Bruit – The Machine Is Burning And Now Everyone Knows It Could Happen Again

Publié par le 8 avril 2021 dans Chroniques, Notre sélection, Toutes les chroniques

(Elusive Sound/Medication Time Records, 2 Avril 2021)

« 2021 sera post-rock ou ne sera pas ». Même le rédac-chef de votre site préféré le dit. Effet collatéral d’un an de pandémie ?  Les mots sont-ils devenus dérisoires pour guérir les maux du Covid ? En tout cas, pour ma part, ce début d’année musical est propice à la contemplation apaisante et aux explosions sonores, parfait exutoire pour nos cerveaux rongés par l’injustice et l’incertitude.

Entre retours triomphants des cadors (Mogwai, GY!BE) et découvertes (Yawning Sons, Grive, Choir…), on assiste en 2021 à un tir groupé inédit (?) de disques de haut vol dans le genre. Dans la seconde catégorie (pour l’instant ?), voici le quatuor français Bruit. Qui sort son disque le même jour que Godspeed, tranquille. Ok, encore un groupe avec un nom commun en français pas ultra sexy (mettez ici le nom du groupe français que vous n’avez pas encore écouté à cause de son nom). Par contre, le titre de l’album est déjà culte. The Machine Is Burning And Now Everyone Knows It Could Happen Again. So « Covid Saison 2020/2021 ». Avec un artwork à l’avenant. Et un album construit comme un conte.

“Celui qui vendait du temps au temps a scié la branche sur laquelle il était assis puis l’arbre sur lequel était la branche. N’ayant plus d’ombre pour s’abriter, il était temps pour lui de faire face à la colère des autres ou de se confronter à la brûlure du soleil.

Avec 4 titres pour presque 40 minutes, on était partis pour des voyages au long cours parfaits pour se rapprocher du bout du tunnel de la fin du Covid. Le premier contact s’est opéré avec le parfait « Renaissance », premier extrait disponible dès fin février (avec un clip superbe, cf ci-dessous). Une master-class de post-rock. Ambiance apaisante en intro et outro, au gré d’arpèges acoustiques et de cordes élégantes, le titre se déploie sans effort apparent, savant mélange de dynamiques. Ici, une électronique discrète à la Tortoise, là un combo godspeedien « guitare plaintive-crescendo-climax ». Le parallèle avec les canadiens est évident, tant dans l’utilisation d’instruments à cordes (violon, violoncelle) que dans l’ajout parcimonieux de monologues à fort contenu idéologique (écologique sur « Amazing Old Tree », et surtout la fin superbe de « Industry »). Bruit propose néanmoins une approche quelque peu différente avec l’incorporation de bribes d’électronique (le début de « Industry », « Amazing Old Tree ») et une approche moins monolithique et plus directe des crescendos. Le quatuor, avec une seule six-cordes, joue forcément moins l’empilement des guitares, les riffs triomphaux ou la puissance sonique. Mais le lyrisme des cordes, (très en avant dans le mix) et l’ampleur du son restent impressionnants comme sur les presque 10 minutes du colossal et inquiétant « Industry ». Sur « Amazing Old Tree », l’heure est à la contemplation avec une intro électronique minimaliste et des nappes de claviers amples. Le titre le plus ambient, malgré une fin plus anxiogène. Pour le final, les 12 minutes de « The Machine is Burning ». J’en étais à me dire que ce disque manquait un poil de puissance sonique ou de grain, faute de plusieurs guitaristes. La version live du titre qui clôture l’album, enregistrée dans une église avec orgue et des cuivres, donne pourtant une bonne idée de la puissance que le groupe peut déchainer. Dommage que la production du disque, plutôt bonne au demeurant, n’exploitent pas mieux cet aspect. Une fois encore, le dernier Godspeed et son fort penchant pour l’enchevêtrement de guitares, sont passés par là. « The Machine is Burning » est dantesque, ne vous méprenez pas. Mais un instant, j’ai juste imaginé le bliss central de ce titre avec plusieurs guitares bien chargées en distortion (#eargasm). Avant de m’évader sur la guitare aux reverbs longues comme un beau rêve de la fin de ce titre impressionnant.

Amis du post-rock, en cet an de grâce 2021, où nous célébrons les 30 ans du très culte Spiderland, réjouissons-nous, le post-rock prospère encore et toujours. Venu de Toulouse (comme Slift, mes chouchous), voilà un disque (très) solide et réussi, sérieux client pour concurrencer canadiens et écossais sur un créneau pourtant bien fourni en 2021. Ce The Machine Is Burning And Now Everyone Knows It Could Happen Again va faire beaucoup de Bruit (vous l’avez ?) dans le (petit) cercle du post-rock international.

Sonicdragao

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