Interview – Lysistrata

Interview – Lysistrata

En préambule, instant émotion. Le Noumatrouff. Mon premier concert. Les Thugs. 12 Décembre 1997. Le Noumatrouff. Ma première interview. Lysistrata. 10 Octobre 2019. Voilà ! Forcément, un peu de nervosité au début. Rencontrer des musiciens, c’est cool. Après un concert, au merch, en discutant, en prenant un vinyle. Les rencontrer dans le cadre d’une interview, la première fois, c’est l’inconnu. Armé de mon T-shirt LANE (forcément !) et d’une dizaine de questions dont certaines (gentiment) suggérées par mon rédac’ chef (merci !), j’ai attrapé les 3 Lysistrata au détour d’une interview radio qu’ils venaient de finir et avant qu’ils dînent. Une petite demie heure pleine de surprises, d’éclats de rires, et surtout la belle satisfaction de voir des musiciens sûrs d’eux, pros, déterminés, passionnés et en même temps complètement détendus, (hyper) cool, attachants et sincères. Il fut question de Gérald de Palmas, de Diam’s, de Tropical Fuck Storm, de Pavement, de dEUS, de loutres, de moist (in english please), de la mort de Sting (fake news) et avant tout de la passion d’un des meilleurs trio français de la scène rock française. “Y’a de plus en plus de groupes de rock en France qui sortent, qui sont dans la même veine, plus ou moins énergiques sur scène, qui font pas mal de concerts. C’est vraiment chouette que des trucs à guitares reviennent. ” © Max Chill Comment se passe le début de la tournée, notamment la réception des nouveaux titres que le public découvre (l’album n’était pas encore sorti au moment de l’interview, ndr) ? Ben (batteur) : Ça se passe super bien. Ça fait un moment en fait qu’on a commencé à jouer les nouveaux morceaux en live. Quasiment sur toutes les dates de 2019. Des gens nous ont dit des trucs super gentils (rires). Max (bassiste) : On est content de jouer autre chose aussi. On avait déjà fait une tournée avant où les morceaux n’avaient pas de paroles, pour les rôder avant le studio. Depuis, on les joue pour être prêts pour la grosse tournée lorsque l’album sera sorti. Ce deuxième album est assez différent de The Thread. Les morceaux sont plus courts, plus directs, est-ce venu naturellement lors du processus d’enregistrement ou était-ce une volonté de votre part ? Max : C’est venu naturellement. On a vu au bout qu’il y avait des morceaux plus courts. Sur le 1er album, il y avait moins de morceaux aussi, parce que certains étaient plus longs. On s’est pas dit « on va faire des morceaux plus courts ». On fonctionne jamais comme ça. On voit ce qui sort et puis voilà ! Au feeling ? Max : Tout est au feeling chez nous, la plupart du temps. Il y a...

