Interview track by track – It It Anita

Publié par le 1 janvier 2024 dans Interviews, Non classé, Toutes les interviews

© Gregory Derkenne

On aurait pu craindre que It It Anita prenne un petit coup sur le casque avec le départ d’un de ses deux guitaristes-chanteurs, Damien Aresta, mais il en fallait plus pour altérer son enthousiasme inébranlable. C’est presque revigoré qu’il célèbre ses dix ans de carrière en format trio avec un nouvel album, Mouche, toujours aussi percutant et peut-être même plus varié que jamais (pensez donc, les Belges se sont même mis au rap !). Un album que l’inamovible Michael Goffard (« l’autre » guitariste-chanteur, mais surtout LE compositeur du groupe) a pris le temps de décortiquer avec nous, morceau par morceau, tube par tube.

Après Recorded by John Agnello, Laurent (NdR : pour Laurent Eyen), Sauvé (NdR : pour Amaury Sauvé), ce nouvel album ne met pas votre ingé-son à l’honneur mais… un chien. Pourquoi Mouche ? Qui est-il ?
Michael Goffard : Mouche est un chien d’assistance qu’Elliot (NdR : Stassen, le bassiste) a gardé avec sa femme, Manon, pendant deux ans. Ils ont profité du Covid à l’époque pour se trouver un projet. Ils ont dû le dresser, le prendre partout avec eux. Elle est comédienne, elle l’a donc emmené dans des salles de spectacle, des magasins, des avions… C’est un chien qui désormais sait faire plein de choses pour aider des gens à mobilité réduite. Il est capable d’ouvrir une porte par exemple. Le but était vraiment d’éduquer un chien, faire un geste citoyen. Mais malheureusement, pour eux, à la fin, il faut le laisser partir. C’est quand même dur quand tu as gardé un chien durant deux ans… On l’a donc beaucoup vu accompagner Elliot dans plein d’endroits bizarres. Il est un peu devenu notre mascotte. C’est le petit Mouche qu’on voyait partout. Et on s’est dit un jour : « Pourquoi ne pas le mettre sur la pochette ? » On a donc choisi une photo parmi toutes celles sur le smartphone d’Elliot. J’adorais celle-là. On a donc craqué pour Mouche et je suis assez content. C’est bien, ça apporte un peu de couleur, un petit chien qui sourit, c’est cool. Ça tranche un peu avec le reste aussi, je trouve. C’était en tout cas l’idée.

Mouche a eu un peu moins d’impact sur votre son a priori, mais il en a eu sur la vie du groupe.

Oui, surtout sur celle d’Elliot et Manon. Il était quand même bien présent. Sur le son, effectivement, moins. (Rires)

« Crippling Guilt »


Du It It Anita pur jus.
Oui, tout à fait. Un morceau assez classique pour démarrer. Je suis d’accord avec toi.

Ces paroles, « I try to remember what I did last night », une sombre histoire de cuite ?
C’est clairement ça. À une époque, on a vécu quelques soirées un peu arrosées, de celles qu’on regrette le lendemain. On parle donc là de la « culpa » (NdR : culpabilité) du lendemain, que tu vis très mal. Car Elliot, notamment, a connu quelques soirées comme ça avec nous. Je me souviens d’une précisément, en Espagne, à Barcelone je crois. Il a perdu ses lunettes, il est rentré hyper tard en taxi… bref, une soirée très compliquée pour lui. Il s’en est tellement voulu durant les deux jours suivant qu’il a arrêté de boire. Bon, pas uniquement pour cette raison, mais le fait est qu’il ne boit plus depuis six mois maintenant, plus une goutte d’alcool. Et il le vit bien, il en avait marre de tout ça. On a donc brodé un petit texte à ce sujet, à moitié en rigolant, mais il y est vraiment question de cette culpabilité, que tu ressens évidemment beaucoup plus souvent à 45 ans qu’à 20 ans, j’en sais quelque chose. Physiquement déjà, tu le payes toujours davantage qu’avant quand tu fais une grosse fête. En plus de te demander ce que tu as bien pu dire comme connerie, si tu n’es pas passé pour un con, etc. Avant, je ne me posais même pas la question… Bref, on a tout de suite trouvé que ce morceau fonctionnait bien en ouverture. Et puis, on l’a enregistré en premier, il a toujours été joué en début de session, que ce soit pour les pré-prod ou l’enregistrement. On a quand même passé pas mal de temps sur le tracklisting avec Amaury. Déjà pour respecter les limites de durée de chaque face du vinyle. Je crois qu’on a 18 minutes par face, ou 19 maximum. Je trouve toujours un peu chiant de mettre deux ou trois longues chansons sur une face, il fallait trouver un équilibre. 


