Slaves – Acts Of Fear And Love

Slaves – Acts Of Fear And Love

C’est un constat très plaisant à écrire : 40 ans après, le punk anglais est encore bien vivace. Il y avait de quoi en douter, mais avec les succès récents de Slaves (adoubés par Mike D, ex-punkeux devenu dieu du rap), Sleaford Mods ou Idles, on peut l’affirmer haut et fort : ça gueule encore bien LOUD outre manche. A peine la touche play enclenchée qu’on se fait percuter violemment par “The Lives They Wish They Had”. Si ça c’est pas du tube, je suis fan d’Hélène Segara. Riff dément, chant scandé (limite rappé) par Isaac Holmes en même temps qu’il martèle ses futs, refrain en forme de slogan imparable. Le tout s’achève dans l’hystérie comme une fin de concert où les instruments sont fracassés au sol. Nous voilà prévenus, ces deux-là (oui, deux !) sont toujours aussi bruyants. Mais si bien des salves dévastatrices appuient ce constat (“Cut And Run” et son taquin “you’re looking unwell“, “Artificial Intelligence” ravivant nos années teenage, “Bugs” au refrain un peu trop skaters boutonneux), l’agréable surprise vient également de ces morceaux plus mid tempos, tout aussi fédérateurs, franchement pop et incontestablement cool (on pense parfois plus à Blur qu’aux Sex Pistols). A l’image de “Magnolia” avec la cowbell qui va bien, le break qui tue, donnant envie de claquer des doigts en mâchant son chewing-gum. Et de faire quelques fuck aux passants. L’accent so british de sir Holmes renforce évidemment nos élans rebelles (le refrain imparablissime de “Chokehold”. Non, vraiment, c’est pas Damon Albarn qui a participé à la compo ?!). La sympathique “Daddy” joue carrément la carte de la fausse ballade innocente, comme “Photo Opportunity”… avant qu’elle ne fasse hurler la disto sur le refrain. L’agressivité est constamment là mais le dosage est assez bien pensé pour qu’on n’ait pas le sentiment de ramasser des gnons non stop et éviter à la lassitude de pointer le bout de son nez (le disque ne dépasse pas la demi heure, c’est très bien comme ça). Pas sûr que cet Acts Of Fear And Love vous poursuivra des années durant mais quand vous chercherez un bon défouloir, il sera toujours là pour rendre service.   Jonathan Lopez   LIRE L’INTERVIEW DE...

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Interview – LANE

Interview – LANE

Deux fratries : Belin et Sourice. Deux groupes angevins emblématiques, pour ne pas dire mythique en ce qui concerne le second : Daria et Les Thugs. Et un nouveau supergroupe issu de cette rencontre : LANE. Pour Love And Noise Experiment. En quatre petits titres, le premier EP, Teaching Not To Pray, nous replonge immédiatement dans l’époque bénie des années 90 et nous fait déjà trépigner en attendant l’album. Alors on s’est dit qu’une conversation skype avec deux des têtes pensantes de LANE ne serait pas du luxe pour patienter. Dès l’élimination des Allemands en coupe du monde actée, Etienne Belin, l’un des trois guitaristes (!) du groupe, et le bassiste Pierre-Yves Sourice (appelez-le « Piwaï ») apparaissent dans ma webcam. Entretien avec un jeune groupe très expérimenté.   “Il y a eu un gros creux de la vague. Entre 2000 et 2010, fallait pas avoir un groupe de rock. Ces dernières années, les choses se sont simplifiées, fluidifiées. On remplit pas les stades, mais c’est plus agréable d’être artisan d’un groupe de ce genre-là.” Vous êtes tous les deux à la base du projet LANE. PY j’imagine qu’avec Les Thugs, on vous a proposé 250 fois de vous reformer. Qu’est ce qui fait que l’an dernier, vous vous êtes dit « montons un groupe ! » ? Pierre-Yves Sourice (basse) : Le pognon ! (Rires) Effectivement on nous a souvent proposés de nous reformer avec Les Thugs. On l’a fait en 2008, pour aller jouer aux Etats-Unis notamment. Mais c’était clair pour nous qu’après c’était fini de chez fini. Ça suffisait. Si dix ans après on a eu envie de recommencer un truc, c’est dû aux rencontres, au fait de voir les groupes sur scène et de se dire « c’est ce que j’ai envie de faire ». En même temps, j’ai toujours continué à jouer de la guitare chez moi, enregistrer des conneries et à me dire « c’est quand même couillon d’avoir ça sur un ordi et de pas jouer ». Et puis j’avais pas envie de jouer le samedi après-midi, de faire de la musique comme si j’allais jouer au foot. À partir du moment où je commence un truc, j’ai envie que ça devienne sérieux et comme je suis un grand fan de Daria depuis très longtemps, de lui (il se tourne vers Etienne) et son jeu de guitare, on s’est dit « est-ce qu’on n’essaierait pas de faire des morceaux ensemble ? ». Vous aviez d’ailleurs déjà fait une date ensemble. Etienne Belin (guitare) : Oui, exact en 2008 à la Maroquinerie (Paris) lors de la reformation des Thugs. Pour ce qui est de la formation de LANE, on avait dû discuter de ça en buvant un coup et en mangeant de la...

