signer un contrat chez Maverick l’année suivante. Sous le regard bienveillant du producteur Terry Date, véritable visionnaire et dénicheur de talents, ils livrent leur premier album Adrenaline. Une fois encore Date a misé sur le bon cheval. Les critiques sont bonnes, le succès est au rendez-vous. Il est temps de passer à la vitesse supérieure et de profiter de la mouvance qui se trame autour de la scène nu metal, pour viser plus haut et voir plus loin. Around The Fur sort en octobre 1997, 10 titres ou plutôt 11 si l’on compte “Damone”, chanson cachée. “My Own Summer (Shove it)” qui ouvre l’album est choisi comme single. En rotation lourde sur MTV et les radios universitaires, tout comme “Bored” deux ans plus tôt, elle permet au groupe une exposition qui ne se limitera pas à l’Amérique du Nord cette fois-ci mais à l’international. Le second single “Be Quiet and Drive (Far Away)” marque un tournant important dans la musique de Deftones, évoluant vers des sphères planantes où les mélodies se heurtent à des passages plus agressifs. Deftones est devenu en quelques mois un groupe en vogue, et leur nom vient s’inscrire en haut des affiches de festival. Ils séduisent avant tout un public d’adolescents en quête d’identité, qui se retrouvent aussi bien dans la musique que dans l’image véhiculée de son leader Chino Moreno et de sa bande. Le groupe est également dans cette recherche constante de se démarquer, et de se détacher des étiquettes qu’on leur colle, afin de bâtir sa propre identité musicale et d’être reconnu pour ça. En cela, l’arrivée de Franck Delgado derrière les platines aidera à faire évoluer leur son. Bien sûr on retrouve sur Around The Fur, toute l’énergie de son prédécesseur, la force de frappe d’Abe Cunningham, les riffs ravageurs de Stephen Carpenter, accompagnés par le regretté Chi Cheng, alors bassiste du groupe. La preuve sur “Headup” moment fort de cet album où Max Cavalera s’invite tout juste après son départ de Sepultura. On assiste à un choc frontal de hurlements, une collaboration hors norme dont le refrain donnera peu de temps après son nom au futur groupe de Max, Soulfly. Mais derrière les morceaux les plus virulents que sont “Lotion”, “Rickets” ou encore “Lhabia”, difficile de ne pas constater que Deftones a gagné en maturité si l’on compare à Adrenaline qui se veut plus incisif. Chino est pour beaucoup dans ce...

Lire la suite

Mogwai – Young Team

Mogwai – Young Team

Vous avez tous vécu ça, avouez. A votre boulot, avec certains amis, voire auprès de quelques membres de votre famille, quand vous parlez musique, vous passez pour un martien. C’est quoi ce mec qui achète encore des disques ? C’est qui ce type qui passe sa vie en concert ?! Il parle toujours de groupes obscurs dont on n’a même jamais entendu parler… Aussi frustrant que cela puisse être dans certaines situations, avouez qu’au fond vous vous la pétez un peu. Genre, je connais tout, j’ai une culture musicale sans limite. Vas-y teste-moi, ah oui ba je connais bien sûr… Et puis parfois vous tombez de haut. C’est ce qui m’est arrivé quand je me suis lancé dans la série Les Revenants. Tiens une BO de Mogwai, ah ouais je connais… vaguement. Très vaguement ouais. Du post rock, ouais bien sûr. Que dalle, ouais. J’y connaissais que dalle. Alors déjà faire le malin qui se dit rédacteur en chef du plus grand webzine musical d’Europe et ne rien entraver au post rock ça la foutait mal. D’autant que c’était à la fois par inculture mais aussi par pure fainéantise. Du genre « hmmm ça, ça risque d’être chiant ». Et bien que nenni. Cette BO qui peut paraitre anecdotique pour beaucoup de fans du groupe m’a finalement ouvert les portes à tout un pan musical. Et quand il a été question de revenir aux sources, à Young Team, premier album de Mogwai, qui a désormais 20 ans, je m’en étais pris une belle. “Yes I Am A Long Way From Home”. C’est assez clair oui, je suis loin. Je me situe quelque part où l’oppression n’a pas lieu d’être. Death Valley, à l’aube. Par exemple. Le calme, l’immensité, la sérénité aussi. Il est encore très tôt, le soleil n’a pas commencé à taper sur les systèmes. Et soudain il se lève pour tout illuminer et embraser à mesure que les guitares s’emballent. Déjà, un premier aperçu de ce que sait faire Mogwai. Planter le décor, lentement mais sûrement puis nous planter sur place quand les guitares reprennent leurs droits (ou leurs distos dans ce cas précis). Rien à voir toutefois avec la furieuse “Like Herod”, bien plus radicale. Le calme règne, il ne se passe pas grand chose. Puis c’est l’éruption. Faramineuse. Le chaos. On est qu’au deuxième morceau et on vient de se faire mâchouiller, recracher et finalement broyer tout cru par un colosse, 11 minutes durant. C’est long 11 minutes. Que peut-il rester après ça ? 8 autres morceaux tout de même, et non des moindres. “Katrien” et son spoken word discret. Fausse accalmie qui n’oublie pas de revenir à la charge quand on se croit à l’abri. Plus...