« Disgrace »

Un morceau assez in your face qui accroche d’emblée mais que j’ai étonnamment l’impression de redécouvrir un peu à chaque fois. J’adore la batterie, le pont… A-t-il pris forme spontanément ou, au contraire, êtes-vous beaucoup revenus dessus pour peaufiner de petits détails ?
Non, il a vraiment pris forme très rapidement. Pas en une heure non plus, mais je l’ai enregistré assez vite. Seule la voix a pris plus de temps parce que j’ai tenté plusieurs choses sur les couplets. Je voulais chanter différemment, essayer une sorte de parlé-chanté, mais ça ne fonctionnait pas au départ. J’ai quand même galéré pour les couplets. Mais la musique et la structure sont venues rapidement. La fin à la Chemical Brothers, un peu lourde, on l’a faite en déconnant une fois puis on a décidé de la conserver. Je l’aime beaucoup !


Effectivement, on entend quelques bidouillages un peu electro.

Oui. On a effectué quelques essais avec des pédales et on a aimé le résultat. Amaury nous a vraiment poussés à essayer des choses parfois différentes. On a quand même passé plus de temps sur la production cette fois. Pour Sauvé, on a plus récité les morceaux qu’autre chose. Cette fois, pour certains comme « Don’t Bend » par exemple, on est arrivés avec des maquettes toutes cheap puis on a beaucoup travaillé en pré-prod, essayé plein de sons, des synthés, etc., ce qu’on n’avait jamais fait auparavant. On a eu plus de temps. Puis on se connaît mieux maintenant aussi avec Amaury, c’est plus simple, même pour lui, lorsqu’il s’agit de nous faire des remarques positives ou négatives. Nous sommes quasiment des potes maintenant. Il s’est donc encore plus investi dans son rôle de producteur qu’à l’époque de Sauvé.

« Don’t Bend (My Friend) »


D’où vient ce petit son en intro ?

Je gratte dans mon cordier, ce qui produit ce petit bruit métallique. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’aime ces guitares Jazzmaster ou Jaguar. Tu as un espace derrière, qui normalement ne sert à rien mais permet en réalité de créer plein de sons. Comme un second instrument dans la guitare. J’adore.


Dès que j’écoute l’album et que ce morceau démarre, le choix du single me semble totalement évident.
Oui, c’est une chanson un peu « coup de gueule » avec ce côté martial et mécanique apporté par la boîte à rythmes. Quant au message, il s’agit d’une petite saute d’humeur, post-Covid, tout à fait sincère. Le monde a quand même changé depuis 2019 et on ne peut pas y faire grand-chose..
.

Toutes ces galères de tournée sont donc du vécu ? Tu y parles aussi des préventes qui semblent désormais compter plus que tout (« the only thing that matters is pre-sales. It’s not about music, it’s about pre-sales. »).
En tout cas, je n’ai jamais entendu autant que maintenant : « Oh non, il n’y a que cinquante réservations. Il n’y a que vingt préventes. » La plupart des concerts que je vais voir sont des concerts pour lesquels personne ne prend son billet à l’avance ! Maintenant, tu as l’impression que tout doit être calibré, monnayé, justifié avant. Des tas de groupes de potes voient leurs concerts annulés à l’étranger à cause du manque de préventes… Pour moi elles n’ont jamais signifié grand-chose, des gens peuvent venir spontanément au dernier moment. Désormais, tout le monde veut prendre moins de risques. « Il y a moins d’argent », soi-disant, donc l’argument des préventes revient quand même souvent.

Quand tu chantes « Do you really think it’s worth, boy? », on a du mal à imaginer que vous puissiez avoir des doutes à ce sujet connaissant votre amour pour la scène.

