black midi – Cavalcade

Publié par le 26 mai 2021 dans Chroniques, Toutes les chroniques

(Rough Trade, 28 mai 2021)

WTF. C’était ma première impression à la fin de la première écoute de cette Cavalcade, deuxième album des anglais de black midi. Et troisième chronique dans le registre après celles de Black Country, New Road et Squid, leurs concurrents directs dans la catégorie des nouveaux petits chimistes de la scène anglaise.

Soit de jeunes morveux qui jouent aux savants fous en mélangeant toutes sortes d’influences (ici pas mal de jazz) dans un creuset qu’ils balancent ensuite sur quelques braises de post-punk, avec de l’huile et une bouteille de gaz qui traînait par là. Le résultat ? Un feu d’artifice d’audaces. Ou la désagréable sensation d’une explosion arty sans cohérence. Au choix. Chacun a sa conception d’un bon disque, mais quand on s’essaie au jeu (périlleux) du patchwork musical en entassant les références, mieux vaut disposer d’un minimum d’éléments catchy pour ne pas perdre l’auditeur. Un disque qui ne s’apprivoise pas à la première écoute, c’est toujours intéressant. Un disque, aussi ambitieux soit-il, mais qui ne te fait pas lever l’oreille au détour d’une voix, d’un riff, d’un gimmick ou d’un refrain bien troussé, c’est un disque que l’on risque d’oublier. Vous me voyez la faire la Cavalcade avec mes gros sabots ? Avec ses 8 titres disparates, black midi propose un disque pas facile d’accès, parfois foutraque (« Hogwash and Balderdash », le titre le plus court, dans tous les sens du terme et je suis poli), mais rarement sublime. Qui souffle le chaud et le froid et rigole bien du malaise de l’auditeur. Contrairement à l’artwork chargé du disque, le groupe convaincra plus dans la sobriété que dans le fourre-tout. « John L » qui ouvre le disque peine ainsi à séduire malgré son rythme trépidant. Piano dissonant, voix grave prêcheuse, cordes stridentes, je sauverais le petit pont ambient. Ok, le clip est dingue. Mais bon, le clip, on s’en fout, non ? Ensuite, tu trouves « Marlene Dietrich », ballade acoustique délicatement orchestrée avec une petite guitare bossa du plus bel effet et une voix déjà beaucoup plus accueillante (mais clairement le point faible de ce disque pour ma part).

S’il y a indéniablement du talent (et un gros bagage technique) chez ces jeunes gens, on les trouve essentiellement sur la moitié centrale assez réussie du disque. « Chondromalacia Patella » (référence à une blessure du genou), propose une fusion math-rock-jazz avec explosions noisy et cuivres free convaincante, sur un canevas rythmique de montagnes russes. Même recette sur « Slow », où une voix neurasthénique plombe toutefois un peu le résultat final. Dans une veine post-rock, difficile de ne pas remarquer le sublime crescendo de « Diamond Stuff », le bien nommé, qui se déploie majestueusement. Porté par une instrumentation riche (piano, cordes, percussions, saxophone, flûte, bouzoukis…), ce titre diffuse une vibe que n’aurait pas renié un Radiohead. On serait presque enthousiasmé d’autant que « Dethroned » avec lequel on enchaîne offre aussi de solides atouts. Basse bondissante groovy, guitares noisy frondeuses, et un petit gimmick de synthé pas loin de nous faire taper dans les mains. On oublierait presque le chanteur. On balance ensuite la vaisselle avec fracas sur « Hogwash and Balderdash » qui ressemble à un délire arty qui se veut énervé alors qu’il est au mieux pénible. Heureusement pour finir sur une note plus positive, on appréciera les quasi 10 minutes de « Ascending Forth », odyssée folk où l’orchestration, foisonnante et soignée, fait à nouveau merveille. Parfois, il vaut mieux faire confiance à la mélodie et à la subtilité que surjouer le post-punkeux plus braillard que son voisin.

Voilà un disque qui va diviser. Je n’irais pas jusqu’à oser dire que c’est génial, vu que ce patchwork décousu frôle parfois le défilé énervant de musiciens vomissant leurs références (so what? Le jazz). Je ne le le jetterais pas au feu non plus, car on y trouvera quelques beaux moments et une certaine audace. Mais s’il fallait départager ces anglais et leurs camarades de promo Squid et Black Country, New Road, force est de constater que le manque de charisme du chanteur et l’absence d’un titre incendiaire qui te colle au mur, vont pénaliser black midi. En plus, un orage de grêle vient d’éclater. La Cavalcade sous la tempête ? Je suis pas trop chaud, là tout de suite.

Sonicdragao

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