Fai Baba – Sad and Horny

Fai Baba – Sad and Horny

Ce Fabien Sigmund, petit suisse planqué derrière le nom de Fai Baba, a pas mal d’atouts dans sa besace. Une voix de velours, une faculté à créer des atmosphères à la fois relaxantes et désabusées, une qualité d’écriture certaine. Sur Sad And Horny, 5e album du zurichois, sa démonstration est on ne peut plus efficace. Entre pop psyché (“Find Me A Woman” où l’on retrouve un sosie vocal de Mark Lanegan, “Geographical Tongue” quand on croit être sous l’emprise de champis hallucinogènes), doigts de pied en éventail (“Nobody But You”, “I Don’t Belong Here” aux guitares paresseuses et à la rythmique lancinante), la ballade qu’il nous offre est des plus agréables. Et avec un “Why Do I Feel So Alone” qui s’autorise sifflotements à la cool et carillons, on se dit que tout va bien au royaume des 2 de tension. On fout rien, on procrastine sec et au diable les bonnes résolutions (“The Master”). Et puis parfois, sans coup férir, voilà que la machine s’emballe en un garage qui dépote (“Can’t Get Over You”). Quand le branleur patenté se mue en excité du bulbe (valable également pour “Fainted Lover” et sa ritournelle irrésistible). Finalement, si on voulait jouer aux casse bonbons de service (mais c’est pas notre genre), le principal reproche qu’on pourrait adresser à Fai Baba est de ne pas suffisamment se démarquer de l’offre pléthorique existante. La maitrise du sujet est notable, un brin d’audace supplémentaire n’aurait pas été du luxe. Mais en bon glouton que l’on est, on ne se privera pas d’une ration supplémentaire de pop/psyché/bluesy/coolos (classe le comme tu veux, t’as compris où on veut en venir) quand elle est aussi bien servie....

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Nick Cave & The Bad Seeds – Skeleton Tree

Nick Cave & The Bad Seeds – Skeleton Tree

Juillet 2015 : Nick Cave et sa femme sont frappés en plein cœur. Leur fils de 15 ans, sous l’emprise de LSD, a chuté d’une falaise. Il décède quelques heures plus tard. Un monde s’écroule. Comment se relever d’un tel choc ? Le peut-on seulement ? Nick Cave a opté pour la thérapie la plus évidente dans son cas : la musique. Moins évidente était l’idée d’un film, confié à son ami Andrew Dominik, chargé de le suivre dans un processus de création forcément éminemment particulier. On ne va pas s’épancher sur ce film puisqu’on ne l’a pas vu… mais on veut bien croire qu’il confère à ce Skeleton Tree une dimension supplémentaire. Mais même sans l’appui des images, Skeleton Tree est un album bouleversant. D’aucuns jasent sur le moment d’écriture des textes : avant ou après le drame. Difficile de savoir ce qu’il en est vraiment. Une certitude cependant : les chansons qui composent ce Skeleton Tree ont bien été enregistrées après coup. Et ce serait mentir que de dire que ça ne change rien à la donne, tant il est impossible à son écoute de le détacher de son contexte, comme le Blackstar de Bowie en début d’année. « Jesus Alone » plante le décor d’emblée, un décor où l’horizon n’est que désolation. Sur Push The Sky Away, Nick Cave nous avait déjà prouvé qu’il était toujours en mesure de livrer de grands morceaux épurés. Ici il est livré quasiment à nu, comme sur la sublime « Girl In Amber » d’une incroyable sobriété et pureté. Le poids du monde semble alors reposer sur sa seule voix, pourtant accompagnée de quelques notes de piano et cordes. Hormis « Rings Of Saturn », de teneur plus classique (et plus enlevée), ce disque semble être un recueil de lamentations sans doute aussi indispensable dans la reconstruction de son auteur qu’inestimable pour les auditeurs en quête de douceur et de perfection. Car Nick est un géant. Preuve ultime, ce « I Need You » terriblement poignant où le grand gaillard se montre d’une fragilité extrême, sur le fil en permanence, comme au bord de l’effondrement. Beau à en pleurer. Seule réserve, un morceau comme « Distant Sky » avec la ténor Else Torp, se révèle presque gênant. Nonobstant son incontestable beauté, on aurait en toute honnêteté beaucoup de mal à écouter tout un album rempli de titres comme celui-ci, quasi funéraire avec son orgue, son absence totale de rythme, ses caresses dans le sens du poil. Mais « Skeleton Tree » vient nous remettre du baume au coeur, comme si Nick Cave avait préféré que tout ce processus cathartique s’achève sur une petite lueur d’espoir, comme s’il voulait nous indiquer que tout ira bien sur une mélodie moins pesante, appuyée par de délicates notes...

