Interview – Shannon Wright

Interview – Shannon Wright

Nous avons besoin d’artistes comme Shannon Wright. Pour garder foi en l’indie rock, le vrai, pas celui qu’on cherche à nous vendre à tout bout de champ, de manière souvent galvaudée. Une artiste qui ne vit pas de sa musique mais qui ne vit que pour elle, qui se livre sans fard ni calcul, qui surprend de disque en disque. Alors qu’on ne savait trop où la caser entre folk intimiste et rock enragé, elle a créé une nouvelle case pour son précédent disque qui mettait à l’honneur le piano et les bidouillages électroniques. Cette fois-ci, avec Providence, album se reposant uniquement sur son piano et sa voix (quelle voix !), on se demande bien si elle ne serait pas devenue musicienne classique. Mais l’essentiel est ailleurs, l’essentiel c’est que Shannon persiste à creuser un sillon qui lui est propre et que l’inspiration ne faiblisse pas. Pas d’inquiétude, nous avons pu vérifier à la faveur d’un long entretien téléphonique que l’envie est toujours intacte et la passion ardente. “Ce qui compte le plus, ce sont les chansons. Elles priment sur tout, quel que soit le genre ou les instruments auxquels tu joues. Les gens qui se focalisent sur le fait que je joue ou non de la guitare, ce ne sont pas des vrais fans, ils ne comprennent pas ce que je fais.” © Jason Maris Avant d’écrire Division, ton album précédent, tu as eu des moments très difficiles, où tu étais désespérée et pensais arrêter. Dans quel état d’esprit te trouvais-tu avant d’enregistrer ce nouveau disque ? Honnêtement, je suis toujours comme ça. (Rires) Ce n’est pas facile, j’adore ce que je fais mais je ne gagne pas d’argent. C’est purement pour l’amour de la musique. Je me suis dit plusieurs fois que j’allais arrêter. Mais j’ai ça en moi, c’est très difficile à expliquer, c’est comme si une seconde peau poussait. Quand je pense à arrêter, je peux mentalement le décider mais la musique est toujours présente… Durant cette période en particulier, on m’avait demandé de jouer avant un groupe, c’était vraiment leur concert, pas le mien, parce que le promoteur voulait que j’y sois. C’était un groupe de hippies, très sympas mais pas vraiment du même genre que moi. J’étais contente du concert mais à la fin en backstage, j’étais très triste et je me suis dit « ok, c’est fini, je ne peux plus continuer. C’est trop difficile. » Puis, Katia Labèque m’a rejoint en backstage et elle était très enthousiaste, je lui ai dit que j’appréciais ses compliments mais que j’allais arrêter car je ne gagnais pas d’argent, que je le faisais depuis si longtemps et que c’était trop difficile. Elle s’est montrée très...

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Interview – Troy Von Balthazar

