Nos Primavera Sound (Porto), du 09 au 11/06/16

Publié par le 22 juin 2016 dans Live reports, Notre Sélection | 0 commentaire

J’ai rarement vu de ma vie d’auditeur actif une programmation de festival aussi alléchante que celle du Primavera de cette année. Jugez sur pièce : PJ Harvey, Brian Wilson (performing Pet Sounds), Drive Like Jehu, Deerhunter, Shellac, Car Seat Headrest, Unsane et surtout Dinosaur Jr et Mudhoney. Certes, les vrais auditeurs soucieux de leur indie credibility diront toujours que cette programmation ne vaut pas celle de la Ferme Electrique, mais vu que ces deux derniers artistes sont deux de mes groupes préférés, difficile de ne pas être séduit. Quand JL m’a proposé de l’accompagner à l’édition de Porto, amputée de la moitié de ses têtes d’affiche et surtout de la moitié de son prix (hormis Radiohead, même si je n’aime pas trop leur musique depuis leur virage électro, et les Black Lips, rien qui ne manque vraiment de toute façon) en m’hébergeant gracieusement dans la résidence secondaire qu’il se paye sur le dos de ses chroniqueurs bénévoles grâce aux bénéfices d’Exitmusik.fr, je me suis dit que l’occasion était trop belle pour passer à côté.

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C’est dans un cadre parfait, le Parque Da Cidade étant un superbe parc juste en face de la mer, malgré un manque d’indication assez déroutant puisque, arrivés par la mauvaise entrée, nous avons dû faire le tour complet de l’immense terrain pour enfin trouver le moindre signe de la présence du festival, que l’édition portugaise du Primavera se déroule. Heureusement, une fois à l’intérieur, toutes les craintes que nous pouvions avoir sur l’organisation se sont envolées : on échange son billet contre un bracelet et une carte à code barre nécessaire pour entrer et sortir, l’ensemble des stands de nourriture et de merch sont répartis à l’entrée, les scènes sont bien disposées et raisonnablement éloignées les unes des autres, les stands de boisson et les toilettes sont partout : on ne mourra ni de soif, ni de rétention urinaire.
Les prix sont assez bas comparés à un festival français, le repas oscillant entre 4 et 8 euros avec un grand choix de stands et surtout une qualité de produits remarquables pour un festival (des restaurateurs locaux ayant été sollicités) et pour ce qui intéresse la majorité d’entre vous, j’en suis certain, la pinte est à 3,50€. Pour notre porte-feuille français, c’est le paradis, mais quand on considère que le salaire moyen au Portugal est de 450€, on comprend que l’idée de bon marché est fort discutable et que non seulement le Primavera n’échappe pas à la règle du « tu es en festival, tu raques« , mais qu’en plus il est démesurément cher pour un public portugais moyen. Proportionnellement au salaire moyen français, c’est comme si le pass 3 jours coûtait 300€ !
Mais comme ces considérations financières, culinaires et sociales ne sont certainement pas ce qui vous intéresse ici, passons à notre sujet de prédilection : la musique !

 

Jeudi 9 juin

La première journée se voulant plus légère, il n’y avait ce jeudi 9 juin que 8 groupes programmés et uniquement les deux scènes principales d’ouvertes. La scène Pitchfork, plus petite et ayant pour vocation d’accueillir les groupes les plus indés n’ouvrant qu’à partir d’1 heure du matin à l’occasion de DJ sets pour les teufeurs noctambules dont nous ne sommes pas. Ce jour, donc, aucun concert ne se chevauche, ce qui nous permet de tout voir. Mais, perdus dans le parc à tourner pour trouver l’entrée, nous avons loupé Sensible Soccers et U.S. Girls. Cependant, ce qui nous parvient de ce dernier groupe pendant que nous marchons en rond ne nous fait rien regretter du tout.

C’est avec Wild Nothing que notre festival commence vraiment, encore que. Pas franchement convaincus par leur post-punk eightisant qui évoque trop les 72 groupes qui font exactement la même musique de nos jours, nous préférons nous installer confortablement pour le vrai début des choses sérieuses : Deerhunter.  Ça faisait un moment que je voulais les voir sur scène, bien qu’un peu refroidi par les retours qu’on m’en avait fait, et je n’ai pas été déçu ! Malgré un ou deux morceaux un poil trop synthétiques et poussifs à mon goût, dont le « Rainwater Cassette Exchange » introductif, le concert a été un moment très agréable, où Bradford Cox nous a démontré tout son talent pour la composition et l’interprétation de chansons indie pop barrées, comparable à son manque flagrant de charisme. Mention spéciale à « Cover Me (Slowly) » et « Agoraphobia » qui en plus de faire rudement plaisir rappellent que Microcastle est quand même un super album.

