Bandeau provisoire

Rock en Seine (Saint-Cloud, 92), du 28 au 30/08/26

Posted by on 15 septembre 2026 in Live reports, Non classé

Vendredi 28 août 2026

Première bonne nouvelle : pas de file d’attente à l’entrée. L’an passé, la polémique Kneecap m’avait valu une demi-heure d’attente et une arrivée au tout début du concert de Sharon Van Etten.

Comme j’ai pris de la marge, j’ai largement le temps de découvrir Sarab, un curieux crossover entre une jeune chanteuse syrienne à la voix magnifique et au T-shirt Iron Maiden, et des musiciens éclectiques mais tout de même bien portés sur le metal. Trop loin de tout ce que j’aime, je lâche l’affaire au bout de trois morceaux. Direction le bar, puis la grande scène.

Un chroniqueur d’Exitmusik qui arrive devant la grande scène avec un quart d’heure d’avance pour voir Wet Leg, ça peut paraître incongru : la hype de l’été 2021 n’a clairement pas fonctionné au sein de la rédaction (à laquelle je n’appartenais pas encore). (NdRC : si, ça avait quand même plu à l’une – mais une seule, hein – d’entre nous. La preuve) De mon côté, j’avais flashé sur les deux musiciennes de l’île de Wight, leurs riffs aux petits oignons qui me renvoyaient à Elastica ou même aux tubes du Last Splash des Breeders, et leurs paroles drôles et irrévérencieuses envers une partie de la gent masculine. J’avais adoré leur premier album (que j’avais encensé dans le regretté webzine communautaire xsilence.net, ce qui m’avait attiré à l’époque quelques moqueries) et passé un bon moment lors de leur premier passage à Rock en Seine, en 2023. Le deuxième album, sans être désagréable, ne m’avait pas spécialement marqué, mais j’avais tout de même envie de les revoir.

Très vite après son entrée en scène, le groupe semble fébrile. Malgré le matraquage en règle du batteur et du bassiste, qui balancent une rythmique pachydermique, Hester Chambers, la guitariste la plus discrète, semble complètement effacée, planquée au fond de la scène, derrière les nuages de fumée, et jouant dos au public, tournée vers le batteur (au point qu’un pote a cru qu’elle n’était tout simplement pas là). Elle laisse ainsi sa copine Rhian Teasdale toute seule pour mettre l’ambiance, mais celle-ci ne semble pas très à l’aise non plus : lorsqu’au début du deuxième morceau, le bassiste s’interrompt pour régler un problème technique, elle ne trouve rien à dire pour meubler. Le contraste est saisissant entre ses paroles crues, son jeu de scène lascif et provocateur, et sa retenue lorsqu’elle s’adresse entre les morceaux à un public pourtant largement acquis à sa cause.

Au bout d’une demi-heure, le concert décolle enfin, à la faveur de deux tubes du premier album. Hester se tourne enfin vers le public pour chanter, et je retrouve ce duo de voix que j’avais tant apprécié. Vingt minutes plus dynamiques, et puis le groupe s’enfuit quelques minutes avant l’horaire prévu, écourtant un set assez frustrant. C’est un peu comme quand vous recroisez à Paris une bande de potes que vous aviez rencontrés pendant les vacances : hors contexte, ils n’apparaissent plus aussi légers et marrants que lors de votre première rencontre. Je leur souhaite bon courage pour leur tournée des arenas en première partie de Tame Impala (NdRC : et bon courage pour supporter la musique de Tame Impala durant toute une tournée), en espérant que le public soit aussi amical que celui de Rock en Seine. (Myfriendgoo)

Pour ma part, je commence avec Biffy Clyro. Bon, je trouve Simon Neil très sympa. Il y a un enthousiasme communicatif chez lui. Et puis il a un super son de guitare. Mais désolé, son rock high energy est souvent lourdingue et parfois de très mauvais goût (les cordes). En témoigne un hommage à la Queen Dolly presque déplacé (citation de « I Will Always Love You » tombant comme un cheveu sur la soupe). 