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Interview – Mikal Cronin

Interview – Mikal Cronin

Ami inséparable de Ty Segall, qu’il accompagne dans la plupart de ses méfaits discographiques (et ce dernier le lui rend bien) ainsi qu’en tournée, Mikal Cronin était de passage à Paris le mois dernier pour deux concerts en compagnie de son vieil acolyte. Mais Mikal n’a pas besoin de Ty pour exister et faire parler de lui. Preuve en est, son quatrième et dernier album, Seeker, n’a guère en commun avec les habituelles sorties de la scène garage californienne mais il pourrait bien être le plus abouti mélodiquement de ces dernières années. Il semblerait en tout cas que son auteur ait pris grand plaisir à le composer et, à l’entendre, il n’est pas peu fier de son nouveau bébé. “C’est probablement mon disque le plus mature. C’est aussi lié à ma situation dans la vie, à ce que j’écoute. (…) J’ai pensé à faire aussi un groupe rock à trois, vraiment garage-punk. Je devrais le faire aussi. J’aime garder toutes les possibilités ouvertes, je ne veux pas être catalogué.” © Max Mendelsohn Ce dernier album est né dans des conditions très particulières, tu vivais isolé depuis quelques mois dans une petite ville au cœur de la forêt. Tu étais totalement coupé du monde à ce moment-là, en mode Into The Wild ? Oui, c’était un peu ça. J’étais en dehors mais proche d’une petite ville. J’y allais donc une fois par semaine pour acheter à manger, éventuellement parler à quelqu’un, ou pas. Au caissier de l’épicerie, par exemple. C’était un mois où j’étais vraiment seul, focalisé sur mon truc. C’était le but initial, j’imagine. Avant tout pour la musique ou pour toi aussi ?Pour la musique, principalement. Je me suis dit que ce serait intéressant, je voulais m’éloigner d’où je vivais à Los Angeles. J’ai loué cette cabane quand j’étais en tournée. Je manquais d’intimité pour écrire de la musique. C’était une véritable expérience, je craignais de ne pas parvenir à mes fins car c’est compliqué de se dire “je vais écrire une chanson” et de le faire. Parfois, ça vient de façon impromptue. Mais j’ai eu la chance d’avoir beaucoup d’inspiration. Tu avais donc apporté ton matériel d’enregistrement et tes instruments avec toi ou simplement un carnet de notes et ta guitare ?J’ai apporté beaucoup de choses. Une batterie, des claviers, des guitares. J’avais quasiment un petit studio. C’est de cette façon que j’aime travailler, jouer de la guitare acoustique puis de la batterie, réfléchir aux arrangements… C’est là-dessus que je passe le plus de temps. Une fois que j’ai la structure d’une chanson, j’aime beaucoup le processus de la recherche d’arrangements. C’est le premier album qui porte un “vrai” nom (après Mikal Cronin, MCII, MCIII), Seeker. Qu’est-ce...

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Interview – High Tone

Interview – High Tone

Vous en connaissez beaucoup des groupes de dub français, fers de lance de cette scène au début des années 2000, qui sont toujours là et dignes d’intérêt ? Non, évidemment. Vous connaissez les mêmes que nous et ils se comptent sur les doigts d’une main atrophiée. Quand High Tone a débarqué en 2000 avec Opus Incertum, ça nous avait fait tout drôle et on s’est demandé ce que c’était que cette musique de mutant, piochant allègrement dans différents styles. On se demandait aussi combien de temps cela pourrait durer et où ils pourraient bien nous amener ? On n’a toujours pas la réponse à la première question mais on a traversé bien des paysages sonores escarpés en leur compagnie. Ce ne fut pas toujours de tout repos mais ce fut constamment exaltant. Time Has Come, huitième album des lyonnais, ne déroge pas à la règle. Time has come for what, en fait ? Réponse avec Julien Oresta, guitariste du groupe. “On pourrait faire un concert plus trip hop par exemple et beaucoup plus calme avec un support visuel pour habiller le tout. C’est un challenge qu’on pourrait se donner, qu’on aimerait faire.” Ekphrön signifiait “hors d’esprit”, là ce disque commence par le sample « time has come to get of your mind ». C’est ça le défi chaque fois que vous rentrez en studio ? Essayer de s’évader, de tout oublier et de provoquer ce sentiment-là chez l’auditeur ? Pour nous, c’est une valeur importante. S’évader, voyager c’est quelque chose de récurrent dans notre musique. Il y a aussi l’envie d’évoluer, tenter d’autres choses, aller dans d’autres directions. Time Has Come peut vouloir dire tellement de choses… Nous, on n’a jamais aimé être démago, écrire des trucs noir sur blanc, il y a toujours une subtilité, c’est à travers des samples, des jeux… On n’a pas de chanteur charismatique qui vient te poser un message. Nos messages passent à travers notre musique, notre style. Un mélange d’électro, de musiques du monde, des petits messages subliminaux, spirituels ou révolutionnaires. C’est à travers ces petites choses qu’on montre qui on est. Les gens savent qu’on est dans un truc Do It Yourself, on fait les choses par nous-mêmes, notre label Jarring Effects est toujours indépendant… Ce sont toujours nos valeurs de base. Ce disque n’est pas forcément le moins dub que vous ayez fait mais peut-être le plus techno… Oui, il est peut-être plus dub qu’Ekphrön malgré tout. Mais effectivement il est plus électro, un certain nombre de morceaux lorgnent vers différentes formes de techno. On a toujours dit que High Tone était un mélange de dub, drum’n bass, hip hop… Il y a un côté presque rave party sur certains morceaux....

