The Tubs – Hard Life

Posted by on 13 septembre 2026 in Chroniques, Toutes les chroniques

(Merge, 11 septembre 2026)

Alors qu’il était en train d’enregistrer Workbook, son premier disque solo après le split du séminal groupe punk Hüsker Dü, Bob Mould reçut la visite du groupe de rock alternatif Soul Asylum et de son manager, Dave Ayers. Ce dernier, en écoutant quelques extraits de l’album, lui fit remarquer que sa nouvelle tournure, plus acoustique, ainsi que les inflexions de sa voix, lui faisaient beaucoup penser à Richard Thompson. Mould, étonné, lui répondit qu’il n’avait jamais entendu parler de Thompson. Ayers lui fit donc écouter Shoot Out the Lights, le dernier disque de Richard & Linda Thompson avant la séparation du couple, et Mould ne put que s’incliner : la ressemblance était frappante. Surtout, pour Bob, ce fut une révélation. Depuis cette époque, il est devenu un fan invétéré de l’ex-Fairport Convention, reprenant notamment « Shoot Out the Lights » lors de la tournée de l’album. Tout cela n’a pas grand-chose d’étonnant. Ceux qui n’ont qu’entendu parler de Thompson comme d’un des fidèles représentants de la scène folk britannique de la fin des années 60 et du début des années 70 et qui l’imaginent, à juste titre d’ailleurs, accompagné de violon, d’accordéon et autres guimbardes ou mandolines, ne se doutent pas que derrière cet habillage folklorique se cache une nature nerveuse, et même un peu hargneuse. Comme Pete Townshend jouant « Pinball Wizard » à la guitare acoustique, mais avec ce petit truc proto-punk en plus dans l’exécution.

Pourquoi donc est-ce que je vous parle de cela en introduction de la chronique du nouvel album des Gallois de The Tubs ? Parce que depuis que ce groupe nous a fait grâce de sa présence sur la scène indie rock avec son excellent Dead Meat en 2023, le débat a fait rage chez les amateur·ices : de qui la voix de leur chanteur Owen Williams se rapproche-t-elle le plus ? Bob Mould ou Richard Thompson. La bonne réponse est évidemment la #2 puisque, si on pense à Bob Mould, c’est juste parce que ce dernier sonne comme Thompson, et ceci de plus en plus explicitement avec les années. Pourtant, avec Hard Life, le dernier et troisième album, je ne pense pas que ce débat soit près de s’arrêter. Alors que la musique du groupe, sur les deux premiers disques, sonnait de manière très proche de la jangle pop des Smiths ou de groupes néo-zélandais comme The Bats ou The Clean, le groupe sonne désormais comme un mix entre Sugar et… Fairport Convention ! Oui, les guitares sont plus saturées, le son plus explicitement « rock alternatif » et pourtant les mélodies et les arrangements sont plus folk celtique que jamais. Il suffit d’écouter, vers la fin de l’album, la chanson « The Way It Goes », avec son intro acoustique tirée directement du songbook de Richard & Linda Thompson, et la manière dont cette chanson s’enchaîne avec le plus power pop « Hell », dont l’intro à la gratte filtrée pourrait être celle de 90 % des chansons de Bob Mould depuis son retour au rock pur et dur à la fin des années 2000. Alors, attention, je ne dis pas que les références aux Smiths ont disparu. On y pense beaucoup dans le son « chorusé » des guitares lead. C’est juste que, comparé aux deux premiers, et surtout par rapport au second, Cotton Crown (2025), lequel était un brin plus triste avec un récit autour du décès de la mère d’Owen, on a ici un groupe qui semble avoir été dopé aux hormones, ce qui s’explique peut-être par les incessantes tournées du quatuor, notamment en première partie de The Hard Quartet ou de The Wedding Present, qui ont sans doute contribué à grossir leur son et à le rendre plus confiant.
Tout cela pourrait jouer contre le groupe s’il n’y avait pas une flopée de chansons super mélodiques, un quasi-best of, avec des chansons comme « Who’s Gonna Love You, Now? » et « If You Don’t Love Me » dès le début du disque, puis le dévastateur « Heaven or London », encore une fois sous forte influence Bob Mould.

Tout cela donnerait sans doute le meilleur album des Tubs et peut-être l’un des meilleurs de l’année s’il n’y avait, en ce qui me concerne, une petite réserve : l’usage un peu exagéré d’un genre de pitch-shifter sur la voix, à la manière de celle, trafiquée, de Morrissey sur « Bigmouth Strikes Again », sauf qu’ici, sur certains morceaux, ça s’entend un peu trop et ne se justifie pas vraiment. À la première écoute, je me suis même demandé si ce n’était pas ma version qui avait un problème, avant que le disque ne sorte officiellement et que je puisse me rendre compte que c’était vraiment prévu comme ça. Un détail à l’importance négligeable, mais qui continue de me faire un peu tiquer au fil des écoutes.

Malgré cela, il faut applaudir cette évolution d’un groupe assez improbable – il faut les voir sur scène, il y a quelque chose d’un peu picaresque dans leur démarche et leur attitude –, qui semble désormais là pour rester et a su rebondir après la faillite de son premier label, Trouble in Mind, pour finir chez les excellents Merge (Arcade Fire, Lambchop, Neutral Milk Hotel…).

Yann Giraud

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