Interview – Troy Von Balthazar

Interview – Troy Von Balthazar

© Flavie Durou Rencontrer Troy Von Balthazar (aka TvB sous son nom de scène), c’est un peu comme plonger dans l’intimité désarmante d’un artiste discret et brillant, jamais avare de réponses profondes et d’une intimidante franchise. Le roi de la douce mélancolie revient cette année avec un cinquième album en solo It Ends Like Crazy. Rencontre avec l’intéressé lors de son dernier passage en live à Paris, en avril dernier à La Maroquinerie. Parlons un peu du nouvel album It Ends Like Crazy (Vicious Circle). Quel est le désir, l’envie derrière cette nouvelle livraison ? Je vivais à Berlin et j’arrivais à saturation d’être entouré d’autant de gens. J’ai donc déménagé à la campagne dans le Limousin, la Creuse… Je vis ici maintenant, au milieu de nulle part, entouré d’arbres et d’oiseaux, avec rien autour, pas d’habitations. J’y ai passé du temps à m’imprégner de l’endroit et à concevoir ce nouvel album. Je peux jouer de la batterie la nuit, sans problème de nuisance sonore, parce qu’il n’y a vraiment personne ! En hiver, c’était un peu dur, en totale isolation, cerné par la neige… L’album est venu de ces moments, marchant seul pour réfléchir sur moi. Dans ces moments-là, on découvre beaucoup de choses profondément enfouies, par exemple si on est peureux ou si on fait preuve de courage, si on est une bonne ou mauvaise personne… Au début, je n’étais pas sûr d’aller vraiment bien, mais maintenant, après quelque temps là-bas, j’ai pris le temps de faire le point et de réfléchir sur moi. Après autant d’isolement, tous vos souvenirs d’enfance vous reviennent, vous avez le temps pour cela. Ce fut bon pour moi. Il semble y avoir moins de phrasés de guitares dans cet album, mais plus une volonté de se servir des machines, es-tu d’accord ? Je ne sais pas vraiment. Je n’écoute pas l’album une fois fini et enregistré, mais je me souviens avoir passé beaucoup de temps à jouer uniquement avec des claviers et des pédales d’effets. J’aime le rapport direct à l’objet. L’autre jour, je dormais et en me réveillant, la première chose qui apparaît dans mon champ de vision était une de ces pédales d’effet. L’objet en lui-même, sa couleur, son apparence, cela m’attirait malgré moi, j’avais envie d’y jouer dessus tout de suite (rires). Il y a quelque chose de l’ordre du rapport physique à l’objet. Exactement, le plaisir de sans cesse tourner et appuyer sur les boutons, changer les vitesses, triturer les effets. La plupart des morceaux de cet album ont été faits comme cela, en improvisant quelque chose dont je ne connaissais pas le résultat à l’avance. Je le joue pendant un moment jusqu’à ce que je me...

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Interview – Mick Harvey

Interview – Mick Harvey

Multi-instrumentiste, collaborateur et producteur de premier choix (PJ Harvey, Anita Lane), Mick Harvey est un homme aux multiples talents. Celui qui a été l’un des compagnons de route les plus fidèles et fameux de Nick Cave au sein des Bad Seeds, de Birthday Party et même des Boys Next Door, a amorcé depuis longtemps un virage solo, entre songwriting habité, bandes originales de films australiens et adaptations savoureuses de l’œuvre de Gainsbourg. A l’occasion d’une mini tournée consacrée à ses chansons revisitées de “L’homme à tête de chou”, l’intéressé a répondu à quelques-unes de nos questions. “L’allemand est presque perçu comme l’opposé du français en termes de sensualité dans les sons et les possibilités érotiques. (Chanter “Je t’aime… moi non plus” en allemand) était donc un choix pervers, mais aussi un choix avec lequel je voulais me démarquer d’idées préconçues.” © Lyndelle Jayne Spruyt Pour votre dernière sortie en date, l’album concept The Fall And Rise Of Edgar Bourchier And The Horrors Of War, vous avez travaillé avec l’écrivain Christopher Richard Barker, pouvez-vous nous en dire plus sur la naissance de ce projet ?Chris m’a contacté il y a environ deux ans avec l’idée d’adapter en chansons certains des poèmes de guerre de son personnage de fiction Edgar Bourchier, issu d’un roman qu’il a écrit (ndlr : The Melancholy Haunting Of Nicholas Parkes). J’ai réfléchi pendant un moment à ce qu’il m’avait envoyé, puis un jour, j’ai attrapé une guitare, transformé deux de ces poèmes en chansons et en ai fait une démo. Chris était très content du résultat et je dois avouer que le processus m’a énormément plu. Cela me rappelait la manière dont j’ai souvent fonctionné au cours de ma carrière musicale, à savoir travailler avec des paroliers pour les aider à adapter leurs mots au format chanson. Au début, je lui ai simplement envoyé les démos et je les ai laissés là sans trop vouloir m’impliquer, mais avec le temps, j’ai essayé avec quelques autres poèmes et j’ai continué d’apprécier la mise en œuvre. Le projet a commencé alors à prendre forme comme une vraie collaboration. De plus, je porte depuis longtemps un intérêt constant à la Première Guerre mondiale. La poésie de Bourchier a créé un lien immédiat avec moi et il m’a été facile de développer un point de vue et des sentiments à ce sujet. Pour interpréter ces chansons, vous avez fait appel à plusieurs proches collaborateurs comme J.P. Shilo, Alain Johannes, Simon Breed ou encore Jade Imagine, comment s’est opéré cet alléchant « casting » ? Les chanteurs du projet ont tous été choisis parce que je sentais que leur style vocal conviendrait à la chanson sur laquelle je les pressentais. Je connais énormément de chanteurs,...

