This Is Not A Love Song (Nîmes), du 29 au 31/05/15

Publié par le 15 juin 2015 dans Live reports | 0 commentaire

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On croit toujours que les festivals c’est cool mais en réalité les festivals c’est chiant.

Pourquoi ? Parce que :

1/ Si on prend le pass une journée c’est toujours celle où il fait un temps pourri. Si on prend le pass 3 jours, y a au moins un jour où il fait un temps pourri.

2/ On prévoit toujours de voir plein de groupes et on arrive en retard et on rate le premier de la liste.

3/ Les bières sont trop chères et sans doute coupées à l’eau, on ne saura jamais. Toujours est-il qu’on n’arrive jamais à être aussi bourré que ces mecs qui hurlent et nous font chier et nous renversent leurs bières dessus.

4/ Y a des mecs tellement bourrés qu’ils nous renversent leurs bières dessus, hurlent et nous font chier.

5/ On a toujours envie de pisser et faut faire 3h de queue pour accéder à des chiottes dégueulasses… et on a envie d’y retourner une demi heure après à cause de ces maudites bières coupées à l’eau.

6/ Il faut faire 12 kms pour aller d’une scène à l’autre, résultat on rate le début du concert qu’on voulait voir à tout prix, on est placé tellement loin de la scène qu’on ne voit rien, on est rincé au bout de quelques heures et on se retrouve comme des loques devant un concert punk où on était censé se déchainer.

7/ Les sets sont trop courts, le son pas terrible.

 

Et là vous vous dites « ok il est gentil le gars, il nous dit que c’est tout pourri alors pourquoi il y est allé ?« .

Et vous marquez un point. D’abord parce que tout ceci n’est pas totalement vrai, c’est agrémenté d’une bonne dose de mauvaise foi nécessaire à toute intro d’article réussi. Ensuite parce que ces désagréments sont valables dans quasiment tous les énormes festivals mais ne s’appliquent pas au This Is Not A Love Song où :

1/ Il fait toujours hyper beau car c’est à Nîmes. La seule préoccupation est de ne pas prendre de coups de soleil.

2/ Ça ne commence jamais hyper tôt donc on peut se la couler douce avec un Ricard devant les arènes avant de débouler comme une fleur et de voir en accès libre le premier d’une série incroyable de concerts immanquables.

3/ Les bières coûtent 3 € et on est aussi vite bourré que le voisin.

4/ Les gens bourrés sont disciplinés.

5/ Y a des bières blanches, blondes et brunes donc il suffit de choisir pour pas avoir trop envie de pisser et même si on a envie, y a jamais la queue pour aller aux toilettes… et en plus c’est des chiottes sèches !

6/ Le site est à taille humaine, 2 minutes chrono pour se rendre d’une scène à l’autre.

7/ Le programme est tellement alléchant qu’il n’y a pas de temps mort, dès la déception d’un concert qui se termine on se rue sur la scène d’à côté pour en voir un autre. Certains horaires sont d’ailleurs aménagés pour laisser du temps aux groupes qui nécessitent un long set (Swans a joué 2h !). Il y a deux scènes en extérieur dont le son est plus que correct, deux scènes en intérieur dans de vraies belles salles dont le son est excellent.

On va s’arrêter là, je pense que vous avez compris.

 

TINALS

 

Vendredi 29 mai

swans 1Nous arrivons sur les lieux vers 18h30 et apprenons que le set de Swans a été avancé et qu’il se déroule là, maintenant, tout de suite. Nous nous ruons donc dans la salle Paloma, grande et belle salle de plus de 1300 places. Le son est remarquablement précis, monolithique. On a l’impression de débarquer en plein milieu d’une séance d’hypnose, il nous faudra donc un peu de temps (un bon quart d’heure) pour se retrouver dans le même « état » que le reste du public et se montrer totalement réceptif.