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Interview et live report – CAKE

Interview et live report – CAKE

Quand on écoute un groupe depuis l’adolescence, notamment quand c’est le premier vrai groupe qu’on est allé voir en concert, l’opportunité de passer du temps au téléphone avec son chanteur fait ressortir tout le côté fanboy réprimé avec l’âge adulte. Surtout quand l’interview a été tentée deux fois auparavant sans succès (une fois pour les 20 ans de Fashion Nugget, une autre à l’occasion de leur passage à Paris plus tôt cette année). J’ai donc été très tenté de demander à John McCrea, le leader de CAKE, des photos dédicacées et des pin’s. Au lieu de ça, on a abordé beaucoup de sujets dans cette conversation matinale (pour lui), et si le chanteur manquait de café, il n’a pas manqué de verve. “Beaucoup d’arrangements dans la musique moderne sont surchargés. Il se passe trop de choses à mon goût, trop pour que le cerveau humain puisse tout comprendre. Et je pense que nous, jusque-là, nous ne sommes pas tombés dans ce piège !” Il semblerait que Paris n’a pas de chance avec vos concerts. Vous avez prévu quelque chose de spécial pour ce soir ? Des morceaux rares ? Oui, quand on est venus en janvier, c’était la fin de la tournée et j’ai complètement perdu ma voix. En 2011, on ne trouvait plus notre guitariste Xan McCurdy, même si je ne me souviens plus des détails. On a eu beaucoup de poisse, et j’en ai fini avec la poisse ! Mais ce qu’on va essayer de faire ce soir, c’est simplement de faire un concert solide. Ce qui compte, c’est de parvenir à créer une connexion musicalement avec le public. Pour moi, c’est le plus important. Après, depuis la dernière fois qu’on est venus, on a répété d’anciens et de nouveaux morceaux que nous n’avons pas joués à Paris dans les deux cas. Donc il y aura au moins ça. Votre public à Paris semble très fidèle, je vois les mêmes têtes à vos concerts depuis des années. C’est quelque chose que vous constatez aussi ? C’est quelque chose qu’on constate généralement, également hors de Paris, mais si on doit caractériser un public, on pourrait dire que les français en général, et les parisiens en particulier, prennent de grandes décisions musicales et s’y tiennent. C’est fascinant, surtout comparée à la fantaisie fugace des anglo-saxons. Peut-être que les Français sont plus confiants dans leurs tendances esthétiques, assument davantage la manière dont leur système nerveux interagit avec les informations sensorielles. Quand d’autres critères que les sens rentrent en compte dans les décisions, ça s’embrouille, ça devient culturel, tactique… Je crois que les Français ont moins peur de leurs goûts. Quand tu rajoutes des critères culturels, ça devient complexe et tendu. Mais si...