Tyler Ballgame est quant à lui un songwriter ultra prometteur. Le groupe est peut-être un peu vert mais la batteuse est super. Certains morceaux sont dotés d’une énergie rock sudiste. La reprise de « Without You » de Badfinger / Harrry Nilsson est impeccable et Tyler s’affirme décidément comme un excellent chanteur, très touchant. 

© Julien Savès

J’ai ensuite privilégié Kurt Vile au détriment de Sparks. Sans regret car après un démarrage un peu poussif, le set du chanteur/guitariste de Philadelphie finit par prendre son envol. Le final de « Wakin on a Pretty Day »se révèle même absolument dantesque. 

Il est très frustrant de n’assister qu’à une heure de concert du plus grand groupe de rock sur scène, du moins de ce côté-ci des Bad Seeds. Wilco parvient à conquérir tout le monde dès l’introductif  « Art of Almost ». Le reste se résume à un quasi best of (« Via Chicago », « Jesus, etc. », « Impossible Germany », « California Stars »…).  Bien sûr, Nels Cline a plein d’occasions de briller mais tout le groupe est à son avantage, dont Pat Sansone, que je n’avais jamais si bien entendu. 

© Julien Savès

On n’avait jamais vu Nick Cave and the Bad Seeds d’aussi loin et pourtant nous sommes captivés du début à la fin. Le public se montre hyper réactif, même à 200 mètres de la scène, et le set globalement plus nerveux que celui vu à Brighton un mois plus tôt, ce qui n’empêche pas Nick d’obtenir un silence quasi complet sur « Joy » ou « Into My Arms ». « Hollywood » est le sommet du set, et pourtant jouer devant des dizaines de milliers de personnes un morceau de dix-huit minutes qui sonne comme une lente rumination sur la mort, il faut le faire. C’est devenu un cliché mais c’est pourtant vrai : on était encore une fois à la messe. (Yann Giraud)

Samedi 29 août 2026

© Emilie Trindade

Après la journée pour les vieux, place à celle qui s’adresse aux kids énervés. On est censés ne plus avoir l’âge mais on fait comme si. Et on fait de notre mieux pour préserver notre immaturité.
Un peu trop juste pour assister au concert des Mannequin Pussy dont on m’a dit grand bien, je me cale à temps, entre deux belles flaque de boue, pour celui d’autres jeunes femmes remontées à bloc : les Lambrini Girls dont j’avais en mémoire un concert assez dément au Black Bass en 2023. Évidemment, les temps ont changé (d’ailleurs, le Black Bass n’est plus… tristesse incommensurable), les Girls ont maintenant un premier album (qui ne m’a pas emballé outre mesure) et jouent sur la grande scène d’un festival bien plus conséquent, devant un public certes clairsemé mais somme toute assez nombreux. L’énergie n’a jamais été le point faible du groupe et sa chanteuse-meneuse Phoebe Lunny a un tel bagout qu’il est difficile de rester de marbre. Et on ne peut qu’éprouver de la sympathie pour les Lambrini Girls, d’autant plus lorsqu’on entend un discours très fort du·de la batteur·euse sur la liberté d’être, de s’exprimer, de s’assumer et lorsque Lunny nous enjoint à scander « fuck fascism » avant de déployer un énorme « FUCK MARINE LE PEN ». Le public entonne spontanément des « Macron démission » et « Siamo tutti antifascisti » qui sonnent toujours agréablement à nos oreilles. Ça nous redonnerait presque foi en nos compatriotes. Pour ce qui est des animations proposées : circle pit, tout le monde crie « LAMBRINI » puis « GIRLS », s’écarte puis se rentre dedans, s’accroupit et se lève d’un coup. De grands classiques fort distrayants. Question compos, on ne va pas se mentir, on est sur du punk-garage relativement efficace mais ce qu’on entend n’a rien d’inoubliable ni d’original. Et la comparaison avec Amyl and the Sniffers qui leur colle inévitablement aux basques n’est pas à leur avantage.

