This Is Not A Love Song (Nîmes), du 03 au 05/06/16

Publié par le 16 juin 2016 dans Live reports, Notre Sélection | 0 commentaire

Il fallait la mériter cette édition 2016 du This Is Not A Love Song. Compte tenu des grèves de la SNCF, la descente en TGV en terres nimoises était rendue pour le moins mouvementée et incertaine. Mais la qualité de la programmation n’a pas eu raison de notre motivation et c’est donc dans le train de 6h gare de lyon que nous parvenons à monter, entassés comme il se doit dans le wagon bar mais heureux d’avoir accomplie la mission la plus difficile du week-end. La seconde partie se résumant à délirer entre potes, boire des canons et assister à d’excellents concerts. Rien d’insurmontable donc.

 

Segall

 

Vendredi 3 juin

Mon festival commence avec Dilly Dally (après avoir pu discuter avec le groupe, interview à lire en ces pages prochainement), groupe de jeunes sauvageons et sauvageonnes canadiens alliant rugosité et fort potentiel mélodique. L’énergie est bien là mais le son des guitares est bien faiblard et les mélodies en prennent un coup. Un bon moment donc, mais en deçà des espérances.

Ty Segall et ses Muggers ont déjà débuté leur set lorsque je les rejoins sur la grande scène. Malgré une sacrée dream team (King Tuff, Mikal Cronin..), ce concert de Ty manque sérieusement de piquant comparée aux fessées administrées lors de ses précédentes prestations. Voilà qui ne va pas nous réconcilier avec son dernier album, d’autant que les « vieux » classiques « Thank God For The Sinners » ou « Feel » nous rappellent qu’il n’y a pas si longtemps c’était le feu ce genre de concert.

MCKT

Ty a délaissé sa gratte pour s’adonner à des bidouillages électroniques et s’égosille tellement que ses cordes vocales ne suivent plus en fin de show, King Tuff l’épaulera sur les aigus de « Feel » et moi je file voir un bout de Car Seat Headrest dans le club Paloma.

Le club est bondé, la nouvelle coqueluche indie au look de premier de la classe achève son set par « Connect The Dots » ponctué d’un tribute de « Gloria » (de Patti Smith ou Them, selon vos préférences). Audacieux le bougre ! Il me fait même regretter d’avoir opté pour la solution de facilité en lui préférant Ty Segall…

Un pote m’informe que le concert de The Mystery Lights vaut son pesant de pédales fuzz, j’y accoure donc (me félicitant au passage de la distance très réduite entre les différentes scènes). Un peu juste pour juger, je constate tout de même que ces jeunes chevelus ont pour eux une belle énergie et de chouettes compos. Impression à vérifier avec la sortie prochaine de leur premier album.

Nous approchons des 21h30 et il est temps de se prendre sa première grosse claque du festival. Comme à tout concert de post-rock, il y a un côté qui peut parfois gêner les non-initiés lorsqu’on assiste à un concert d’Explosions In The Sky. Comme le nom un brin prétentieux du genre (mais ils n’y sont pour rien après tout…), ce genre de concert laisse au départ une impression de représentation, de démonstration de force, de mise en scène millimétrée comme pour annoncer chaque son d’un pas bien subtil « hey vous allez voir ce que vous allez voir« . Et puis passé ce sentiment d’être tout petit face à des mecs qui se prennent extrêmement au sérieux, on réalise que de subtilité leur musique en regorge, que le son est impressionnant, la maitrise bluffante et on se dit alors simplement « bordel ces mecs ont tout à fait le droit de se la péter vu le caviar qu’ils nous mettent dans les oreilles. »

explosions

Après cela, il y aura moins d’occasion de s’exciter même si Yak fait tout pour et parvient malgré une absence manifeste d’originalité à emporter dans son sillage des jeunes gens désireux d’y laisser quelques litres de sueur. Je préfère reprendre une bière.