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Interview – Pixies

Interview – Pixies

Il y a quelque chose d’intimidant à se retrouver face-à-face avec Joey Santiago et Frank Black (en l’occurrence, côte-à-côte avec ce dernier), deux monstres sacrés du rock indé. Les Pixies, vénérés (et ouvertement copiés) par Cobain, repris par Bowie, adulés par une horde de fans transis, ne sont peut-être plus tout à fait les mêmes depuis le départ de Kim Deal, mais ils avancent en évitant de garder les yeux rivés sur le rétroviseur. Pour la rentrée, nous avons droit à une nouvelle ration de Pixies, Beneath The Eyrie, troisième album depuis la reformation. Sans doute le meilleur. Tant mieux, on n’aime pas trop se pointer à une interview et feindre l’enthousiasme à propos d’un disque qui nous laisse de marbre. Surtout face à un imposant gaillard comme Charles Thompson – aka Frank Black aka Black Francis -, capable de tailler en pièces un intervieweur, s’il ne goûte guère ses questions. Il n’en a rien été. De bonne humeur mais aussi imprévisible que sur disque, le leader des Pixies a alterné réponses lapidaires, démonstrations implacables et taquinerie de bon aloi, sous l’œil amusé de son éternel complice. “Ce que j’aurais aimé, c’est que le manager ou le label nous dise à l’époque de ralentir. De ne pas faire autant de disques, de tournées, de prendre un peu de vacances. Ça nous aurait peut-être évité de nous séparer.” Une série de podcasts va être diffusée durant l’été avant la sortie du nouvel album. D’où vous est venue cette idée de documenter l’enregistrement de ce disque ? Frank Black : On a tourné pour des podcasts au moment d’enregistrer les démos et Paz (NdR : Lechantin, bassiste) les a montés. Ça a été le point de départ. De ce que j’ai compris, les podcasts sont très populaires, le type de médias le plus populaire. Je n’en écoute pas personnellement. Vous avez été suivis durant tout le processus d’enregistrement ? Joey Santiago : Il y avait des petites caméras dans le studio. S’agissait-il de caméras présentes mais dont vous pouviez oublier l’existence et faire comme si de rien n’était ou y avait-il des journalistes avec vous qui vous posaient des questions ? Frank : Un mec était là, il s’appelait Tony (NdR : Tony Fletcher, journaliste au New York Times). C’était une idée de notre manager : « vous pourriez faire des podcasts ? – Oui, bien sûr. » On a déjà participé à des documentaires par le passé mais là c’est vraiment lui qui a voulu qu’on le fasse. On enregistre de la musique, on fait des concerts. C’est ça, notre boulot. De combien de choses pouvons-nous vraiment nous occuper ? Essayer de contrôler ? Du moment que nous sommes satisfaits...

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Interview – Shannon Wright

Interview – Shannon Wright

Nous avons besoin d’artistes comme Shannon Wright. Pour garder foi en l’indie rock, le vrai, pas celui qu’on cherche à nous vendre à tout bout de champ, de manière souvent galvaudée. Une artiste qui ne vit pas de sa musique mais qui ne vit que pour elle, qui se livre sans fard ni calcul, qui surprend de disque en disque. Alors qu’on ne savait trop où la caser entre folk intimiste et rock enragé, elle a créé une nouvelle case pour son précédent disque qui mettait à l’honneur le piano et les bidouillages électroniques. Cette fois-ci, avec Providence, album se reposant uniquement sur son piano et sa voix (quelle voix !), on se demande bien si elle ne serait pas devenue musicienne classique. Mais l’essentiel est ailleurs, l’essentiel c’est que Shannon persiste à creuser un sillon qui lui est propre et que l’inspiration ne faiblisse pas. Pas d’inquiétude, nous avons pu vérifier à la faveur d’un long entretien téléphonique que l’envie est toujours intacte et la passion ardente. “Ce qui compte le plus, ce sont les chansons. Elles priment sur tout, quel que soit le genre ou les instruments auxquels tu joues. Les gens qui se focalisent sur le fait que je joue ou non de la guitare, ce ne sont pas des vrais fans, ils ne comprennent pas ce que je fais.” © Jason Maris Avant d’écrire Division, ton album précédent, tu as eu des moments très difficiles, où tu étais désespérée et pensais arrêter. Dans quel état d’esprit te trouvais-tu avant d’enregistrer ce nouveau disque ? Honnêtement, je suis toujours comme ça. (Rires) Ce n’est pas facile, j’adore ce que je fais mais je ne gagne pas d’argent. C’est purement pour l’amour de la musique. Je me suis dit plusieurs fois que j’allais arrêter. Mais j’ai ça en moi, c’est très difficile à expliquer, c’est comme si une seconde peau poussait. Quand je pense à arrêter, je peux mentalement le décider mais la musique est toujours présente… Durant cette période en particulier, on m’avait demandé de jouer avant un groupe, c’était vraiment leur concert, pas le mien, parce que le promoteur voulait que j’y sois. C’était un groupe de hippies, très sympas mais pas vraiment du même genre que moi. J’étais contente du concert mais à la fin en backstage, j’étais très triste et je me suis dit « ok, c’est fini, je ne peux plus continuer. C’est trop difficile. » Puis, Katia Labèque m’a rejoint en backstage et elle était très enthousiaste, je lui ai dit que j’appréciais ses compliments mais que j’allais arrêter car je ne gagnais pas d’argent, que je le faisais depuis si longtemps et que c’était trop difficile. Elle s’est montrée très...