Interview – Troy Von Balthazar

© Flavie Durou Rencontrer Troy Von Balthazar (aka TvB sous son nom de scène), c’est un peu comme plonger dans l’intimité désarmante d’un artiste discret et brillant, jamais avare de réponses profondes et d’une intimidante franchise. Le roi de la douce mélancolie revient cette année avec un cinquième album en solo It Ends Like Crazy. Rencontre avec l’intéressé lors de son dernier passage en live à Paris, en avril dernier à La Maroquinerie. Parlons un peu du nouvel album It Ends Like Crazy (Vicious Circle). Quel est le désir, l’envie derrière cette nouvelle livraison ? Je vivais à Berlin et j’arrivais à saturation d’être entouré d’autant de gens. J’ai donc déménagé à la campagne dans le Limousin, la Creuse… Je vis ici maintenant, au milieu de nulle part, entouré d’arbres et d’oiseaux, avec rien autour, pas d’habitations. J’y ai passé du temps à m’imprégner de l’endroit et à concevoir ce nouvel album. Je peux jouer de la batterie la nuit, sans problème de nuisance sonore, parce qu’il n’y a vraiment personne ! En hiver, c’était un peu dur, en totale isolation, cerné par la neige… L’album est venu de ces moments, marchant seul pour réfléchir sur moi. Dans ces moments-là, on découvre beaucoup de choses profondément enfouies, par exemple si on est peureux ou si on fait preuve de courage, si on est une bonne ou mauvaise personne… Au début, je n’étais pas sûr d’aller vraiment bien, mais maintenant, après quelque temps là-bas, j’ai pris le temps de faire le point et de réfléchir sur moi. Après autant d’isolement, tous vos souvenirs d’enfance vous reviennent, vous avez le temps pour cela. Ce fut bon pour moi. Il semble y avoir moins de phrasés de guitares dans cet album, mais plus une volonté de se servir des machines, es-tu d’accord ? Je ne sais pas vraiment. Je n’écoute pas l’album une fois fini et enregistré, mais je me souviens avoir passé beaucoup de temps à jouer uniquement avec des claviers et des pédales d’effets. J’aime le rapport direct à l’objet. L’autre jour, je dormais et en me réveillant, la première chose qui apparaît dans mon champ de vision était une de ces pédales d’effet. L’objet en lui-même, sa couleur, son apparence, cela m’attirait malgré moi, j’avais envie d’y jouer dessus tout de suite (rires). Il y a quelque chose de l’ordre du rapport physique à l’objet. Exactement, le plaisir de sans cesse tourner et appuyer sur les boutons, changer les vitesses, triturer les effets. La plupart des morceaux de cet album ont été faits comme cela, en improvisant quelque chose dont je ne connaissais pas le résultat à l’avance. Je le joue pendant un moment jusqu’à ce que je me...

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Interview – Sebadoh

Interview – Sebadoh

Avoir Lou Barlow au téléphone pour une discussion d’une demi-heure, pour le fan que je suis de l’ensemble de ses projets musicaux, ça avait de quoi mettre le trac. Surtout qu’à l’heure prévue, seul son répondeur décroche. Je me retrouve donc à laisser un message, opération toujours pénible, dans une langue qui n’est pas la mienne à un de mes artistes préférés ! Quand il me rappelle, échaudé par mon expérience avec Donita Sparks, je commence par une notice explicative « J’adore ce que vous faites, donc je serais peut-être un peu intimidé, et j’enregistre la conversation, mais je serais peut-être amené à reformuler vos réponses pour m’assurer de les traduire correctement. » Il acquiesce. Heureusement, après cette entrée en matière laborieuse, grâce à la simplicité et l’honnêteté du bonhomme, le reste de l’entretien se déroule de façon parfaitement fluide, presque détendue, pour aborder aussi bien le dernier disque de Sebadoh et les habitudes d’écriture de Lou Barlow que son fils, les Ramones ou Ariel Pink ! Pre-scriptum : ayant déjà lu la réponse de Lou Barlow sur leur changement récent de label dans d’autres interviews, j’ai préféré garder du temps pour d’autres questions. L’explication est donnée dans notre critique de Act Surprised. “C’est un vrai challenge d’être un groupe démocratique (rires). C’est un énorme challenge de tenir au fil du temps.” © Justin Pizzoferrato Vous venez de sortir le dernier album de Sebadoh… Enfin, jusqu’au prochain… (Rires). Je me demandais si c’était le 8e ou le 9e ? En fait, Weed Forestin compte-t-il ? Je pense qu’il compte comme un de nos albums. Quand il est sorti, c’était sous le nom de Sentridoh, mais quand notre maison de disque a sorti le vinyle, ça s’appelait Sebadoh. Donc, Act Suprised est le 9e album. J’en ai compté 10, hier, mais je ne sais pas. En fait je crois que ça fait 10 aux États-Unis, et sûrement 9 en Europe. Il y en a un aux États-Unis qui s’appelle Smash Your Head On The Punk Rock, qui a dû sortir comme EP ou quelque chose de ce genre en Europe. Vous avez dit que c’était votre album le plus collaboratif puisque vous aviez tous travaillé ensemble sur toutes les chansons. Pensez-vous que cela ait un impact sur le disque ? Oui, je pense. L’album est plus homogène, le groupe semble plus soudé d’une chanson à l’autre et c’est sûrement notre album le plus cohérent en termes de texture depuis longtemps, voire depuis toujours (rires). Est-ce que cela a changé votre manière de travailler avec Sebadoh ? Allez-vous garder cette manière de faire ? Je ne sais pas. Je ne sais pas ce que nous allons faire après. Nous devons partir en tournée. Après avoir...