Oui, c’est sûr, mais il nous est encore arrivé l’année passée le genre de plans galères où, après avoir passé des jours off à rouler durant mille kilomètres, tu te retrouves sans logement prévu à presque devoir payer pour jouer. Les gens ne réalisent parfois pas bien qu’il n’y a pas que le concert, mais aussi tout ce qu’il y a autour. Le travail de répétition, de préparation, et parfois les trajets qui peuvent vite devenir éreintants… On reste des êtres humains et vivre dans un espace clos tous ensemble une journée, c’est parfois difficile. Alors, je n’irai pas jusqu’à dire : « Est-ce que ça vaut vraiment la peine ? » parce que ça vaut clairement la peine. C’est le plus beau métier du monde ! Mais certains jours sont plus difficiles…

Vous écoutez toujours Faites entrer l’accusé dans le van ? Ça peut jouer dans votre envie de vous entretuer…

(Rires) Non, ça, on a vraiment arrêté. Je crois que c’est mieux comme ça. On en a fait le tour, c’est bon. Là, on écoute plutôt des podcasts cinéma. Notamment cette émission de radio belge, Cinq heures, vraiment cool. Ils critiquent des séries, des films. Et on écoute aussi beaucoup de musique, l’air de rien. Beaucoup de rap français. Récemment Elliot nous fait découvrir quelques trucs assez horribles mais qu’au final on aime bien parce qu’on n’est tellement pas dans le même game que ça nous fascine. On a beaucoup d’affection pour Jul, par exemple.

Je ne suis pas spécialiste…

Moi non plus mais à force de creuser un peu, d’écouter, de me renseigner, de lire des choses… ce sont des phénomènes incroyables en fait. C’est assez fou.

« Kinda the Same »


On a deux ou trois amis, notamment un que j’ai en tête, dont les vies me semblent complètement décousues. Ils ont tout essayé, que ce soit en substance, en relation humaine, et restent malgré tout toujours très cool. J’ai l’impression que si j’avais fait le quart de ce qu’ils ont fait, je serais complètement flippé, paniqué. Certaines personnes comme ça ont une tendance à dire oui à tout, en prenant parfois des risques vraiment inconsidérés, sans que ça ne les stresse outre mesure, en vivant ça très bien. Je les admire un peu parce que ce n’est pas du tout mon naturel à moi. Tout essayer, tout accepter, et malgré tout bien le vivre… C’est un peu l’inverse de la culpabilité, justement… Musicalement, c’est du It It assez fidèle à Sauvé, par exemple.


C’est vrai. Mais je trouve qu’au fil des albums, vos influences sont vraiment de plus en plus digérées. Quand j’écoute les morceaux du nouvel album, je me dis simplement qu’ils sonnent comme du It It Anita alors qu’auparavant, on pouvait plus fréquemment penser à Sonic Youth sur un passage, Queens of the Stone Age sur un autre…
On le ressent aussi un peu. Tout me paraît plus cohérent, plus simple parfois. Pour cet album, tout s’est fait de façon très fluide, une super expérience. Peut-être la plus détendue. Ça s’explique aussi parce qu’on connaissait le studio… On savait ce qu’on voulait et on a su le faire comprendre à Amaury, qui nous a suivis. On trouve aussi moins de formats longs, moins de morceaux étirés, on faisait souvent « du bruit » avant. Là, on souhaitait aller à l’essentiel. Peu importe que les morceaux durent deux, trois ou cinq minutes, on voulait éviter de rallonger pour rallonger. Je trouve cet album plus direct. Plus simple et moins prise de tête.

Le fait d’être désormais un trio joue également là-dedans je présume : un avis en moins à prendre en compte, moins de possibilités à la guitare aussi.

Oui. Tout est plus épuré à la base. Comme si on avait utilisé un tamis pour faire le tri. Évidemment, je ne sais pas jouer de deux guitares en même temps, même si je l’ai un peu fait en studio, si j’ai un peu triché par moments. En tout cas, ça m’a paru plus simple. Elliot a plus chanté aussi et avec beaucoup de cœur. Je n’ai pas eu à lui demander, il a voulu chanter davantage, ce qui m’a fait plaisir. C’est très bien car on en arrive pratiquement à du 50-50 au chant.


C’est Elliot qu’on entend hurler sur ce morceau ?


Oui ! Je trouve qu’il est très bon en screamo. Il a ce côté un peu « Lemmy » aussi parfois, Motörhead assumé. Il ne le fait pas exprès, c’est sa voix. Quand il crie, il crie de cette façon. J’étais content d’avoir ce soutien au chant. Ça m’a aussi soulagé. Et en concert, il est là tout le temps avec moi, si bien que je me sens encore plus solide, plus fort.

