Cloud Nothings – Last Building Burning

Cloud Nothings – Last Building Burning

S’il figure sans conteste parmi les groupes les plus excitants de ces dernières années, Cloud Nothings est aussi l’un des plus frustrants. Son troisième album, Attack On Memory, fut le premier coup d’éclat. Un disque sombre et rempli de rage qui s’ouvrait par deux monuments mais ne parvenait pas à (ne pouvait décemment pas ?) maintenir un tel niveau tout du long. Son successeur, Here And Nowhere Else, moins inégal, conservait un léger goût d’imperfection. Pas loin mais pas encore l’album ultime non plus. Alors, l’an passé, Dylan Baldi a tout rasé pour nous pondre un Life Without Sound tout propre sur lui et il faut bien le dire, tout vilain (même si tout le monde n’était pas de cet avis). Au diable l’urgence, les incartades noisy, les cris viscéraux, la saturation faite reine, place au punk FM calibré pour collégiens en quête de sensations fortes. Un coup de massue terrible, une déception immense qui se devaient d’être vite effacés sous peine de rayer de la carte ce vil usurpateur. Et bien, épongez les gouttes de sueur qui perlent de votre front, Dylan Baldi a entendu nos pleurs. Conscient qu’il avait un peu trop forcé sur la guimauve, il nous revient vénère comme jamais. Point de tergiversation ici, Cloud Nothings nous prend à la gorge d’emblée et ne desserre quasiment jamais l’étreinte. En résulte un album forcément un peu étouffant mais ô combien revigorant. Pour ne pas passer pour des bourrins de service, le quatuor nous a quand même réservé quelques relatifs moments de répit comme cet « Offer An End » un poil moins rentre dedans mais on reste loin (et on s’en félicite !) des petites ritournelles innocentes et gonflantes du disque précédent. Totalement ressuscité, Cloud Nothings nous rappelle également sa science du break qui brise la nuque avant de poursuivre dans les cris et la fureur (« The Echo Of The World »). Dommage que le traditionnel morceau montagnes russes (« Dissolution » qui frime du haut de ses 10’51) ressemble davantage à un passage obligé désormais. On est loin, très loin des sommets qu’étaient « No Future/No Past » et « Wasted Days », il y a bien longtemps… Et les mélodies dans tout ça ? Elles sont bien présentes et demeurent efficaces (« Leave Him Now », « Offer An End »), même si elles ne brillent pas toujours par leur originalité. Baldi se fait bien passer pour Joe Strummer au début de « Another Way Of Life » (c’en est presque troublant) mais il tombe vite le masque et retombe sur ses pattes pop/punk version Cloud Nothiennes, sans sombrer pour autant dans ses récents égarements. C’est du Cloud Nothings, pas de doute là-dessus mais du bon, et le doute était permis à ce sujet. S’il ne paie pas de...

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PLAYLIST – Mudhoney en 20 morceaux

PLAYLIST – Mudhoney en 20 morceaux

  “Mudhoney fait partie de ces groupes qui n’y vont pas par quatre chemins. Il suffit de quelques morceaux pour savoir exactement la musique qu’ils aiment et celle qu’ils veulent faire. Pour l’auditeur, c’est pareil, quelques écoutes suffisent pour savoir si on accroche ou non, et même s’ils ont des disques meilleurs que d’autres, je pense que vous ne perdez pas grand chose à les éviter si vous n’aimez pas ce que vous entendez. A contrario, si vous aimez, vous pouvez vous plonger sans crainte dans l’ensemble de leur discographie.” Voilà ce qui se dit, entre autre, dans notre chronique de Digital Garbage, leur nouvel album. Du coup, je vous ai fait une petite liste de vingt morceaux qui contient les classiques de rigueur, un tour d’horizon de leurs 9 albums précédents et quelques-unes de mes chansons préférées. Si vous aimez ce que vous entendez, vous savez ce qu’il vous reste à faire ! Mudhoney devrait jouer pas mal de ces morceaux le 27 novembre prochain en concert au Trabendo (Paris) !   LIRE L’INTERVIEW DE MUDHONEY LIRE LA CHRONIQUE DE VANISHING POINT LIRE LA CHRONIQUE DE TOMORROW HIT...

