Pixies – Come On Pilgrim… It’s Surfer Rosa

Publié par le 14 décembre 2018 dans Chroniques, Incontournables, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(4AD, 28 septembre 2018)

Comme le disait Jacques Séguéla, éminent spécialiste du rock indépendant « si tu n’as pas tous les premiers albums des Pixies en CD, vinyle et MP3, t’as raté ta vie ». C’était un peu radical certes, mais on est au moins d’accord pour dire que t’as raté ta discothèque.

Fort heureusement, Frank Black et 4AD n’étant pas les derniers à courir après les biftons, la discographie des Pixies (à laquelle nous avions consacré un colossal article il y a quelques temps) fait l’objet de rééditions tous les 5 ans environ.

Cette fois, il s’agit des deux premiers faits d’armes des bostoniens qui sont à l’honneur : le premier EP, Come On Pilgrim, et le premier album Surfer Rosa, sorti il y a 30 ans. Pourquoi faudrait-il donc se ruer sur ces disques, s’interrogent les incultes ? On vous explique.

Viens donc Pilgrim, tu sais qu’on t’aime et on va raconter un peu ce que t’as dans le bide. Des mélodies délicieuses (“Ed Is Dead”) mêlées à une furieuse énergie punk (les hispaniques hystériques “Vamos”, “Isla de Encanta”), des refrains éternels (“Caribouuuuuuuuuuuu”)… Come On Pilgrim c’est décousu, c’est foutraque, c’est énervé, ça se chantonne autant sous sa douche que ça se pogote dans son salon (“you are the son of a motherfuckeeeer“). “Levitate Me” boucle ces 20 premières minutes géniales avec ce grain de folie qui ne quittera plus le groupe (enfin si, il le quittera en même temps que Kim Deal). 8 titres, 20 minutes et un bon paquet de promesses.

Pas grand chose à demander de plus et pourtant quelques mois plus tard, Pixies enfonçait le clou au marteau piqueur avec Surfer Rosa. A l’époque, tout le monde se cognait de “Where Is My Mind?” qui n’est qu’un (grand) morceau parmi d’autres. Il y a tout sur Surfer Rosa, une intro de disque merveilleuse avec déjà une pure ligne de basse de Kim Deal, une doublette Black/Deal au chant qui fait merveille, des cris de demeurés du gros aux envolées éthérées de la petite. Des riffs incontrôlés, une hystérie permanente (“Something Against You”, “Broken Face”), une maitrise confondante (“River Euphrates”), un “Cactus” bien piquant qui mettra tout le monde à genoux, Bowie compris (qui le reprendra respectueusement). Des lignes de basse que tu peux apprendre en trois minutes mais que t’aurais jamais pensé à composer. Plus c’est con, plus c’est bon. Fabuleux disque pop expédié façon punk. Des morceaux bourré d’idées géniales, saugrenues, ou les deux, qui en disent bien plus en deux minutes que beaucoup le font en cinq. Surfer Rosa c’est aussi l’une des plus grandes chansons jamais écrites par Kim Deal : “Gigantic”. La formule loudQUIETloud à son paroxysme. On prend tous notre claque et Cobain prend des notes. Pour plus tard.

Ça c’est pour l’Histoire mais pour revenir à l’objet en question, au-delà d’un beau coffret à l’artwork soigné, l’intérêt principal réside dans son live. Un live radio de 86, bien avant que le groupe n’ait enregistré quoi que ce soit, qui a forcément valeur de testament. Il y a un côté touchant à écouter ce groupe balbutiant dont les préoccupations d’alors devaient être de trouver un local pour la prochaine répète et de se dégoter une nouvelle date pour un cachet misérable. Le son est bien dégueulasse, ça chante plus mal que des pieds, c’est pas carré pour un sou, bref c’est jouissif. La setlist est évidemment démente puisqu’Indie Cindy n’était pas encore sorti (et tout ce qui précède Indie Cindy oscille entre le très bon et le fantastique), on retrouve même une version embryonnaire de (la fantastique) « Subbacultcha », pas encore aussi explosive que le morceau définitif qui paraitra… 5 ans plus tard sur Trompe Le Monde, et quelques étrangetés comme ce “Boom Chicka Boom” qui fleure bon la démo bouclée la veille du concert. Après avoir entendu les cordes vocales de Frank Black se désintégrer sur “In Heaven”, nous avons droit à une interview que personne n’écoutera jamais… 

Pour récapituler, si vous avez raté votre vie et ne possédez toujours pas ces albums, c’est peut-être le bon moment de franchir le pas. Si vous êtes un fan ultime et que vous n’avez pas internet pour vous procurer des bootlegs d’aussi bonne qualité (ce qui n’est pas difficile…), ça peut valoir le coup aussi. Sinon, vous pouvez toujours attendre 5 ans et la prochaine réédition.

Jonathan Lopez

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