DISCO EXPRESS #7 : Mogwai

Publié par le 10 janvier 2021 dans Chroniques, Disco express, Notre sélection

À l’opposé de notre rubrique sobrement intitulée « discographies » qui se veut objective, exhaustive et documentée, nous avons choisi ici de vous résumer chaque mois des discographies avec concision, après une seule réécoute (quand ce n’est pas la première !) de chacun des disques. Des avis tranchés, des écrits spontanés, plus ou moins argumentés avec une bonne dose de mauvaise foi et d’amateurisme. Cause hey, this is just music!

À l’heure où j’écris ces lignes, seul notre rédacteur en chef adoré est capable de dire ce que vaut As The Love Continues (sortie prévue le 19 février 2021) mais on peut déjà dire que son titre est un excellent résumé de ce que représente le groupe pour pas mal de gens. Avec son rock instrumental, minimaliste et mélancolique inspiré de Slint et ses explosions sonores dignes de My Bloody Valentine, Mogwai n’était pas le genre de projet destiné à durer plus de vingt ans. On imaginait typiquement le type de groupe qui aurait dû sortir deux chefs d’œuvre, splitter et nous revenir quinze ans plus tard avec une nouvelle offrande avant de tirer sa révérence. Cela aurait été beau et ça aurait permis à la formation menée par Stuart Braithwaite de rentrer dans la légende des groupes cultes. Mais voilà, Mogwai a décidé de durer et de sortir des disques à une fréquence régulière, en gros tous les deux ans. Dès lors, le groupe a fini par faire partie du décor et bien que doté de fans fidèles, il reste relativement négligé par tout un tas d’autres fans de musique indie. « Ah, bon, ils sortent encore des disques, Mogwai ? » ou « Ils n’ont ont pas marre de sortir deux musiques de film par an ? » est le genre de phrase qu’on entend régulièrement à leur sujet. Faut-il s’en plaindre ? Que nenni. Cette continuité, doublée du fait que le groupe n’ait jamais vraiment fait de vagues autrement qu’en se faisant virer du Café de la Danse pour cause de sonomètre explosé ou en faisant imprimer des t-shirts « Blur: Are Shite », aura permis à Mogwai de rester une valeur sûre, dont les disques et les prestations scéniques sont toujours attendus par « ceux qui savent ». Ci-dessous, je propose donc une revue subjective et amoureuse – le groupe figurant parmi ceux qui comptent le plus pour moi – de leur discographie. Je me limite volontairement à leurs albums studios, laissant de côté leurs EPs, compilations, musiques de films et albums de remix. Je préciserais néanmoins que deux compilations de morceaux inédits – Ten Rapid et EP+6 – ainsi que deux bandes originales – Zidane et Les Revenants – valent amplement certains disques studios et que si l’auditeur cherche un bon point de départ, il peut sans problème commencer par ces disques-là.

Mogwai Young Team (1997) : C’est sans doute le disque le plus connu du groupe et celui que tout magazine ou webzine spécialisé mettrait dans une liste de « 500 disques les plus importants ». Pourtant, lorsqu’on l’écoute parmi les autres, une chose frappe. Mogwai, bien qu’arrivant avec un style musical bien trempé qu’on se mettra vite à appeler post-rock, n’a pas encore atteint sur ce disque la plénitude de son son. Les guitares claires sont rachitiques, les grattes saturées très agressives. C’est ce qui permet d’avoir cet enchaînement silence-bruit qui crée la surprise sur « Like Herod » (chaque fois je sursaute au moment où ça pète) ou sur « Mogwai Fear Satan ». Ces deux pièces sont effectivement les plats de résistance d’un disque sur lequel il n’y a rien à jeter mais dont je dois avouer qu’il n’est pas mon préféré. La version de « Summer » qui figure dessus me plait moins que celle de Ten Rapid. Par ailleurs, je vais sans doute me faire taper sur les doigts mais je le trouve aussi un peu long, même si le morceau le plus iconique est aussi le dernier, ce qui aide à tenir.

Come On Die Young (1999) : Celui-ci, c’est le premier que j’ai acheté du groupe et je l’ai revendu. Je mentirais donc si je disais que ce fut l’amour entre Mogwai et moi dès la première écoute. Cette réécoute me permet de le réhabiliter. C’est le premier d’une série de disques où Mogwai s’amuse à brouiller les pistes. Avec son titre ainsi que celui de son premier morceau, « Punk Rock », on pourrait penser que le groupe s’apprête à frapper plus fort que sur Young Team. Et bien, non. La distorsion est distillée à petite dose sur un album dominé par des arpèges de guitare cristallins et une ambiance mélancolique. C’est très beau, notamment sur le morceau homonyme chanté par Stuart, mais sur la durée, c’est parfois un peu ennuyeux. Heureusement, « Ex-Cowboy » vient remettre les pendules à l’heure vers la fin.