Après cette belle entrée en matière, les jambes en compote, nous décidons de rester un peu posés dans l’herbe et de n’écouter qu’à distance la prestation de Julia Holter. Dommage, car ça avait l’air pas mal, mais nous étions fatigués et ET voulait absolument être bien placée pour Sigur Rós.

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Bon, Sigur Rós, soit vous connaissez déjà et vous savez exactement à quoi vous attendre, soit vous n’avez pas vécu les années 2000 et vous n’avez aucune idée de ce que c’est. En gros, ils font du post-rock avec une basse, une batterie et une guitare jouée avec un archet, ils chantent en islandais très aigu et c’est plutôt planant. Personnellement, j’avais quand même envie de les voir une fois dans ma vie, pour l’expérience, bien que n’étant pas particulièrement amateur de leur délire. C’était très bien exécuté, très travaillé au niveau du son et du visuel, et je pense qu’avec l’aide de quelques substances, il y avait de quoi passer un moment démentiel. D’ailleurs, il n’y avait qu’à ouvrir les narines pour sentir les volutes de cannabis omniprésentes. Sans aide extérieure, à moins d’être complètement mordu du groupe, on en vient quand même inévitablement à décrocher. Ceci dit, ça restait un concert intéressant, à faire sans regret, surtout dans le cadre d’un festival.

Le premier choix s’offre à nous, rentrer se reposer et se préparer à la journée du lendemain ou tenir le coup jusqu’à Animal Collective, groupe quand même globalement surcoté et vite chiant sur album. Finalement, ce sont leurs prédécesseurs de Parquet Courts qui ont tranché pour nous : si leur prestation aurait été sympa avec une bière à 15h avant un truc plus motivant, elle n’était clairement pas assez excitante pour nous donner envie de tenir une heure pour ensuite voir un groupe qu’on risquait de ne pas apprécier. Direction la maison !

 

Vendredi 10 juin

Le lendemain, la programmation était plus réjouissante. Arrivés sur place vers 16h, nous comprenons que le festival n’ouvre ses portes qu’à 16h30 et nous devons faire la queue. Sachant que les concerts qui nous intéressaient ne commençaient qu’à partir de 19 ou 20h, on s’en serait bien passé, mais on le saura pour la prochaine fois.

Après ravitaillement nécessaire et un tour par le marché, nous jetons une oreille à Mueran Humanos, groupe espagnol de synthpop qui serait sûrement signé chez Born Bad s’ils étaient français. Allergique, je fuis vers ma seule vraie déception du weekend. On m’avait dit que Cass McCombs était un songwriter prolifique et bordélique, capables de perles mélancoliques belles à pleurer, là j’ai surtout eu l’impression d’entendre du sous Neil Young poussif et très vite chiant. Du coup,  nous sommes repartis. Sur la même scène que Mueran Humanos, BEAK> a vite fait son entrée, le temps de me laisser m’installer pour le vrai clou de la soirée, voire du festival. Ce n’est pas pour moi, cet électro-rock bardé de synthés, mais ça a le mérite de faire passer le temps. J’ai quand même trouvé ça très passable, vite oublié.

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D’autant plus vite oublié que ça s’enchaine avec l’un des deux groupes pour lesquels j’ai fait le déplacement à ce festival, Dinosaur Jr. Et même sans faire mon fan boy sans aucune objectivité, ce que je suis certainement dans le fond malgré tout, ce concert était vraiment excellent ! Groupe en forme, content d’être là, jouant plus d’une heure une très bonne setlist, certes sans surprise mais piochant dans quasiment tous les albums (seuls Green Mind et Hand It Over ont été oubliés) et tout de même agrémentée de 3 morceaux par rapport au TINALS. Bon, on pourrait pinailler, dire qu’on aurait bien voulu un petit « Wagon » ou quelques pépites totalement inattendues, mais ce serait vraiment bouder son plaisir de ne pas voir que « Budge » et « Watch The Corners » c’est déjà pas mal, ou que « Pieces » est un must comparable aux plus gros tubes du groupe, et surtout qu’ils nous avaient bien manqué depuis 2013. En tout cas, le public a été convaincu, et même les professionnels puisqu’on pouvait voir tout le long de leur concert les membres des autres groupes jouant sur cette scène écouter attentivement sur les bords de la scène. J’avais déjà vu des musiciens le faire, mais jamais autant.