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The Gun Club – Fire Of Love (Fury)

The Gun Club – Fire Of Love (Fury)

Jeffrey Lee Pierce avait déjà sacrément roulé sa bosse avant de monter le Gun Club. Après avoir crapahuté dans bon nombre de groupes d’inspiration punk, déjà (le Delta Blues notamment), fait parler sa plume pour le fanzine Slash Magazine, crié son amour pour Blondie en tant que président de son fan club (!), il finit par se trouver l’escouade idéale pour atteindre les sommets qui n’attendaient que lui. Au sein de cette escouade, celui qui l’épaulera à la guitare et dont le parcours est curieusement assez analogique au sien, Brian Tristan plus connu sous le nom de Kid Congo Powers. Avant le Gun Club, le père Brian était lui aussi président d’un fan club, celui des Ramones, et fondateur du fanzine The Screamers. Ils étaient faits pour s’entendre. Le groupe se nomme initialement The Creeping Ritual avant d’opter pour un nom plus agressif à l’oreille, The Gun Club. Kid Congo se tire peu avant la sortie de Fire of Love, pour rejoindre les Cramps. Pas mal non plus. Jeffrey Lee Pierce ne se laisse pas démonter et, entouré de Ward Dotson (guitare, slide guitare), Rob Ritter (basse), Terry Graham (batterie), balance un impérial premier album en 1981. Fire Of Love donc. Pierce était un bon vieux déglingué, fort instable comme sa musique, préférant snober un soundcheck pour aller se bourrer la gueule. Avec le Gun Club, il s’était mis au point un petit cocktail maison en puisant dans les racines américaines (blues, country), le tout rehaussé d’une dose de punk. Bien chargée la dose. L’entame de Fire Of Love est à haute teneur inflammable. Single intemporel, « Sex Beat » est irrésistible. « So you can move, move » exhorte Jeffrey autant pour alimenter le coït brûlant que pour rameuter ses troupes, sans oublier d’avertir « we can fuck forever but you will never get my soul ». S’ensuit une furieuse reprise du « Preachin’ The Blues » de Robert Johnson. Dépoussiéré, branché sur 1000 volts, le blues des ancêtres. On l’a dit les racines sont importantes pour le Gun Club, qui aime faire trainer un bon vieil air innocemment country avant de tout envoyer valser dans une virée sauvage (« Ghost On The Highway »), ou rendre incandescent un blues qui se serait bien contenté de n’être que lancinant (« Promise Me » et son violon qui squatte le fond sonore). Indomptable, ce disque l’est de bout en bout, rempli de ruptures intempestives. Comme quand JLP décrète que le « fire will stop » (« Fire Spirit », autre tube éternel, à tout jamais affublé du label cool) ou sur l’endiablé « For The Love Of Ivy », le groupe appuyant sur le champignon quand ça lui chante, mais toujours à bon escient. L’assemblage est parfait : riffs tranchants, basse-batterie constamment sur le qui-vive et un Jeffrey...

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Interview – The Flamin’ Groovies

