Tropical Fuck Storm – Deep States

Publié par le 18 août 2021 dans Chroniques, Notre sélection, Toutes les chroniques

(Joyful Noise, 20 août 2021)

Il y a presque deux ans, je chroniquais le second album de Tropical Fuck Storm, Braindrops, ma première chronique pour votre site préféré. Du coup, à l’annonce de la sortie de ce Deep States, nouvel essai des australiens, l’hésitation a été courte. Nouveau plongeon dans l’univers étrange de TFS, même si l’artwork est cette fois-ci bien sage.

Le groupe de Melbourne offre une musique exigeante (vous avez dit dérangeante ?), souvent déroutante mais qui a au moins le mérite de sortir des sentiers battus du rock game. D’autant que Gareth Liddiard dans un style plus « classique » toutes guitares dehors avait déjà signé en 2013 avec The Drones un de ces disques underrated – l’excellent I See Seaweed – difficiles à égaler. Pas franchement convaincu par les derniers King Gizzard en plus, j’attendais un sursaut du quatuor aussie pour redorer le blason local. Comme d’habitude avec TFS, la première écoute a quelque peu douché mon enthousiasme. Mis à part le tranquille « New Romeo Agent » qui offre des sonorités presque friendly, porté par la voix douce d’Erica Dunn et une basse ronde, on retrouve (encore et) toujours des guitares dissonantes agressives… Et des titres qui arpentent de nombreux chemins tortueux comme pour mieux nous perdre, entre hip hop poisseux et noisy rock déglingué. Le groupe fait selon les termes du communiqué de presse « des disques pop qui ne font pas semblant que tout va bien ». Les lyrics le confirment. Ajoutez le spectre de la pandémie, les confinements, et l’état des démocraties occidentales et vous avez un bon aperçu du terreau dans lequel TFS fait pousser ses chansons étranges. Il faut même bien s’accrocher à la rampe, parce qu’on est bien secoué surtout sur la première partie de l’album. Si « The Greatest Story Ever Told » joue plutôt la carte noisy d’entrée (l’outro stridente !), on bascule rapidement dans une musique hybride lorgnant vers un hip hop bancal, pas avare en punchlines bien senties. Comme sur « G.A.F.F. » (et son clip lockdown wtf !) qui rampe au gré d’une basse devenue soudain plus présente.

« deep fakes, false flags, fires and famine
unicorns, uniforms, water cannons
everybody’s going nuts
their drugs are on drugs
somebody do something!!!
yeah but nobody does »…
… Give A Fuck Fatigue »

Dans la catégorie étrange, on avait déjà eu droit à la Cavalcade de Black Midi cette année. Mais contrairement aux anglais, on trouve souvent un gimmick catchy, un refrain punchy, une harmonie vocale inattendue qui emporte l’adhésion alors que l’on fronçait le sourcil l’air circonspect à la première écoute. Gareth Liddiard est entouré de trois coéquipières (Fiona Kitschin, Erica Dunn et Lauren Hammel) dans son aventure. Et il a la bonne idée de leur laisser aussi quelques tours de chant. « Suburbiopia » a beau évoquer les sectes et les suicides collectifs, la voix d’Erica Dunn fait mouche sur ce titre synthétique hypnotique (les guitares sur la fin !). Comme son duo avec Gareth sur l’étrange « Bumma Sanger » aux lyrics covidés et au refrain addictif.

« my doctor told me not to go outside
told me I could get sick and die
perhaps, my lungs would collapse…
…this was supposed to be a summer banger
but it’s just another bummer sanga
how you going with the cabin fever?
are you feeling like some pain relief?
aahhh the bad news channel’s on a fucking roll
i’m feeling useless as a missing remote
control is an optic illusion »

Etrange, la capacité du groupe à pondre des titres répulsifs qui finissent par vous attirer dans leur toile, sournoisement, pour ne plus vous lâcher. Les harmonies vocales sauvent parfois le coup (« Blue Beam Baby » pas inoubliable sinon) et s’absentent même sur le final électro et bizarre « The Confinement of the Quarks », pas forcément indispensable non plus. La seconde partie de l’album est faussement apaisée à l’image de « New Romeo Agent » (les costumes et le clip DIY wtf !) et offre ainsi un contraste bienvenu (« Reporting of a Failed Campaign », « Legal Ghost »), délaissant cette fois-ci le versant hip hop et les stridences. Mais on préfère quand Gareth Liddiard reprend le rôle du crooner cabossé pour les 7 minutes de « The Donkey », sur lequel on n’est pas loin d’atteindre l’intensité de « Maria 63 » sur Braindrops. Noisy Blues. Même constat que pour Braindrops au final. Un album qui demande du temps. On ne reviendra pas tout les jours dessus. On ne le rangera sûrement pas dans la liste des indispensables du 21e siècle. Mais le groupe de Melbourne continue de tracer sa voie, se nourrissant du chaos ambient, et se foutant pas mal des conventions stylistiques.

Voilà, vous êtes prévenus. Tropical Fuck Storm est de retour. Le monde part (toujours) en sucette. Les australiens continuent d’en écrire une bande-son assez déglinguée. Si vous avez le courage de l’affronter, vous pourriez même l’apprécier. La bande-son. Pas le monde.

Sonicdragao

Tous nos articles sur Tropical Fuck Storm

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *