Battle psyché US : Roky Erickson vs Sky Saxon

Battle psyché US : Roky Erickson vs Sky Saxon

Il y a des choses dans la vie qu’on reporte encore et encore. En ce qui me concerne, découvrir les discographies solo des deux anciens leaders de groupes psychédéliques cultes, par ailleurs trop tôt disparus, j’ai nommé Roky Erickson (ancien 13th Floor Elevators) et Sky Saxon (ancien Seeds). Alors, voici, en 5 morceaux chacun, ce qui émerge après une première passe, sans doute un peu superficielle, sur le travail de ces deux légendes. Première constatation, Roky peut clamer des productions relativement plus professionnelles que Sky, le côté impro de ce dernier ne serait pas passé avec certains producteurs. Ensuite, en terme de volumétrie de production, notre ami Roky, pourtant encore très loin d’une logorrhée musicale, prend l’avantage. Par ailleurs, les innombrables groupes et appellations du Sky “solo” le desservent forcément pour ce critère quantitatif. Enfin, au jeu de qui est le plus perché et n’a toujours pas atterri depuis 67, Sky Saxon s’impose largement en apparence, même si son challenger dans la catégorie est un schizophrénique notoire, d’ailleurs passé par les électrochocs et ayant souffert de visions hallucinatoires, vampires et autres créatures faméliques entre autres, pendant de nombreuses années. Alors, voici pour commencer, 5 pistes fabuleuses de Mr Roky Erickson, tirées de trois LP (Evil One, Don’t Slander Me et All That May Do My Rhyme) : 1. “Two Headed Dog” (The Evil One, 1987) : c’est rock, c’est bien foutu, c’est jouable sur les ondes (sans être FM quand même). Roky E. a la voix des bons jours. En tendant l’oreille, on entend des cris déments, à moins que ce soient des cris de gremlins… Bonne entrée en matière ! 2. “Night Of The Vampire” (The Evil One, 1987) : choisissez plutôt cette version que celle de Gremlins Have Pictures pour un Roky qui s’égosille, nous prévenant d’un danger imminent et nous fait un début de “bridge” avec l’accent transylvanien. Les synthés et les grattes font bien 80’s, pour le charme supplémentaire… 3. “Burn The Flames” (Don’t Slander Me, 1986) : j’adore ! Roky parle plus qu’il ne chante. Il a l’air plutôt sobre sur ce coup-là, ce qui ne rend son propos que plus jouissif. Au passage, un petit solo de gratte des familles qui déchire bien et fait passer un peu les 6 minutes du morceau, longueur qui dénote dans un album assez rock et qui va à l’essentiel (il contient notamment les deux hits en puissance, “Dont Slander Me” et “Bermuda”, mais autant sortir un peu des sentiers battus, n’est-ce pas ?). 4. “Can’t Be Brought Down” (Don’t Slander Me, 1986) : pour moi, la marque de fabrique du père Roky post-13th Floor, à savoir un frontman qui s’éclate les cordes vocales avec, derrière, un...

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The Rolling Stones – Sticky Fingers

