Somehow – Low Tide

Somehow – Low Tide

(Toolong / Differ-ant, 25 octobre 2019) L’avantage avec la technologie moderne, c’est qu’on est aujourd’hui capable en totale autonomie de réaliser un album du début à la fin. La difficulté, après, c’est de sortir du lot face à la concurrence qui postule comme vous au succès et à la postérité. Erwan Pépiot, pilier unique à la base de Somehow, en est à son 2e album avec ce Low Tide. Déjà une belle réussite. Et bel artwork pour la pochette. Ma rencontre avec sa musique s’est faite via Twitter et d’emblée deux choses m’ont plu et aiguisé ma curiosité. Une voix, grave et singulière, et une basse bien en avant caractéristique, qu’on jurerait évadée des 80’s, new wave ou cold wave comme vous voulez. Une basse qu’on entend, quoi. Alors pourquoi, au milieu de toute la production actuelle, plus ou moins internationalement reconnue et pléthorique en 2019, s’attarder sur un projet indie confidentiel ? Parce que justement, la passion y transpire à chaque note. Modeste guitariste à mes heures perdues, je sais qu’on ne peut se lancer dans une telle aventure sans une volonté farouche. Et une vraie passion pour défendre son artisanat. Ajoutez à cela un désir de découverte, celle de dénicher une petite pépite pas encore passée dans les radars de tout le monde. Et d’en parler. Après tout, c’est l’histoire de la musique. Le hasard. Les rencontres. Le partage. L’opportunité saisie de chroniquer cet album, me voilà donc face à ces 9 titres. Malgré la pluie qui tombe dehors et l’automne qui frissonne, la musique fraîche et délicatement mélancolique de ce Low Tide m’a donné de furieuses envies de printemps et de matins ensoleillés où on se lève du bon pied. Ce folk lumineux, ouvertement pop (« Take On The Best », « A Mirage Of Us »), m’a rappelé le sentiment éprouvé à l’écoute du premier album de Girls In Hawaii. Celui d’un album « feel good », celui dont on sort le sourire aux lèvres après chaque écoute. La voix grave d’Erwan Pépiot et cette basse ne sont donc pas sans rappeler Joy Division (« Modern Life ») mais la musique enlevée et enjouée évoquent plus la pop acoustique ciselée de Belle And Sebastian ou Girls in Hawaii donc, notamment avec l’apport vocal constant d’Aurélie Tremblay (« I Threw It All Away »). Avec une pointe de mélancolie assez élégante (« Invisible Walls »). Les titres sont courts mais l’apport de piano, claviers et quelques bribes d’électroniques apportent une belle variété à l’ensemble au détour d’arrangements travaillés. La production do it yourself souple n’enlève rien à la qualité des compositions à l’image de « Over The Raindrops », l’excellent « The Wave » en ouverture,...