Le groupe, fort de deux batteurs (l’un d’eux joue percussions, gong et autres singularités), bâtit des sculptures sonores monumentales dirigées par les incantations de
maître Gira, à grands renforts de gestuelles appuyées façon chef d’orchestre (ou gourou, c’est selon). On aura peu de temps pour savourer ce qui se déroule sous nos yeux mais tout ceci est assez fascinant. Le final dantesque nous fera regretter de ne pas être arrivé plus tôt. Le groupe salue longuement la foule qui lui rend bien.

Juste le temps de se remettre de cette première baffe qu’il faut déjà se rendre à la salle d’à côté, investie par un certain Mikal Cronin.

Mikal qui vient de livrer un troisième album solo très pop, beaucoup moins agité que ses prédécesseurs. Mais sur scène on constate qu’il est rudement moins poli que Mikalsur disque, les guitares ne nous ménagent pas. Son acolyte à la lead guitar est d’ailleurs tout sauf un manchot et se livre à des solis pas piqués des vers. Les superbes ritournelles du dernier album (« Turnaround », « Made My Mind Up », « Say »…) trouvent ainsi une seconde vie, plus nerveuse, des plus enthousiasmantes. Les petites bombes garage/power pop comme « Change » (« good god just a little bit ! ») ou « Shout It Out » (et son intro surf colliers à fleurs qui sied bien au festival) se trouvent ainsi en bonne compagnie et nous explosent à la face. Le concert est de courte durée et quand Mikal et ses comparses quittent la scène, ils nous laissent un peu frustrés mais avant tout heureux.

On croise un copain de chez Polarbird, heureux lui aussi, et, par ailleurs assez stupéfait de la prestation de Ought qu’on n’a pas vu parce qu’on était à Swans mais qu’on avait vu à Villette Sonique. Apparemment c’était grand. Voilà, comme ça vous savez.

Pas de temps à perdre, un certain Thurston Moore doit faire d’ici peu son entrée sur la grande scène. En fait quand nous arrivons il y est déjà, en train de peaufiner ses balances. Peu de temps après, sa dream team le rejoint. A savoir Debbie Gouge (My Bloody Valentine) à la basse, Steve Shelley (l’acolyte de toujours) et James Selway (celui qu’on connaît moins mais qui doit pas être là par hasard).

On avait été bluffé par la prestation du « band » à Rock en Seine, alors qu’on ne connaissait pas encore les morceaux de The Best Day, on l’est tout autant sinon plus maintenant qu’ils nous sont familiers.

« Forevermore » et ses motifs répétés à l’envi nous plongent d’emblée dans ce qui sera, comme on s’y attendait, le clou de la soirée.

 

TM4

 

Le charisme de Thurston impressionne toujours, et que dire de ses compos… Autour de nous, beaucoup de jeunes vieux quarantenaires, véritablement émus devant cette légende vivante.

L’intro en arpège de « Speak To The Wild » est pas loin de coller des frissons, les murs de guitare qui s’ensuivent fascinent. Inutile de préciser que le son est remarquable, comme toujours avec sieur Moore. Sur une scène en extérieur, cela reste une performance.

Le duo basse/batterie envoie du bois et on se surprend à faire des fixettes tour à tour sur chacun des musiciens, à scruter leur jeu, béat d’admiration. L’osmose entre eux est flagrante, le plaisir qu’ils prennent aussi.

TM2Thurston dédie « Grace Lake » à « (ses) friends, Swans ». Entre grands messieurs de la musique… Rappel pour nos vieux jours : « Grace Lake » est un grand titre. Sur scène, il tabasse. Bien souvent, Thurston nous tourne le dos pour aller copuler avec son ampli (pas au sens propre, on se détend). Pour finir, nous sommes emportés dans un long et captivant déluge de larsens. Et voici comment se conclue le monstrueux récital.

Un peu dommage d’avoir fait une croix, contraints et forcés, sur Kevin Morby. Le TINALS devrait avoir la décence de ne pas faire venir autant de bons artistes. Désolé Kev mais chaque fois qu’on aura l’opportunité de voir Thurston Moore sur scène, on ira. Y en aura d’autres va.