Oui, parce que mine de rien, depuis le début, il existait une vraie complicité entre Damien et toi. Son départ a donc dû entrainer des doutes légitimes.
Oui, absolument. 
Elliot l’a plus ou moins remplacé naturellement à ce niveau-là.

Ce n’était pas un manque qu’il a fallu combler. Vous n’avez pas eu à le convaincre.

Pas du tout, et tant mieux, c’est d’ailleurs pour cette raison que ça fonctionne si bien.

« Giving/Taking »



Je trouve assez fort de faire cohabiter cet extrême contraste entre la fureur punk et ce passage presque slowcore sur les couplets… On pourrait presque penser à deux morceaux en un.

Je cherchais vraiment ce genre de contraste. Je n’avais aucune idée du format, long ou court, mais j’avais vraiment envie de ce cassage de tempo, de cette explosion, pour en arriver à quelque chose de presque intime avec cette voix et cette guitare toutes douces. Je ne sais pas d’où ça m’est venu, mais je voulais essayer. Je me souviens que lorsqu’on l’a joué en répét’ les premières fois, j’adorais vraiment le début, avec ce beat de batterie très 90s que je trouvais décalé, ringard et en même temps génial. Et on a breaké, ralenti vraiment à l’extrême pour démarrer avec ce petit arpège de guitare très Bedhead, très The New Year, des groupes que j’adore. Même contraste dans les paroles avec donner (« giving ») et prendre (« taking »), deux extrêmes indispensables à toute relation humaine. Je ne saurais pas dire d’où ça m’est venu, mais c’était une évidence.

« Psychorigid »


On aurait presque pu ne parler que de ce morceau !

Un délire. Une première en tout cas, et on s’est vraiment éclatés. C’était vraiment très drôle. On a tellement critiqué tous ces festivals urbains, hip-hop, en mode : « On en a marre, il n’y a plus que du rap partout, ils trustent toutes les têtes d’affiche. »… On leur a tellement chié sur la gueule qu’on s’est dit : « Essayons. Ce n’est pas du tout notre univers, on n’est pas à l’aise là-dedans, mais pourquoi pas ? » La psychorigidité, c’était en réponse à tous ces gens bloqués dans un truc, « le système est comme ça, il ne changera jamais, pas la peine d’essayer autre chose ». Là, on a essayé et j’ai trouvé ça non seulement amusant, mais également enrichissant, parce que c’était une autre façon de chanter, de faire sonner les mots. J’ai fait appel à un ami écossais pour les textes parce que je n’avais initialement qu’un gros yaourt puis lui a vraiment brodé des mots dessus, ce que j’ai trouvé assez magique. L’approche est totalement différente, les syllabes sont très importantes, la respiration également. Bon, à la fin du morceau, on revient finalement à ce qu’on sait faire de mieux, c’est-à-dire de la musique de bourrins, deux ou trois accords et batterie à fond. Ce morceau c’est un peu It It Anita qui arrive dans un festival hip-hop et qui finalement joue le jeu et parvient à finir son set de façon crédible et à l’aise.


C’est Mix Master Mike (NdR : DJ des Beastie Boys) aux platines ?

(Rires) Non, malheureusement ! Quand on a écouté la première version, on s’est dit : « Putain, il faut mettre des percus ! » On avait évidemment envie que ça ressemble à du Beastie Boys. J’écoute beaucoup Beastie Boys en ce moment. C’est quand même un putain de groupe, que je n’ai jamais vu en live, ce que je regrette vraiment beaucoup, d’autant plus que j’aurais pu mais je ne me suis pas motivé. Ils ont quand même amené un truc de fou.

Ils auraient également presque pu jouer la fin du morceau…

Oui, c’est ce qu’ils faisaient à leurs débuts (NdR : Les Beastie Boys ont d’abord joué du punk hardcore avant de se mettre au hip-hop), et très bien aussi. Ils étaient tellement drôles. J’aime ce genre d’humour, ce décalage. Je ne sais pas très bien comment « Psychorigid » a été perçu par les gens, je n’ai pas trop eu de retours, mais je crois qu’il fallait montrer cette facette-là de It It Anita. J’ai désormais envie de variété, on ne peut pas se cantonner à ce qu’on a toujours fait, je veux essayer d’autres choses maintenant. Faisons-nous plaisir, rigolons et appuyons sur les boutons. On ne sait pas très bien ce que ça va donner, mais appuyons quand même dessus, on verra bien, ce n’est pas très dangereux.

