Last Splash des Breeders a 25 ans. Chronique

Publié par le 21 septembre 2018 dans Chroniques, Incontournables, Non classé, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(4AD, 31 août 1993)

La revanche d’une brune.
Fin 1992 : Pixies se sépare vu que le “couple” Frank Black/Kim Deal ne tient plus. La fin d’un mythe. Kim sera informée par fax. Classe.
Août 1993 : les Breeders sortent “Cannonball” et tiennent leur tube ultime. Celui que les Pixies n’ont jamais obtenu* (même avec l’effet Fight Club). Black peut se les bouffer, Deal jubile.

Ahouhaaa ahouuhaaa. Suivi d’une ligne de basse aussi évidente que dantesque, un refrain qui claque. L’affaire est dans le sac, les Breeders squattent les ondes. Ce n’est pas “Smells Like Teen Spirit” non plus mais le succès est pour le moins inattendu.

Mais réduire Last Splash à “Cannonball”, tout génial qu’il est, serait évidemment criminel. Last Splash regorge de qualités pop, de mélodies simplistes en apparence et diablement accrocheuses, de riffs saturés, de lignes de basse rondouillardes, d’idées bien trouvées… et en plus il y a les soeurs Deal. En un mot, ce disque est la coolitude incarnée et sent bon le 90s à plein nez. Quoi de plus normal en 1993 me direz-vous mais 25 ans plus tard il reste un emblème de cette époque et une de ses œuvres majeures. Dans les musées plus tard, on dira « vous voyez cette chose, ça avait l’air tout con comme ça et ça les a tous retourné ».

Car il y a tout sur Last Splash. Pod était déjà grand, son successeur est un géant. Il consacre définitivement les Breeders et Kim Deal n’est plus « seulement » l’ex bassiste d’un groupe fondamental, elle assure le lead du truc le plus jouissif qui soit. Car si la familiarité des Breeders avec le « grunge » peut parfois sembler évidente, l’humeur n’est pas aussi plombée que chez les mastodontes de l’époque, qui hurlent à tout un tas de gamins déplorés leur mal-être à évacuer. Kim Deal n’a rien à évacuer, elle nous prend par la main, nous explique le tout gentiment, haussant le ton quand il le faut, mais toujours avec une grâce et une classe absolue.

Passons donc en revue les raisons de notre amour fou pour cette indie lady et ses comparses. L’accueil n’est pas des plus chaleureux. « New Year » est menaçant d’emblée et on sent bien qu’on va vite s’en prendre une belle. Après l’intro au ralenti, le tempo augmente subitement et il n’y aura plus rien ni personne pour l’arrêter. Moins de deux minutes et c’est déjà plutôt clair : CE DISQUE VA TOUT ARRACHER. Il y a ensuite « Cannonball » que vous connaissez déjà par cœur et qu’on va donc zapper. Oh et puis merde vous avez entendu cette basse ? Allez, on se la refait. Rien qu’une fois, promis. Jusqu’à la prochaine.

Autre tube mémorable, mais que ta voisine ne connait pas : « No Aloha ». Tube qui, croit-on naïvement, nous emmène à Hawai collier à fleur autour du cou, avant de nous expédier l’affaire à grands coups de pied au cul. On pensait revenir tout beau, tout bronzé et finalement on est couvert de bleus. La magnifique “Do You Love Me Now” fera office de pommade. Le chant touchant de Kim contraste avec le riff lourd de sa sœur Kelley (qui remplace Tanya Donnelly, première gratteuse émérite, partie créer Belly). Les sœurettes forment un duo pour le moins solide. The real Deal.

Si l’album demeure finalement très accessible, malgré quelques coups de sang (comme ce « Flipside » un rien débile qui déboule à toute berzingue), il s’autorise juste ce qu’il faut d’expérimentation le temps d’un « Roi » quasi instrumental qui offre de longs passages noisy tarabiscotés. Expérimental mais nullement chiant, cela va sans dire. On parle des Breeders. Kim Gordon, qui a réalisé le clip de « Cannonball », a dû apprécier.

Après un “I Just Wanna Get Along” bien nerveux, au riff quasi stooges-que, le tout comateux “Mad Lucas” nous laisse nous remettre de nos émotions. Et puis, pour défendre dignement le titre de groupe le plus cool de la galaxie, les Breeders nous torche la pop song “Divine Hammer”, jouissive en diable avec son solo de derrière les fagots qui donne envie d’enfourcher sa bécane, walkman vissé sur les oreilles, en route pour l’université de San Diego.
“S.O.S.” qui porte bien son nom pourrait lui provenir d’un trio d’enragés from Seattle. Comme chez ces derniers, l’équilibre fragile entre pop irrésistible et punk teigneux est savamment dosé, jusqu’au bout. Quand retentit le riff tout narquois de “Saints” (assez pixien il faut bien le dire), Kim Deal dégaine du “You bet i’ll be there” avec une classe inouïe. Personne pour en douter. Et puis, la dame nous morcelle le cœur en 9 morceaux avec son “Drivin’ On 9” (reprise des méconnus Ed’s Redeeming Qualities) en mode folk traditionnelle agrémentée d’un petit violon tout choubidou, qui ferait succomber le premier chauffeur routier venu. Ou n’importe quel type pourvu d’un cœur.

25 ans plus tard, on a le sentiment qu’à cette époque, de grands disques sortaient toutes les semaines. C’est presque vrai. Mais celui-ci reste toujours aussi attachant, émouvant, euphorisant et dans 25 ans il y a de fortes chances qu’on fasse écouter « Cannonball » à nos petits enfants pour qu’ils se penchent sur ce groupe génial avec la bassiste des Pixies…

Jonathan Lopez

*On parle évidemment en termes de popularité, la discographie des Pixies regorgeant de tubes géniaux mais ceux-ci n’ont jamais rencontré un succès comparable.

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