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Interview – Troy Von Balthazar

Interview – Troy Von Balthazar

© Flavie Durou Rencontrer Troy Von Balthazar (aka TvB sous son nom de scène), c’est un peu comme plonger dans l’intimité désarmante d’un artiste discret et brillant, jamais avare de réponses profondes et d’une intimidante franchise. Le roi de la douce mélancolie revient cette année avec un cinquième album en solo It Ends Like Crazy. Rencontre avec l’intéressé lors de son dernier passage en live à Paris, en avril dernier à La Maroquinerie. Parlons un peu du nouvel album It Ends Like Crazy (Vicious Circle). Quel est le désir, l’envie derrière cette nouvelle livraison ? Je vivais à Berlin et j’arrivais à saturation d’être entouré d’autant de gens. J’ai donc déménagé à la campagne dans le Limousin, la Creuse… Je vis ici maintenant, au milieu de nulle part, entouré d’arbres et d’oiseaux, avec rien autour, pas d’habitations. J’y ai passé du temps à m’imprégner de l’endroit et à concevoir ce nouvel album. Je peux jouer de la batterie la nuit, sans problème de nuisance sonore, parce qu’il n’y a vraiment personne ! En hiver, c’était un peu dur, en totale isolation, cerné par la neige… L’album est venu de ces moments, marchant seul pour réfléchir sur moi. Dans ces moments-là, on découvre beaucoup de choses profondément enfouies, par exemple si on est peureux ou si on fait preuve de courage, si on est une bonne ou mauvaise personne… Au début, je n’étais pas sûr d’aller vraiment bien, mais maintenant, après quelque temps là-bas, j’ai pris le temps de faire le point et de réfléchir sur moi. Après autant d’isolement, tous vos souvenirs d’enfance vous reviennent, vous avez le temps pour cela. Ce fut bon pour moi. Il semble y avoir moins de phrasés de guitares dans cet album, mais plus une volonté de se servir des machines, es-tu d’accord ? Je ne sais pas vraiment. Je n’écoute pas l’album une fois fini et enregistré, mais je me souviens avoir passé beaucoup de temps à jouer uniquement avec des claviers et des pédales d’effets. J’aime le rapport direct à l’objet. L’autre jour, je dormais et en me réveillant, la première chose qui apparaît dans mon champ de vision était une de ces pédales d’effet. L’objet en lui-même, sa couleur, son apparence, cela m’attirait malgré moi, j’avais envie d’y jouer dessus tout de suite (rires). Il y a quelque chose de l’ordre du rapport physique à l’objet. Exactement, le plaisir de sans cesse tourner et appuyer sur les boutons, changer les vitesses, triturer les effets. La plupart des morceaux de cet album ont été faits comme cela, en improvisant quelque chose dont je ne connaissais pas le résultat à l’avance. Je le joue pendant un moment jusqu’à ce que je me...