Autant par curiosité que par politesse, on poursuit avec Gaz Coombes, parce que c’est quand même l’ancien chanteur de Supergrass. C’est aussi l’occasion de s’installer en balcon de la salle Paloma et de recharger les batteries avant la tornade Thee Oh Sees.

Coombo (vous permettez que je l’affuble de ce petit nom ?), très communicatif et sympathique, délivre une pop de facture classique, agréable mais pas transcendante non plus. Un peu trop de synthés et de Gazconneries parasites. Verdict du copain de Polarbird : sa musique gagnerait à être épurée. Sages paroles.

Deux danseurs allumés vivent à fond l’instant présent en bougeant leur corps en rythme sur la rambarde du balcon avant de se faire gentiment indiquer le chemin de la sortie par des agents de sécurité qui n’ont pas autant de sens de l’humour (mais qui sont sans doute un poil plus responsables). Ceci restera peut-être la distraction principale. Coombes met les gaz (navré mais c’est qu’on commence à être fatigué) sans avoir joué du Supergrass, on s’y attendait mais c’est quand même dommage. Au moins Johnny Marr, il joue du The Smiths à foison.

On bénéficie enfin d’un petit break après ce marathon de concerts. On en profite pour faire la queue devant un food truck à burgers. Bien malgré nous, on entend donc Caribou, ce qui disons-le gentiment n’est pas notre tasse de thé (on aime mieux le morceau des Pixies). Bon ils ont quand même un tube rigolo.

Après s’être enfilé un burger en 4e vitesse, on va affronter John Dwyer et ses copains teigneux histoire de se faire achever en beauté. Nous n’assisterons malheureusement pas à l’intégralité du concert parce que Thee Oh Seesce serait moche de rater la navette de 2h. En hommes pressés qu’ils sont, les Thee Oh Sees enchainent les morceaux entrecoupés de temps en temps par des remerciements de Dwyer qui parle aussi vite que sa musique. Le nouveau line-up avec deux batteries (!) est on ne peut plus convaincant. Déçu de leur concert à Rock En Seine l’an dernier, je suis cette fois scié par tant d’énergie féroce. Et c’est tête basse qu’on se résout à les abandonner en plein milieu du show. Mais il reste deux jours qui promettent d’être tout aussi intenses, il va falloir faire face !

 

Samedi 30 mai

Le soleil tape, on a soif. Commençons par une bière fraiche. On s’installe sur les tables devant les food trucks pas encore pris d’assaut et on se laisse bercer par la folk agréable de Harold Martinez, aux faux-airs de Wovenhand.

Malheureusement l’indie rockeuse Waxahatchee a été avancée, c’est donc loupé. Il est à noter que les premiers concerts de la journée, joués en extérieur, sont tous accessibles gratuitement. Qu’est-ce qu’on dit au TINALS ? Big up !

only realLa « session gratuite » s’achève par la prestation des anglais d’Only Real. Entre pop ensoleillée et hip hop slacker. De chics types qui nous font passer un chouette moment.

Commence alors ce moment assez particulier pour les organisateurs où il est question de virer gentiment ceux qui profitaient de l’accès gratuit puisque le festival va basculer en mode payant. Allez hop, hop ça dégage. Les cris et les larmes sont insupportables, on ne peut pas assister à ça (comment ça j’en fais trop ?).

before i die

Après ces instants d’intense souffrance et après avoir participé aux petits jeux rigolos qui égaient le festival (prendre des photos cons-cons au photomaton(-ton), écrire sur le mur « before i die i want to… », retrouver une personne du public à partir de sa photo quand il était ado, boire des bières), on assiste au concert de Twerps.Twerps

Twerps qui ne changera pas la face du rock c’est certain mais qui nous propose des morceaux purement indie, bien troussés. Une bassiste est aussi au chant. Tiens ça nous rappelle quelqu’un…

Cette journée est beaucoup moins chargée que la phénoménale d’hier et la monumentale de demain, ce qui nous laisse le temps de profiter du soleil, des stands et des bières (encore, oui…).

