Stuffed Foxes – Songs/Revolving

Publié par le 1 février 2022 dans Chroniques, Notre sélection, Toutes les chroniques

(Yotanka/Reverse Tapes, 28 janvier 2022)

Il suffit de peu d’écoutes de Songs/Revolving pour évaluer l’ambition des Stuffed Foxes. Nombreuses sont en revanche nécessaires pour en cerner sa richesse. Les morceaux s’étirent en longueur, les instruments ont le pouvoir, la voix intervient avec parcimonie, les circonvolutions sont multiples. Il faut reconnaitre que le chant, sans être infamant, n’est pas le point fort du groupe. Assez neutre et passe-partout, on lui préfère le goût aventureux de l’ensemble, véritablement impressionnant parfois, l’envie d’explorer tous azimuts et de nous emmener là où on imaginait guère se retrouver largués. Songs/Revolving constitue avant toute chose une invitation au lâcher prise et il y parvient sans peine, évoquant par petites touches les Psychotic Monks dont on connait la force en live. Et on se plait à imaginer un rendu certainement colossal pour « No SoundDrive » et surtout ce petit bijou qu’est « Oh Lord, It Came To Me » à l’entame très musclée avant d’évoluer en apesanteur, non sans être régulièrement traversé de bourrasques électriques. Difficile de chasser le mot psychédélisme ici, mais sans pour autant rameuter à tout bout de champ (d’opiacées) les incontournables références 60s (même si « Luke Glanton » et ses choeurs habités fleure bon les cigarettes qui font rire). Stuffed Foxes fait dans la modernité et la présence de Thomas Poli (Dominique A, Laetitia Shériff…) à la production, à l’enregistrement et au mix ainsi que le nom de Peter Deimel qui a masterisé le tout dans son ô combien fameux studio Black Box (Shellac, Chokebore, Drive Blind, Sloy, Cows…), y sont probablement pour beaucoup. La présence de synthés est difficile à ignorer mais ce sont bien les guitares, au nombre de trois s’il vous plait, qui pavent le chemin, guident tout ce petit monde et suscitent émerveillement, égarement et rugissement.

Un bémol car il en faut bien. On a bien compris que ces jeunes gens sont épris de liberté et on accepte sans peine l’affranchissement du format « chanson » mais le choix de se priver de mélodies marquantes, de privilégier une succession de bifurcations, de spasmes soudains, d’anéantissements de ce qui précède, peut parfois frustrer. Alors quitte à y aller, il faut tout donner. Pour ne rien regretter (à ce titre, « First Affront » porte assez bien son nom). C’est bien quand le groupe se lâche pour de bon qu’il envoie valser la dernière des réticences et laisse entrevoir les plus belles promesses (« No SoundDrive », « Oh Lord, It Came To Me » ou le final incandescent aux confins de l’hystérie de « Sabotage »). On regrettera ainsi que certains morceaux s’égarent un peu en route et ne se pressent pas pour nous administrer la sentence attendue. C’est le cas de « Track 6 » et sa longue introduction toisant longuement chacun d’entre nous avant une explosion bien envoyée et méritée ou « Extended » qui s’achèvera irrémédiablement de la même manière, ce qui est toujours une excellente idée, même s’il n’était sans doute pas nécessaire de faire durer l’affaire 10’33 pour une issue aussi attendue. On ressent ainsi tout du long la fougue d’un groupe de six vingtenaires et on n’est pas encore assez vieux pour ne pas s’en réjouir. On imagine aisément les jams grisants, compte tenu du talent et de la maitrise dont ils font preuve, et on pardonne donc le soupçon d’inexpérience, la volonté d’en mettre un peu trop. Le genre de pêché mignon vite oublié quand les décibels sont décuplés et la communion à son paroxysme. On ne tergiversera pas quand l’occasion de le vérifier se présentera.

Jonathan Lopez

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