The Rolling Stones – Sticky Fingers

(Rolling Stones Records, 23 avril 1971) Fêtes de fin d’année obligent, quand le boss d’Exitmusik m’a parlé de célébrer les 50 ans de Sticky Fingers, je me suis lancé sans réfléchir… Avec donc plus d’un an d’avance… Et tant pis pour Let It Bleed !  C’est à peu près là que ma vie rock’n roll a réellement commencé. Sticky f*** fingers. Le LP de 71. Mon préféré de toute la disco des Stones. Celui que je redécouvre tous les 5 ou 10 ans. Que je rachète sous différents formats. On parle beaucoup de la cover pic qui est en effet un coup de génie mais ce qui est un souvenir d’enfance pour moi est plutôt la pochette intérieure. D’un côté, on a une belle langue, le tout nouveau logo des Stones, affiché en pleine page. Business deal. De l’autre, une photo de famille. Les 5 Stones. Mick est un peu dans son coin et baille aux corneilles. Les mains dans ses poches de blazer trop grand sont gravées à jamais dans mon cerveau reptilien. Keith, un poil trop gros pour ce collant moyen-âgeux joue au chef de bande. Bill mime une descente de poudreuse et Charlie et Mick (Taylor) font un sourire de photo de classe. Par son geste, Bill résume bien l’esprit de cet album. Upper. Downer. Les “produits”. La vie est amusante mais fatigante. Jouissons mais avec un Mother’s Little Helper en support. On dirait que les enfants de 66 ont farfouillé dans le vanity case de maman et ont trouvé de quoi il s’agissait. Il n’y a pas que maman qui a besoin d’un boost pour supporter le quotidien.  Cet album devrait être interdit aux moins de 12 ans. Je ne serais peut-être pas tout à fait le même aujourd’hui si cet album n’avait pas existé. On a affaire à une roche ciselée, une opération à cœur ouvert, un pont bringuebalant, un vieux matelas puant. Ça apprend la vie. On se dit que ce n’est que de la musique mais on se dit la même chose quand on est petit et qu’on regarde un film d’horreur. Ce n’est que du cinéma. Quand j’étais petit et mort de trouille devant un film, je pensais aux acteurs qui rigolaient entre eux, une fois la prise finie. Ici, c’est pareil. On se dit que c’est un délire de musiciens riches et surdoués. Mais non, c’est la vraie vie. Six ans plus tard, Keith n’est pas loin du trou (canadien). Et puis, Brian a fait le grand plongeon depuis deux ans déjà. La mort est là, elle rôde. Comment les protagonistes de Sticky Fingers sont encore tous vivants en 2020 malgré l’appel du vide d’un coup de génie évident et...

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The Schizophonics – People In The Sky

The Schizophonics – People In The Sky

(Pig Baby, 31 octobre 2019) Deux petites années après The Land Of The Living, voici le grand retour des Schizophonics avec leur nouveau LP intitulé People In The Sky. Et ils frappent fort ! On se demandait s’ils sortiraient de cette proximité avec le son du MC5 et la réponse est évidente dès le deuxième morceau, “Steely Eyed Lady”, qu’on croirait avoir déniché sur un vieux 45T de Hot Rod. Ça va vite, très vite, le gimmick sonore sur les voix fait mouche, ainsi que cette drôle de distorsion guitare audible au casque. Alors, bien entendu, notre couple de tourtereaux font des réguliers allers-retours San Diego/Detroit mais ce n’est que pour mieux ré-attaquer avec une louche de soul sudiste ou un coup de British Invasion : le riff Kinks-ien de “The One I Want”, très efficace, ou encore “Not Gonna Change My Mind” démarrant avec notre ami Pat Beers déclarant, déjà essoufflé avant de commencer “Brainwashed… and hypnotized!!“. Et c’est comme cela qu’on ressort de l’écoute de cette petite bombe de fin 2019, la cervelle atomisée et les sens annihilés !...

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The Mystery Lights @ La maroquinerie (Paris), 15/10/19