Lire la suite

The New Year – Snow

The New Year – Snow

Vous n’avez sans doute pas entendu parler de cet album, et pourtant… Pourtant The New Year livre là sa 4e offrande et à sa tête les frères Kadane s’étaient déjà fait un sacré nom au sein du classieux, si ce n’est culte, groupe slowcore Bedhead. Pourtant, il recèle de tant de richesse, tant de savoureuses mélodies, tant de beauté qu’il devrait séduire tout un chacun et s’imposer à tous comme un cadeau idéal. Comme une belle preuve d’amour. Mais il faut dire que ces bonhommes-là aiment la discrétion. Ce n’est déjà pas avec un nom de groupe pareil qu’ils allaient marquer les esprits. Ce n’est pas non plus avec une pochette aussi sobre et inexpressive (dans la droite lignée des précédentes) qu’ils comptaient attirer l’attention. Non, leur truc c’est la musique. La musique lente, subtile qui s’impose à nous sans crier gare. Et sans se presser, comme ces paresseuses mélopées qui parsèment leurs disques, The New Year vient de nous offrir une nouvelle preuve, 9 ans après leur dernier effort, que pour ce qui est de semer la beauté tout autour d’eux, ils n’ont guère d’équivalent. Comme son titre ne l’indique pas « Mayday » ne s’alarme pas le moins du monde et nous transmet tranquillité et sérénité. Et à l’exception de « Recent History », plus nerveuse, presque grungy sur les bords, l’ensemble du disque ne fait que nous cajoler amoureusement (« Snow » et sa mélodie toute chétive, « The Last Fall » et son orgue bienveillant, la tendre mélancolie de « The Party’s Over »). Tout n’est que murmure, délicatesse et pur bonheur. « Myths » et son amplitude qui ne cesse de grandir, de nous guider vers une lumière faiblarde, comme une promesse de plénitude absolue, sans que l’on sache vraiment si ce n’est pas un éternel mirage. La musique de The New Year d’apparence si simple, sans vraiment prévenir, parvient toujours à nous trimballer bien loin de notre canapé. De l’évasion tout en douceur. Même quand le final s’embrase lors du colossal « The Beast » aux atours qu’on pourrait qualifier de post rock, nos yeux restent embués d’émotion tant la traversée est rondement menée par la fratrie Kadane et le jeu subtil distillé par Chris Brokaw (ex-batteur de Codeine et guitariste de Come). En si peu de temps, les mélodies de Snow semblent nous appartenir, après s’être immiscées en nous en toute quiétude. Des évidences, des souvenirs qui n’existent pas encore mais qui ne demandent qu’à être gravés sur ces enchevêtrements de guitare. Car ce disque est de ceux qui ne vieilliront pas, qui nous suivra et nous séduira des années durant. Difficile de prédire s’il y aura de la neige à Noël mais on est en droit d’espérer que ce merveilleux Snow trônera sous bien des...