Et puis, Foals débarque en bête de scène et tête d’affiche du festival. Notez bien que je n’ai rien contre Foals, je trouvais même leurs premiers albums très sympas, je reste juste un brin circonspect devant leur succès décuplé par un troisième album moyen/bon et un quatrième dégueulasse. Je me rassasie à distance pendant que le groupe de Philippakis entonne ses nouveaux tubes pas bien finauds taillés pour les grandes scènes comme celle qu’ils arpentent devant un public conquis d’avance. Soupirs en entendant « Spanish Sahara » ou « Late Night » qui sont désormais de l’histoire ancienne.

foals

Il faut ensuite faire face au premier choix cornélien de ces 3 jours. Battles ou Protomartyr. A cette heure-ci j’opte pour la valeur sûre en termes de défouloir avec le post punk rageur du groupe de Detroit à défaut de la complexité des morceaux de Battles. C’est pas l’heure de faire des équations. Son au top, public chaud, 50 minutes de parfaite communion avec un groupe beaucoup plus libérateur et moins froid que sa musique ne le laisse supposer.

Il est temps de rentrer (péniblement) dans une navette pour regagner nos pénates en entonnant « Why does it shake ? The body, the body… »

 

Samedi 4 juin

La journée du samedi est moins chargée sur le papier, j’en profite avec mon joyeux petit groupe pour recharger les batteries, remplir les panses et boire en quantités déraisonnables (je rappelle que l’alcool est… oh et puis on s’en fout, c’est un festival).

Palehound avait l’air cool mais on ne le saura jamais puisqu’on n’y était pas. Gloire aux nineties avec Lush sur la grande scène de retour après de longues années de silence. Le groupe alterne morceaux shoegaze aériens et power pop plus burnée, ses deux marques de fabrique. A en voir les sourires dans le public et celui de Miki, tout le monde est content d’être là. On ne va pas parler de prestation mémorable mais pour un retour, ça reste du solide. Le ciel devient liquide, lui, (pire transition de tous les temps) et les premières averses nous tombent dessus. Heureusement ma joyeuse troupe qui a préféré louper le concert de Lush pour trouver des bières en a enfin dégotées (une sombre histoire – inintéressante – de pannes électriques…).

Lush

Ensuite, je ne sais plus ce qu’on a fait mais on a réussi à louper Dirty Fences. Il paraît que c’est très bien. Allez-y de ma part la prochaine fois.

Et puis, Air nous a proposé un parfait fond sonore discret et agréable en guise d’accompagnement d’une discussion avec un ami qui ne fait pas partie de la joyeuse troupe (j’ai beaucoup d’amis figurez-vous). Pas de quoi interrompre la discussion tant l’ensemble demeure bien sage mais les « Cherry Blossom Girl », « Playground Love », « Alpha Beta Gaga » (si vous savez, les sifflotements un peu niais) et autres « Kelly Watch The Stars » sont toujours de beaux morceaux. Le final débridé de « La Femme d’Argent » finit tout de même par nous rappeler qu’il y a vraiment des mecs sur scène et qu’on est pas juste en train d’écouter un best of.

Le clou de la soirée voire du festival s’appelle évidemment Dinosaur Jr. Si on a du mal à entendre la voix de Mascis sur « The Lung », le son s’améliore rapidement. Les deux nouveaux morceaux « Goin Home » et « Tiny » fonctionnent parfaitement, Lou Barlow est en (très) grande forme et martyrise sa basse, J Mascis enquille les solos devant son mur d’amplis Marshall et se réaccorde entre chaque morceau, Murph imprime la cadence avec brio. On est fatigués pour lui. Bref, c’est un concert de Dino, et un très bon.

dino

La setlist en forme de best of ne peut que rendre heureux, ou complètement fou le public. Premiers rangs en feu sur l’enchainement « Start Choppin »/« Little Fury Things »/ « Feel The Pain »/ « Out There ». En même temps si on n’est pas en feu là-dessus, il faut s’inquiéter. Final à l’ancienne avec l’inévitable « Freak Scene » et une « Gargoyle » étirée en un long jam jouissif. Merci.

Un membre de la joyeuse troupe nous glisse le plus sérieusement du monde qu’un des morceaux « sonnait un peu comme du The Cure ». Effectivement c’était « Just Like Heaven ». Rires moqueurs.