N’étant résolument pas prêt pour m’infliger un concert de Landmvrks ni d’humeur à me taper le son propret et gentillet des Dynamite Shakers, le moment est tout désigné pour un sandwich et une bière, essayer de croiser les vingt-huit amis/connaissances à qui on a promis qu’on se capterait sans faute (on a dû en retrouver cinq au final, dont trois en coup de vent) avant d’aller voir Clipse, le groupe de Pusha T. Dommage que High Vis soit programmé en face (et ne parlons pas de ce pauvre Jessica93 qu’on aurait adoré voir, sacrifié face au mastodonte Deftones) alors que des groupes sans intérêt étaient proposés lors du créneau précédent mais que voulez-vous…

© Julien Robin

High Vis est sans nul doute parvenu à briser quelques nuques mais l’envie d’une pause hip hop au milieu d’une succession de groupes bourrins se fait plus forte, d’autant que le dernier album de Clipse était globalement réussi et on pourrait même dire encore plus de bien des deux derniers disques solo de Pusha T (surtout le remarquable Daytona en 2018, dont on avait d’ailleurs dit du bien). Admettons toutefois – que ce soit dans le cas de Clipse ou de Pusha T –, que ça ne prend pas à tous les coups, la frontière étant toujours mince entre le morceau gentiment putassier (sans doute son affiliation à l’affreux Kanye West) et le groove hyper entrainant, pop juste ce qu’il faut. Sentiment que l’on éprouvera parfois au long de ce concert qui, sans laisser une empreinte indélébile, nous fait passer un très bon moment lorsque retentissent les implacables « P.O.V. », « Momma I’m So Sorry » ou « F.I.C.O. ». Irréprochables, les deux MCs se donnent à fond et remplissent parfaitement leur office mais…

C’est lorsque le soleil commence à décliner, les esprits à s’échauffer qu’il devient indispensable d’effectuer des choix stratégiques et frustrants : sacrifier des fins de concerts pour ne pas gâcher totalement le suivant, planqué derrière deux molosses à 16 km de la scène. Tant pis donc pour la fin de Clipse (et pour « The Birds Don’t Sing », peut-être le meilleur morceau du dernier album), il est temps d’aller se placer comme faire se peut pour les Lambrini Girls du riche, comme expliqué un peu plus haut.

© Julien Savès

Apparemment, beaucoup de gens détestent Amyl and the Sniffers ou ont décrété que le groupe n’avait aucun intérêt et préfèrent se pâmer devant des formations chiantissimes. Pourtant, chaque concert renvoie au même constat : ce groupe est une machine de guerre sur scène, même lorsque le bassiste habituel est remplacée par une jeune femme inconnue comme ce soir. Et la débauche d’énergie de la pile électrique qui lui sert de chanteuse, arpentant vingt-cinq fois la scène par morceau, impressionne toujours autant. I swear I’m not that drunk même si l’alcool doit également jouer son rôle de désinhibiteur mais le groupe se charge du reste en alignant les tubes (« Security » donc, « Doing in me Head », « Guided by Angels », la très Beastie « Me and the Girls », « Big Dreams » dans une version speedée fort à-propos, « Chewing Gum », n’en jetez plus*…), sans négliger pour autant son très bon premier album plus confidentiel. Du fun, du riff, du mulet. Que demande le peuple ?

Et pourtant, un de nos accompagnateurs a la bien piètre idée de déserter les Sniffers pour se ruer sur la scène la plus proche (non, on ne va quand même pas citer les marques qui donnent maintenant leurs noms aux différentes scènes) et ne SURTOUT PAS MANQUER la première de Turnstile. Un choix qui sera amèrement regretté puisque jamais les hardcoreux de Baltimore qui, après bien des promesses, ont sombré avec un dernier album dégoulinant, ne seront parvenus à nous faire ressentir la même excitation que lors du set précédent. Et pourtant, Dieu sait que « Real Thing », c’est la branlée. Bon, devant ça avait l’air sportif quand même et on aurait bien aimé beugler « NOW IT’S A HOLIDAY » mais le sacrifice suivant est bien moins difficile à accepter puisque ce qui se profile est d’un tout autre calibre. (Jonathan Lopez)