Rock Action (2001) : Bon, je pense que vous vous en foutez mais mon disque préféré du groupe, c’est celui-là. Et à la énième réécoute, il tient toujours bien la route. D’abord, il contient les plus beaux morceaux chantés du groupe « Take Me Somewhere Nice » et « Dial Revenge » (avec Gruff Rhys de Super Furry Animals sur ce dernier) mais les deux longues plages instrumentales, « You Don’t Know Jesus » et « 2 Rights Make 1 Wrong », font partie des classiques du groupe. Avec Dave Fridmann à la production et Barry Burns pleinement intégré au groupe pour ajouter des claviers et des textures synthétiques, le groupe atteint enfin, selon moi, la plénitude de son style, tout en s’éloignant du post-rock primaire et minimaliste de ses débuts.

Happy Songs For Happy People (2003) : Apparemment, les deux disques précédents avaient un peu déçu la presse et les fans – sauf en France où un microclimat a créé une tribu de fans de CODY ; manque de bol pour eux, ils ont tort car c’est l’autre qu’il fallait préférer ! Avec Happy Songs For Happy People, on commence donc à attaquer les disques qu’on a qualifié de « meilleur disque de Mogwai depuis Young Team » à leur sortie. On verra par la suite qu’il y en deux ou trois autres dans ce cas. Bref, ce n’est pas vraiment mon avis puisque j’adore son prédécesseur mais il faut bien dire qu’avec ses textures électroniques et son vocoder sur les voix, celui-ci a un charme qui lui est propre. Il démarre de plus par un classique, ce « Hunted By A Freak » que le groupe joue systématiquement en live mais c’est vers le milieu que se situent les meilleurs morceaux pour moi : « Killing All The Flies » et « Ratts Of The Capital » font reparler la poudre et présentent de bien belles montées, dans un disque pourtant globalement apaisé qui n’a peut-être pour seul défaut que celui de manquer un peu de rythme.

Mr. Beast (2006) : Deux morceaux de cet album figurant sur la BO de Miami Vice, « Auto Rock » et « We’re No Here », sont connus du grand public et régulièrement interprétés en live. Pour le reste, il semblerait que ce disque soit plutôt mal aimé, représentant pour beaucoup le début d’une période de rendements décroissants pour le groupe. Il est vrai qu’on peine à trouver une direction d’ensemble sur ce disque. Il y a une chouette chanson, « Acid Food » et un morceau court et énervé, « Glasgow Mega-Snake ». Je trouve les mélodies vraiment fabuleuses sur ce disque, particulièrement sur les plus subtiles « Team Handed » et « Friends of the Night » et, bien que ne le possédant pas en format physique, c’est celui que j’écoute le plus lorsque l’envie me prend d’utiliser une application de streaming, c’est-à-dire rarement. Sa réécoute à l’occasion de ce papier s’est avérée toujours aussi plaisante. Il faut enfin ajouter qu’il y a un featuring de Tetsuya Fukagawa, d’Envy, et que cette collaboration est à l’image du son de Mogwai durant cette période, qui devient parfois proche du post-hardcore sur les morceaux les plus saturés.

The Hawk is Howling (2008) : Voilà un disque qu’on n’a pas qualifié de « meilleur album depuis Young Team ». Sèchement accueilli par Pitchfork, qui ne lui a même pas mis la moyenne, mais ayant reçu la note maximale lorsqu’un certain Yann Giraud en fit la critique pour le magazine XRoads, The Hawk is Howling est (presque, vous verrez pourquoi ci-dessous !) le disque le plus sous-estimé de Mogwai. En réalité, il souffre comme son prédécesseur, auquel il ressemble beaucoup, d’un manque de direction globale qui aurait permis de le distinguer un peu plus. En fait, sa spécificité est d’être le seul album du groupe à ne pas contenir de morceau chanté. Pour le reste, on peut franchement dire qu’il tabasse. Sur « I’m Jim Morrison, I’m Dead », le groupe démarre par une superbe progression mélodique avant d’envoyer un putain d’uppercut sur « Batcat », un morceau qui aurait pu figurer sur n’importe lequel des trois derniers disques de Neurosis – il ne manque pour cela qu’un featuring de Scott Kelly, qu’on peut amplement inventer dans sa tête. Si j’ai souvent entendu du mal de l’électronique « The Sun Smells Too Loud », pourtant charmante, je trouve qu’on ne loue pas assez l’une des plus belles compositions du groupe, « Scotland’s Shame », une mélodie répétitive que le groupe fait monter avec beaucoup de bonheur. Un disque à redécouvrir. On notera par ailleurs que ce n’est pas un faucon (hawk) mais un aigle que l’on trouve sur sa couverture.

