Mudhoney – Tommorow Hit Today (Reprise)

Publié par le 25 janvier 2014 dans Chroniques, Incontournables | 0 commentaire

Tomorrow-Hit-Today-MudhoneyEn termes de spontanéité et d’émotion, on pense souvent que les premiers albums d’un groupe sont ce qui se fait de mieux. Mais parfois, les « derniers » albums n’ont rien à leur envier.
Certes, je sais bien que l’histoire a prouvé que Tomorrow Hit Today n’était pas le dernier album de Mudhoney puisqu’ils en ont sorti 4 depuis, mais à l’époque ce n’était pas si évident. La mode du grunge passée, le rock à l’ancienne tombé en désuétude avec les converse et les pumps, lâchés par leur maison de disque et les différents promoteurs, Mudhoney n’est clairement pas le cheval sur lequel parier en 1998. Le départ de Matt Lukin peu de temps après a d’ailleurs donné lieu à une pause plus ou moins officielle pour le groupe.

Pourtant, au chapitre des trésors ignorés du rock de Seattle, Tomorrow Hit Today se place sans difficulté dans le haut du panier. Un blues-rock garage punk poisseux et désabusé bien loin du « mélange parfait entre punk et métal » vendu depuis des années par la presse, qui démontre, s’il était encore besoin de le préciser, que Mudhoney a toujours été son propre hybride. Et comme pour boucler une boucle, le groupe intitule son album en référence au « When Tomorrow Hits » qui se trouvait sur le premier album. Sur ce morceau, Mark Arm nous indiquait que quand demain frapperait, ça frapperait fort ; et il ne mentait pas.

Tout s’ouvre par un hymne désabusé, avec un riff rampant imparable nommé « A Thousand Forms of Mind », un des meilleurs morceaux du groupe haut la main. Et l’album est encadré ainsi, puisqu’il se clôture par « Beneath The Valley Of The Underdog », tout aussi rampant, désabusé et imparable. On serait presque tenté, alors, de passer directement de la première piste à la dernière, tant ces deux chefs d’oeuvre swampys sont intenses; mais ce serait une erreur, puisque ça impliquerait de passer à côté du retour de la guitare slide sur compos déjantées (« This is The life » ou « I Had To Laugh »), de l’instrumentale dépressive « I Will Fight No More Forever » ou des pépites garage-punk comme la reprise de Cheater Slicks « Ghost », « Night of The Hunted », et surtout « Poisoned Water », là encore un des meilleurs morceaux de Mudhoney.
Cependant, vous avez peut-être remarqué que je parlais quelques lignes plus haut de blues-rock, et c’est vraiment dans ce registre que Tomorrow Hit Today rayonne et se démarque de ses grands frères. Des morceaux comme « Try To Be Kind », « Move With The Wind » ou « Real Low Vibe » explorent des contrées où Arm et Turner ne s’étaient aventurés que dans leur side-project The Monkeywrench jusqu’alors, et s’en sortent encore mieux que ce qu’on pouvait globalement entendre sur Clean As A Broke Dick Dog ; je soupçonne d’ailleurs cet album d’être à l’origine du bond en avant que représente en la matière Electric Children, le disque suivant des Monkeywrench. Le sommet est atteint avec « Oblivion », encore un titre qui ne respire pas la joie de vivre et mérite pour autant d’être considéré comme l’un des meilleurs du groupe de Seattle. Vous remarquerez que j’ai dit ça de nombreux morceaux sur ce disque.

Souvent survolé quand on s’attaque à la discographie complète du groupe, Tomorrow Hit Today est une pépite qui achève la direction entamée avec My Brother The Cow et nous présente Mudhoney sous son aspect le plus sombre, au plus bas, et paradoxalement à son plus haut niveau. Cet album illustre un de ces paradoxes musicaux où un groupe qui semble à bout de souffle nous sort un disque d’une force insoupçonnée. Mark Arm avait raison, Demain a frappé très fort.

 

BCG

 

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