Au passage, ce concert s’est retrouvé programmé en même temps que celui de Brian Wilson jouant l’intégralité de Pet Sounds. Pour ma part, de même que pour l’ensemble de l’équipe d’Exitmusik, le choix a été vite fait, ça nous a juste permis d’attendre mon groupe préféré avec « I Get Around » et « California Girls » dans les oreilles. Cependant, notre envoyé spécial à ce concert a été sans appel, Wilson est dans un triste état, ayant besoin d’aide pour se lever et incapable de chanter l’ensemble des morceaux. Selon ses dires, c’était plus « Un groupe jouant Pet Sounds avec de temps en temps Brian Wilson chantonnant un peu« . Si bien qu’il est revenu voir Dinosaur Jr au bout de quelques chansons.

Après une telle claque (Mascis et compagnie, pas Wilson), difficile de retomber, d’autant plus qu’il va falloir remettre le couvert bientôt. Une pause s’est donc imposée avant d’aller voir PJ Harvey, que tout le monde attendait. Pour ma part, connaissant peu ses travaux hormis ses duos avec Nick Cave et Mark Lanegan, j’avais décidé d’y aller en néophyte complet. Une grosse part du set est dédiée au dernier album et, dans une moindre mesure, à Let England Shake. Ces deux disques représentent visiblement une orientation musicale cohérente, moins rock, et qui se retrouve également sur scène. L’ensemble est très théâtral, les musiciens sont nombreux et multitâches, sans compter que c’est une belle brochette de noms, leur prestation est parfaitement exécutée et PJ oeuvre au saxo et au chant avec un talent et un charisme indéniable. On a parfois l’impression d’être à l’opéra, mais avec des groupies, sans que ce soit particulièrement gênant. Cependant, il y avait un choix à faire du point de vue des horaires entre voir ce concert en entier ou celui de Mudhoney, et j’ai choisi ces derniers dans la perspective de voir un véritable concert de rock. Et aussi parce qu’il s’agit d’un de mes groupes préférés. Il n’empêche que j’ai apprécié ce que j’ai vu de PJ Harvey et que je serais resté avec plaisir si l’organisation avait été différente. J’aurais même préféré qu’ils inversent son créneau avec celui de Sigur Rós, dont quelques chansons suffisent largement. Dommage.

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Dommage, mais pas de réel regret car la prestation de Mudhoney a été parfaite, comme toujours avec eux. Seul bémol, un set très court, mais à leur goût également puisqu’ils semblaient très motivés pour jouer plus. Malgré ça et une fin de set un peu trop tournée sur le dernier album (même si « Chardonnay » et « The Only Son Of The Widow From Nain » sont quand même de super titres), le concert a été bien intense, avec ses moments plus posés comme « Broken Hands » et « 1995 » et ses bonnes tartes dans la gueule (« Flat Out Fucked » ou le « Suck You Dry » joué juste après l’intro « Fuzzgun 91 » qui a eu le mérite de donner le ton). Là encore, ça a pioché un peu partout dans leur discographie (sauf Tomorrow Hit Today, malheureusement) pour nous offrir un best of sans réelle surprise mais bien jouissif. Après ça, impossible de redescendre, nous n’avons même pas pu rejoindre la scène où jouait Protomartyr, qui avait au moins le mérite de ne pas avoir un son 80s vu leur style de musique, mais qui aurait été une redescente trop rude. Seule ET a tenu à voir leur concert, au point de partir AVANT LA FIN de Mudhoney (et de nous lancer un « dommage, ils ont pas joué « Chardonnay » »!). L’alcool fait vraiment des ravages…
Impossible de redescendre dignement, donc, et nous sacrifierons un concert de Tortoise pour rentrer nous remettre de nos émotions.

