The Beatles – The Beatles

The Beatles – The Beatles

Noël approche à grands pas et avec lui sa cohorte de rééditions, compilations, nouveaux packaging en tous genres pour nous faire cracher une fois de plus au bassinet. Et dans ce grand déballage mercantile, une perle, un pur chef d’œuvre des sixties élaboré par LE PLUS GRAND GROUPE POP de l’histoire de la musique contemporaine. Pas besoin de le citer, vous l’avez deviné il s’agit bien entendu des Beatles et la réédition qui fracasse tout est celle de The Beatles ou White Album ou Double Blanc chez nous les Frenchies. Pour ses 50 ans, le disque s’est offert un toilettage de première classe. Mené par Giles Martin, fils du producteur historique des Beatles, Georges Martin, décédé il y a quelques années. Et en cette période propice aux cadeaux, la nouvelle livraison de ce très fameux album blanc est quasi simultanée avec le concert donné par Sir Paul McCartney à Paris, dans le cadre de la tournée « Freshen Up », rafraichissante et nostalgique prestation d’un jeune homme de 76 ans entouré de fines lames. Mais j’y reviendrai plus tard. Concentrons-nous plutôt sur The Beatles. Ce disque donc, que contient-il ? Vous le trouverez dans de multiples versions incluant DVD, inédits, chutes de studio, version acoustiques, indispensables ou superfétatoires, c’est selon et votre point de vue sur les bonus est bien entendu subjectif et très personnel. Mais THE record itself, ce génial fourre-tout dans lequel on retrouve des chansons écrites par Lennon/Macca bien sûr, mais aussi quelques merveilles de Georges Harrison (“While My Guitar Gently Weeps”), et l’unique (et pas inoubliable) composition de Ringo « Don’t Pass Me By », il est comment vous demandez-vous. Et bien loin d’être une vulgaire compilation des chansons de chacun, comme cela est colporté depuis un demi-siècle, il s’agit d’un feu d’artifice, dont certaines fusées sont sidérantes de modernité. Le travail au niveau du son qui a été fait ici contribue à sa modernité farouche. Les guitares fusent, la basse claque, les cymbales frissonnent et nous avec. Et les voix ! Chant soit apaisé, murmuré ou rugissement de fauve, renforcé par les chœurs des trois autres. C’est juste hallucinant. On ne l’a peut-être pas assez dit, alors je l’écris ! Aujourd’hui les Beatles font partie du patrimoine de l’humanité et ont écrit un paquet de chansons gigantesques. On y va. Décryptage d’un patchwork de trente titres écrits durant leur séjour en Inde. Début de la fête avec l’atterrissage d’un Boeing (à l’époque Airbus n’existe pas encore…). Moteurs hurlants relayés par la batterie épileptique de Ringo, les guitares en fête et le piano bastringue martelé par Paul. Vous avez reconnu « Back In The USSR », mélodie démente, chant et harmonies vocales à tomber. 2’44 de bonheur, et l’avion se pose pour laisser John déclamer « Dear...

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J Mascis – Elastic Days

J Mascis – Elastic Days

Quand on aime bien se poser des questions à la con et qu’on est amateur de musique comme c’est mon cas, il arrive qu’on se pose la question suivante : Peut-on vraiment faire la critique d’un disque quand on adore l’artiste ? Si vous avez lu quelques-unes de mes chroniques, vous savez sans doute que Dinosaur Jr a une place importante dans mon cœur (voir les discographies partie 1 et 2), et vous vous attendez certainement à ce que je vous fasse l’éloge du dernier album solo de son leader J Mascis. Et bien oui, je trouve ce disque sublime. Pourtant, je vous jure, j’essaie d’être objectif autant que possible. Peut-être que je me mens à moi-même quand j’ai l’impression de trouver ce disque magnifique sans me laisser simplement porter par l’avis que j’ai sur l’artiste en général, mais laissez-moi quand même argumenter. Je pense qu’il y a une différence entre la fanitude aveugle qui annihile tout esprit critique et l’amour sincère pour l’œuvre d’un artiste. Le problème, c’est que si cette différence n’existe pas, je ne m’en rendrai jamais compte. Du coup, j’essaie de me rattacher à des éléments concrets. Pour moi, si on est dans l’adoration aveugle, on aime sans distinction ni recul tout ce que fait l’artiste. Quand on aime tout simplement, on peut hiérarchiser la qualité de certaines œuvres, voire ne pas accrocher à certaines. Or, il y a bien un projet de J Mascis qui m’en touche une sans faire bouger l’autre (Heavy Blanket). Ainsi, quand j’écoute cet Elastic Days et que je le trouve excellent, je brandis ma carte Heavy Blanket pour dire “non, ce n’est pas juste parce que c’est J Mascis“. En même temps, quand on a aimé les deux précédents disques, on n’est pas du tout dépaysé. L’artiste a sa propre patte, à la fois vocale mais aussi mélodique et nous avait déjà prouvé que lâcher les fuzz ne gâchait en rien ses compos. Il explore donc tranquillement sa fibre la plus pop sans oublier de nous pondre quelques tubes. Comme sur Tied To A Star, il accompagne la guitare acoustique de batterie et divers instruments, mais cette fois les solos de guitares qui sont sa marque de fabrique sont également de la partie, il y en a même trois différents sur le premier single “See You At The Movies”. Cependant, si certains passages pourraient évoquer des morceaux de Dinosaur Jr (le changement de rythme sur “Sometimes” ou “Wanted You Around”, par exemple), le disque se différencie en faisant planer les fantômes de Nick Drake ou Elliott Smith (sur l’excellente “Cut Stranger”, notamment). Et cette fois encore, on a un bon paquet de mélodies à craquer qu’on risque de s’écouter...

