Klub des Loosers – Vanité

Publié par le 17 septembre 2020 dans Chroniques, Notre sélection, Toutes les chroniques

(Ombrage éditions, 18 septembre 2020)

Petit regard obligatoire dans le rétro : oui, le Klub des Loosers a chamboulé le rap français dans les années 2000 avec un concept album qui était loin à la fois dans le thème, l’esthétique et l’approche musicale, de quasiment tout ce qui se faisait à l’époque dans le registre. Les gens ont découvert Fuzati, personnage misanthrope et cynique, as de la punchline et digger de l’extrême, beaucoup ont été conquis, et renversés quand quelques années plus tard celui-ci a enfoncé le clou avec un deuxième album encore plus abouti, prouvant qu’il pouvait traiter avec autant de brio les aléas de la vie d’adulte que ceux de la post-adolescence. Le communiqué de presse nous indique que Vanité, qui sort cette année, n’est pas le troisième volet tant attendu de la trilogie Vive La VieLa Fin de L’espèce- ?, comme si le Klub n’avait rien d’autre à offrir que ces deux albums. C’est oublier que depuis la sortie de La Fin de l’espèce en 2012, Fuzati a pas mal fait évoluer son projet, en se nourrissant des diverses mixtapes qu’il produit pour alimenter sa propre création musicale, mais aussi en abandonnant les samples pour composer à l’aide de divers instruments.

Résultat : Le Chat et autres histoires, sorti en 2017 était certainement l’album du Klub le plus abouti musicalement, offrant la touche reconnaissable de Fuzati mais dans un registre indie pop assez inattendu. Peut-être déroutant pour ceux qui considèrent que les textes sont le seul intérêt du MC et qui s’attendaient encore à un disque de samples jazzy. Pour nous, à qui il avait confié en interview en 2014 “ne plus rien [vouloir] avoir affaire avec le rap“, c’était assez cohérent, et franchement réussi.

Mais le temps passe et passe et passe, comme disaient Jacky et Benji, et le disque qui sort cette année revient à quelque chose de plus classique. Peut-être, même, est-ce l’album le plus hip hop de Fuzati depuis Grand Siècle. Alors, certes, le MC garde son flow et une patte indéniable dans les compositions, et on doit reconnaitre que le disque reste musicalement intéressant. En effet, les compositions sont travaillées comme des pièces musicales complètes et non simplement comme une excuse pour poser des textes, et le style s’ouvre une nouvelle fois à d’autres influences que celles auxquelles nous étions habitués. Dans la démarche, donc, rien à redire.

Le problème, c’est que les influences en question sont principalement électroniques, et vont parfois chiner du côté du rap moderne : ici, un refrain au vocoder, là, un rythme afro-trap. Au-delà du fait qu’elles ne coïncident pas vraiment avec mes goûts, je trouve dommage que le résultat donne quelque chose qui, finalement, ressemble autant à un album de hip hop. C’était sans doute une intention artistique délibérée, je doute que Fuzati soit du genre à se compromettre afin de toucher un plus large public, mais je trouve le résultat mitigé. D’un côté, le MC prouve qu’il est capable de s’approprier les codes du hip hop actuel et de moderniser ses instrus sans perdre sa personnalité, d’un autre cela empêche le disque de se différencier aussi nettement de ses congénères et donnerait pour une fois raison à ceux qui pensent que le seul intérêt du Klub des Loosers, ce sont les textes (excellents comme d’habitude). C’est d’autant plus dommage qu’on aurait plutôt envie d’encourager un groupe qui continue de faire évoluer sa musique tout en gardant une certaine ligne directrice.

Un album réussi, ceci dit, si l’intention de départ était de faire un pur disque de hip hop version 2020, mais qu’on imagine difficilement avoir l’impact et le goût de “reviens-y” des précédents. Fuzati nous avait pourtant dit, depuis le temps, que la vie, c’était décevant !

Blackcondorguy

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