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Interview – Olivier Drago (New Noise)

Interview – Olivier Drago (New Noise)

Les 14 et 15 juin prochains, le magazine new Noise (anciennement Velvet, Versus et Noise) fêtera ses 15 ans d’existence avec deux belles soirées au Trabendo (Paris). 15 ans, une éternité pour un titre qui a connu des débuts tumultueux, n’a presque jamais pu compter sur le moindre soutien, mais qui continue, vaille que vaille avec les moyens du bord, à faire la part belle aux musiques qui ne vendent pas (ou si peu). Rencontre avec Olivier Drago, rédacteur en chef passionné et homme à presque-tout faire de new Noise, dont la détermination ne faiblit pas.* “Je crois n’avoir jamais fantasmé ce métier. Voilà 15 ans qu’on me dit que les CD et la presse papier, c’est fini. Je n’ai connu que ça, donc ma vision n’a finalement pas vraiment changé.” © William Lacalmontie Quand as-tu commencé à écrire au sujet de la musique ?Vers 1999. Je venais d’obtenir un DEUST “métiers de la culture” et de refuser un poste de directeur du centre culturel de la commune où j’habitais – autant dire une salle des fêtes. Mes parents n’étaient pas enchantés : j’avais toujours été un élève plutôt médiocre, on me proposait un CDI assez bien payé à peine mes études terminées, et je le refusais. J’ai donc rapidement enchainé sur un autre DEUST, “technologies de l’information et de la communication” cette fois.  L’intitulé me paraissait assez flou et le programme suffisamment expérimental – la formation n’existait que depuis peu – pour que je puisse pas mal glander. C’était le début de la démocratisation d’Internet, que j’avais découvert un an auparavant. C’était la dèche niveau presse musicale mais sur Internet, j’étais tombé sur de nombreux webzines américains. Dans le cadre du DEUST, on nous a alors demandé de mettre en ligne une “page perso”, sur un thème librement choisi. J’ai donc commencé à écrire des chroniques de disques sur cette page. Un ami avec qui j’animais une émission de radio depuis plusieurs années et qui suivait la même formation que moi a commencé à me filer un coup de main, puis peu de temps après un autre pote graphiste nous a également aidés. On a fait de cette page un webzine du même nom que l’émission de radio : No Brain No Headache. On a commencé à être pas mal lu, de nouveaux contributeurs se sont greffés à l’histoire, et assez rapidement je me suis retrouvé à “devoir” m’en occuper tous les jours, en plus de mes études et d’un boulot de guichetier/comptable remplaçant à La Poste. Je recevais de plus en plus de promos, j’avais de plus en plus de contacts avec les labels et les groupes, en France et à l’étranger. Je voulais m’y consacrer pleinement,...

