Raymonde Howard & Halfbob – The Year Loop Broke

Publié par le 11 juin 2021 dans Chroniques, Notre sélection, Toutes les chroniques

(We Are Unique, 11 juin 2021)

Il parait que tous les chemins mènent à Rome. Enfin, je veux dire par là qu’ils finissent toujours par vous menez là où vous voulez aller. Par exemple, si vous êtes amateurs d’indie rock, c’est certainement que vous recherchez de jolies mélodies, des œuvres accrocheuses, simples, avec une part d’intime et une honnêteté brandie comme un étendard. Sinon, vous écouteriez plutôt du hard fm, j’imagine. Et bien, si c’est votre cas, il y a de fortes chances que votre chemin vous mène un jour ou l’autre vers Saint-Étienne. La ville, pas le groupe de dance.

The Year Loop Broke vous prouve qu’il y a là-bas deux bonnes raisons de trouver son bonheur pour l’amateur d’indie rock. D’une part, Half Bob, bédéaste et illustrateur, auteur entre autres de l’excellent blog “Gimmie Indie Rock” et dessinateur attitré du label indie rock parisien Influenza records*. D’autre part, Raymonde Howard, chanteuse/guitariste qui a bourlingué dans la scène stéphanoise (on la retrouvait notamment l’an dernier sur l’excellent nouvel album de Saffron Eyes) avant de prendre son envol en solo, accompagnée de sa guitare et de sa loop station. Deux bonnes raisons qui aujourd’hui unissent leurs forces, et la collaboration va tellement de soi qu’on se demande pourquoi elle ne s’était jamais produite plus tôt.

Deux portes d’entrée vers l’indie rock, donc, tout comme l’œuvre The Year Loop Broke peut elle-même être prise par deux bouts différents mais complémentaires. Pour les audiophiles avant tout, un disque bien copieux (27 titres) qui propose à la fois un best of, des démos, et des titres inédits de Raymonde Howard. Pour quelqu’un comme moi, qui ne connaissait l’artiste que de nom avant de l’écouter, c’est une parfaite porte d’entrée. Les bases sont posées dès les premières notes (les deux premiers mots prononcés sont d’ailleurs “Loop Station”), on va avoir droit à des guitares rétros, des mélodies catchy, des boucles savamment utilisées, des chansons qui paraissent simples mais dont l’efficacité témoigne d’un savoir-faire, et donc d’un travail, indéniables. Dans la continuité des meilleurs artistes du genre (que je vous laisserai choisir vous-même), la riot girl stéphanoise joue avec nos émotions, elle nous envoute, nous touche en plein cœur, nous fait sourire malgré la mélancolie, nous donne l’impression de la connaitre de longue date, et celle moins agréable mais plus prégnante encore de ne plus jamais pouvoir oublier nos amours passés. Comme je ne connaissais rien à la musique de Raymonde Howard (ce n’est pas comme si j’étais supposé avoir une culture musicale, je suis juste critique), je suis bien incapable de dire quel titre est inédit et lequel est un classique, ce qui est vieux ou récent, mais j’espère ne pas faire offense à l’artiste en considérant que sa musique est plus construite dans la continuité que dans la recherche. Même quand Raymonde chante en français sur “Punktuality”, on reste dans quelque chose de familier. On a le sentiment qu’elle sait exactement où elle veut aller, et qu’elle explore simplement pour le plaisir de la balade plutôt que pour celui de passer par telle ou telle étape. On sait bien que le chemin mène à Saint-Étienne, de toute façon.

Pour les amateurs de visuels, la bande-dessinée écrite par Raymonde et illustrée par Half Bob nous raconte l’histoire vraie d’une mini-tournée en Angleterre qui finit avec la barrière de la langue, les frontières administratives et les maladies lourdes au fond d’un hôpital d’outre-manche. Entre le style graphique faussement simpliste, la narration sobre et l’humour omniprésent, c’est là encore les montagnes russes en terme d’émotions. Le périple est plus vrai que nature, dans ses moments légers comme dans ses galères (et je peux malheureusement certifier que l’ambiance dans un hôpital français n’est pas bien différente), et la démarche est si sincère qu’on a l’impression de connaitre notre protagoniste de longue date. Une œuvre intime, qui touche au cœur, douce, grave, et légère… on a en somme, malgré la forme un peu différente et originale, de l’indie rock pur et dur. Et c’est là qu’on se rend compte que le dessinateur stéphanois n’est pas QUE fan du style musical, il en est un artiste à sa manière.

Je dois cependant reconnaitre que la BD a un défaut majeur. Au risque de tomber complètement dans le cliché, j’ai été très frustré par le fait qu’elle se finisse. Bien sûr, le moment en compagnie de Raymonde et ses amis était si fort que je n’avais pas envie qu’il s’arrête, mais je dois également reconnaitre que j’ai trouvé la conclusion assez abrupte. J’aurais préféré une outro plus longue et progressive. Ce choix est néanmoins assez cohérent pour une histoire type “tranche de vie”.
Quoi qu’il en soit, le CD comme la BD vous mèneront à des émotions similaires tout en vous proposant un parcours différent, faisant de The Year Loop Broke un type d’œuvre transmédia assez rare pour être salué. Les seules autres exemples qui me viennent en tête sont certains albums de Shyle Zalewski/Edam Edam. Les deux artistes stéphanois ont décidé de sortir le livre seul en librairie, alors que la version CD (qui contient CD+BD) est distribuée par We Are Unique records, qui publie également les autres disques de Raymonde Howard (NdRC : et à qui l’on doit également la sortie l’an passé de l’excellent Love Songs de Inflatable Dead Horse). Ainsi, vous pouvez choisir une porte d’entrée ou les deux, et même offrir le livre à vos amis qui n’aiment pas l’indie rock. Si vous en avez, évidemment. Dans tous les cas, je doute fort que vous soyez déçu du voyage. BD ou CD, tous les chemins mènent à Rome. Ou à Saint-Étienne. Mais pas le groupe, évidemment.

Blackcondorguy

*et accessoirement être humain absolument génial, on ne le remerciera jamais assez pour avoir accepté au pied levé de rattraper nos photos ratées pour l’interview de Sebadoh !

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