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Arcade Fire – Funeral

Arcade Fire – Funeral

(Merge, 14 septembre 2004) Il y a quinze ans, on assistait à l’avènement d’un groupe phare des années 2000 : Arcade Fire. Le groupe canadien, originaire de Montréal, réussissait le coup de maitre de sortir un classique intemporel dès son premier album. Et son meilleur disque (?). Très tôt adoubé par David Bowie (y’a pire pour débuter dans le métier) et acclamé par la critique nord-américaine, Funeral a rapidement déferlé sur l’Europe. Déjà très amateur de la scène canadienne et du label Constellation (Godspeed You! Black Emperor, Thee Silver Mount Zion, Do Make Say Think…), je suis forcément tombé sur ce disque en 2005 à sa sortie européenne. Avec un nom pareil, on pouvait craindre un album sombre et les premières écoutes furent assez surprenantes. Malgré de nombreux décès survenus dans l’entourage du groupe à l’époque de la genèse du disque, c’est pourtant une énergie folle et un lyrisme incandescent qui émanent d’une bonne partie des 10 titres. Comme une furieuse envie de (sur)vivre. Malgré le deuil, le groupe va aligner hymnes (pop)-rock épiques et addictifs, alternant avec quelques titres touchants et plus introspectifs (le folk élégant de « Neighborhood#4 (7 Kettles) »). L’album est riche, plein de surprises, foisonnant d’instruments divers, et de cordes élégantes. Et malgré une production qui sonne aujourd’hui un peu « plate », le charme opère toujours. Par la grâce d’un songwriting d’orfèvre. Dès les premières notes de piano de « Neighborhood#1 (Tunnels) », on replonge. Le rythme en crescendo, le motif répétitif piano-guitare, le chant erratique mais habité de Win Butler, les envolées de cordes. Quelle ouverture d’album ! Le groupe a soigné ses effets et la clôture est tout aussi sublime avec ce « In The Backseat » explicite où la voix, tour à tour fragile et déchirante de Régine Chassagne fout le frisson. Sur le titre le plus tragique, évoquant la mort de sa mère. Si l’on peut trouver à redire sur la qualité technique et vocale du duo Butler-Chassagne, la sincérité, la fragilité et l’émotion qui émanent des titres plus intimistes emportent l’adhésion. Et le groupe est par ailleurs capable de semer un beau petit brin de folie dans des titres de facture classique comme « Une année sans lumière » ou « Crown Of Love », au final assez halluciné tout en violons. Ou de s’évader vers d’autres contrées musicales comme sur le tropical « Haiti » qui évoque (en partie en français) le pays d’origine de Régine Chassagne. Mais c’est surtout l’énergie flamboyante du septet qui irradie des titres les plus énervés. Pour un « Neighborhood#2 (Laïka) » un poil faiblard, on a un trio de titres parfaitement disséminés dans l’album pour ranimer le feu qui couve. « Neighborhood#3...

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Supergrass : un inédit, un coffret et une date à Paris

Supergrass : un inédit, un coffret et une date à Paris

Alors que les fans d’Oasis espéraient la reformation du groupe mancunien cet été à Glastonbury, c’est un autre groupe culte de la britpop qui vient d’effectuer son retour vendredi dernier en montant sur la scène de la Pilton Party du Glastonbury, j’ai nommé Supergrass. Dans la foulée, la formation pop-rock anglaise la plus talentueuse de sa génération vient d’annoncer une tournée en 2020. Une reformation assez inespérée, chacun de ses membres ayant attaqué une carrière solo. Leur grand retour à Paris se déroulera sur la scène du Casino de Paris le 4 février prochain. Les places seront en vente le vendredi 13 septembre à 9h et devraient s’arracher très vite… Le groupe a par ailleurs annoncé la sortie d’un coffret Best Of Supergrass: The Strange Ones 1994-2008 pour célébrer le 25e anniversaire de la sortie de I Should Coco le 24 janvier 2020 sur BMG. Il contiendra les six albums originaux du groupe sur picture disc LP et CD, des CD bonus de prestations live inédites, des B-sides, des remixes, des raretés studio, des démos, des versions acoustiques, quelques étrangetés, de nouveaux mixes, un livret deluxe, des posters et des badges. Au total, c’est plus de 6 heures d’inédits qui seront regroupés dans ce coffret pour le moins garni. En attendant, on s’écoute le premier titre dévoilé, une reprise de « Next to You », de The...

