Interview – Butch McKoy

Interview – Butch McKoy

Il a toujours détonné dans le paysage du rock français, déjà au sein de feu I Love UFO, Butch McKoy incarnait ce chanteur hirsute, capable de vociférer en anglais sans problème sur des sons de guitares toujours plus noisy et saturés, dans la plus pure tradition sonicyouthienne. Puis, on découvrit un autre pan de son talent, dans une version d’un folk habité, teinté de romantisme noir, tout seul à la guitare face à ses anges et démons. Il revient aujourd’hui avec un nouvel album, The Sick Rose (sur toutes les bonnes plateformes depuis le 12 juin, sorti par Les Editions Miliani et Bruit Blanc). Rencontre avec un artiste différent qui a su créer sa propre voie/voix et continue à travers tous ses projets de composer de petites merveilles. Quelles sont les origines de Butch McKoy ? J’ai dû commencer dans ma piaule quand j’habitais chez mes grands-parents, en 1995-1996, quelque chose comme ça. Le nom, je ne sais pas exactement, on avait un délire avec des amis, on était tombé sur une BD qui ressemblait aux Freak Brothers, ça s’appelait les McKoy Brothers et ça se passait à l’époque du western si ma mémoire est bonne. Et ils étaient trois, ils faisaient des conneries et je n’ai jamais réussi à remettre la main dessus, c’était peut-être une hallucination ! Du coup, on était 3 potes, on faisait des conneries aussi, c’était un peu les frères McKoy, mais il n’y avait que moi qui faisait de la musique dedans. Et l’association avec Butch, je crois que c’est un pote qui a trouvé ça à une soirée, ça me faisait marrer, donc je l’ai gardé. Donc rien à voir avec Pulp Fiction… Et bien, c’est peut-être ce pote qui avait vu le film et qui avait chopé la référence dedans. Ce qui est drôle, c’est qu’il n’y a pas longtemps, j’ai pu rencontrer Maria de Medeiros qui joue la femme du personnage de Bruce Willis. On nous a présenté et elle m’a dit : “Bonjour, je dis Butch ou Boutch ?” Je me croyais dans Pulp Fiction. D’ailleurs, comment prononce-t-on finalement, “Butch” ou “Boutch” ? Les deux, j’ai eu la confirmation de Josh T. Pearson qui m’a dit que les deux marchaient. Revenons à ces débuts chez tes grands-parents, avais-tu déjà cette envie de faire quelque chose en solo, plutôt folk rock ? J’avais du mal à trouver des gens sur la même longueur d’ondes. Après plusieurs tentatives infructueuses, j’ai voulu explorer ma propre voie. Et au même moment, j’ai découvert des artistes comme Beck, Bonnie Prince Billy, et je me suis dit : “Je vais faire ça, c’est cool en fait, juste tout seul avec ma guitare.” Donc, cela fait...

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PLAYLIST – Hommage à Florian Schneider (Kraftwerk)

PLAYLIST – Hommage à Florian Schneider (Kraftwerk)

Le monde de la musique vient encore de perdre un des siens, un pionnier des musiques électroniques, multi-instrumentiste hors pair, spécialiste de la flûte et du vocoder. L’un des hérauts du Krautrock, cette appellation générique quelque peu fourre-tout donnée à la scène allemande expérimentale, tous styles confondus, des années 70 (Klaus Schulze, Ash Ra Tempel, Tangerine Dream, Can, Neu!, Faust, Amon Düül II, etc.). Florian Schneider était surtout, avec Ralf Hütter, l’une des deux “âmes fantômes” dans la matrice Kraftwerk, dès leurs débuts en 1970 avec les “trois albums de chauffe” enregistrés par Conny Plank et volontairement écartés du “catalogue officiel” (Kraftwerk, Kraftwerk 2 et Ralf und Florian), puis au sein d’un quatuor enfin stable (pour le moment !), en compagnie de Wolfgang Flür et Karl Bartos. Après plusieurs décennies et de nombreux tubes planétaires, Kraftwerk reviendra sur le devant de la scène avec Tour De France Soundtracks (en 2003), album rendant hommage à une autre de leurs passions : le vélo. Une tournée mondiale s’ensuivra, cristallisée dans le CD/DVD Minimum-Maximum, et marquera parmi les dernières contributions de Florian à l’entité Kraftwerk, avant son départ officiel en 2009. Le musicien reviendra aux affaires spontanément et sous son nom, vers 2015, avec le morceau “Stop Plastic Pollution”. Pour rendre un dernier hommage à “l’homme machine”, voici une playlist de vingt morceaux piochés à même le Catalogue et agrémentée de deux surprises, “V-2 Schneider”, le morceau tribute de Bowie issu de Heroes et la reprise de “The Model” par Big Black (parce qu’on est sur Exit Musik quand même !). Maintenant place aux rythmiques motorik, aux synthés délicieusement rétros et la mélancolie robotique ! Julien...