© Julien Robin

Ça n’aurait jamais dû se passer ainsi. Deftones, j’ai écouté le premier album en boucle à la fin des 90s et je les ai même vus sur la tournée White Pony où je ne les ai pas trouvés très impressionnants. Comme en plus, certains fans de la première heure assurent qu’ils n’ont jamais fait mieux depuis, je peux vous dire que j’étais très à l’aise de les ranger dans ma catégorie des groupes de nu metal pour ados que je ne réécouterai jamais. Puis, j’ai eu la faiblesse de réécouter les trois premiers, et bon, White Pony est quand même pas mal du tout et « Be Quiet And Drive » est une chanson incroyable, alors c’était plutôt sympa d’envisager d’aller les voir en deuxième partie d’Amyl And The Sniffers (qui est un des groupes actuels les plus excitants, soyons honnêtes).

Le problème, c’est que je me suis retrouvé par la force des choses avec une place pour leur concert de janvier à Paris. Deftones deux fois dans l’année, c’est un peu abusé. Et puis, j’ai écouté Koi no Yokan et merde, c’est bien mieux que le premier album que j’écoutais en boucle ado. Bref, de fil en aiguille et sur les mauvais conseils de Yann Giraud, je découvre des disques dans leur discographie qui me retournent complètement la tête et le cœur (putain, cet album self-titled !!!), et me voilà à attendre Deftones comme un vieux fanboy pour la deuxième fois de l’année. Alors que dire ? Ils sont rentrés dedans plus vite qu’en janvier, moi aussi, sans doute, et il m’a suffi d’un enchainement « Be Quiet And Drive »/« Swerve City » pour être conquis. Alors, certes, « 7 Words » pousse vraiment à se demander pourquoi ils ne jouent plus « Bored », et c’est incompréhensible que « Hexagram » ou « Minerva » ne constituent pas des passages obligés de leurs setlists, mais on a quand même eu « Entombed » et trois morceaux en tout de Koi no Yokan, et si j’en suis à pinailler sur la setlist, c’est que j’ai passé un super concert ce qui, à part pour mes certitudes de 25 ans qui ont volé en éclat, me laisse ravi. (Blackcondorguy)

* Et surtout pas par terre, ça met des années à se dégrader. Putain, vous avez scrollé un max pour ça…

Dimanche 30 août 2026

© Jonathan Lopez

Slowdive investit la grande scène en plein après-midi, bien trop tôt dans la journée pour apprécier pleinement leur spleen mélancolique saturé. Une telle musique a besoin de se déployer au moment même où le soleil rend l’âme et où l’obscurité envahit tous les recoins de la pelouse. Faisant fi de cette programmation précoce, Slowdive a l’habitude de se retrouver dans la peau de l’outsider. Comme à peu près tous les groupes de la journée, les Anglais de Reading proposent ce qu’ils savent faire de mieux, sans chercher à se formater ou à gonfler les muscles parce qu’ils jouent dans un grand espace, devant un parterre qui les connaît mal.

Rachel Goswell est radieuse, tout en sourire, cheveux et maquillage assortis dans des teintes roses délicates. Elle observe la foule sans ciller, sûre d’elle, loin de l’image de timidité maladive que peut parfois véhiculer la scène shoegazing. Neil Halstead est plus en retrait, casquette vissée sur la tête et barbe inamovible, comme une force tranquille. Christian Savill et lui se font toujours plus discrets, et pourtant ils sont responsables de certaines des plus belles mélodies du rock anglais. C’est à un set plutôt attendu auquel nous assistons, avec l’intro et l’outro estampillées Brian Eno et une setlist qui fait la part belle aux classiques : « Catch the Breeze », « Crazy for You », « Souvlaki Space Station », « Machine Gun », « Alison » et « 40 Days ». Du dernier opus, ils ne jouent que le très efficace single « kisses », alors que l’album homonyme du retour en 2017 occupe une part non négligeable avec notamment les incontournables « Star Roving », « Slomo » et « Sugar for the Pill ». Mais ce qui impressionne le plus, encore et toujours, c’est l’équilibre sur le fil de « When the Sun Hits », ce déploiement savant entre saturation extrême et délicatesse harmonique.