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PLAYLIST – The Cure, l’anti best of

PLAYLIST – The Cure, l’anti best of

Après avoir célébré en grande pompe ses 40 ans de carrière l’année passée à Londres, fêté les 30 ans du chef-d’oeuvre Disintegration en juin dernier à Sydney, fait (enfin !) son entrée au Hall of Fame, The Cure continue de bâtir sa légende en 2019. Robert Smith a même récemment évoqué la sortie prochaine du nouvel album, éternel serpent de mer, 11 ans après 4:13 Dream. A deux jours de l’unique date française du groupe, à Rock en Seine, nous avons souhaité mettre l’accent sur des morceaux méconnus du répertoire des anglais, restés dans l’ombre des singles intemporels, mais qui n’en demeurent pas moins des grands titres. En veillant à piocher dans la quasi totalité de leur immense discographie, qui les a vus passer du post punk sautillant aux morceaux pop plus sucrées (un peu trop, parfois), en passant par la cold wave ténébreuse (never enough). Pensée émue pour Andy Anderson, ancien batteur du groupe, disparu en février dernier. (Vous connaissez SoundsGood ? Non ? On vous explique*) *Vous pouvez choisir le lecteur de votre choix pour écouter les morceaux, donc si vous n’êtes inscrit sur aucun d’entre eux, préférez Youtube ou Sound Cloud. A noter que certains morceaux issus de la compil de raretés Join The Dots (“Babble”, “Fear Of Ghosts”) ne sont pas disponibles sur Spotify, ils sont remplacés par des versions alternatives instrumentales. Toutes nos chroniques et live reports de The Cure La playlist anti best of de...

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Ride – This Is Not A Safe Place

Ride – This Is Not A Safe Place

(Wichita Recordings / [PIAS], 16 août 2019) Il y a deux ans, Ride faisait son grand retour… par la petite porte avec un Weather Diaries bien décevant qu’on a très vite mis de côté, préférant se convaincre qu’il ne s’agissait plus tout à fait du même groupe. Aucun déni envisageable ici avec cette pochette qui joue avec nos sentiments en faisant ressurgir immanquablement la vague de Nowhere dans nos esprits nostalgiques et ce premier titre, « R.I.D.E. », sans équivoque. Quoique… Lorsqu’on lance l’écoute, il y a de quoi émettre de sérieux doutes. Un beat qui tabasse, une voix samplée quelque peu déshumanisée se contentant d’un simple mais percutant « RIDE ». Hormis un break brumeux aux voix lointaines, difficile de réaliser qu’on a affaire là à l’une des légendes shoegaze, et non à un quelconque DJ. S’ensuit un morceau très ensoleillé, improbable candidat au tube de l’été. Incontestablement réussi, « Future Love » joue ainsi dans un registre bien plus léger que ce qui nous avait fait succomber initialement au quatuor d’Oxford. Aucun mur du son, pas même un brin de saturation pour couvrir le chant d’un Mark Gardener étincelant, et des chœurs enjoués qui nous renvoient davantage aux 60s qu’aux heures glorieuses de la noisy pop. Passée la surprise, il faut accepter. Faire son deuil du Ride d’antan, se dire que finalement mieux vaut un groupe qui tente des choses, quitte à se planter parfois, que de vieilles gloires se reposant sur leur statut et se contentant de répéter inlassablement la même recette en employant des ingrédients de bien moindre qualité. Une fois cette réalité digérée, passons à la revue d’effectif. Et réjouissons-nous, que diable ! Car il y a indubitablement de bonnes choses sur ce disque : outre « Future Love », ne négligeons pas le planant et shoegazien en diable « Eternal Recurrence » , l’efficace (bien qu’un peu téléphoné) « Jump Jet », le nerveux et bruyant « Kill Switch » qui, lui, évoque carrément Jesus & Mary Chain, et le fait plutôt très bien… Le groupe ne fait donc pas tout à fait table rase du passé et nous procure en fin d’album une dernière réjouissance, et non des moindres, avec « In This Room » qui, après une entame quelque peu poussive, voit Ride lâcher la bride pour de bon et s’évader dans un long final éthéré qui nous pousse à lâcher prise. Du haut de ses 8’40, « In This Room » conclut en beauté et nous fait oublier les quelques ratés qui émaillent ce disque. Ce serait trop beau… Déplorons ainsi le roboratif et malheureusement bien nommé « Repetition » à la rythmique presque kraut. Un mélange des genres surprenant,...

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