Hardcore Will Never Die, But You Will (2011) : On sent sur ce disque une volonté de ne pas faire du surplace. Le son est assez différent des deux précédents, notamment celui de la batterie qui semble traité différemment, avec un son de caisse claire qui tabasse. Plutôt que fonctionner en nappe, le son grossit par l’ajout de petits sons qui s’accumulent. Ça s’entend pas mal sur le premier morceau, « White Noise ». « Mexican Grand Prix » est presque dansant, un peu comme du Death in Vegas. C’est de la pop assumée et merveilleusement exécutée. « Rano Pano », par contraste est quasi martiale. Il y a ensuite l’une de mes plages préférées, « Death Rays », avec sa mélodie lumineuse et ses touches de clavier. Le reste du disque ne faiblit pas et vers la fin, sur « You’re Lionel Richie », on a même droit à un bain de guitares grasses et une rythmique bien lourde, permettant à ce disque de coller assez bien à son titre, pour une fois. Un bon cru, donc, c’est-à-dire un bon « meilleur album depuis Young Team » comme on dit dans la presse fainéante.

Rave Tapes (2014) : Le voilà, le disque de Mogwai le plus sous-estimé. Et c’est un de mes préférés. À sa sortie, j’ai le souvenir qu’il m’a vraiment rappelé Rock Action avec ses textures électroniques et sa volonté d’éviter l’enchaînement bruit-silence-bruit auquel le groupe est trop souvent assimilé. « Heard About You Last Night » commence en douceur avec des accords de guitare, des touches électro, des nappes de synthé et une batterie traitée. « Remurdered » est sans doute le titre le plus marquant avec sa mélodie de clavier entêtante qui ressemble à une musique de film de John Carpenter et aurait pu servir de générique à Stranger Things. C’est vrai que le reste du disque est peut-être un peu moins novateur mais j’aime vraiment tous les morceaux dessus. Et vers la fin, il y a la plus belle chanson chantée de Mogwai depuis « Dial Revenge », « Blues Hour ». Elle est suivie par la sublime mélodie de « No Medecine For Regret ». Rien que pour cela, je vous demande solennellement d’aller réécouter ce disque mal aimé.

Every Country’s Sun (2017) : C’est le seul des derniers albums de Mogwai que j’aie négligé à sa sortie et je ne sais pas trop pourquoi car j’ai vu le groupe deux fois sur cette tournée. C’est leur premier album sans le guitariste John Cummings mais il marque le retour de Dave Fridmann à la production. Ça s’entend pas mal, d’ailleurs, plus que sur Rock Action, en fait. Le son sature de partout, comme si l’ex-bassiste de Mercury Rev, à qui on doit aussi les très controversés The Woods de Sleater-Kinney et Gold and Grey de Baroness (respectivement mes albums préférés de ces deux groupes), avait décidé de recréer une version studio du chaos généré par le groupe lors de certaines de ses prestations scéniques. La technique consiste à ne pas faire saturer tel ou tel instrument précis mais à faire saturer l’ensemble du morceau en post-production. Ça marche très bien même si ça s’apparente aussi à une sorte de formule. Je le réécoute avec grand plaisir mais je n’arrive pas à identifier un moment particulier dans ce qui constitue, il me semble, le disque le plus monolithique de Mogwai depuis Young Team (vous noterez que je n’ai pas dit « le meilleur »). Le single « Party in the Dark » pourrait être une bonne chanson de New Order période Get Ready. J’aime aussi beaucoup le triomphal « Crossing The Road Material » qui faisait office d’un bon premier morceau pour la dernière tournée. Le reste est assez sombre, assez sérieux, et navigue dans la même ambiance que Hardcore Will Never Die. Un cru solide, dont la production est peut-être toutefois meilleure que le matériau qui le compose. Vivement la suite !

Yann Giraud

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