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Cat Power – Wanderer

Cat Power – Wanderer

Revoilà la douce voix de Chan Marshall. La dame est quelque peu cabossée, son passé n’est pas tout rose, sa discographie souffre de quelques accrocs. Mais quand l’inspiration est là, elle est toujours capable de coups d’éclat, de splendeurs saisissantes. Pas transportés ni tout à fait rassurés par le single “Woman” avec Lana Del Rey dans un premier temps, il apparait finalement comme une évidence dès l’entame de Wanderer, que c’est à son meilleur visage que nous avons droit ici. Les premiers titres, extrêmement dépouillés, mettent en valeur le chant à fleur de peau, si sincère et humain de Cat Power (l’ouverture a capella “Wanderer”, proche du gospel ou la sublime “In Your Face” simplement accompagnée de djembe et piano). Moins calibré mais rempli d’âme. Et même la tentative (étrange) de vocoder sur “Horizon” ne vient troubler notre confort auditif. Les griffes sont rentrées, ses démons intérieurs maîtrisés. Signe de la classe de la dame, le “Stay” de Rihanna (qui à l’origine a tout d’une musique de générique de “l’amour est dans le pré”) a droit ici à une seconde vie de toute beauté, tout en mélancolie et délicatesse. Le minimalisme de ce Wanderer est toutefois à double tranchant. D’abord une force, il finit par susciter également une légère monotonie. Cat Power se contente parfois de nous caresser dans le sens du poil, elle qui a le pouvoir de les hérisser avec une facilité déconcertante. Quand l’émotion ne nous frappe pas de plein fouet, on se contente alors d’acquiescer gentiment. Mais au final quand sa voix s’éteint peu à peu, le silence nous parait vite assourdissant. Et l’envie d’entendre de nouveau chanter Chan Marshall reprend de plus belle… Jonathan Lopez...

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Deerhunter de retour en 2019

Deerhunter de retour en 2019

Qu’on se le dise, le début d’année 2019 sera bon ! En effet, on peut déjà cocher une date : le 18 janvier qui fêtera le retour dans les bacs de Deerhunter avec son 8e album au titre légèrement pessimiste, Why Hasn’t Everything Already Disappeared? chez 4AD. Le groupe, décidément d’humeur joyeuse, qui développe “Comment décrire un album hors du temps, inquiet de la disparition de la culture, de l’humanité, de la nature, de la logique et de l’émotion ? Pourquoi faire un tel album à une époque où la capacité de concentration est réduite à peau de chagrin, et la création musicale abandonnée à des algorithmes et à une place en playlists. Pourquoi se lever le matin ? Pourquoi notre monde n’a-t-il pas encore disparu ?” L’album a été produit par Cate LeBon, Ben H. Allen III, Ben Etter et un (excellent) premier single éponyme est en écoute. La pochette Le tracklisting : 1. Death in Midsummer 2. No One’s Sleeping 3. Greenpoint Gothic 4. Element 5. What Happens To People? 6. Détournement 7. Futurism 8. Tarnung 9. Plains 10. Nocturne...

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Kurt Vile – Bottle It In

Kurt Vile – Bottle It In

Si quelqu’un avait des doutes quant à l’inspiration de Kurt Vile, celui-ci vient de les dissiper d’un coup d’un seul. Après une parenthèse (guère transcendante) avec Courtney Barnett, avec qui il partage un goût pour la décontraction à toute épreuve, le voilà qui dégaine un album long de près d’1h20 ! On va essayer de faire plus concis que lui… Après l’inaugural “Loading Zones” (qui évoque le “Pretty Pimpin” de l’album précédent, en moins efficace tout de même), Kurt se lâche et nous dévoile une à une toutes ses facettes. L’une de nos préférées : l’admirateur de Neil Young, quand il s’embarque dans de longues virées instrumentales dans les grands espaces. On retrouve là le Kurt Vile de Wakin On A Pretty Daze et il est séduisant (à l’image de “Bassackwards”, l’un des 3 morceaux de 10 minutes – 10, oui ! -, d’une quiétude absolue dont on se délecte sans modération). On est moins convaincu par ses tentatives inattendues comme le country/pop “One Trick Ponies” totalement insouciant avec ses chœurs enflammés ou par ce “Rollin With The Flow” frisant la mièvrerie. Et le “Check Baby” qui suit (8 minutes au compteur), assez quelconque, ne nous excite guère plus. Après tout, y a pas de mal à se faire plaisir mais ces trois morceaux à la suite brisent un peu l’élan. D’autant qu’en dehors de ça, on ne jettera rien aux orties et surtout pas ces très touchantes ballades mélancoliques (“Mutinies” avec Kim Gordon à la gratte, “Cold Was The Wind” et le bruit de la pluie contre la fenêtre et surtout la raffinée “Bottle It In” soulignée par de délicates notes de harpes) qui changent du branleur séducteur qu’on connait bien… mais qui fait toujours mouche (“Hysteria” où Kurt nous cause d’hystérie sans jamais se départir de son ton aussi relax qu’un panda émergeant de sa sieste ou quand il ressort son bon vieux banjo sur “Come Again”). Kurt Vile conclut par une “Skinny Mimi”, dédiée à sa chère et tendre (« you might want to roll her up in a ball and eat her in a sandwich but it’s mine, man »), calant même un solo bluesy pour la faire fondre, et nous avec. Voici donc un album très personnel et très varié, résumant parfaitement la carrière du bonhomme (sept albums solos, ça commence à faire). Trop long diront certains mais il faut croire que le slacker est bosseur et en nous proposant 1h de grande qualité sur 1h20 de disque, on aura du mal à lui en vouloir. Jonathan Lopez...

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