Chat Pile – Who Loves the Sun

Posted by on 13 septembre 2026 in Chroniques, Incontournables, Toutes les chroniques

(The Flenser, 4 septembre 2026)

En une poignée d’années, Chat Pile s’est imposé comme un incontournable du rock lourd, bruyant et sale, et figure désormais parmi ses têtes d’affiche. Sa discographie est un sans-faute, tant au niveau des deux premiers albums que des EP, musique de film, disque live et autre collaboration heureuse (In the Earth Again, sublime album avec le guitariste de folk d’avant-garde Hayden Pedigo). Son univers s’étend entre cinéphilie obsessionnelle et drolatique, posture de faux redneck 3.0, angoisse existentielle et métaphysique. Le titre du nouvel album est une référence évidente à la chanson du Velvet Underground qui ouvre l’album Loaded, mais il est aussi à prendre au premier degré et interroge sur ce que veut dire vivre dans un monde violent et inégalitaire et sur le désastre climatique que l’on ne peut plus conjuguer au futur. 

Les dix titres qui le composent (et le morceau caché « Baby Jane », disponible uniquement sur la version CD) synthétisent ses différentes influences et aspérités avec une maestria et une efficacité redoutable. Dès l’ouverture et le titre « Creature », Chat Pile nous prend à la gorge et ne la lâche qu’une fois qu’il nous aura roulé dessus plusieurs fois. S’il a toujours été puissant et agressif, jamais il ne l’avait été avec autant de hargne, d’acuité, et d’épaisseur.

Le single antilibéral « PEN I S MALL » – témoignage acerbe de l’expérience d’agent de maintenance dans une grande surface du chanteur Raygun Busch – et l’anti religieux « Christabel ‘26 » dévoilent un groupe tiraillé entre le besoin de laisser exploser et celui d’intérioriser une rage trop grande pour ne pas être dangereuse pour lui-même. Même lorsqu’il lève le pied, sur le sombre « Same Rules », par exemple, ou encore le surprenant « Intruder » et ses chœurs féminins, on sent qu’il suffit de pas grand chose pour que Chat Pile  nous traîne une fois encore vers le glauque et le sordide.

Côté son, la production de Ben Greenberg (guitariste d’Uniform, ancien membre de The Men, producteur de METZ, Beach Fossils ou Lysistrata) fait cohabiter une multitude d’idées et d’influences dans un disque finalement assez compact au premier abord, mais qui se dévoile petit à petit dans toute sa variété. Raygun Busch est le premier à bénéficier de ce nouveau terrain de jeu, car jamais sa voix ne nous est apparue plus féroce ni plus animale et l’étendue de son registre joue beaucoup dans notre appréciation de l’album. Nul doute que la collaboration avec Hayden Pedigo lui a fait du bien. On appréciera également le traitement fait à la basse de Stin et à la batterie du Cap’n’Ron qui n’auront jamais sonné aussi classe ni aussi juste. La guitare de Luther Manhole, quant à elle, brille surtout par sa stupéfiante efficacité. Le gars ne figurera jamais dans la liste des meilleurs guitaristes, mais on ne peut lui retirer l’intensité avec laquelle il recycle ses influences plus ou moins évidentes. Au final on oublie vite de s’en plaindre et ne reste que cette impression de grandeur, de puissance et de familiarité innée. 

Who Loves the Sun est un grand disque : le meilleur de Chat Pile à ce jour (à égalité avec In the Earth Again). L’écouter à fond équivaut à regarder le vide et ressentir un vertige qui nous attire et nous terrorise en même temps. Le quatuor d’Oklahoma City réussit brillamment à transformer le plomb que représente des décennies de violence libérale étasunienne, sinon en or, du moins en rage et en cris et si ça ne sera jamais suffisant, ce sera toujours au moins ça. Tant qu’il y aura des groupes comme Chat Pile capables de sortir des œuvres de cet acabit, il y aura de quoi espérer autre chose que ce que le monde tend à vouloir nous offrir. On prend. 

Max

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