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Mudhoney – Digital Garbage

Mudhoney – Digital Garbage

Mudhoney a sorti en janvier un disque live qui, bien que très plaisant et de bonne qualité, nous laissait un peu sur notre faim. Mais ce n’était pas sans la promesse d’un nouvel album cette année. L’album arrive en cette fin de mois de septembre et, ne tergiversons pas, il valait le coup d’attendre. Mudhoney fait partie de ces groupes qui n’y vont pas par quatre chemins. Il suffit de quelques morceaux pour savoir exactement la musique qu’ils aiment et celle qu’ils veulent faire. Pour l’auditeur, c’est pareil, quelques écoutes suffisent pour savoir si on accroche ou non, et même s’ils ont des disques meilleurs que d’autres, je pense que vous ne perdez pas grand chose à les éviter si vous n’aimez pas ce que vous entendez. A contrario, si vous aimez, vous pouvez vous plonger sans crainte dans l’ensemble de leur discographie. Malgré cela, il serait réducteur de considérer que le groupe fait toujours la même chose. Ils ont coloré leur son tour à tour de blues (Tomorrow Hit Today), de psychédélisme (Since We’ve Become Translucent), ajouté des cuivres (Since… et Under A Billion Suns), supprimé une guitare (The Lucky Ones) et Vanishing Point, le dernier en date, ressemblait fort à une tentative expérimentale tout en restant dans le domaine swamp-punk-fuzzy habituel. Qu’en est-il de Digital Garbage, donc ? Et bien, encore une fois, c’est du Mudhoney pur jus ; si vous aimez Mudhoney, vous adorerez, sinon vos resterez froid (mais si vous n’aimez pas Mudhoney, je vous encourage tout de même à consulter). Malgré cela, on a l’impression que l’album est un retour aux sources ; non pas aux sources de leur discographie en tentant de refaire un Superfuzz Bigmuff bis, mais bien aux sources du groupe en pondant presque l’album punk qu’ils n’ont jamais fait. Je dis “presque”, car ce disque est également fort de leurs expériences passées, comme si les expérimentations de Vanishing Point, et l’ensemble de leur carrière, avaient bien été digérées. On fait difficilement meilleur album pour fêter les 30 ans d’un groupe. Punk, cet album l’est également dans les textes. Mark Arm est plus critique que jamais, lui qui au début n’écrivait que des chansons avec les mots “sick” et “dog”, et son esprit vif fait des merveilles. Tout le monde en prend pour son grade, la génération youtube avec “Kill Yourself Live” (“Tue-toi en direct, fais-le pour les likes“), les complotistes avec “Paranoid Core”, les religieux sur “Messiah’s Lament” et “21st Century Pharisees”, le capitalisme avec “Prosperity Gospel” (“Baise la planète, nique tes enfants, deviens riche, c’est gagné“), la race humaine entière avec “Next Mass Extinction” (“Rien ne nous remplacera à la prochaine extinction de masse“) et je ne serais pas...

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Slaves – Acts Of Fear And Love