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Interview – Swervedriver

Interview – Swervedriver

Rapide court d’histoire : au début des années 90, Swervedriver sortait deux grands albums toutes guitares dehors, Raise et Mezcal Head, toujours indispensables aujourd’hui. Jamais reconnu à sa juste valeur, jamais bien stable en termes de line-up, le groupe opérait sur les deux albums suivants un virage pop, plutôt bien négocié mais à l’issue aussi malheureuse que prévisible : le split. Il y a onze ans, ils étaient les premiers à se reformer parmi tous ces groupes shoegaze qui vivent aujourd’hui une seconde jeunesse. Shoegaze, Swervedriver ? La question s’est toujours posée. Tant qu’à faire, autant demander directement au principal intéressé, Adam Franklin, chanteur-guitariste particulièrement loquace à l’autre bout du fil, notamment quand il s’agit d’évoquer ses deux albums post-reformation, dont le petit dernier, Future Ruins, tient encore très bien la route. “Nous étions associés à Creation, My Bloody Valentine et tous ces groupes shoegaze. Certains n’ont pas dû aimer Swervedriver après avoir lu que c’était un groupe shoegaze puisque ce n’est pas vraiment le cas… Mais ça a forcément dû aider à élargir notre base de fans.” © Steve Gullick Future Ruins me semble être une progression logique par rapport à I Wasn’t Born To Lose You. Deux disques plus calmes, plus pop, moins chargés de gros riffs que vos deux premiers albums (Raise et Mezcal Head) tout en étant assez différents des deux albums suivants (Ejector Seat Reservation et 99th Dream). Tu es d’accord avec ça ? Etait-ce votre volonté au moment d’entrer en studio ? Oui, il va de pair avec le précédent. Ils sont effectivement assez différents des disques antérieurs, ne serait-ce que parce que ce sont nos premiers disques depuis longtemps et la technologie, les techniques d’enregistrement ont beaucoup évoluées. Nos deux premiers disques avaient ce côté heavy mais aussi, déjà, des morceaux plus calmes. Et il y a aussi des morceaux rapides et énervés sur ce nouveau disque, la principale différence c’est sans doute qu’il y a plus d’espace qu’auparavant, les morceaux respirent plus. Oui c’est quelque chose dont tu parlais déjà au moment de 99th Dream, tu disais avoir appris à laisser plus de champ libre aux morceaux, à ne pas vouloir systématiquement tout « remplir » comme à vos débuts. Oui, notre son a toujours été assez frénétique. Mais le « vieux Swervedriver » était sans doute un groupe plus punk. On continue à jouer des morceaux très rapides mais parfois quand j’écoute nos premiers albums, je suis stupéfait par la vitesse de certains morceaux. C’est une évolution assez naturelle, on ne s’est pas spécialement concertés pour se dire « on devrait faire ceci ou cela ». On s’est juste mis au boulot pour voir ce qui sortait. Mais je suis d’accord, c’est plus pop. La voix...

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Interview – Dälek

Interview – Dälek

Depuis qu’il a réactivé Dälek en 2015 après un hiatus de 4 ans, Will Brooks fait preuve d’une grande productivité : 2 albums, un EP et une collaboration excitante et très réussie avec Hans Joachim Irmler (Faust), Mats Gustafsson, Andreas Werliin et Mike Mare (son comparse de Dälek) sous le nom d’Anguish, le rappeur ne manque pas d’inspiration. Il faut dire que l’actualité est particulièrement chargée en ce moment et lorsqu’on aborde le sujet politique, le bonhomme a de la conversation. Si ses disques terriblement sombres et bruitistes malmènent nos tympans depuis plus de 20 ans, l’homme se révèle quant à lui extrêmement bienveillant, d’une grande douceur et animé d’une passion sans borne pour la musique. “Le hip hop est une des rares formes d’art qui semblent parfois s’adresser seulement à certaines catégories d’âge, et je veux vraiment essayer de briser ça, de le pousser plus loin. De faire du rap d’adulte (rires).” Tu viens d’annoncer sur les réseaux sociaux un nouvel EP à venir (l’interview a été réalisée le 2 février, ndr). Tu peux nous en dire plus ?Oui, ça sort fin mars, début avril sur le label allemand Exile From Mainstream. On les connait depuis toujours, on sort ça à l’occasion du festival pour le 20e anniversaire du label. On n’a jamais rien sorti sur ce label encore donc on tenait à le faire. Il ne devait y avoir que 3 morceaux, finalement il y en a 6, c’est presque comme un nouveau projet. C’est super ! Il y a deux chansons qui étaient déjà sur Endangered Philosophies, une qui n’est sortie qu’en digital et trois nouvelles. Ce sera donc uniquement sur ce label allemand, pas sur Ipecac ?Non, pas sur Ipecac. On sort parfois des trucs uniquement destinés au vinyle. Il n’y aura rien en digital avant la sortie sur vinyle, on décidera ensuite ce qu’on fait, peut-être qu’il y aura une sortie aux Etats-Unis, du digital. Peut-être pas… C’est encore à déterminer. Tu viens de sortir le projet Anguish qui mélange des influences hip hop, electro, jazz. Qu’est-ce que tu retiens de cette collaboration ?On a réussi à créer un truc quelque part entre le monde de Dälek, de Faust et du free jazz. Du hip hop noisy croisé avec du free jazz et du krautrock. C’est devenu un truc unique. On l’a enregistré en trois jours seulement, aux studios Yochaum, en Allemagne, puis mixé en quelques jours. On est très contents de ce projet. Il y a des éléments de Dälek et de chaque personne impliquée mais c’est clairement quelque chose de très particulier. Ça t’a permis de creuser de nouvelles expérimentations ?Oui, ça emprunte vraiment des directions qu’on n’avait pas empruntées jusque-là. C’est...