The Mystery Lights @ La maroquinerie (Paris), 15/10/19

© Ryad Jemaa Pour ceux qui n’ont pas lu la chronique de Too Much Tension! des Mystery Lights, je la fais courte. Nos new-yorkais (d’adoption) ont tout des sympathiques dilettantes à qui on peut à peu près tout passer… Tout cela est vrai mais attention, quand ils s’y mettent, ils sont capables d’écrire les mélodies parmi les plus catchy de la scène garage actuelle. Alors, les voilà donc de retour à la Maroquinerie après quelques années d’attente. Le line-up a très légèrement changé en la présence d’une claviériste blonde platine. Pour le reste, nous avons toujours nos amis, Mike, Zach, Luis et Alex. La salle est pleine ou presque et les mystérieuses lumières attaquent avec “Tired Of Livin In The City”, instant-classic. Moi, tout dévoué à ma cause, je ferai la grosse première moitié du concert juste devant la scène. Ça tabasse bien. Ça slamme (le frontman cédant lui-même à la tentation). Tout va bien. Il fait 40°C. Mike Brandon est toujours monté sur ressorts, Zach Butler depuis sa batterie est toujours le pourvoyeur de tequila pour le groupe entier, Luis Solano concentré sur ses volutes 60’s et Alex Amini assurant une solide ligne de basse. La suite du concert est un maelström de morceaux tirés des deux magnifiques LP. Le groupe enchaîne titres rapides (“Thick Skin”, “Traces”…), passages plus poppy (“Too Many Girls”, “Someone Else Is In Control”…), quelques respirations low tempo (“Watchin The News Gives Me The Blues”, “Too Tough To Bear”) et “retour au garage” (“Intro”/”Follow Me Home”, “Too Much Tension”). On en redemande ! Approchant de la fin du concert, ils nous mettent au défi de trouver le titre dont ils font une méchante cover. Je n’ai pas trouvé. Puis… puis… ils reprennent “Dead Moon Night” de Dead Moon et là, on sent que l’éthanol fait effet, 10 minutes de grand n’importe quoi de génie, d’échanges d’instrus dans tous les sens, le batteur manque d’éborgner le guitariste d’un lancer de drumstick, les ups and downs plus ou moins sous contrôle se succèdent pour faire le lit d’un final apocalyptique. OUCH ! © Ryad Jemaa Un tour au merch me fait sourire. Tellement dans l’esprit TML (The Mystery Lights) : le choix entre un T-shirt rouge marqué TML au lettrage aussi original qu’un Arial de base et un… T-shirt blanc TML/Arial tout pareil. Ils ont dû se réunir au moins 5 minutes pour causer design. Pas leur truc… Par contre, ils viennent faire un tour serrer des pinces, signer les LP et discuter bien volontiers. Mike est le genre de gars qui vous donne l’impression qu’il vous reconnaît et est aux anges de vous revoir. Zach court dans tous les sens pour trouver un stylo et...

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Ty Segall @ La Cigale (Paris), 09/10/19

Ty Segall @ La Cigale (Paris), 09/10/19

Nous ne sommes pas peu fiers de cette photo de grande qualité. Une Cigale presque pleine par cette belle soirée d’été indien pour accueillir Ty Segall en tournée pour son nouvel album First Taste. Deux dates à Paris avec le même principe, jouer entièrement ce petit dernier et jouer ensuite entièrement un album passé, en l’occurrence Manipulator pour ce qui est de ce soir. Une bien belle salle pleine de charme, dans laquelle je démarrerai la soirée “en fond de cours” juste derrière la fosse pour migrer ensuite vers sans doute la meilleure vue plongeante qui soit, tout à l’avant du balcon. L’excellent Freedom Band, attaque donc la première plage de First Taste et au bout d’une minute trente, Ty Segall dépose sa gratte et vient s’installer à la deuxième batterie installée sur scène et attaque le solo de mi-morceau. Ça démarre fort. Il nous fera le coup 15 fois dans la soirée, sans jamais lasser. En fait, c’est un grand batteur (NdRC : et on l’avait déjà constaté sur Fuzz !) capable d’une synchro millimétrique avec son drummer en titre. Un peu plus tard, un type à côté a la même réflexion que moi sur l’attaque de “The Faker” : “Mais c’est du Gary Glitter !” Le dernier album gagne énormément en live. “The Fall”, “I Worship The Dog” et “The Arms” sont littéralement des murs du son ! Côté fosse, ça commence à bouillonner, on atteint rapidement les 10 slams par morceau. Moment de complicité avec le père Ty : un mec monte sur scène et se redresse pile à une fin de morceau, un ange passe, Ty sourit et sauve la mise au type en attaquant la suite. Manipulator donc, fait sur mesure pour être joué en intégralité. Fieffé coquin, Ty Segall joue “Feel”, le morceau phare, tout en retenue – cordes légèrement étouffées, mid tempo – comme pour mieux encore engendrer notre frustration et notre envie d’en découdre. Les trois grattes, dont une excellente acoustique tout le long ou presque, la basse énorme, le clavier qui gagnerait à se lâcher un peu mais a eu ses moments de grande déconstruction sonique, le batteur et demi et puis Ty Segall que je n’avais jamais vu en concert. Tout simplement parfait de maîtrise sans jamais faire train-train de tournée, une sympathie naturelle sans se sentir obligé de parler pour ne rien dire. On en redemande. Le rappel, ce sera la headbangesque “She”, incontournable, sur laquelle, surplombant quasiment la scène depuis mon balcon du premier étage, je contemple la fosse qui est partie en vrille totale, la scène et la salle sont rouge sang, un dernier riff et c’est la fin. Déjà… Mais comment ai-je pu louper (snober...

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