The Martha’s Vineyard Ferries – Suns Out Guns Out

Publié par le 14 mars 2021 dans Chroniques, Notre sélection, Toutes les chroniques

(Ernest Jenning, 26 février 2021)

La première fois que j’ai lu le nom Martha’s Vineyard Ferries, j’ai immédiatement songé aux Dents de la Mer car le tournage avait eu lieu là-bas. Je me suis également souvenu que c’était sur cette Île qu’était né Fox Mulder et donc là où il avait vu sa sister se faire ravir par les Aliens.

Ainsi, avant même de savoir que Chris Brokaw et Bob Weston faisaient partie du groupe, j’étais déjà enclin à m’y intéresser, aussi dérisoires puissent paraître mes raisons. Il y eut ensuite cette vidéo, pourtant très courte, accompagnant l’excellent titre Betty Ford James et dont la facture tragi-comique m’avait séduit. Dès lors, j’ai compris qu’il fallait que je me lance à la découverte de ce groupe. Enfin, lorsque j’ai vu qu’il était composé de Chris Brokaw, de Bob Weston et de Elisha Wiesne, je sus que j’avais tiré le gros lot.

Si je découvrais l’existence de Wiesne (désolé), j’étais relativement familier de la musique et de l’univers de ses deux acolytes. Je l’étais d’autant plus que je me trouvais alors complétement obsédé par le dernier album en date de Brokaw, Puritanoui, bon, ok, l’histoire que je raconte n’a pas deux mois… à ma décharge, avec cette putain de situation sanitaire, le temps est plus relatif que jamais -. Le retrouver ici, au chant et à la batterie, acheva de me convaincre de me lancer au plus vite dans l’écoute attentive de Suns Out Guns Out.

Le moins à dire, c’est que l’on est tout de suite en terrain connu. “MC Modern”, sonne comme June of 44, et nous retrouvons même quelques relents de Shellac histoire d’achever définitivement la filiation avec Bob Weston (bassiste de Shellac et producteur de June of 44, sur le fabuleux Tropics and Meridians, le fantastique Four Great Points et le mésestimé Anahata, notamment). Ce titre peut paraître trompeur, en ouverture, car il ne reflète pas vraiment le reste du disque qui verra le groupe tendre davantage vers la mélodie et une certaine mélancolie. C’est toutefois à la même époque, et presque à la même scène, que nous sommes renvoyés systématiquement.

Le spectre de Sebadoh flotte souvent entre nos oreilles (“Jail Materail”, “Betty Ford James”) ainsi que celui de R.E.M. (“The Daily Biscuit”) et nous avons aurons même droit à une hybridation aussi réussi qu’irrésistible entre les Meat Puppets et Neutral Milk Hotel sur le très réussi “Chalk It Up To Island Time”. Les références sont nombreuses et parfaitement digérées, cependant, on peut le reprocher à The Martha’s Vineyard Ferries, car même s’ils ont toute la légitimité du monde pour se réclamer du même héritage que les groupes évoqués, cette sensation persistante d’avoir à faire à un travail de thésard sur l’indie rock 90’s finit par nous faire interroger sur l’utilité de la démarche du groupe. “Ida Sez” par exemple est clairement un des highlights de l’album mais il arrive trop tard, et on ne peut l’écouter sans tenter d’y dénicher l’influence qui s’y cache. En ce sens, je considère cet album comme moins réussi que le dernier album solo de Chris Brokaw qui revêt une dimension personnelle, et donc singulière, bien plus imposante.

Ça ne veut pas dire que Suns Out Guns Out ne mérite pas qu’on s’y attarde. Il est d’une efficacité incontestable et ses principaux défauts ne le rendent pas moins attachant. Bien qu’il n’apporte rien, ou pas grand-chose (et il est honnête de préciser que personne n’avait demandé au groupe de lui apporter quoi que ce soit) à ce type d’Indie Rock calibré 90’s, il en est un hommage vibrant, érigé avec toute l’humilité requise par certains de ses plus estimables représentants. C’est presque œuvre de témoignage à laquelle se sont livrés Brokaw, Weston et Wiesne tant les couleurs usées sont ici criardes et vives comme nos dix-sept ans.

The Martha’s Vineyard Ferries nous ont sorti un de ces disques qui “font le taf”, qui satisfont les satisfaits, ont généralement bonne presse, et se diluent dans l’eau avec la même rapidité que dans l’air. Encore, une fois, je ne me résous pas à me montrer trop lapidaire car résonne en moi encore le fantastique Puritan de Brokaw. Selon moi, il ne pouvait pas nous faire le même coup deux fois de suite, en si peu de temps d’intervalle. Ce sera lui, le grand disque de la clique pour ce début d’année.

Suns Out Guns Out ne peut prétendre à ce titre pour toutes les raisons évoquées qui, si elles ne sont peut-être pas toutes bonnes, n’en sont pas moins suffisantes.

Max

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