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Interview – Sebadoh

Interview – Sebadoh

Avoir Lou Barlow au téléphone pour une discussion d’une demi-heure, pour le fan que je suis de l’ensemble de ses projets musicaux, ça avait de quoi mettre le trac. Surtout qu’à l’heure prévue, seul son répondeur décroche. Je me retrouve donc à laisser un message, opération toujours pénible, dans une langue qui n’est pas la mienne à un de mes artistes préférés ! Quand il me rappelle, échaudé par mon expérience avec Donita Sparks, je commence par une notice explicative « J’adore ce que vous faites, donc je serais peut-être un peu intimidé, et j’enregistre la conversation, mais je serais peut-être amené à reformuler vos réponses pour m’assurer de les traduire correctement. » Il acquiesce. Heureusement, après cette entrée en matière laborieuse, grâce à la simplicité et l’honnêteté du bonhomme, le reste de l’entretien se déroule de façon parfaitement fluide, presque détendue, pour aborder aussi bien le dernier disque de Sebadoh et les habitudes d’écriture de Lou Barlow que son fils, les Ramones ou Ariel Pink ! Pre-scriptum : ayant déjà lu la réponse de Lou Barlow sur leur changement récent de label dans d’autres interviews, j’ai préféré garder du temps pour d’autres questions. L’explication est donnée dans notre critique de Act Surprised. “C’est un vrai challenge d’être un groupe démocratique (rires). C’est un énorme challenge de tenir au fil du temps.” © Justin Pizzoferrato Vous venez de sortir le dernier album de Sebadoh… Enfin, jusqu’au prochain… (Rires). Je me demandais si c’était le 8e ou le 9e ? En fait, Weed Forestin compte-t-il ? Je pense qu’il compte comme un de nos albums. Quand il est sorti, c’était sous le nom de Sentridoh, mais quand notre maison de disque a sorti le vinyle, ça s’appelait Sebadoh. Donc, Act Suprised est le 9e album. J’en ai compté 10, hier, mais je ne sais pas. En fait je crois que ça fait 10 aux États-Unis, et sûrement 9 en Europe. Il y en a un aux États-Unis qui s’appelle Smash Your Head On The Punk Rock, qui a dû sortir comme EP ou quelque chose de ce genre en Europe. Vous avez dit que c’était votre album le plus collaboratif puisque vous aviez tous travaillé ensemble sur toutes les chansons. Pensez-vous que cela ait un impact sur le disque ? Oui, je pense. L’album est plus homogène, le groupe semble plus soudé d’une chanson à l’autre et c’est sûrement notre album le plus cohérent en termes de texture depuis longtemps, voire depuis toujours (rires). Est-ce que cela a changé votre manière de travailler avec Sebadoh ? Allez-vous garder cette manière de faire ? Je ne sais pas. Je ne sais pas ce que nous allons faire après. Nous devons partir en tournée. Après avoir...

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Interview – Olivier Drago (New Noise)

Interview – Olivier Drago (New Noise)

Les 14 et 15 juin prochains, le magazine new Noise (anciennement Velvet, Versus et Noise) fêtera ses 15 ans d’existence avec deux belles soirées au Trabendo (Paris). 15 ans, une éternité pour un titre qui a connu des débuts tumultueux, n’a presque jamais pu compter sur le moindre soutien, mais qui continue, vaille que vaille avec les moyens du bord, à faire la part belle aux musiques qui ne vendent pas (ou si peu). Rencontre avec Olivier Drago, rédacteur en chef passionné et homme à presque-tout faire de new Noise, dont la détermination ne faiblit pas.* “Je crois n’avoir jamais fantasmé ce métier. Voilà 15 ans qu’on me dit que les CD et la presse papier, c’est fini. Je n’ai connu que ça, donc ma vision n’a finalement pas vraiment changé.” © William Lacalmontie Quand as-tu commencé à écrire au sujet de la musique ?Vers 1999. Je venais d’obtenir un DEUST “métiers de la culture” et de refuser un poste de directeur du centre culturel de la commune où j’habitais – autant dire une salle des fêtes. Mes parents n’étaient pas enchantés : j’avais toujours été un élève plutôt médiocre, on me proposait un CDI assez bien payé à peine mes études terminées, et je le refusais. J’ai donc rapidement enchainé sur un autre DEUST, “technologies de l’information et de la communication” cette fois.  L’intitulé me paraissait assez flou et le programme suffisamment expérimental – la formation n’existait que depuis peu – pour que je puisse pas mal glander. C’était le début de la démocratisation d’Internet, que j’avais découvert un an auparavant. C’était la dèche niveau presse musicale mais sur Internet, j’étais tombé sur de nombreux webzines américains. Dans le cadre du DEUST, on nous a alors demandé de mettre en ligne une “page perso”, sur un thème librement choisi. J’ai donc commencé à écrire des chroniques de disques sur cette page. Un ami avec qui j’animais une émission de radio depuis plusieurs années et qui suivait la même formation que moi a commencé à me filer un coup de main, puis peu de temps après un autre pote graphiste nous a également aidés. On a fait de cette page un webzine du même nom que l’émission de radio : No Brain No Headache. On a commencé à être pas mal lu, de nouveaux contributeurs se sont greffés à l’histoire, et assez rapidement je me suis retrouvé à “devoir” m’en occuper tous les jours, en plus de mes études et d’un boulot de guichetier/comptable remplaçant à La Poste. Je recevais de plus en plus de promos, j’avais de plus en plus de contacts avec les labels et les groupes, en France et à l’étranger. Je voulais m’y consacrer pleinement,...