Slaves – Acts Of Fear And Love

C’est un constat très plaisant à écrire : 40 ans après, le punk anglais est encore bien vivace. Il y avait de quoi en douter, mais avec les succès récents de Slaves (adoubés par Mike D, ex-punkeux devenu dieu du rap), Sleaford Mods ou Idles, on peut l’affirmer haut et fort : ça gueule encore bien LOUD outre manche. A peine la touche play enclenchée qu’on se fait percuter violemment par “The Lives They Wish They Had”. Si ça c’est pas du tube, je suis fan d’Hélène Segara. Riff dément, chant scandé (limite rappé) par Isaac Holmes en même temps qu’il martèle ses futs, refrain en forme de slogan imparable. Le tout s’achève dans l’hystérie comme une fin de concert où les instruments sont fracassés au sol. Nous voilà prévenus, ces deux-là (oui, deux !) sont toujours aussi bruyants. Mais si bien des salves dévastatrices appuient ce constat (“Cut And Run” et son taquin “you’re looking unwell“, “Artificial Intelligence” ravivant nos années teenage, “Bugs” au refrain un peu trop skaters boutonneux), l’agréable surprise vient également de ces morceaux plus mid tempos, tout aussi fédérateurs, franchement pop et incontestablement cool (on pense parfois plus à Blur qu’aux Sex Pistols). A l’image de “Magnolia” avec la cowbell qui va bien, le break qui tue, donnant envie de claquer des doigts en mâchant son chewing-gum. Et de faire quelques fuck aux passants. L’accent so british de sir Holmes renforce évidemment nos élans rebelles (le refrain imparablissime de “Chokehold”. Non, vraiment, c’est pas Damon Albarn qui a participé à la compo ?!). La sympathique “Daddy” joue carrément la carte de la fausse ballade innocente, comme “Photo Opportunity”… avant qu’elle ne fasse hurler la disto sur le refrain. L’agressivité est constamment là mais le dosage est assez bien pensé pour qu’on n’ait pas le sentiment de ramasser des gnons non stop et éviter à la lassitude de pointer le bout de son nez (le disque ne dépasse pas la demi heure, c’est très bien comme ça). Pas sûr que cet Acts Of Fear And Love vous poursuivra des années durant mais quand vous chercherez un bon défouloir, il sera toujours là pour rendre service.   Jonathan Lopez   LIRE L’INTERVIEW DE...

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Interview – LANE

Interview – LANE

Deux fratries : Belin et Sourice. Deux groupes angevins emblématiques, pour ne pas dire mythique en ce qui concerne le second : Daria et Les Thugs. Et un nouveau supergroupe issu de cette rencontre : LANE. Pour Love And Noise Experiment. En quatre petits titres, le premier EP, Teaching Not To Pray, nous replonge immédiatement dans l’époque bénie des années 90 et nous fait déjà trépigner en attendant l’album. Alors on s’est dit qu’une conversation skype avec deux des têtes pensantes de LANE ne serait pas du luxe pour patienter. Dès l’élimination des Allemands en coupe du monde actée, Etienne Belin, l’un des trois guitaristes (!) du groupe, et le bassiste Pierre-Yves Sourice (appelez-le « Piwaï ») apparaissent dans ma webcam. Entretien avec un jeune groupe très expérimenté.   “Il y a eu un gros creux de la vague. Entre 2000 et 2010, fallait pas avoir un groupe de rock. Ces dernières années, les choses se sont simplifiées, fluidifiées. On remplit pas les stades, mais c’est plus agréable d’être artisan d’un groupe de ce genre-là.” Vous êtes tous les deux à la base du projet LANE. PY j’imagine qu’avec Les Thugs, on vous a proposé 250 fois de vous reformer. Qu’est ce qui fait que l’an dernier, vous vous êtes dit « montons un groupe ! » ? Pierre-Yves Sourice (basse) : Le pognon ! (Rires) Effectivement on nous a souvent proposés de nous reformer avec Les Thugs. On l’a fait en 2008, pour aller jouer aux Etats-Unis notamment. Mais c’était clair pour nous qu’après c’était fini de chez fini. Ça suffisait. Si dix ans après on a eu envie de recommencer un truc, c’est dû aux rencontres, au fait de voir les groupes sur scène et de se dire « c’est ce que j’ai envie de faire ». En même temps, j’ai toujours continué à jouer de la guitare chez moi, enregistrer des conneries et à me dire « c’est quand même couillon d’avoir ça sur un ordi et de pas jouer ». Et puis j’avais pas envie de jouer le samedi après-midi, de faire de la musique comme si j’allais jouer au foot. À partir du moment où je commence un truc, j’ai envie que ça devienne sérieux et comme je suis un grand fan de Daria depuis très longtemps, de lui (il se tourne vers Etienne) et son jeu de guitare, on s’est dit « est-ce qu’on n’essaierait pas de faire des morceaux ensemble ? ». Vous aviez d’ailleurs déjà fait une date ensemble. Etienne Belin (guitare) : Oui, exact en 2008 à la Maroquinerie (Paris) lors de la reformation des Thugs. Pour ce qui est de la formation de LANE, on avait dû discuter de ça en buvant un coup et en mangeant de la...

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