Interview – Colleen Green (et chronique de I Want To Grow Up)

Interview – Colleen Green (et chronique de I Want To Grow Up)

Colleen Green – I Want To Grow Up Il y a cinq ans, je passais sans le savoir à côté d’un album qui allait devenir un de mes préférés de la décennie. Mais comme on aime les anniversaires chez Exitmusik, je me permets de me rattraper pour essayer de vous expliquer pourquoi je pense qu’I Want To Grow Up est un grand disque. Beaucoup de gens considèrent que le rock est un style musical en déclin car il tourne sur lui-même, ne parvient plus à innover et donc n’est plus en mesure de proposer quelque chose de pertinent dans l’ère du temps. Si vous êtes un partisan de cette théorie, ce n’est certainement pas une première écoute de cet album qui vous fera changer d’avis. La musique de Colleen Green est référencée et elle-même ne s’en cache pas. On peut facilement savoir d’où elle vient, et on devine tout aussi aisément où elle veut en venir. Ce n’est pas très novateur, certes, puisqu’on retrouve là toute la culture musicale des années 80-90 que l’artiste a pu ingérer, mais c’est super bien fait. Non contente d’avoir digérée ses influences, elle sait les mélanger et les ressortir de façon pertinente et originale. Ce n’est pas une chanson énervée qui reprend le riff de « Drain You » de Nirvana, mais la mignonette « Wild One », il y a bien un pont shoegaze pour accompagner les ambiances plus oniriques du disque, mais il se trouve au milieu du morceau le plus punk « Grind My Teeth ». Surtout, l’utilisation de ces références est toujours au service des chansons, car au final, ce sont elles qui font l’album. Pourrait-on imaginer le morceau titre qui ouvre l’album autrement qu’avec ces guitares et cette batterie lourde qui appuient le propos des paroles (« j’en ai assez d’être immature/je veux être responsable/J’en ai assez de ne pas avoir confiance en moi/je veux être plus à l’aise ») et cette touche slacker qui lui apporte la dose parfaite de nonchalance pour faire parfaitement mouche ? Donc, déjà, Colleen Green prouve musicalement qu’elle a le talent de s’approprier ses références et d’en faire quelque chose d’unique et personnel. Mais j’appréhende I Want To Grow Up comme une œuvre plus globale où la thématique de grandir et de chercher à échapper à ses mauvaises habitudes est servie par de superbes chansons qui sont déjà excellentes si on les prend à part, mais qui se révèlent lorsqu’on les écoute à la suite, à l’image du diptyque « Things That Are Bad For Me ». Pour tout dire, même « Deeper Than Love » qui me hérisse un peu les poils par son côté Eurythmics, finit par me sembler sensuelle et tout à...

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Interview – Butch McKoy

Interview – Butch McKoy

Il a toujours détonné dans le paysage du rock français, déjà au sein de feu I Love UFO, Butch McKoy incarnait ce chanteur hirsute, capable de vociférer en anglais sans problème sur des sons de guitares toujours plus noisy et saturés, dans la plus pure tradition sonicyouthienne. Puis, on découvrit un autre pan de son talent, dans une version d’un folk habité, teinté de romantisme noir, tout seul à la guitare face à ses anges et démons. Il revient aujourd’hui avec un nouvel album, The Sick Rose (sur toutes les bonnes plateformes depuis le 12 juin, sorti par Les Editions Miliani et Bruit Blanc). Rencontre avec un artiste différent qui a su créer sa propre voie/voix et continue à travers tous ses projets de composer de petites merveilles. Quelles sont les origines de Butch McKoy ? J’ai dû commencer dans ma piaule quand j’habitais chez mes grands-parents, en 1995-1996, quelque chose comme ça. Le nom, je ne sais pas exactement, on avait un délire avec des amis, on était tombé sur une BD qui ressemblait aux Freak Brothers, ça s’appelait les McKoy Brothers et ça se passait à l’époque du western si ma mémoire est bonne. Et ils étaient trois, ils faisaient des conneries et je n’ai jamais réussi à remettre la main dessus, c’était peut-être une hallucination ! Du coup, on était 3 potes, on faisait des conneries aussi, c’était un peu les frères McKoy, mais il n’y avait que moi qui faisait de la musique dedans. Et l’association avec Butch, je crois que c’est un pote qui a trouvé ça à une soirée, ça me faisait marrer, donc je l’ai gardé. Donc rien à voir avec Pulp Fiction… Et bien, c’est peut-être ce pote qui avait vu le film et qui avait chopé la référence dedans. Ce qui est drôle, c’est qu’il n’y a pas longtemps, j’ai pu rencontrer Maria de Medeiros qui joue la femme du personnage de Bruce Willis. On nous a présenté et elle m’a dit : “Bonjour, je dis Butch ou Boutch ?” Je me croyais dans Pulp Fiction. D’ailleurs, comment prononce-t-on finalement, “Butch” ou “Boutch” ? Les deux, j’ai eu la confirmation de Josh T. Pearson qui m’a dit que les deux marchaient. Revenons à ces débuts chez tes grands-parents, avais-tu déjà cette envie de faire quelque chose en solo, plutôt folk rock ? J’avais du mal à trouver des gens sur la même longueur d’ondes. Après plusieurs tentatives infructueuses, j’ai voulu explorer ma propre voie. Et au même moment, j’ai découvert des artistes comme Beck, Bonnie Prince Billy, et je me suis dit : “Je vais faire ça, c’est cool en fait, juste tout seul avec ma guitare.” Donc, cela fait...