Choisir ce morceau en tant que deuxième single aurait pu en faire flipper quelques-uns parce qu’on trouve beaucoup de réfractaires au rap dans le milieu rock. C’était une petite prise de risque…

Un pied de nez carrément voulu. Vous vous attendez à Sauvé 2 ? Eh bien non. Il faudra aller gratter un peu plus pour savoir ce qu’il y a sur le disque. On compte sur vous pour le faire.

« Ode to William Blake »



Les paroles m’ont fait rire puisque tu y assumes avec beaucoup d’autodérision galérer à écrire tes textes.
Oui, voilà une étape que je redoute toujours. Ce n’est pas ce que je prends le plus de plaisir à faire… Je comprends assez bien l’anglais, je peux me débrouiller, mais je suis loin de le parler couramment. Et cette fois-ci, j’ai tout de même fait relire mes paroles par des anglophones. J’avais la structure des textes, mais je souhaitais être sûr. Je me sens parfois limité en ce qui concerne le vocabulaire et les expressions. Et là, je voulais parfois utiliser d’autres mots, d’autres sonorités, que j’étais incapable de trouver moi-même… Enfin, pour « Ode to William Blake », ce n’est pas le cas. Il s’agit vraiment d’un texte que j’ai écrit moi-même de A à Z, comme tu peux t’en douter. Mais oui, les galères de texte sont une réalité. Et je crois que ça doit être le cas pour tout francophone qui chante en anglais.

Pourquoi ne pas essayer le français, alors ?

La peur, tout simplement. C’est vrai, et c’est stupide… Car ce serait plus simple à mon avis et peut-être pas forcément moins crédible. Mais j’ai été biberonné à tous ces groupes anglais ou américains des années 90 et je trouve quand même que l’anglais sonne vachement bien en musique. Ceci dit, je trouve certains groupes français francophones vraiment excellents, ça fonctionne aussi. Tu as raison, il faudrait essayer. Assumer, prendre nos cojones, les mettre sur la table. Ça viendra.


Pour le prochain, très bien. Que vient donc faire William Blake là-dedans ?
J’étais chez mon ami Théo avec qui je relisais tous les textes et je cherchais un nom de poète anglais. J’ai tapé « english poet » sur Google et je suis tombé sur William Blake. En fait, il s’agit juste d’un petit pied de nez à la littérature anglaise. « J’écris des textes de merde avec rien, aucune rime, rien du tout ». « Tu te prends pour William Blake ! » Je cherchais un nom de poète anglais pour essayer de me faire passer pour lui.


Malgré ce que je disais tout à l’heure, sur la deuxième partie du morceau, on retrouve une influence qui vous a longtemps collé aux basques : Sonic Youth.
Carrément, oui ! Thurston Moore (NdR : guitariste-chanteur de Sonic Youth) même, plus précisément.

Maintenant que tu es seul à la guitare, j’imagine que vous ne l’avez pas enregistré live, celui-là.
Non, il a été un peu plus bidouillé, effectivement. On a aussi trafiqué en direct des voix à l’aide de pédales d’effets pour produire une nappe sonore. Et elle est importante. Pour le live, on la passe dans un SPD. En ce qui concerne les guitares, elles sont parfois doublées. Je n’avais pas mon Lee Ranaldo (NdR : l’autre guitariste-chanteur de Sonic Youth) avec moi ce jour-là, j’ai donc dû meubler comme je le pouvais. Sur ce passage, on s’est effectivement laissé un peu plus de liberté.

En live, ce morceau va donc être difficile à reproduire ?
Non, on l’a joué. Il est peut-être un peu moins dense, quoique je trouve qu’il fonctionnait bien. On verra le 19 (NdR : interview réalisée peu avant la release party d’It It Anita le 19 octobre, à Petit Bain, à Paris). Tu me diras ce que t’en penses après. (Rires)

« The World’s Last Cryptonaire »



Putain d’intro… C’est la passion Hot Snakes qui parle !
La passion Wipers et la passion Hot Snakes, oui. Wipers est une grande influence, l’air de rien. Je t’avoue que je considère Greg Sage comme un génie. Quelle carrière absolument incroyable ! Je ne sais pas s’il existe un livre crédible sur lui, mais j’aimerais bien lire toute son histoire. Et Hot Snakes, carrément ! Le morceau date d’avant la mort de Rick (NdR : Froberg, le guitariste-chanteur), donc quand je le réécoute maintenant, il me touche encore plus car je me dis que je ne le verrai plus. Hot Snakes me manque déjà beaucoup. Je crois qu’un album était en préparation, en plus.