Interview – The Flamin’ Groovies

C’est par une fraîche soirée ce 29 avril 2016 que je pars au Petit Bain, confiant dans mon destin… Je suis seul ce soir, mal équipé techniquement, pas trop d’humeur sociale mais… je veux et je vais interviewer les Flamin’ Groovies ce soir ! Je les écoute depuis suffisamment longtemps, j’ai tellement maté les pochettes de Flamingo et Teenage Head, ce dernier ayant été mon vinyle de chevet pendant un certain temps… que je ne pouvais pas manquer l’occasion. J’avance à pas feutrés… petit échange avant le concert avec le batteur, Victor, il semble se souvenir de notre conversation de l’année dernière au Trabendo et est prêt à jouer l’entremetteur, même s’il m’avoue que l’ambiance est pourrie (rhume généralisé, ex-épouse qui débarque, etc). Le concert, rien à redire, toujours jouissif, sauf que toujours pas de Roy Loney à l’horizon, il n’a fait que quelques dates avant de faire face à un souci de passeport… Ce sera donc en format “Sire Records” qu’ils officieront. Bon. Alors bon voilà, passé le concert, je prends mon mal en patience et soudain, je me retrouve dans une pièce de 5 m² avec l’essentiel des Groovies : Cyril Jordan, George Alexander et Victor Penalosa. Les 2-3 fans admis backstage disparaîtront rapidement ainsi que le roadie, je me retrouve donc juste avec eux et Chris Wilson, tout bourré, fera des entrées et des sorties… Mon grand moment est là, je la joue cool et je ne pense surtout pas que les mecs sur ces pochettes époque Kama Sutra Records que j’ai tant aimées sont là, à m’appeler “Manuel” et à répondre à mes questions griffonnées sur un bout de papier… Mes amis, je vous le dis, ces mecs-là sont au top, passionnés, accessibles, humains, sans fausse modestie… Le genre de mecs dont on se dit que, tant qu’ils sont là, tout va bien… Mes amis, les Flamin’ Groovies version 2016 !!! ENGLISH VERSION BELOW   Cyril, je t’ai vu jouer plusieurs fois récemment et tu as toujours l’air très heureux sur scène. Il semblerait que cette reformation ait été la meilleure idée possible…   Cyril Jordan (guitare-chant) : oui, tu as raison. Il faut dire qu’on était des amis très proches il y a 35 ans et on s’est remis ensemble il y a 3 ans et c’est comme s’il ne s’était rien passé entre temps. Comme si c’était le lendemain de notre séparation en 1980. Pour des mecs comme nous, c’est un privilège de jouer de la musique devant des gens qui nous aiment.   Comment les choses ont évolué durant ces trois ans ? CJ : de mieux en mieux ! On est très au point maintenant ; tu ne peux être aussi...

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Kurt Vile – B’lieve I’m Goin’ Down… (Matador)

Kurt Vile – B’lieve I’m Goin’ Down… (Matador)

Il est assez amusant de constater que le départ de Kurt Vile des War On Drugs aura finalement été bénéfique aux deux camps. En tout cas, la carrière solo de Kurt Vile et les efforts de War On Drugs sans lui ont parallèlement pris un essort notable. On ne va pas s’attarder sur ces derniers mais on ne sera pas de ceux qui trouveront à redire sur Smoke Ring For My Halo et Wakin On A Pretty Daze, les deux prédécesseurs de très haut niveau livrés par Vile. Et on vérifie très vite que le bougre continue ici sur sa lancée. Il y a d’abord l’impeccable mise en bouche “Pretty Pimpin” qui trotte immédiatement dans la tête. Et dans laquelle on note un Vile osant prendre des libertés dans ses intonations, lui qui nous a habitué à une certaine monotonie doublée de nonchalance dans son chant (sans jamais que ça en devienne ennuyeux néanmoins). Plus avare en longues échappées acoustiques que sur l’album précédent, Kurt Vile s’octroie tout de même un fingerpicking soutenu sur “All In A Daze Work” (sans doute un clin d’oeil au nom du dernier album), montrant là encore tout son talent de compositeur et de guitariste. Tout en affichant une patte immédiatement reconnaissable, ce qui ne nous empêche pas pour autant de songer à Neil Young de temps à autre (“Wide Imagination”). Comme ce dernier, il est de ceux qui ont ce petit truc en plus, ce truc qui confère une dimension supérieure à un titre comme “That’s Life, Tho (Almost Hate To Say)” qui n’aurait pu être “qu’une” chouette ballade pépère… et qui finalement nous donne l’impression d’être des privilégiés de simplement pouvoir l’écouter. Wakin On A Pretty Daze bénéficiait d’une grande homogénéité avec de longs titres assez proches dans l’esprit, là où B’Live I’m Going Down n’hésite pas à varier les plaisirs d’une piste à l’autre, avec un Vile certainement plus que jamais sûr de sa force. C’est bien simple, le bougre s’en sort toujours haut la main qu’il soit accompagné d’un piano (“Life Like This”), qu’il sautille autour d’un banjo (“I’m An Outlaw”), ou se retrouve carrément encombré de nombreux synthés (“Lost My Head There”). Sur ce dernier point, l’exercice est déroutant mais finalement pas si incongru. Ça n’avait pas réussi à tout le monde (on pense au douloureux dernier album de Lanegan, pourtant pas vraiment dénué de talent ni d’expérience). S’il peut même se permettre ça, on ne voit pas trop ce qui est capable d’empêcher Kurt Vile de faire de la bonne musique en ce moment....

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