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Interview vidéo : Conversation avec The Young Gods

Interview vidéo : Conversation avec The Young Gods

En partenariat avec new Noise, nous sommes heureux de vous présenter un nouveau format intitulé “Conversations” dans lequel nous vous proposerons des interviews vidéos de groupes qui nous tiennent à cœur mêlées à des images live. Et nous ne sommes pas peu fiers d’inaugurer ce format avec les légendaires Young Gods, auteurs l’an passé du très grand album Data Mirage Tangram que l’auteur de ces lignes (et de l’interview) a même désigné comme son album de l’année 2019. Un grand merci au passage à Mariexxme pour ses images sublimes du concert du groupe à La maroquinerie il y a un peu plus d’un an, à Jean-Philippe Béraud pour avoir rendu possible cet entretien et à Laurence Kent pour nous avoir encouragés à mettre en place ce...

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Interview – Theo Hakola

Interview – Theo Hakola

© Jérôme Sevrette On le connaît comme leader dégingandé et charismatique d’Orchestre Rouge et Passion Fodder, comme producteur/réalisateur artistique des débuts d’un groupe bordelais en devenir avec l’album Où veux-tu qu’je r’garde ? (on vous laisse deviner tout seuls), mais aussi comme romancier et homme de théâtre. Theo Hakola, le plus français des chanteurs américains (ou inversement), vient de sortir en ces temps troublés un tout nouvel opus, Water Is Wet, qui s’ajoute à la longue liste de belles réussites sur disque qu’il accumule depuis ses débuts en solo, en 1993, avec Hunger of a Thin Man (et sa jolie référence à Bob Dylan). Rencontre avec celui que nos confrères surnomment le Baudelaire du rock, autour de son art musical, de ses envies cinématographiques et des mystères qui se cachent dans le nouvel album. On te présente souvent comme le chantre d’un rock poétique sombre, ce qui me semble un peu réducteur. Par exemple, ton dernier album Water Is Wet est très enjoué, même si les paroles peuvent paraître sombres et plombantes d’un premier abord, l’ensemble est vraiment entraînant. L’impression que tu en as est peut-être due aussi au fait qu’il y a de l’humour, il y en a toujours eu. Les gens ratent parfois un peu les nuances. On ne voit pas l’ironie derrière. Je pense qu’il y en a pas mal dans ce que je fais. Un morceau comme “Who the Hell?”, c’est presque un blues quelque part, dans la pure tradition thématique “Mon bébé m’a quitté”, mais je me moque de ma tristesse dans cette chanson, ainsi que de la tristesse de tous ceux qui chantent très sérieusement “Mon bébé m’a quitté”. Il y a une citation de Beckett, dans une de ses pièces que j’adore, c’est : “Rien n’est plus drôle que le malheur… c’est la chose la plus comique au monde”. Je le pense aussi, donc, dans cette chanson, je me moque de ma propre misère. “L’époque Georges Bush Jr nous apparaît presque comme une sorte d’Eden, la “Belle Époque” ! (Rires) À côté de Trump, c’était quelqu’un de plus ou moins décent, il avait faux sur toute la ligne, politiquement parlant, mais ce n’était pas un monstre. Il voulait faire du mieux qu’il pouvait pour le pays. (…) Ce n’est aucunement le cas de Trump, il ne marche que pour lui. Les braves crétins qui croient encore en Trump, il se fout complètement d’eux.” Cela m’étonne que cet humour ou cette ironie ne soient pas souvent mentionnés. Alors qu’ils sont bien présents dans ton œuvre, comme une distanciation nécessaire à la noirceur inhérente. Je suis content quand on relève l’humour dans mes œuvres. Ce n’est pas souvent le cas, mais si c’est la...