On se laisse tenter par Giant Sand dont on connaît peu de choses. C’est une belle surprise. Alors qu’on aurait pu craindre un show répétitif, les surprises sont assez nombreuses. Après une première salve folk americana avec une complémentarité appréciable entre chanteur et chanteuse, le leader du groupe s’installe derrière un piano pour interpréter de subtiles pièces piano jazz. Le chant est délicat et se marie à merveille au piano, la basse nous sort même un son de contrebasse sur un morceau ! Pour finir sur une note plus électrique, Howe Gels (c’est comme ça qu’il s’appelle) nous promet du « loud as fuck »… et tient parole. On pense alors aux compos énervées d’un Lanegan ou Nick Cave. Et on se réjouit.

Giant

Après la pause casse-croutes, on s’installe sur le devant de la scène du Paloma pour voir arriver maître Kozelek, prêts pour la leçon. Sun Kil Moon attaque par « Mariette » et « Micheline » et on réalise vite que ça sent la setlist identique à celle de Villette Sonique (donc pas de « Carissa », le drame se poursuit). Malheureusement tout est « un peu moins » que lors de cette soirée magique, vécue quelques jours plus tôt. Setlist moins longue (festival oblige), son moins dingue (tu peux pas test la Philharmonie), soirée moins mémorable.

Evidemment un concert de Sun Kil Moon ne peut pas être un mauvais moment et Kozelek fait des siennes pour qu’on n’ait pas le sentiment d’assister à un bis repetita. Ce petit malin glisse plusieurs « thank SKMyou Paris », qui doivent ravir les sudistes. Il faut dire que le public n’est pas non plus irréprochable, se montrant assez indiscipliné. Il s’agit simplement d’un public de festival avec son lot de « touristes » (certains ne savent pas vraiment ce qu’ils font là) et ça ne sied pas vraiment à ce groupe.

Après avoir demandé le silence à plusieurs reprises avec son air mi-sympa mi-« je vais te flinguer », Kozelek s’en accomode finalement et demande même à l’audience d’interagir lors du morceau « Dogs » en ponctuant chacun de ses couplets d’un « YEAAH »… Et étonnamment ça le fait !

Déception atténuée mais déception tout de même.

Ne connaissant pas spécialement les groupes suivants (même Divine Comedy, oui, fouettez-moi), on avait au préalable décidé qu’on ne s’éterniserait pas ce soir, le dimanche étant particulièrement surchargé. On se pose à proximité de la grande scène voir ce que donne The Divine Comedy parce qu’on ne veut pas mourir bête (et si tant de gens les idolâtrent, il doit bien y avoir une raison).

Nous ne tiendrons pas bien longtemps, tout ceci est trop sophistiqué, trop grandiloquent… et au final ça nous en touche une sans faire bouger l’autre. Rideau !

 

 

Dimanche 31 mai

Il est temps d’apporter la touche finale à ce fabuleux weekend. On a coché beaucoup de noms sur notre planning et on a dû faire de cruels sacrifices.

Il est 16h environ quand on retrouve notre spot habituel, à l’ombre, pour entamer la dégustation de bières.

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Sur scène, Zun Zun Egui s’époumone. C’est un joyeux gloubi boulga de plein d’influences, qu’on pourrait qualifier de world music excitée s’autorisant des breaks quasi « Fugaziens ». Certains morceaux
Zun Zun Eguirappellent même le groove de Rage Against The Machine. Bon y a pas Tom Morello mais ces gens-là savent ce qu’ils font et nous procurent une bonne dose d’excitation pour entamer la journée (pas trop quand
même parce qu’il fait rudement chaud…).