Lire la suite

Sonic Youth – Dirty

Sonic Youth – Dirty

Bon, il faut se rendre à l’évidence, on est vieux. Quand on écoute un disque comme ça, qui fleure bon les années 90, par un Sonic Youth qui explore les contrées d’un rock alternatif en plein succès commercial, produit par Butch Vig, et qu’on y voit à la fois quelque chose d’incroyablement cool et dans l’air du temps, une sorte de bande son indémodable de sa vie, ça doit être qu’on est vieux. Parce que quand même, 25 ans. Aujourd’hui, le rock alternatif, on n’en parle même plus, c’est devenu du rock indé. Et ce n’est plus vraiment en plein succès commercial. Et Butch Vig, ça va faire un moment qu’il n’a rien fait. De bien, du moins. Et Sonic Youth n’existe même plus, d’ailleurs. Bref, les disques cool de notre jeunesse sont devenus de vieux disques, voire des disques de vieux, et ça, ça fait mal. Ou du moins, ça donne un coup de vieux. À l’époque, pour juger Dirty, il y avait deux écoles. D’abord, celle des puristes qui connaissaient déjà Sonic Youth depuis leurs années indépendantes et qui estimaient que ce disque n’était que trahison de tout ce que représentait le groupe. Vous imaginez, Sonic Youth, faire des morceaux accessibles !!! Ceux-là ont peut-être changé d’avis avec le temps, mais à la limite, on s’en fout : les plus récalcitrants doivent avoir un quadruple pontage vu le nombre d’infarctus qu’ont dû leur provoquer les disques du groupe depuis, de plus en plus pop. Et il y avait l’autre école, celle des petits jeunes qui découvraient à peine le groupe et qui trouvaient forcément que ce disque était une tuerie. Car Dirty contient un bon lot de tubes indéniables. Une théorie, c’est que Butch Vig a rendu le son du groupe moins abrasif, comme il l’avait fait avec TAD en 91. Cependant, vu que Goo, le disque précédent, n’était pas non plus un modèle de carnage sonore, j’en déduis plutôt que Vig était un choix du groupe pour coller avec une volonté de faire des chansons plus pop, et pas l’inverse. Quoi qu’il en soit, les longues plages expérimentales ont quasiment disparu, et le bordel sonore se retrouve surtout sur la reprise “Nic Fit” et “Youth Against Fascism”, deux des morceaux que j’aime le moins. Ce dernier est un bon tube, mais un peu trop mou dans sa version studio. Pour le reste, c’est un presque sans faute : “100%” ou “Sugar Kane” sont des tubes ultimes, Kim Gordon est magistrale (“Drunken Butterfly”, “Swimsuit Issue”, “Shoot”, “On The Strip”) et Ranaldo n’est pas en reste avec un “Wish Fulfillment” super cool. Pour ma part, c’est le disque du groupe qui tient le mieux une écoute entière, et...

Lire la suite

Queens Of The Stone Age – Songs For The Deaf

Queens Of The Stone Age – Songs For The Deaf

Bon allez, assez ricané avec le pathétique dernier album de Queens Of The Stone Age où Josh Homme s’est pris pour un chanteur rnb. Ne nous attardons pas non plus sur son prédécesseur …Like Clockwork où il se prenait pour Elton John (il l’avait même invité !) mais séduisait quand même grâce à la qualité de sa plume, de sa voix et de son groove. Revenons à la base, la sève, le nec plus ultra : ce qui fait que QOTSA est devenu QOTSA, c’est à dire, n’ayons pas peur des mots, le plus grand groupe de rock du 21e siècle. Déjà Josh Homme la jouait collectif à l’époque et il avait bien raison vu l’escouade de luxe qu’il se trimballait. Pour rappel, pour ceux qui reviennent d’un voyage sur mars, le garçon avait ni plus ni moins Nick Oliveri et Mark Lanegan à ses côtés. Et tel un PSG blindé de dollars qataris, il avait choisi de se renforcer davantage encore avec son Neymar à lui, répondant au doux nom de Dave Grohl. Rien de tel pour dynamiter les défenses. Et pourtant contrairement à ces tocards du PSG, QOTSA avait une âme et déjà un talent fou avant de gagner au loto. Il avait pondu un premier album éponyme faisant idéalement le lien avec l’après-Kyuss et le déluge à venir. Et il avait mis à genoux tous ceux qui s’étaient frottés au monumental Rated R. De la “pop” violente, planante, galvanisante, de la pop non pas à chanter sous la douche mais à hurler entre potes tellement que ça fait du bien. Tellement que c’est bon. Alors pourquoi je vous parle de Songs For The Deaf me direz-vous ? Parce qu’il a 15 ans. Et nous, chez Exit Musik on est un peu cons, quand un disque qui nous branche fête son anniv, on dégaine la plume. Cette précision inutile étant faite, on a beau dire, on a beau faire : Songs For The Deaf est quand même un putain d’album. Songs For The Deaf est un peu (TOUTES PROPORTIONS GARDÉES) à Queens Of The Stone Age ce que Nevermind est à Nirvana (vous le dites quand je vous soule avec mes comparaisons foireuses, hein ?) : le disque qui les propulse dans une nouvelle dimension, qui ringardise les autres productions rock de son époque, le disque blindé de tubes qu’on a tous entendus 400 fois (400 000 pour Nevermind), le disque pour lequel on aime bien prendre notre air snob et hautain parce qu’il est devenu trop convenu de l’aimer. Mais surtout le disque que quand tu le remets sur ta platine, tu kiffes ta race. Et c’est quand même ça qui compte, au final. Parce que...

Lire la suite