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Interview – Swervedriver

Interview – Swervedriver

Rapide court d’histoire : au début des années 90, Swervedriver sortait deux grands albums toutes guitares dehors, Raise et Mezcal Head, toujours indispensables aujourd’hui. Jamais reconnu à sa juste valeur, jamais bien stable en termes de line-up, le groupe opérait sur les deux albums suivants un virage pop, plutôt bien négocié mais à l’issue aussi malheureuse que prévisible : le split. Il y a onze ans, ils étaient les premiers à se reformer parmi tous ces groupes shoegaze qui vivent aujourd’hui une seconde jeunesse. Shoegaze, Swervedriver ? La question s’est toujours posée. Tant qu’à faire, autant demander directement au principal intéressé, Adam Franklin, chanteur-guitariste particulièrement loquace à l’autre bout du fil, notamment quand il s’agit d’évoquer ses deux albums post-reformation, dont le petit dernier, Future Ruins, tient encore très bien la route. “Nous étions associés à Creation, My Bloody Valentine et tous ces groupes shoegaze. Certains n’ont pas dû aimer Swervedriver après avoir lu que c’était un groupe shoegaze puisque ce n’est pas vraiment le cas… Mais ça a forcément dû aider à élargir notre base de fans.” © Steve Gullick Future Ruins me semble être une progression logique par rapport à I Wasn’t Born To Lose You. Deux disques plus calmes, plus pop, moins chargés de gros riffs que vos deux premiers albums (Raise et Mezcal Head) tout en étant assez différents des deux albums suivants (Ejector Seat Reservation et 99th Dream). Tu es d’accord avec ça ? Etait-ce votre volonté au moment d’entrer en studio ? Oui, il va de pair avec le précédent. Ils sont effectivement assez différents des disques antérieurs, ne serait-ce que parce que ce sont nos premiers disques depuis longtemps et la technologie, les techniques d’enregistrement ont beaucoup évoluées. Nos deux premiers disques avaient ce côté heavy mais aussi, déjà, des morceaux plus calmes. Et il y a aussi des morceaux rapides et énervés sur ce nouveau disque, la principale différence c’est sans doute qu’il y a plus d’espace qu’auparavant, les morceaux respirent plus. Oui c’est quelque chose dont tu parlais déjà au moment de 99th Dream, tu disais avoir appris à laisser plus de champ libre aux morceaux, à ne pas vouloir systématiquement tout « remplir » comme à vos débuts. Oui, notre son a toujours été assez frénétique. Mais le « vieux Swervedriver » était sans doute un groupe plus punk. On continue à jouer des morceaux très rapides mais parfois quand j’écoute nos premiers albums, je suis stupéfait par la vitesse de certains morceaux. C’est une évolution assez naturelle, on ne s’est pas spécialement concertés pour se dire « on devrait faire ceci ou cela ». On s’est juste mis au boulot pour voir ce qui sortait. Mais je suis d’accord, c’est plus pop. La voix...

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