Shannon Wright – Providence

Publié par le 23 septembre 2019 dans Chroniques, Notre Sélection, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Vicious Circle, 20 septembre 2019)

On ne va pas faire comme si on était totalement tombés des nues non plus. Cela fait un bail que Shannon Wright joue des morceaux au piano et son album précédent, le bouleversant Division, était annonciateur de la direction prise sur Providence.
Les débuts folk sont loin, les bourrasques noise sont oubliées, même les incursions électroniques ont été mises de côté. Un piano, une voix. Et c’est marre.

Un choix audacieux mais quand on a la voix de Shannon Wright, on peut envisager les choses avec sérénité. En dépit des doutes qui l’assaillent régulièrement (voir notre interview), elle peut faire confiance à son talent, laisser parler sa sensibilité, exposer sa fragilité, pour partir à la conquête des pauvres âmes des auditeurs. Et le début de cet album lui donne raison. “Fragments” se saisit immédiatement de nous et ne nous laisse guère le choix. Il faut accepter, partir avec elle. Sans retenue.
Moins de sobriété pour “These Present Arms” avec des chœurs qui viennent renforcer la dramaturgie et le crescendo du refrain qui nous flingue pour de bon. L’intensité est énorme, c’est somptueux. Shannon qui se plaît à maltraiter les guitares, joue au piano de manière très déliée. Et sa voix se marie tout aussi bien à la délicatesse des notes effleurées, même si on retrouve son goût pour les notes graves. Sur “Close The Door”, elle laisse son piano s’évader seul durant un long moment et le morceau-titre est même totalement instrumental. La confiance est là, donc. La maitrise et l’émotion également. Mais…

Mais l’exercice a ses limites. Après les joyaux précités du début d’album, l’euphorie redescend d’un cran. On a beau aimer éperdument la musique de Shannon Wright, être touché au cœur par son chant si authentique, se montrer admiratif devant sa maitrise de ce noble instrument qu’est le piano, le constat est là : cet album n’a simplement pas le même effet sur nous qu’avait eu Division. Il ne dégage pas la même force. La mise à nu lui sied admirablement mais finit par la desservir quelque peu. On ne réclame pas forcément de l’électricité à cors et à cris mais une surprise, un sursaut à même de rompre la monotonie qui s’instaure lentement mais inexorablement.

Difficile de parler d’échec pour autant, tant Providence comporte de vrais moments forts. Il faut simplement se faire à l’idée de n’apercevoir les sommets que furtivement et quand on est habitués à les côtoyer durablement, cela peut être difficile à accepter.

Jonathan Lopez

Shannon Wright sera au Trianon de Paris le 14 octobre, au Théâtre Comédie Odéon (Lyon) le 20 et au Krakatoa (Mérignac) le 22.

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