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Thalia Zedek Band – Fighting Season

Thalia Zedek Band – Fighting Season

Cela se confirme de papier en papier, Exit Musik nourrit une affection particulière pour l’ensemble des nombreuses itérations de Thalia Zedek (Uzi, Live Skull, Come, A band called E, ses collaborations avec Damon & Naomi, etc.). Et ce n’est pas encore cette fois que la cote de popularité de l’artiste américaine s’amenuisera, tant sa dernière livraison témoigne d’une maîtrise toujours plus accrue et d’une curiosité renouvelée. Car ce nouvel effort sous le nom de Thalia Zedek Band est, à la fois, terriblement familier et contient aussi son vrai lot de surprises. Pour toute oreille sculptée à l’ADN du rock nineties, rentrer dans l’univers de ce disque, procure un plaisir évident. Dès l’entame, nous évoluons en terrain connu, bien aidé par la présence d’un certain J Mascis (Dinosaur Jr) pour un solo de guitare final dont il a le secret, l’envol impeccable d’un morceau qui ne l’est pas moins : « Bend Again ». Tout au long du disque, Thalia et ses collaborateurs (dont l’éternel frère d’armes Chris Brokaw) alterneront « ritournelles » calmes et mélancoliques, avec des morceaux frondeurs et scandés. L’art de souffler le chaud et le froid fonctionne également au sein d’un même morceau, comme c’est le cas dans « Ladder » et ses montées progressives, l’un des sommets de Fighting Season. Jusqu’ici, point de surprise, Thalia Zedek confirme sa superbe et nous convie à un véritable festin musical. Là où l’on en devient encore plus admiratif, c’est lorsque derrière le jeu inspiré et la voix souveraine, de sublimes arrangements pointent le bout de leur nez, tout en notes de piano gracieuses et subtils phrasés de violoncelle, conviant tout un pan de l’americana au banquet. Mêler l’infime à l’infini, l’intime à l’universel, voilà une mission que Thalia s’impose depuis ses débuts. Chanter les peurs et blessures personnelles, la tristesse envahissante du quotidien et la combattre coûte que coûte pour arriver à se (re)construire soi-même. Cette lutte intestine résonne avec un engagement fort et renouvelé envers les problèmes de ce monde, le titre même de l’album faisant référence à la période printanière de reprise des combats en Afghanistan. Cet engagement, qu’il soit personnel ou global, passe avant tout par une résistance aux coups, aux épreuves, l’envie de faire front ensemble à l’obscurantisme généralisé. Autant d’idées qui irisent le disque de bout en bout et donnent une chair indéniable à la chanson-titre « Fighting Season », à la perle « War Not Won » ou encore au très Low « Tower », morceau qui conclut magnifiquement l’ouvrage. Les belles mélodies écorchées, les tressages de guitare incisifs, la voix lancinante voguant allègrement entre puissance et fragilité, « Fighting Season » possède quelque chose d’unique qui joue autant sur l’affect que le cognitif. L’ensemble des morceaux semble comme imprégné de la sève de plusieurs décennies d’indie rock...

