Shannon Wright @ Trianon (Paris), 14/10/19

Publié par le 23 octobre 2019 dans Live reports, Notre sélection | 0 commentaire

Elle semblait ne pas en croire ses yeux. Ça y est, Shannon Wright a joué au Trianon, salle ô combien prestigieuse aux gradins si imposants, à l’architecture si majestueuse. Quel plus bel écrin pour recueillir la sincérité qui émane de chacune de ses chansons, pour abriter les interprétations de son dernier album, Providence, épuré au possible et mettant à l’honneur le piano, seul accompagnateur de son incroyable voix ?

Il fallait la voir jeter des regards gênés, après des salves d’applaudissements nourris saluant ses petites merveilles fragiles, magistralement exécutées, qui peuplent ses albums plus (“Soft Noise”, sur Division) ou moins récents (“Avalanche”, sur Over The Sun). Et elle semblait toute chamboulée, lorsque relevant la tête après l’immersion totale dans laquelle elle s’était plongée en jouant “Dirty Facade”, elle réalisait que c’était bien pour elle que tout ce petit monde s’était déplacé et l’écoutait religieusement buvant chacune de ses paroles, s’imprégnant de chaque note de piano. Plus de déferlante de guitares derrière laquelle se planquer, pas de groupe sur lequel s’appuyer, elle était là, seule avec nous, seule avec ses chansons. Elle dont la préoccupation première était de s’abandonner totalement, comme elle le disait en interview, aura brillamment accompli sa mission. Et elle n’aura eu aucune difficulté à nous emmener avec elle.

Il fallait être capable de rester en place dans son fauteuil et ne pas se laisser submerger par l’émotion, si ce n’est l’euphorie, d’assister à ces moments rares offerts par une artiste de sa trempe, à qui cette date tenait tellement à cœur. Une voix qui résonne dans ce si grand espace alimentant en frissons une audience sous le charme, un jeu de piano virtuose, quelques éclats de beauté, une tension soudaine quand les notes s’accélèrent (“Steadfast And True”) et des sommets d’intensité régulièrement atteints. 
Il fallait être là pour écouter la déchirante “Bleed” et son “no one can change you” presque désespéré, “Defy This Love” et sa sournoise ritournelle de piano, cette version de “These Present Arms”, constamment sur un fil et qui parvenait pourtant à tutoyer la perfection, la voix de Shannon courant désespérément après les notes tout en les sommant de l’attendre (“wait, wait, wait“), se dédoublant même pour remplacer les overdubs de la version studio, faisant grimper la tension jusqu’à l’inexorable (“before it’s too late“). Une performance de très haut vol, tout bonnement éblouissante, qui suscitera une standing ovation spontanée.

Nous n’aurions sans doute pas été tout à fait comblés si nous ne l’avions entendue gratter les cordes de sa façon bien à elle, imprimant cette nervosité terrible comme si elles pouvaient se rompre à tout moment. C’est après une brève pause bien méritée que Shannon est donc revenue s’emparer pour la première fois d’une de ses guitares, revenant ainsi à son terrain de jeu favori le temps de deux morceaux seulement, dont une “Birds” vacillante, criée loin du micro. Un micro ? À quoi bon !

Comme un symbole, c’est l’un des plus beaux morceaux de son imposante et impeccable discographie (“You’ll Be The Death”) transposé au piano, qui conclura cette prestation de très grande classe. Au piano, à la guitare, même a capella et probablement à l’accordéon, on reste toujours à la merci des chansons brise-coeurs de Shannon Wright et on n’a de cesse de se féliciter qu’une telle artiste continue de se produir et de se livrer avec une sincérité aussi éclatante.

Jonathan Lopez

Setlist : Soft Noise – Wayward – Idle Hands – Defy This Love – Somedays – Fragments – Louise – Avalanche – Vessel For A Minor Malady – Dirty Facade – Lighthouse (Drag Us In) – Close The Door – Steadfast And True – Ways To Make You See – Bleed/Providence – These Present Arms
Rappel : In The Morning – Birds – You’ll Be The Death

Merci à Guillaume de Vicious Circle.

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