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Interview – Theo Hakola

Interview – Theo Hakola

© Jérôme Sevrette On le connaît comme leader dégingandé et charismatique d’Orchestre Rouge et Passion Fodder, comme producteur/réalisateur artistique des débuts d’un groupe bordelais en devenir avec l’album Où veux-tu qu’je r’garde ? (on vous laisse deviner tout seuls), mais aussi comme romancier et homme de théâtre. Theo Hakola, le plus français des chanteurs américains (ou inversement), vient de sortir en ces temps troublés un tout nouvel opus, Water Is Wet, qui s’ajoute à la longue liste de belles réussites sur disque qu’il accumule depuis ses débuts en solo, en 1993, avec Hunger of a Thin Man (et sa jolie référence à Bob Dylan). Rencontre avec celui que nos confrères surnomment le Baudelaire du rock, autour de son art musical, de ses envies cinématographiques et des mystères qui se cachent dans le nouvel album. On te présente souvent comme le chantre d’un rock poétique sombre, ce qui me semble un peu réducteur. Par exemple, ton dernier album Water Is Wet est très enjoué, même si les paroles peuvent paraître sombres et plombantes d’un premier abord, l’ensemble est vraiment entraînant. L’impression que tu en as est peut-être due aussi au fait qu’il y a de l’humour, il y en a toujours eu. Les gens ratent parfois un peu les nuances. On ne voit pas l’ironie derrière. Je pense qu’il y en a pas mal dans ce que je fais. Un morceau comme “Who the Hell?”, c’est presque un blues quelque part, dans la pure tradition thématique “Mon bébé m’a quitté”, mais je me moque de ma tristesse dans cette chanson, ainsi que de la tristesse de tous ceux qui chantent très sérieusement “Mon bébé m’a quitté”. Il y a une citation de Beckett, dans une de ses pièces que j’adore, c’est : “Rien n’est plus drôle que le malheur… c’est la chose la plus comique au monde”. Je le pense aussi, donc, dans cette chanson, je me moque de ma propre misère. “L’époque Georges Bush Jr nous apparaît presque comme une sorte d’Eden, la “Belle Époque” ! (Rires) À côté de Trump, c’était quelqu’un de plus ou moins décent, il avait faux sur toute la ligne, politiquement parlant, mais ce n’était pas un monstre. Il voulait faire du mieux qu’il pouvait pour le pays. (…) Ce n’est aucunement le cas de Trump, il ne marche que pour lui. Les braves crétins qui croient encore en Trump, il se fout complètement d’eux.” Cela m’étonne que cet humour ou cette ironie ne soient pas souvent mentionnés. Alors qu’ils sont bien présents dans ton œuvre, comme une distanciation nécessaire à la noirceur inhérente. Je suis content quand on relève l’humour dans mes œuvres. Ce n’est pas souvent le cas, mais si c’est la...

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PLAYLIST – Hommage à John Prine

PLAYLIST – Hommage à John Prine

John Prine aura lutté jusqu’au bout.  On le savait atteint d’un cancer depuis la fin des années 90, maladie qui avait altéré le ton de sa voix. Pourtant la légende de la folk américaine continuait coûte que coûte, en composant de nouveaux morceaux et en les jouant sur scène, toujours avec classe et générosité. Encore récemment, il tournait en France et laissait un souvenir impérissable aux spectateurs éblouis du Café de la Danse. Seulement, le Covid-19 – oui, vous savez bien, ce satané virus qui nous pourrit la vie – sera passé par là, et après plus d’une semaine de long combat, John nous a quittés… Que dire après cela ? Quel hommage écrire ? Sinon célébrer sa mémoire en musique, sans emphase mal placée, simplement avec vingt morceaux entre classiques indémodables, performances live de toutes époques et nouveaux morceaux issus de son dernier album The Tree of Forgiveness. Julien Savès « Make me an angel that flies from Montgomery Make me a poster of an old rodeoJust give me one thing that I can hold on toTo believe in this living is just a hard way to...

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PLAYLIST – Hommage à Andrew Weatherall

PLAYLIST – Hommage à Andrew Weatherall

DJ émérite, remixeur star, producteur inspiré (Screamadelica, faut-il le rappeler ?), Andrew Weatherall a eu de multiples vies (quitte à brouiller les pistes et perdre ses fans en chemin) mais il obéissait toujours au même credo : marier les musiques, mélanger les cultures et dynamiter les conventions. C’était un inlassable pourfendeur d’œillères, l’un des meilleurs représentants d’une approche culturelle purement anglaise qui consiste à casser toute barrière, chapelle ou convenance propre à un genre musical, et embrasser le vaste éventail des possibilités pour imaginer une nouvelle voie. À travers vingt morceaux de choix, nous avons souhaité célébrer cette grande figure de la musique anglaise depuis le début des années 90, et explorer ses multiples entités (The Sabres of Paradise au sein de Warp, Two Lone Swordsmen, The Asphodells, etc.), sa carrière solo et quelques-uns de ses remix les plus habiles. En toute fin, l’un des derniers « coups » d’éclat récents de Jah Wobble, avec des membres de Public Image Limited, Killing Joke et The Pop Group, un titre directement inspiré par le Brexit sur lequel a collaboré Andrew. Julien...

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