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PLAYLIST – Low en 20 morceaux

PLAYLIST – Low en 20 morceaux

  Low fête ses 25 ans. Plus de deux décennies de tempos ralentis, de guitares triturées et d’harmonies vocales au service des plus belles mélodies jamais écrites dans le slowcore (ce genre musical cher à Codeine ou Bedhead). Mais, chut ! Low n’aime pas trop qu’on les range hâtivement sous cette terminaison. Le groupe de Duluth, à géométrie variable, rassemblé autour de la paire inoxydable Mimi Parker et Alan Sparhawk, a maintes fois prouvé, au fil de douze albums studio, qu’ils dépassaient toute étiquette, et continuent à tracer leur propre voie/voix dans le milieu du rock indépendant américain. Fêtons dignement la sortie de leur nouvel album chez Sub Pop (Double Negative, une livraison sous le signe de l’expérimentation et de l’abrasivité, qui déroute et interroge tout du long), en se délectant d’une playlist qui parcourt la longue carrière du groupe et en explore toutes les facettes. Au menu, du classique enlevé indémodable (“Monkey”, “Dinosaur Act”), du joyau lacrymal (“In The Drugs”, “Over The Ocean”), de l’hymne feutré enivrant (“Lullaby”, “Do You Know How To Waltz”) et des reprises minimales surprenantes (un titre des Smiths et des Bee Gees se sont glissés dans la playlist, on vous laisse deviner lesquels !). En somme, voici vingt morceaux issus de différentes époques qui témoignent de l’étendue du spectre musical de Low, depuis leur incarnation la plus éthérée à celle la plus énervée ; un groupe qui n’a plus rien à prouver et qui continue pourtant à le faire. Julien Savès   Low sera en concert à La Gaîté Lyrique (Paris) le 13 octobre prochain.   LIRE LA CHRONIQUE DE I COULD LIVE IN HOPE LIRE LA CHRONIQUE DE ONES AND SIXES LIRE LE REPORT DE LOW AU DIVAN DU MONDE...

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E – Negative Work

E – Negative Work

Un an et demi à peine après sa première réalisation éponyme, l’excellent album E, le super-groupe noise rock doté de la cinquième lettre de l’alphabet revient pour en découdre avec Negative Work. Tout un programme ! Ce trio formé de vétérans du rock alternatif des années 90 – Jason Sanford de Neptune, Gavin McCarthy de Karate et Thalia Zedek, à l’impressionnante discographie (Uzi, Come, Live Skull, etc.) –, nous gratifie d’un nouvel opus fiévreux, énergisant et au rendu unique. La musique de E ou A Band Called E a quelque chose d’une énergie domptée, un savant dosage de colère retenue qui ne demande qu’à se libérer et à ouvrir les vannes d’une puissance noise tourbillonnante. Tour à tour apaisée, voire lancinante, puis énervée et emphatique, elle se fait sinueuse et, suivant les morceaux, adopte une structure complexe, sans jamais oublier en ligne de mire, l’envie de mélodie. “Poison Letter” est un exemple frappant de la maîtrise d’un jeu apaisé/énervé, avec une longue introduction entêtante scandée et tressée par Thalia Zedek, qui prend son envol à partir de 1’30, puis, par strates, devient de plus en plus épique. Autre morceau marquant, “Cannibal Chatroom” profite de la voix chuchotée/murmurée de Jason Sanford, accompagnée par le motif guitaristique obsédant de Zedek, et prodigue des vagues de furie noise entre deux creux d’ivresse. “Untie Me” adopte une ligne continue très énergique quand “Pennies” et “Hollow” se font plus calmes, plus tortueux, mais toujours sous-tendus par une frénésie stridente. L’un des titres les plus magnétiques, “Hole In Nature”, témoigne au plus près de la personnalité de Sanford qui joue à l’équilibriste vocal sur ce morceau et y chante un texte que l’on sent des plus personnels. Comme une hydre à trois têtes consciente de ses individualités, E a réussi à fusionner ses envies et cultiver ses différences. L’album donne l’impression que chaque membre y joue sa propre partition égotique, tout en laissant la possibilité à l’autre de prendre le dessus, de faire la chanson sienne et d’y ingérer tout son être. L’alternance de chacun à la voix – au sein parfois d’une même chanson –, ainsi que l’enregistrement dans les conditions du live aux studios Machines With Magnets et enfin l’apport des guitares home made, aux multiples sons ensorcelants, de Sanford, créent un bloc musical uni et unique, une entité rock qui a trouvé sa voie (sa voix) et vient d’accoucher d’une galette enivrante qui va longtemps tourner sur nos platines. Julien Savès Negative Work by E LIRE LA CHRONIQUE DE COME –...

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