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Interview confinement – Nicolas Cuinier (Petit Bain)

Interview confinement – Nicolas Cuinier (Petit Bain)

À circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles. Pendant le confinement, nous avons souhaité interroger des artistes et des professionnels de la musique sur la manière dont ils vivent cette situation et sur l’impact qu’elle a sur eux, afin de mieux comprendre comment chacun est touché et gère la crise. Après Nick Oliveri (QOTSA, Kyuss, Mondo Generator…), Charly Lurat (booker chez Kongfuzi/My Favorite) et Nicolas du disquaire Musicfearsatan, nous avons interrogé Nicolas Cuinier, programmateur de Petit Bain, l’une de nos salles de concerts parisiennes préférées. Comment vis-tu le confinement au quotidien ?Malgré ce contexte assez étrange et même surréaliste, je le vis pas si mal. Je m’habitue à ce rythme différent, au télétravail que je connaissais déjà un peu, à me faire à manger à chaque repas, à avoir mes soirées libres pour m’occuper en lisant, regardant des films ou séries ou en écoutant de la musique, je me réinvente un autre rythme que celui boulot/concerts ou sorties/dodo qui peut être assez fatigant parfois. C’est presque comme des vacances forcées dans un lieu qu’on n’a pas choisi et dans une zone limitée…  Tu continues des activités liées à la musique ?Oui, bien sûr, j’essaye de rattraper mon retard en termes d’écoutes, on est moins sollicités en ce moment du coup j’écoute beaucoup de choses assez différentes. Je maintiens une certaine veille pour Petit Bain, notamment les premières semaines, on a eu énormément de reports à gérer, des événements prévus au printemps à décaler sur l’automne 2020 ou sur 2021. Et puis dès que je trouve un moment où j’en ai l’envie et la motivation, je me fais des petites répétitions à la maison, en mode guitare-voix, et j’essaye même un peu d’enregistrer des maquettes (NdR : Nicolas est guitariste et chanteur du groupe In My Head. Leur dernier EP s’écoute ici).   Quel impact a eu le confinement sur l’activité de la salle ?La salle a dû tout simplement fermer ses portes dès que les lieux de plus de 100 personnes ont dû fermer, comme beaucoup de salles d’ailleurs, et on a pris la décision “préventive” de fermer également la partie resto-bar, la “Cantine de Petit Bain” avant même la fermeture des bars et des restos, ça nous semblait plus cohérent et plus prudent. Et on a dû annuler ou plutôt reporter à ce jour environ 130 événements entre les concerts en salle, les clubbings et les événements (DJ-sets, concerts “légers” ou autre) qui devaient avoir lieu à la Cantine, ainsi que les événements jeune ou tous publics et ceux qui devaient avoir lieu hors les murs. Économiquement, c’est très compliqué. Comme beaucoup de structures, on n’a pas énormément de trésorerie et quand même des frais assez nombreux, même en chômage partiel, on...

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Interview confinement – Nicolas (Musicfearsatan)

Interview confinement – Nicolas (Musicfearsatan)

À circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles. Pendant le confinement, nous avons souhaité interroger des artistes et des professionnels de la musique sur la manière dont ils vivent cette situation et sur l’impact qu’elle a sur eux, afin de mieux comprendre comment chacun est touché et gère la crise. Après Nick Oliveri (Mondo Generator, QOTSA, Kyuss…) et Charly Lurat (booker chez Kongfuzi/My Favorite), nous avons posé quelques questions à Nicolas du disquaire (et label) parisien Musicfearsatan. Peux-tu te présenter en quelques mots ?Je suis Nicolas, je m’occupe de musicfearsatan depuis 2007, au départ c’était juste un site de VPC et un label puis c’est devenu aussi un magasin de disques à paris en 2010 orienté rock et metal spé et branché. Comment vis-tu le confinement au quotidien ? Tu continues des activités liées à la musique ?Je respecte bien le confinement donc je reste chez moi mais je vais quand même à la boutique une fois par semaine pour m’occuper des envois de commandes en ligne qui restent soutenues malgré le confinement, ce qui est assez salutaire pour mon activité Quel impact a eu le confinement sur l’activité du disquaire ?Le principal impact est la fermeture mais aussi l’arrêt ou le report des sorties de disques (donc pas de nouveauté à mettre en ligne sur le site) et l’impossibilité pratique de faire des commandes pour restocker des références-clé de la boutique donc même l’activité vente en ligne est impactée. Pour nous donner une idée, tu estimes que ton chiffre d’affaires a baissé de combien ? Cela doit représenter -60% dans mon cas (je limite la casse grâce à la VPC) mais chez d’autres disquaires qui n’ont pas de VPC ou qui en font peu cela doit être encore plus important… Existe-t-il selon toi un moyen pertinent de continuer ton activité professionnelle malgré le confinement ou es-tu au chômage technique forcé ?J’essaie d’envoyer le maximum de commandes pour remercier mes clients du soutien et je dois continuer aussi à faire la comptabilité (déclaration de TVA, bilan 2019) donc on va dire que je suis à moitié au chômage technique.Comment envisages-tu l’après ?C’est mitigé car je vais être soulagé de rouvrir la boutique mais ma clientèle principale n’habite pas à paris donc je suis dépendant de l’actualité concerts à Paris et des voyages touristiques or ce type de déplacements est appelé à ne pas vraiment exister d’ici la fin de l’année donc j’ai peur quand même que l’activité magasin mettre beaucoup de temps à revenir à la normale. Quel serait le meilleur moyen de vous soutenir pendant et après le confinement ?Pendant le confinement, les commandes en ligne sont un bon moyen de soutenir les disquaires car ça permet d’entretenir la trésorerie pour...

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Interview – Untitled With Drums

Interview – Untitled With Drums

C’est avec Hollow, premier album très abouti, que les clermontois de Untitled With Drums nous ont tapé dans l’oreille. Un disque à propos duquel les références aussi évidentes qu’encombrantes (Slint, Cave In, Failure…) affluent et qui a bénéficié du savoir-faire de Serge Morattel, producteur suisse émérite qui a contribué à bâtir les murs du son de Ventura, Knut et autres Year Of No Light. Sorti début mars, le timing s’est révélé assez opportun compte tenu des textes sombres qui l’accompagnent et collent tristement au contexte actuel, beaucoup moins pour ce qui est de promouvoir ce disque et le défendre sur scène… Autant de sujets que nous avons pu creuser en détail avec Martin L.B, homme à tout (bien) faire du groupe, à la fois chanteur, bassiste, compositeur principal et illustrateur. “J’aimais bien [Le nom du groupe] qui reflétait un peu le côté démo enregistrée à l’arrache dans une chambre sur laquelle on aurait expérimentée. (…) Prendre des démos inexploitées, des riffs au fond d’un disque dur et essayer de leur donner une ampleur qu’on n’aurait pas spécialement envisagée plus tôt.” © Charly Lurat Le nom du groupe Untitled With Drums est une référence volontaire à Shipping News, j’imagine (NdR : c’est le nom d’un des morceaux de leur remarquable premier album, Flies The Fields) ? Oui, c’est un groupe dont on est très, très fans et un des rares qui fait l’unanimité en termes d’influence. Ça ne se ressent pas forcément dans ce qu’on fait mais en tout cas dans la musique qu’on écoute. Au-delà de ça, il y avait aussi l’idée de souligner l’importance de la batterie dans votre groupe ? En fait, historiquement ça avait démarré suite à un de mes projets solos qu’on avait agrémenté de personnes différentes avant que ça devienne Untitled With Drums tel qu’il est aujourd’hui. Du coup, j’aimais bien ce nom qui reflétait un peu le côté démo enregistrée à l’arrache dans une chambre sur laquelle on aurait expérimentée. Ça représentait donc bien les débuts du groupe, c’était vraiment le fait de prendre des démos inexploitées, des riffs au fond d’un disque dur et essayer de leur donner une ampleur qu’on n’aurait pas spécialement envisagée initialement. Ce nom-là représentait bien l’idée de ce concept, à mes yeux. On évoque Slint, Failure, Cave In dans vos influences, moi j’ai aussi envie d’ajouter Deftones (il confirme). Ce sont des groupes qui vous ont bercé ? Dans le groupe, on vient d’horizons assez différents. Rémi, mon batteur, vient plutôt du post-metal, post hardcore comme Cult of Luna, Isis, Neurosis… Des groupes que j’aime beaucoup aussi donc on s’est pas mal entendus dans le délire heavy, metal… Notre claviériste, lui, vient carrément de la pop, folk…...