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Interview – Cloud Nothings

Interview – Cloud Nothings

Jusque-là, Cloud Nothings c’était un peu le groupe maudit en interview pour nous. Après quelques annulations de dernière minute ces dernières années, on avait fini par ne plus trop y croire, et par se dire que ce groupe-là, au fond, ne goûtait guère l’exercice. Il a le droit après tout. Mais cette année, alors qu’on s’était déjà réconciliés avec eux musicalement grâce à Last Building Burning qui revient à un son bien plus brut que Life Without Sound, ils ont accepté, sans aucun signe avant-coureur d’une possible annulation… jusqu’au jour J. Alors qu’ils se produisaient au Point Ephémère (Paris), que tout était calé pour une interview avant le concert, ils ont essayé de se débiner à plusieurs reprises. Mais c’était sans compter sur la persévérance de Chloé, attachée de presse chez PIAS, qui s’est démenée (autant qu’elle s’est arrachée les cheveux) pour trouver une solution, pas aidée par une manageuse peu arrangeante… Finalement, nous l’avons faite cette interview, mais pas avec Dylan Baldi, chanteur-guitariste et principal compositeur du groupe, comme prévu mais Chris Brown, second guitariste et récente recrue du groupe, pas forcément très à l’aise dans l’exercice mais fort sympathique au demeurant. Résultat : une interview semi préparée semi improvisée et beaucoup d’énergie gaspillée. © Daniel Topete Quand as-tu rejoint le groupe et comment ça s’est fait ? J’ai commencé à jouer avec le groupe en juin 2016, après l’enregistrement de Life Without Sound. Ils ont réalisé qu’ils avaient besoin d’un guitariste pour la tournée parce que certains passages de l’album sonneraient bizarrement avec une seule guitare. Je les connaissais depuis très longtemps, Jason (Gerycz) le batteur et moi, on a grandi ensemble. J’ai ensuite connu TJ (Duke, bassiste) et Dylan (Baldi, chanteur-guitariste) en jouant à Cleveland et dans les parages. Donc ils m’ont demandé de les rejoindre et j’ai accepté. C’était une décision très facile à prendre. Tu es donc arrivé après Life Without Sound qui était un album assez surprenant de la part de Cloud Nothings, beaucoup plus pop et moins énervé, moins tendu, moins noisy. L’avais-tu écouté avant de les rejoindre et que pensais-tu de cet album ?Oui, Dylan m’a montré tous les morceaux, comment les jouer… C’était clairement un changement par rapport aux albums précédents mais ça ne me semblait pas non plus inapproprié, c’était l’étape suivante. Faire grandir et évoluer le son du groupe. J’ai trouvé ça différent mais je me suis dit que c’était la bonne direction à prendre. Pourquoi être revenu à un son beaucoup plus agressif sur ce nouvel album, Last Building Burning ? Ça avait quelque chose à voir avec ton arrivée ?(Rires) Non, je ne vais pas assumer cette responsabilité ! Ce n’était pas vraiment une décision réfléchie, on ne s’est pas...