 

Dimanche 5 juin

C’est une tradition à TINALS, le dernier jour est une épreuve tant il est chargé. Pendant que Djokovic remporte Roland Garros, nous accomplissons notre grand chelem à nous, celui des concerts gratuits manqués. Les victimes du jour s’appellent Quetzal Snakes, groupe psyché marseillais. Allez-y de ma part, il paraît que c’est bien.

Ce qui est moins bien en revanche c’est The OBGMs. Sur la brochure TINALS, le groupe est présenté comme du « garage classieux », on ne pouvait pas s’empêcher de trouver ça louche tant les deux termes nous semblent incompatibles. On avait raison. Alors quand le chanteur tente de mêler le public en entonnant d’effrayants « Everybody say oooh« , nous prenons la fuite.

La queue devant l’entrée du club Paloma nous dissuade de rentrer pour voir Nots. Au lieu de ça, on fait les cons au photomaton. Ça sert à ça, après tout.

METZ

Puis viennent les très attendus canadiens de METZ, power trio connu pour son raffut qui fait fuir les plus grands bucherons des rocheuses. Et bien curieusement, l’énergie est bien là mais ça ne prend pas vraiment. Malgré les « Spit You Out » et autres « Acetate », j’ai bien du mal à rentrer dans ce concert. Est-ce dû à la scène extérieure ? Au concert en plein jour ? Difficile de répondre mais je ne me poserai pas les mêmes questions devant Drive Like Jehu. Cette fois, en un morceau tout le monde a compris. On assiste à un virulent dialogue de guitares, bien soutenu par un tueur à la basse. La construction alambiquée des morceaux et leur puissance sont un véritable bonheur à entendre en live. La voix de Rick Froberg est parfois à la limite de la rupture (et elle le sera totalement quelques jours plus tard à Porto), comme la musique de son groupe faite de longs breaks et changements de rythme brutaux. Ce dernier a beau être en manque de « tequilaaa » d’après ses dires, le groupe délivre un set implacable de morceaux bien noisy et mélodiques.

Parquet Courts ne laissera pas la même impression de maitrise, même si les titres les plus punkasses (« Borrowed Time », « Light Up Gold II ») sont évidemment plaisants tout comme les virées New Yorkaises (« Dear Ramona », « One Man No City » qui s’achève par une longue divagation guitaristique où on dit coucou au Velvet Underground).

Après cela, il y eut Girl Band. Un groupe que les gens adorent ou détestent, visiblement. Personnellement, j’ai détesté.

On s’enfile un dernier burger, en regardant du coin de l’oeil le début de Beach House (pas franchement bouleversant) avant de se ruer dans la grande salle Paloma avant qu’elle soit comble pour un tout dernier concert : Shellac.

Et quel concert ! La formation est en ligne, le batteur Todd Trainer au centre, au même niveau que Steve Albini (Steve fuckin’ Albini !) à sa droite et le bassiste Bob Weston sa gauche. Le son est incroyablement massif, beaucoup optent pour les pogos et slamment, je reste un peu en retrait préférant savourer l’instant. Après les hypnotiques Swans l’an passé, nous vivons le même genre d’expérience avec Shellac. Car c’est bien d’expérience dont il est question. Une expérience inoubliable comme l’incroyable « End Of Radio », longue déclamation barge d’un Albini habité sur un son de basse en boucle, le tout entrecoupé de violentes déflagrations. C’est radical, brillant. Ces gars-là sont des monstres. On ne pouvait rêver meilleur épilogue à ces trois jours d’intense bonheur musical. Le mot de la fin au grand Thierry Roland « Je crois qu’après avoir vu ça on peut mourir tranquille… »

Shellac

Hormis quelques imperfections (le cashless c’est bien, sur tous les stands ce serait mieux, les navettes en nombre insuffisant), le TINALS reste un « petit » festival, à l’esprit intact et réjouissant, offrant la meilleure programmation en France à un prix très abordable. Et ce n’est pas un hasard si on ressent un vrai public de connaisseurs dans les allées du festival, si l’atmosphère bon enfant règne et si nombreux déambulent le sourire scotché aux lèvres. Litres de bières aidant, mais pas que.

This Is Not A Love Song but This Is A Love(ly) Festival.

 

JL

Photos Ryad Jemaa, ET et TINALS

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