Puis toujours en accès libre, des marseillais prennent la relève sur la petite scène. Ils s’appellent Conger ! Conger ! et ils cognent, cognent ! Une noise sans concession qui nous recouvre d’ecchymoses. Le contraste entre la voix aiguë du chanteur et le son lourd du groupe est assez étonnant. Un chanteur qui physiquement a un petit je-ne-sais-quoi de Cali (copyright Guillaume de Polarbird). Heureusement la ressemblance n’est que physique… Difficile de faire face à la fois à ce soleil assommant et aux coups de butoir de Conger ! Conger !, on se dirige donc vers l’atelier couronnes de fleurs pour s’en faire une belle, ça collera bien avec Allah-Las ce soir.

Nouvellement couronné d’un look de hippies, on s’affale dans des grands poufs d’extérieur. Ne manque que la marie-jeanne mais il n’y a pas de stands pour ça.

On profite là du seul moment de répit avant le terrible enchaînement qui s’annonce (la vie est rude). Comme la veille, les pauvres se font dégager à coups de pied au cul (oh ça va, si on peut pas rigoler) et on se prépare à affronter Sleaford Mods.

sleafAh Sleaford Mods ! Il faut le voir pour le croire. Un défouloir sur-mesure proposé par deux branleurs de première. Des vrais de vrai. Le « DJ » fait un double-clique sur sa souris de temps en temps, puis se remue de façon improbable (genre le gros « teufeur » défoncé) en s’enfilant sa binouze bon marché… Une arnaque ou un génie : on n’a pas de jugement définitif mais on a trippé sec ! Il faut dire que les instrus pondues par le garçon ne ressemblent pas à du bling bling surproduit dégueulasse mais à du post-punk brut, bien cash.

Le MC avec son accent de prolo anglais débite de bonnes grosses conneries en nous postillonnant à la face. Un vrai génie celui-là, à n’en pas douter. Au pire vous vous marrez, au mieux vous prenez votre pied… Nous on a fait les deux.

De temps en temps, Jason Williamson (le petit nom du chanteur) nous livre une petite présentation du morceau à suivre (« about your fucking manager and your cheeky cunt ! », « this new song is called « Kiss My Ass » »). Bonheur.

« Tied Up In Nodds » et « Job Seeker » confirment haut la main leur statut de morceaux qui tuent et Sleaford Mods celui de meilleur fouteur de merde de ce festival.

Bénéficiant d’une hype aussi soudaine que méritée, Viet Cong joue devant une salle remplie jusqu’à l’os (alors que The Soft Moon joue en simultané sur la grande scène). Les canadiens mettent rapidement la salle à sac avec leur post punk habité et sautillant. Le batteur à la tignasse blonde quasi paranormale déploie une belle force de frappe associée à une régularité métronomique, les premiers morceaux sont quasiment à la frontière du math rock.

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Le chanteur trouve que cette salle est « pretty stinky » (comprendre que les odeurs corporelles sont assez proéminentes) ce qui n’est guère surprenant vu le set bien nerveux qui nous est proposé (pensez « Bunker Buster » et « Silhouettes », où on voyait presque planer le spectre de Ian Curtis).

Mais c’est bien la deuxième partie du concert qui va lui permettre de se placer dans le haut du panier de ces 3 jours, où la concurrence était féroce. Le final dantesque de « March Of Progress » enchainé avec viet6l’intro du tube imparable qu’est « Continental Shelf » (élue « meilleure imitation de synthé par une guitare » 2015)… Mais tout ceci ne fut finalement rien comparé à « Death ». « Death » qui du haut de ses 11 minutes apportait une conclusion parfaite à l’album sorti cette année. « Death » qui, sur scène, passe dans la 7e dimension. A l’inverse de « Continental Shelf », le titre prend son temps pour démarrer mais monte progressivement en puissance jusqu’à une apogée bruitiste pharaonique. Leçon bien reçue.

Après cela, on avait un peu peur que le set de Foxygen nous paraisse bien fade. Fade n’est pas le mot le plus adéquat tant le groupe se complait dans l’exubérance.
foxy2Danseuses/choristes on fire, guirlandes colorées, colliers à fleurs… Après la froideur mécanique de Viet Cong, on bascule dans un autre monde.