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Interview – Thalia Zedek

Interview – Thalia Zedek

Beaucoup ne connaissent Thalia Zedek qu’en tant qu’ancienne chanteuse de Come. Ou, pire encore, ne la connaissent pas du tout. Un manque de reconnaissance profondément injuste compte tenu de la longévité et productivité de la dame, active sur plusieurs fronts, et toujours incapable de décevoir. L’an passé, c’est rien de moins que deux albums de très grande qualité qu’elle nous a offerts. D’abord avec son (super)groupe qu’on appelle E puis avec « son band », et quelques invités de choix. La tentation était donc grande de la rencontrer et de la cuisiner comme il se doit avant un concert de grande classe devant quelques privilégiés, pressés dans la minuscule salle de la Cantine de Belleville, à Paris… “Fighting Season est clairement un disque anti-guerre, anti fascisme, anti génocide, en réaction aux montées du nationalisme, à ces gens qui essaient de séparer tout le monde. On connait bien ça aux Etats-Unis en ce moment.” © Naomi Yang J’ai lu que tu avais eu une approche très personnelle sur ce disque et quasiment tout écrit toute seule avant de le présenter aux autres membres. Pourquoi as-tu travaillé de cette manière, spécifiquement sur ce disque ? J’ai été très occupée avec E, avec mon album « solo » précédent donc c’était tout simplement compliqué de réunir tout le monde. Désormais Gavin (McCarthy, ndr) de E est avec nous sur cette tournée, mais Jonathan (Ulman, ndr), le batteur qui a enregistré le disque, était très occupé et de manière générale réunir cinq personnes dans la même pièce au même moment est très difficile. J’ai répété avec des personnes différentes, de groupes différents… De toutes façons, j’ai l’habitude d’écrire la plupart des chansons presque entièrement puis de laisser un peu d’espace aux autres pour qu’ils ajoutent leurs idées. Nous nous occupons des arrangements ensemble, généralement. Mais cette fois j’ai dû également m’impliquer davantage dans les arrangements, en veillant à ce que les configurations soient différentes d’un morceau à l’autre. Il y a des chansons avec de la guitare, de l’alto, du violoncelle, certaines avec du piano, de l’alto et de la guitare, d’autres basse, guitare, batterie… Ça a bien fonctionné parce qu’on a ainsi pu faire des répétitions pour chaque chanson particulière. C’était donc davantage une question d’agenda qu’une réelle volonté de faire un disque plus personnel. C’était un peu des deux. C’est parfois difficile d’apprendre une chanson à cinq personnes différentes. J’ai aussi fait l’effort sur ce disque d’être un peu plus engagée et consciencieuse sur les arrangements. Et j’avais travaillé avec le même producteur sur les trois derniers albums, Andy Hong et il m’a encouragé à faire ça « tu devrais vraiment décider de ce que tu veux, pas simplement dire ‘voici les morceaux, faites-en ce que...

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Interview – Shea Roberts (The Richmond Sluts)

Interview – Shea Roberts (The Richmond Sluts)

On dit que les interviews organisées en dernière minute et non préparées sont les meilleures, voyons ce qu’il en est en cette soirée du 7 février 2019 où j’ai la chance de revoir Shea Roberts, chanteur des Richmond Sluts (pour rappel, même Rock & Folk classe le premier album des Sluts parmi les 500 meilleurs de tous les temps). Nous sommes chez lui, dans le centre de San Francisco, dans le quartier de “Tendernob” (contraction intentée par Shea entre Tenderloin et Nob Hill). Il estime que ce quartier résistera à la gentrification car il y a trop de SDF et de tox autour des centres sociaux du coin. Il vit ici depuis plus de 10 ans. Son chez-lui lui ressemble. Avant l’interview, on écoute des oldies du Pérou, des soundtracks de films soft porn des 70’s, du psychédélique de Turquie… Et on s’y met ! Shea a eu une année assez dense avec une participation croissante dans le groupe Natural Pear de son ami de toujours, Jérémie. Ensuite son album solo dont nous allons reparler en détail. Enfin, plusieurs nouveaux morceaux pour un futur album des Sluts prévu cette année. Pour ce dernier, Chris Beltran et lui ont recommencé à composer ensemble. Idem avec Jessie Nichols et Justin. Le groupe fera quelques shows au printemps afin de tester les morceaux et l’enregistrement se fera dans le nouveau studio de Jessie à Oakland. Comme toujours, me dit Shea, les premières prises sont les meilleures, quand personne du groupe ne connait les morceaux. Shea a écrit l’essentiel du dernier LP des Sluts mais il souhaite revenir à beaucoup plus de contributions de chacun, dans l’esprit Richmond Sluts. Le prochain sera un retour aux sources “garage”, sans aucun doute.  On parle ensuite de son nouvel album solo, disponible sur Bandcamp et dont le pitch mentionne un style Americana. J’avoue que, comme beaucoup d’européens sans doute, je ne vois pas bien ce qu’est l’Americana. Non, ce n’est pas exactement de la country, genre tout à fait respectable s’il date d’avant 1978, me glisse Shea avec cette étrange précision. Non, au départ, c’est la musique des pionniers, les hymnes entonnées par les marins ou les aventuriers au coin du feu. Shea a toujours composé des tracks dans le genre, mais jamais avec l’intention de sortir quoi que ce soit. En fait, son ami Chris Beltran a forcé le destin en annonçant largement cette sortie qui n’en était pas une au départ. Les paroles parlent de son histoire ou racontent des histoires du coin, comme cette prostituée qui raconte à Shea qu’un type venait la payer régulièrement, sans que rien ne se passe, simplement pour la soustraire à la vie de trottoir pour quelques heures....