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Interview confinement – Charly Lurat (Kongfuzi/My Favorite)

Interview confinement – Charly Lurat (Kongfuzi/My Favorite)

À circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles. Pendant le confinement, nous avons souhaité interroger des artistes et des professionnels de la musique sur la manière dont ils vivent cette situation et sur l’impact qu’elle a sur eux, afin de mieux comprendre comment chacun est touché et gère la crise. Après Nick Oliveri (Mondo Generator, QOTSA, Kyuss…), la parole est à Charly Lurat, booker chez Kongfuzi et My Favorite, deux agences majeures en France qui comptent dans leurs rangs plus de 200 artistes parmi lesquels (en vrac) Chelsea Wolfe, Frustration, Godspeed You!Black Emperor, Swans, Damien Jurado, Daughters, Jessica93, Mudhoney, Neurosis, Tortoise et qui ont dû faire face à de très nombreuses annulations de tournée. Comment vis-tu le confinement au quotidien ? Peux-tu continuer à travailler ?Il me manque peut-être un petit extérieur mais franchement je ne suis pas à plaindre. Et oui je continue mes activités professionnelles, mais je travaille habituellement depuis la maison donc pas de changement majeur de ce coté-là. Quel impact a eu le confinement sur l’activité de Kongfuzi/My Favorite ?Alors pour te donner quelques chiffres sur la période de mi-mars à fin mai, il y a un impact sur environ 160 de nos concerts. Et pour la seconde vague qui est en train d’arriver et qui va toucher l’été (puisque le premier décret concernait les dates jusqu’à mi avril seulement), il faudra rajouter encore 120 à 130 dates. Je crois qu’on fait en moyenne 600 concerts dans l’année, donc en gros on parle ici de 50% de notre activité. On va essayer de reporter au mieux pour limiter la casse mais on sait déjà que certaines tournées resteront en l’état annulées et qu’on part sur de nombreux mois sans revenus. Y a-t-il selon toi un moyen pertinent de continuer ton activité professionnelle malgré le confinement ou es-tu au chômage technique forcé ?Non je ne suis pas au chômage, je continue à travailler. C’est juste le boulot en lui même peut-être qui est différent, car au lieu de monter des tournées, on s’occupe principalement du suivi des annulations avec les salles, les groupes, bref c’est beaucoup de mails pour annoncer de mauvaises nouvelles à tout le monde. Comment envisages-tu l’après ?Pff, franchement j’en sais rien. Certains jours je suis plein d’espoir, et le lendemain j’ai envie de tout arrêter pour ouvrir une pizzeria à la campagne, dans les montagnes. Sinon, j’espère que cette crise permettra à certaines personnes de l’industrie de se détendre un peu. Des fois c’est compliqué, tu as l’impression de parler à des robots obnubilés par les billets. Cette crise touche absolument tout le monde et ce, de façon significative. Peut-être qu’ils vont redescendre un peu et remettre un peu d’humain dans le bordel. Dans une...

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Interview confinement – Nick Oliveri (Mondo Generator, QOTSA, Kyuss)

Interview confinement – Nick Oliveri (Mondo Generator, QOTSA, Kyuss)

À circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles. Pendant le confinement, nous avons souhaité interroger des artistes et des professionnels de la musique sur la manière dont ils vivent cette situation et sur l’impact qu’elle a sur eux, afin de mieux comprendre comment chacun est touché et gère la crise. On commence avec Nick Oliveri. Ancien membre des Queens Of The Stone Age et Kyuss, il a aussi joué ou collaboré avec les Dwarves, Svetlanas, Moistboyz, Turbonegro, Winnebago Deal ou encore Slash. Il dirige son groupe Mondo Generator depuis plus de 20 ans aujourd’hui (dont l’excellent Fuck It est sorti fin février) et fait aussi régulièrement des tournées solos sous le nom Death Acoustic. (ENGLISH VERSION BELOW) Comment vivez-vous le confinement au quotidien ? Continuez-vous des activités liées à la musique ? J’ai un studio à Los Angeles et je vais en voiture de Joshua Tree à L.A. tout le temps. Même pendant le confinement ! On ne m’arrêtera pas ! Hahaha. C’est cool, sans les embouteillages. Je croise des militaires, la police, des camions de pompiers, des ambulances et des poids lourds, mais la plupart des gens sont terrorisés par les médias et restent isolés. Quel impact a eu le confinement sur votre activité ? Déjà, ça a salement touché les finances de la tournée en annulant les deux derniers concerts et on a dû acheter des vols retours à partir du Royaume-Uni, alors qu’on avait des hôtels et de quoi vivre pour quelques jours de plus. Et ça m’a encore frappé parce qu’une partie des tournées de Mondo Generator et des Dwarves ont été annulées. C’est mon boulot, et c’est avec ça que je paie mes factures. Là, je suis au chômage jusqu’à septembre et ça fait beaucoup de jours et de mois sans AUCUNE rentrée d’argent, et il n’y a pas d’aide gouvernementale pour les musiciens car nous sommes auto-entrepreneurs et beaucoup d’entre nous n’ont pas un statut d’entreprise. Donc aucune aide, on est juste fauchés. Mais on survit… j’imagine. Je veux juste dire que les maladies arrivent partout dans le monde et tout le temps. Parfois, c’est une grippe qui tue CERTAINES personnes, parfois la guerre, parfois le cancer, la drogues… cette fois, c’est le COVID-19. Quand ton heure est venue, ton heure est venue (ça vaut pour moi aussi). Il y a beaucoup de gens dans le monde, et c’est une manière de réguler la population. C’est ce que font les gouvernements depuis toujours. C’est (probablement) une maladie créée en laboratoire pour “réduire” un peu le nombre. Parce que c’est ce que nous sommes pour eux, un taux, un nombre. Pour ma part, je n’ai jamais vécu enchainé par la peur de dieu, de la maladie ou...

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Interview – La Rumeur

Interview – La Rumeur

La Rumeur, groupe qui milite depuis le début (aux antipodes de ces groupes de merde qui ont déçu… on vous laisse finir*), s’est fait assez discret musicalement ces dernières années, pour mieux se diversifier et se consacrer à de nouvelles activités qui lui tiennent à cœur, en premier lieu desquelles le cinéma. Mais le groupe n’a rien perdu de sa hargne et porte toujours un regard attentif et éclairé sur notre société. Peu de temps avant d’enflammer un New Morning blindé et acquis à sa cause, nous avons discuté avec Philippe – aka Le Bavar – qui a toujours des choses à dire et les déclame posément avec la sagesse d’un ancien. Et avec un sens du teasing certain, il s’est laissé aller à quelques confidences… “Le rap, ça reste des textes à écrire. Même les mecs qui font les gangsters dans leurs textes, t’inquiète pas qu’ils se sont pris la tête derrière une feuille et un stylo, à écrire. Ça, c’est pas une image de gangster ! (Rires)” Tout Brûle Déjà est sorti il y a huit ans. Depuis, les membres de La Rumeur ont sorti trois films (Les derniers parisiens, L’enkas et K contraire), un livre (Il y a toujours un lendemain, coécrit par Ekoué et Hamé), ça signifie que la musique est passée un peu au second plan pour vous ?Non, car depuis on a sorti Les inédits 2 en 2013, Les inédits 3 en 2015, ce qui nous a permis de ne pas mettre la musique totalement de côté. Effectivement, les activités qu’on a à côté sont chronophages et sortir ces disques ça nous permettait aussi de nous tester musicalement hors album. C’est notre façon de faire nos mixtapes. C’est moins conceptualisé et promotionné mais on s’est retrouvé à faire des morceaux assez instinctivement qu’on kiffe et qui se retrouvent même sur scène. Au-delà de ça, même s’il y a eu peu de nouveautés dans notre discographie, nos concerts sont toujours pleins. La musique reste le cœur de notre activité, le noyau dur de La Rumeur, c’est le son. Le rap, le hip hop, c’est comme ça qu’on est rentrés dans le milieu et c’est autour de ça qu’on continuera à évoluer. J’imagine que vous avez continué à écrire en parallèle. Vous n’avez pas brutalement arrêté.Ouais, on écrit quand on peut, quand on a le temps. On a des vies de famille, c’est compliqué aussi. On n’est plus des teenagers comme quand on a commencé le rap et qu’on n’avait que ça à faire (rires). Oui, on écrit, un peu moins intensément et Ekoué et Hamé ont diversifié le champ de l’écriture à travers les scénarios de films ou les livres. Quand vous avez lancé...

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