 

Samedi 11 juin

Rien d’aussi passionnant que la veille mais tout de même un bon programme en perspective, entre les petits jeunes qui montent et les vieilles gloires encore en forme. Comme les concerts qui nous intéressaient ne commençaient pas avant 21h, nous avons cependant pu profiter du soleil et de la ville avant d’enchainer les artistes. JL et ET voulant absolument voir Battles (dont ils reviendront satisfaits), nous nous séparons pour que je puisse assister à l’ensemble de la prestation de Car Seat Headrest la nouvelle sensation indé si on en croit le monde qui s’amasse devant la scène. Ils n’ont pas les Inrocks, au Portugal, mais Pitchfork a certainement son petit impact. Le début du concert est mou, les musiciens à l’exception du frontman semblant royalement se faire chier, je crains la grosse déception. Heureusement, à partir du troisième titre « Destroyed By Hippie Powers », le groupe gagne en énergie et dynamisme, la sauce prend enfin et la mayonnaise ne retombera pas avant la fin. Ouf ! Au final, le concert aura été à l’image du dernier album : plutôt bon, avec de grands moments (le refrain de « Dunk Drivers/Killer Whales » repris par tout le public) mais aussi ses longueurs ; dommage pour seulement 45 minutes !

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Pas le temps d’y réfléchir, il faut se dépêcher pour rejoindre la scène de Drive Like Jehu, qui a déjà commencé son set. Pas grand chose à dire puisque JL en parle déjà dans son rapport du TINALS : une leçon de rock qu’on comprend en à peine un morceau, la prestation est impeccable et si Rick Froberg a perdu sa voix, le groupe n’a rien perdu de son talent ni de son énergie. Personnellement, je me lasse vite sur disque de leur punk complexe et bourrin, parfois à la limite du math-rock, mais sur scène c’est excellent. Peut-être le concert de la journée.

Pour redescendre après ça, on n’est même pas pressés de rejoindre Titus Andronicus. Marchant entre les scènes, on entend des bribes de la prestation de Air. ET, un poil éméchée, me glisse « c’est quand même mieux que ce qu’on va voir là ! » avant que le groupe n’entame les premières notes de « Blitzkrieg Bop » ; instantanément, elle se met à courir hystérique en direction de la scène, entonnant les paroles. Alors oui, tous ces « Hey ! Ho ! Let’s go !« , c’est assez facile et ça ne fait pas très connaisseur, mais malgré tout entendre ça en concert, ça fait toujours plaisir ! Le reste sera à l’image de cet instant, pas très original, mais sympathique. De quoi passer un bon moment en attendant mieux. Pour mes comparses, Explosions In The Sky, qui saura les ravir à la hauteur de leur prestation du TINALS. Pour ma part, craignant de décrocher assez vite à leur post rock instrumental, je préfère jouer les masochistes et m’infliger une performance d’Unsane.

Pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit d’un groupe culte du noise, avec des côtés punk hardcore, un son tout ce qu’il y a de plus brut, un chant crié à la limite du metal et des albums dont l’écoute relève de la bravoure. Bon, dit comme ça, ça ne fait pas envie, mais ils sont aussi réputés pour être remarquables sur scène, et c’est surtout cet aspect qui m’intéresse. Et franchement, à part un mix un peu limite qui faisait trop baver la grosse caisse et le tom basse, on a bel et bien eu droit à une claque. Un son surpuissant qui rappelle les Melvins et une énergie débordante qui font que la musique qui, là encore, ne m’a jamais séduit sur disque a sur scène quelque chose d’hypnotique et captivant. Un concert à la limite de l’expérience physique !

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Le reste de l’équipe me rejoint pour le clou de la soirée, Shellac dont ils m’ont dit le plus grand bien. Et à raison ! Le groupe est en place, la prestation est impeccable, malgré une basse qui bave un peu trop par moments, les morceaux sont bons même quand ils sont à la limite du chiant et quand ils trainent un peu en longueur, ils sont rattrapés par le jeu de scène d’Albini, Weston et Todd Trainer comme sur « End Of Radio ». Après le son massif d’Unsane, Shellac parait parfois un peu faible, mais ils rattrapent en subtilité ce qui leur manque en puissance. Le point final parfait à ce festival qui mine de rien nous aura offert l’une des plus belles affiches de notre vie. Je dis point final car les concerts proposés après ne pouvant pas rivaliser après le mastodonte Albini, nous avons préféré nous arrêter là. Sans regret !

Photos Alain Dutertre et ET

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