© Jonathan Lopez

Il est toutefois regrettable que le set ne soit pas un peu plus long et n’inclut pas les magnifiques « Dagger » et « Golden Hair », la fameuse reprise de Syd Barrett. Slowdive est passé maître dans son art et, depuis bientôt dix ans, a acquis une confiance renouvelée grâce aux jeunes générations qui ont grossi les rangs de ses adeptes. Malgré le fait que beaucoup des gens présents n’étaient là que pour The Cure, donc pas forcément attentifs, ni réceptifs au reste de la programmation de la journée, Slowdive a encore une fois refusé d’arrondir les angles de sa musique pour plaire au plus grand nombre. Ils ne seront sûrement jamais autant reconnus que leurs aïeux, mais leurs fans, le sont à la folie.

© Jonathan Lopez

Toujours scruté avec un peu de condescendance et de circonspection, sans doute à cause de sa ressemblance accrue avec un certain Joy Division présumé intouchable, Interpol s’est maintenant resserré autour de Paul Banks et Daniel Kessler. Au moment où ils montent sur la grande scène du festival, ils viennent tout juste de donner naissance à un nouvel album, This Mirror Weighs a Ton, plutôt bien accueilli dans la presse. Si la setlist du jour fait la part belle aux nouveaux morceaux, le groupe fait surtout plaisir quand il joue les anciens titres des deux premiers albums comme « NYC », « Obstacle 1 », « PDA », « Slow Hands » ou « Evil », auxquels il faudrait ajouter les deux très belles réussites de Our Love To Admire que sont « Pioneer to the Falls » et « Rest My Chemistry ». Costumes classieux, cheveux gominés et lunettes de soleil ostentatoires, Interpol ne déroge pas à son style, ni à son attitude, cette morgue un peu froide et hautaine qui a tendance à agacer et à nuire à la crédibilité du groupe. Cela est bien dommage car les Américains sont appliqués et ont l’air d’apprécier d’être là. La scénographie est même inspirée avec des jeux de couleur appropriés entre rouge et noir sur les grands écrans qui encadrent la scène. Si Interpol continue de diviser et n’arrivera jamais vraiment à revenir au niveau de ses premiers albums, le groupe est encore en vie, presque trente ans après ses débuts, et joue toujours avec beaucoup de sérieux et d’envie, contrairement à certains autres groupes issus du même mouvement.

En ce début de soirée qui tombe doucement sur le Parc de Saint-Cloud, les Écossais de Mogwai sont particulièrement en forme et sûrs d’eux, beaucoup plus qu’au cours d’une certaine édition 2007 durant laquelle ils avaient joué en plein jour, avec un son approximatif, devant un public peu amène. Aujourd’hui, les fans ont proliféré, habitués à la radicalité de leurs sets et aux extrémités sonores auxquelles on les soumet. Ce soir, le groupe est très appliqué et semble vouloir en découdre. Est-ce dû au fait que le vaisseau amiral de The Cure débarque juste après sur la grande scène ? En tout cas, les Écossais veulent montrer toute l’étendue de leur talent et piochent allègrement dans l’ensemble de leur discographie afin de construire le set. Des vieux classiques toujours aussi fringants comme « Auto Rock » ou « I’m Jim Morrison, I’m Dead » s’égrènent au fil de titres plus récents issus des deux derniers albums The Bad Fire et As the Love Continues, dont les deux pop songs « Fanzine Made Of Flesh » et « Ritchie Sacramento », s’il y avait encore besoin de tordre le coup à l’appellation trop simpliste de groupe instrumental qui leur est souvent accolée. Le dosage est bon, il y a une vraie maîtrise dans la manière de mener sa barque, sans se soucier de plaire outre mesure, ni de coller aux exigences parfois grand public d’un concert en festival. Les années passent, Mogwai ne change pas, ni ne cède sur rien, les Écossais jouent avec toujours autant d’envie, de passion et de puissance. À trois reprises, ils font chavirer leur audience, d’abord avec « New Paths to Helicons, Pt.1 », issu des tous premiers enregistrements collectés sur la compilation Ten Rapid (1997), puis lors d’un double enchaînement final monstrueux, alors même que la scène se vide presque entièrement à cause du début imminent de The Cure : au déjà impressionnant « We’re No Here », synonyme de dégâts auditifs prégnants, succède une version dantesque de « Mogwai Fear Satan » tant elle paraît habitée, épique et solaire. Le public est transporté, les oreilles souffrent, mais les cœurs sont légers, définitivement remplis. Place maintenant au clou du spectacle. (Julien Savès)

