Johnny Mafia – 2024, Année du Dragon

Publié par le 11 février 2024 dans Chroniques, Toutes les chroniques

(Howlin Banana, 9 février 2024)

Avec un nom d’album pareil, je devais être le chroniqueur de la rédaction le plus désigné pour parler de ce quatrième album du quatuor de Sens. Au-delà de la vanne, le rédac’ chef de votre webzine préféré s’est aussi sans doute souvenu que j’ai un faible avéré pour les productions (excellentes) du label Howlin Banana. Et que je suis toujours prompt à défendre la scène française. Une des rares sources de prestige hexagonal en ces temps troublés. 

Presque trois ans depuis Sentimental – time flies et Johnny Mafia continue de creuser avec application un sillon power pop avec une efficacité qui interpelle. Ce quatrième album réjouira (encore) les fans du quatuor tout autant que l’amateur de bombinettes garage/punk immédiates. En trois minutes chrono, pogo compris. Les plus vénérables y entendront sans doute aussi quelques échos mais un poil moins qu’auparavant des Pixies ou de Weezer au détour d’un refrain frondeur ou de gimmicks de guitares familiers. Avec ces dix nouveaux titres, les Sénonais, puisque c’est ainsi que l’on nomme les habitants de Sens (#géographiegeek), rappellent à ceux qui voudront bien l’entendre que la power-pop est un artisanat délicat. Il faut d’abord des chansons (selon une formule consacrée). Si elles sont catchy avec des refrains frondeurs, c’est mieux. La triplette d’entrée avalée en moins de dix minutes convaincra même les plus réfractaires. L’inaugural « Green Eye » et son solo jouissif plante le décor. Les lutins bostoniens ne sont pas loin. Avec une production au cordeau signée Francis Caste (Hangman’s Chair, Pogo Car Crash Control…) que le groupe est allé chercher pour polir encore son empreinte sonore, le quatuor s’est donné les moyens de pousser encore les murs (du son). Comme un ado qui appuie sur sa première disto DS-1, chaque refrain souffle sa dose de décibels avec un bonheur communicatif. Si « Vomit Candy », apparu il y a deux mois, a été choisi comme single, « Gimme Some News » lui volerait presque la vedette avec son riff distordu, ce refrain massif gentiment beuglé… et une inattendue et délicate outro à la guitare acoustique ! Si la dynamique loudQUIETloud constitue toujours un point cardinal (« Sting ») ainsi qu’une approche plutôt directe (les deux minutes de « Cyanide »), le groupe s’autorise plus de digressions lorsqu’il décide de dépasser le cap des trois minutes (l’outro de « Keep an Eye on Me »). Sur « I’m Bound », avec encore plus de reverb, on flirterait presque avec le shoegaze avec ce délicieux motif répétitif en arrière-plan de la vague de guitares. On aurait apprécié ainsi encore plus d’incursions de claviers ou autres bizarreries sonores qu’on devine parfois derrière la devanture. Le disque se ferme ainsi sur un triplé qui propose un contraste bienvenu avec le trio d’ouverture plus frontal. « Rule Bulls Bells » joue habilement la tension croissante avant de poser quand même un des refrains les plus massifs du disque. En guise de conclusion, « Hammer » propose un final apaisant avec de belles harmonies vocales, quelques notes discrètes de claviers et une outro céleste du plus bel effet. Etonnant.

Le disque sort le 9 février pour coller avec la célébration du nouvel an chinois le lendemain. Encore un peu tôt pour l’écouter (fort) fenêtres ouvertes sur l’autoroute en rentrant du boulot. Il y a bien un titre qui s’intitule « Summer » qu’on va sans doute mettre à fort volume au premier rayon de soleil. En 2024, comme n’importe quelle année d’ailleurs, on aura toujours besoin d’un bon disque de power-pop. Echappé du royaume des 5 Pics*, c’est la prescription d’un (vieux) dragon pour chasser les mauvais esprits.

Sonicdragao

*Si tu as la référence… tu passais trop de temps devant la télé dans les années 90s.

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