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LANE – Teaching Not To Pray EP

LANE – Teaching Not To Pray EP

Les histoires d’amour finissent mal en général disait un groupe de variété française. C’est vrai, mais les contre-exemples ne manquent pas. Pendant bien des années, Les Thugs ont marié avec bonheur bruit et mélodie. Et la relation bien que tumultueuse a fait de nombreux heureux. Après eux, Daria, autres angevins au grand cœur et grands riffs, a repris le flambeau avec talent. Et depuis 2017, cette bande de lovers a décidé de rassembler ses forces pour mener à bien cette noble quête. Eric (guitare/chant) et Pierre-Yves Sourice (basse), ex-Thugs, ont donc remis le couvert aux côtés des copains (et frangins comme eux) Etienne et Camille Belin (guitare et batterie), ex-Daria. Et le fiston Sourice, Félix de son prénom, est venu compléter le line-up et le mur de guitares qui s’élève à trois. Ça commence à être honnête, trois guitares. Le projet porte un nom qui lui va comme un gant : LANE, soit Love And Noise Experiment. Évidemment. Et cette intro est aussi alambiquée et lourde que leur musique est simple et directe. LANE n’y va pas par quatre chemins, il préfère balancer quatre tubes. Mais attention ça défile, en 12 minutes chrono le train est passé. La voix d’Éric n’a pas bougé d’un iota. Et dès la power pop “Goal Line” bigrement entrainante, on est en terrain conquis. Typiquement le genre de morceaux qui passent très bien la première fois sans vraiment retenir l’attention et que vous finissez par connaitre par coeur, à force de multiplier les écoutes. Constat valable pour chacun des morceaux qui mêlent avec bonheur énergie brute punkisante et mélodies entêtantes popeuses. Mention spéciale pour le morceau qui donne son titre à l’EP, le très Thugs-ien “Teaching Not To Pray”. IM-PA-RA-BLE. L’histoire d’amour entre Les Thugs et Daria débute donc sur les chapeaux de roue et on a déjà hâte d’être convié aux premières festivités à la rentrée avec une tournée où on aura forcément bien plus que 12 minutes à se mettre sous la dent. C’est qu’ils nous ont aiguisé l’appétit, les bougres. Jonathan...

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Goat Girl – Goat Girl

Goat Girl – Goat Girl

Il y a deux mois sortait dans une relative indifférence un disque qui mérite la plus grande des attentions. Elles sont 4, viennent du sud de Londres et nous proposent un rock débraillé, jamais trop éloigné du punk, à la fois idéal à écouter d’une oreille distraite en sirotant une binouze qu’à décortiquer note par note une fois le charme opéré. Après une courte intro presque ténébreuse, débute un joyeux périple dans l’univers tout en décontraction de Goat Girl. Une distribution de morceaux qui semblent empreints de la plus grande innocence et qui se transforment très vite en tubes en puissance (les parfaitement évidentes et évidemment parfaites “The Man”, “Viper Fish”, “I Don’t Care Pt.2”, auxquelles s’ajoutent rapidement “Burn The Stake” et son envolée sur le refrain digne des Pixies, “Creep” et ses cordes qui brouillent les pistes, “Throw Me A Bone” dont la nonchalance planque une mélancolie sous-jacente ou “Cracker Drool” qui se balade malicieusement entre country, surf music voire dub). La voix grave charismatique de Lottie Cream séduit instantanément et porte des compos qui auraient très bien pu se débrouiller toutes seules et qui gagnent encore en efficacité mélodique. Douées les Goat ? Ça saute aux oreilles. Cool les Girls ? Ça ne fait aucun doute. Pour un premier album, le groupe fait preuve d’une grande aisance, une évidente complicité et semble sans forcer nous pondre du jouissif sur demande. Plus fort encore, la variété de l’offre. 19 morceaux sur la galette (un seul excède les 3 minutes !) et aucune envie irrépressible de presser la touche “next” (alors que la touche “repeat”, elle, n’en peut plus d’être sollicitée). Qu’on se le dise, tout est bon dans cette chèvre-là. Jonathan Lopez Comme on ne comprend pas toujours très bien le lien avec les “articles similaires” proposés ci-dessous, on vous recommande plutôt de lire : THE BREEDERS – POD THE BREEDERS – ALL NERVE PIXIES – DISCOGRAPHIE COURTNEY BARNETT – SOMETIMES I SIT AND THINK, AND SOMETIMES I JUST SIT COURTNEY BARNETT – TELL ME HOW YOU REALLY...

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Parquet Courts – Wide Awake

Parquet Courts – Wide Awake

Commençons par dire une ou deux saloperies. Ça fait toujours du bien. Parquet Courts fait partie de ces groupes sympas, qui sortent des albums honnêtes, un brin surcotés. S’ils n’existaient pas, ça ne changerait rien à notre vie mais on ne leur souhaite que du bien, car ce sont des passionnés, parfois inspirés et indéniablement talentueux. Modérées les saloperies, notez bien. Vous dire que ce nouvel album était attendu fébrilement de ma part serait évidemment un mensonge éhonté. Toutefois, une bonne surprise est toujours à espérer et on pouvait a minima tabler sur de nouveaux singles bien troussés comme ils en ont déjà offerts par le passé. Bingo Roberto ! “Total Football” la met d’emblée en lucarne et nous ferait presque croire qu’on manie le ballon comme personne à New York. D’autres friandises sont offertes et ne nous enlèvent pas le petit sourire satisfait qui s’est dessiné à l’écoute de ce début d’album. Tout aussi remuant (mais plus électronique) “Violence” fait le job efficacement, quand “Before The Water Gets Too High” possède la dose adéquate de coolitude avec le chant tout en détachement de ce bon branleur qu’est Andrew Savage. Entame de match réussie, donc. La suite sera plus riche en temps morts. Au niveau des gestes techniques marquants, retenons “Almost Had To Start A Fight”, entre tension et déhanchés subtils. Joga bonito. L’adversaire est au sol, le public entame une ola. Mais l’excitation retombe assez vite malgré les efforts de créativité déployés (“Normalization”, “Back To Earth”, la funky samba “Wide Awake” rigolote mais guère plus). Un débordement sur l’aile gauche avec la post punk “NYC Observation” et des grigris du feu follet “Extinction” redonnent un peu de mordant à l’affiche. Puis un petit groupe d’ultras entonnent ce qu’ils semblent considérer comme un hymne mais qu’ils sont les seuls à connaitre (“Death Will Bring Change”). Divertissant mais pas sûr que ça concurrence “You’ll Never Walk Alone” un jour. Coup de sifflet final. Pas de révolution en vue. Me voilà conforté dans mon opinion avec ce nouvel album honnête offert par ce groupe décidément tout ce qu’il y a de plus sympa mais tout de même un brin surcoté. Jonathan Lopez LIRE LA CHRONIQUE DE HUMAN PERFORMANCE LIRE LA CHRONIQUE DE SUNBATHING...

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