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Interview – Mick Harvey

Interview – Mick Harvey

Multi-instrumentiste, collaborateur et producteur de premier choix (PJ Harvey, Anita Lane), Mick Harvey est un homme aux multiples talents. Celui qui a été l’un des compagnons de route les plus fidèles et fameux de Nick Cave au sein des Bad Seeds, de Birthday Party et même des Boys Next Door, a amorcé depuis longtemps un virage solo, entre songwriting habité, bandes originales de films australiens et adaptations savoureuses de l’œuvre de Gainsbourg. A l’occasion d’une mini tournée consacrée à ses chansons revisitées de “L’homme à tête de chou”, l’intéressé a répondu à quelques-unes de nos questions. “L’allemand est presque perçu comme l’opposé du français en termes de sensualité dans les sons et les possibilités érotiques. (Chanter “Je t’aime… moi non plus” en allemand) était donc un choix pervers, mais aussi un choix avec lequel je voulais me démarquer d’idées préconçues.” © Lyndelle Jayne Spruyt Pour votre dernière sortie en date, l’album concept The Fall And Rise Of Edgar Bourchier And The Horrors Of War, vous avez travaillé avec l’écrivain Christopher Richard Barker, pouvez-vous nous en dire plus sur la naissance de ce projet ?Chris m’a contacté il y a environ deux ans avec l’idée d’adapter en chansons certains des poèmes de guerre de son personnage de fiction Edgar Bourchier, issu d’un roman qu’il a écrit (ndlr : The Melancholy Haunting Of Nicholas Parkes). J’ai réfléchi pendant un moment à ce qu’il m’avait envoyé, puis un jour, j’ai attrapé une guitare, transformé deux de ces poèmes en chansons et en ai fait une démo. Chris était très content du résultat et je dois avouer que le processus m’a énormément plu. Cela me rappelait la manière dont j’ai souvent fonctionné au cours de ma carrière musicale, à savoir travailler avec des paroliers pour les aider à adapter leurs mots au format chanson. Au début, je lui ai simplement envoyé les démos et je les ai laissés là sans trop vouloir m’impliquer, mais avec le temps, j’ai essayé avec quelques autres poèmes et j’ai continué d’apprécier la mise en œuvre. Le projet a commencé alors à prendre forme comme une vraie collaboration. De plus, je porte depuis longtemps un intérêt constant à la Première Guerre mondiale. La poésie de Bourchier a créé un lien immédiat avec moi et il m’a été facile de développer un point de vue et des sentiments à ce sujet. Pour interpréter ces chansons, vous avez fait appel à plusieurs proches collaborateurs comme J.P. Shilo, Alain Johannes, Simon Breed ou encore Jade Imagine, comment s’est opéré cet alléchant « casting » ? Les chanteurs du projet ont tous été choisis parce que je sentais que leur style vocal conviendrait à la chanson sur laquelle je les pressentais. Je connais énormément de chanteurs,...

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