© Julien Savès

Partez, il n’y a plus rien à voir dans cet article. Jonathan m’a missionné pour écrire sur The Cure parce que je suis le seul qui ne les avais jamais vus, réfractaire aux groupes à synthé (même si c’est mon groupe préféré du genre) et que leur morceau que je préfère est la version de Dinosaur Jr. de « Just Like Heaven » : il voulait du sang et de la bile. Malheureusement, je n’ai rien de mal à dire. J’ai passé un super moment et si je trouve toujours « The Walk » affreux et que j’aurais échangé pas mal de leurs singles contre « Jumping Someone Else’s Train » ou la chanson que je comprends qu’ils ne jouent plus avec la remontée du suprémacisme blanc, j’ai été confronté à l’évidence : le nombre de morceaux tubesques qu’a écrit Robert Smith (dont la voix n’a pas bougé d’un iota et qui a l’air éminemment sympathique) est faramineux. Je n’ai même pas boudé mon plaisir à reprendre en chœur « Boys Don’t Cry » avec le reste du public. En plus, le son est proche de celui de Wish, un de mes albums préférés, avec les synthés moins en avant. Et ils ont joué « From The Edge of the Deep Green Sea ». Ça ne vaut toujours pas la reprise de « Just Like Heaven » par Dinosaur Jr., mais c’était déjà super ! (Blackcondorguy)

Excusez l’admirateur du groupe qui ne peut s’empêcher de compléter les propos du néophyte. Voir The Cure constitue toujours un moment très spécial pour moi, d’autant que les années avançant, il existe toujours cette crainte que cela puisse être la dernière fois. Assumant mon statut de fanboy, j’avais d’abord assisté à leur concert à Edimbourg une semaine plus tôt, un concert que je considère supérieur pour diverses raisons. La principale n’est nullement à amputer au groupe, impeccable, pour ne pas dire admirable, dans ses deux prestations. Comme de coutume. Non, le gros point noir aura été notre emplacement. Dans les premiers rangs à Edimbourg, beaucoup trop loin à Rock en Seine, à devoir se contorsionner pour essayer d’entrapercevoir quelque chose. Ce n’est assurément pas la meilleure façon d’apprécier un concert. L’autre raison est cette fois-ci bel et bien due au groupe mais plus précisément à la setlist qu’ils ont établie. Entendre « Charlotte Sometimes » à Edimbourg (après un faux départ de Smith !) était un bonheur difficile à égaler, « Plainsong » en ouverture était également inattendue et grandement apprécié (le morceau n’est pas une rareté en soi mais le groupe semblait ouvrir quasi systématiquement par le premier morceau du nouvel album, « Alone »), avoir droit à sept morceaux du chef-d’œuvre Disintegration (dont « Prayers for Rain » et le morceau-titre, souvent négligés) ne pouvait que me combler. Subsistait cette frustration de n’avoir entendu aucun morceau du captivant dernier album. Frustration parfaitement comblée par la date à Saint-Cloud – très complémentaire, donc ! – avec « Alone » en ouverture cette fois et surtout une version somptueuse de « Endsong », sommet du disque et un des grands moments de cette soirée. Évidemment, on peut regretter que les faramineux Faith et Pornography soient mis de côté, que « Three Imaginary Boys Don’t Cry » soi(en)t le(s) seul(s) rescapé(s) des débuts ou que les affreux « The Walk » et « Why Can’t I Be You » soient systématiquement joués (et ni « Mint Car » ni « Wrong Number » à Rock en Seine n’auront contribué à relever le niveau de ce rappel poppy à souhait…). Mais Robert Smith s’amuse, se dandine encore, chante comme un jeune homme, tout en étant plus touchant que jamais et après tout le bonheur qu’il nous a offerts (et ça continue !), il peut bien faire ce qu’il veut. (Jonathan Lopez)

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