Musicalement néanmoins, il n’y a pas de quoi se relever la nuit, d’autant que dans le registre « on a raté les 60s mais on va vous le refaire à notre sauce », le groupe a quelques concurrents, et pas que des mauvais (un des meilleurs doit d’ailleurs clore le festival…). Bref Foxygen en fait des caisses (je les imagine un peu en Kiss de la pop) mais Foxygen ne transcende pas.

Nous écourtons donc l’interlude avec ces jeunes foufous pour aller voir les frangins de Drenge, qu’on aime bien par ici (cf chronique du premier et deuxième album). DrengeEux n’en font pas des caisses, ils jouent. Et ils jouent fort. Pas de calcul, du brut dans nos dents. Sans grande surprise, mais avec fougue, power chords et quelques fausses notes qui font bien. « We can do, we can do, we can do what we want » qu’ils disent et ils ont bien raison. Rock’n’roll > gaudriole.

Il n’est pas loin de 23h et c’est là que se trouve le plus gros télescopage de groupes potentiellement intéressants de ces 3 jours. Le clash oppose Interpol à Torche et Badbadnotgood. C’est Interpol qui l’emporte aux suffrages, fort de son statut de « plus gros nom » du festival. Je suis la meute, pas entièrement convaincu. Et après
interpol2quelques morceaux, bien exécutés mais finalement assez plats et répétitifs, je préfère m’exiler, persuadé de manquer quelque chose de plus exaltant ailleurs. C’est la
meilleure décision que j’ai prise de ce week-end (celle de prendre une 32e bière la veille au soir n’était pas frappée du sceau du bon sens). Je me suis donc rué dans la salle Paloma où jouaient les barbus de Torche, précédés d’une belle réputation. Et là j’ai vu la lumière.

Torche balance un gros stoner/sludge qui suinte le gras. Guitares offensives, section rythmique très lourde, énergie féroce, violence, martèlement infernal. Les morceaux sont courts, ne se perdent jamais en digressions, se « contentant » de briser des crânes avec constance. Une bien belle explication de texte. Dommage qu’ils ne vendaient pas d’album au merch mais ce n’est que partie remise.

Avec tout ça, je n’ai pas pris le temps d’aller voir Badbadnotgood mais je peux voir la fin du concert d’Interpol… qui ne me fera pas réviser mon jugement. C’est carré, y a rien qui dépasse, c’est gentil, c’est moyen. Après tout, Interpol est peut-être désormais plus dans la catégorie groupe de stades que groupe indé, et ce festival est avant tout (ou en passe de devenir) la mecque du rock indé en France.

Pour boucler la boucle, quoi de mieux que les californiens d’Allah-Las ! On ressort les couronnes à fleurs pour être tout à fait dans notre élément (ça collait moins avec Torche) et on s’apprête à chanter à tue-tête les hymnes surf d’un des groupes les plus enthousiasmants du moment.

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Le micro du chanteur fait d’abord des siennes mais il en faut plus pour entamer notre engouement. Le concert sera tout de même un peu plombé par une balance déficiente mais il est tard et c’est le dernier concert, donc chacun profite de l’instant présent. La boîte à tube est ouverte et tout se déroule sans accroc (mais peut-être avec moins de passion qu’espérée) jusqu’au jubilatoire « Every Girl » qui nous poussera à entonner « yeah, yeah, yeah, yeah » jusqu’à ce qu’on trouve le sommeil, des étoiles plein les yeux et des sifflements plein les oreilles.

Un week-end rempli d’autant de beaux souvenirs, c’est ce qu’on appelle un week-end qui marque. On ne remerciera jamais assez l’équipe de This Is Not A Love Song pour le cadre, l’accueil, le professionnalisme, la bonne humeur et la programmation exceptionnelle que nous offre ce festival.

A moins d’un cataclysme on sait déjà où on sera l’an prochain à pareille période.

 

Texte et photos : JL

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