Effectivement, je ne sais pas s’ils l’avaient entièrement enregistré, mais ils étaient entrés en studio.
Je suppose que Sub Pop va le sortir, connaissant le label. Ils ne sont pas à ça près. S’ils peuvent se faire quelques dollars dessus, ils le feront. Concernant les paroles, j’y évoque ma fascination pour tous ces gens qui apparaissent sur ton fil ou parmi tes reels, et t’expliquent comment faire fortune, avec les Bitcoins, etc. Ça me dépasse complètement ! Surtout quand à côté de ça, je vois tous ces magasins ou ces grandes surfaces qui ferment à foison et ces gens de 55-60 ans qu’on fout dehors après trente ans de boîte. Se dire que des mecs de trente ans chez eux devant trois écrans se font apparemment des millions de dollars… Le fossé se creuse de plus en plus. Un jour, sur un site, je suis tombé sur ce mot, « cryptonaire » qui résumait tout. Ça m’a un peu choqué, je t’avoue.

Passer un coup de gueule contre ces connards, c’est bien aussi…
Oui ! Je ne sais pas faire autre chose. Mes chansons me le permettent, donc je le fais. Mais c’est fou, je trouve ça vraiment dingue. Le monde de ces gens qui ne branlent rien et se font des thunes me fascine. Car il y en a ! Ce n’est pas qu’un mythe.

« 9 Lives »


J’aurais bien aimé qu’elle soit présente sur le vinyle mais elle ne figure que sur le CD. On dépassait la durée. C’est clairement la chanson de nos dix ans. Comme le chat et ses neuf vies, on est toujours là. Même si certains ne savent toujours pas comment s’écrit notre nom, on est sur la route depuis dix ans. Il clôture assez bien le disque, je trouve. J’espère qu’on aura encore d’autres vies après ça. 
Oui, le message est clair : « We keep the faith, we never deviate », malgré les années, les changements de line-up. C’est tout sauf un morceau annonçant une fin de carrière proche…
Tout à fait. En gros j’y dis qu’on est toujours là, qu’on va venir près de chez toi et continuer à jouer fort, et ce malgré cette tendance au polissage sonore de plus en contraignante dans tous les lieux. C’est l’époque qui veut ça. Bref, on est toujours là et on va continuer à venir chez toi, te titiller. (Rires)

Peut-être une carrière rap à venir, qui sait !
Oui, et en français ! (Rires) Le contre-pied parfait, ce serait génial.
Un mot de conclusion sur l’album en général ?
On parlait un peu de la pochette avec d’autres gens. Ils étaient étonnés de son aspect plus joyeux, plus coloré. J’en suis content, justement. Car oui, on joue de la musique « énervée » avec guitare, batterie, basse, assez basique finalement, mais il s’agit aussi de chansons, de refrains. Je trouve bien de ne pas renvoyer l’image classique du rock en noir, avec tee-shirt noir, écriture blanche. On est plus que ça il me semble, on présente plus de facettes, notamment sur ce disque que je trouve moins « mono-style ». Il sort un peu des sentiers battus par certains aspects. Mettez un peu de couleur dans votre vie, des sourires, des chiens et vive les chiens. Vive Mouche. J’espère que Mouche fera mouche !

C’est le meilleur, donc ?
Évidemment.

Évidemment. C’est ce qu’on dit à chaque fois !
(Rires) Bien sûr ! Et pour finir, merci pour votre soutien aussi. À new Noise et Exit Musik. Je ne sais pas depuis combien de temps on se connaît, presque dix ans. Que des gens te soutiennent après autant d’années, c’est touchant, ça fait plaisir.

Le clin d’œil à new Noise dans le clip de « Don’t Bend (My Friend) » est chouette d’ailleurs (NdR : à 0’55 dans le clip ci-dessous) !
On l’a fait avec grand plaisir !

Interview réalisée par Jonathan Lopez

À retrouver dans new Noise #68 actuellement en kiosque ou en commande ici (même que c’est la couv)

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