Pearl Jam @ Lollapalooza (Paris), 17/07/22

Publié par le 20 juillet 2022 dans Live reports, Non classé

Il semblerait que si vous souhaitez croiser l’équipe d’Exit Musik en 2022, le mieux est de vous rendre à un concert de Pearl Jam (ou à la soirée anniversaire avec une programmation pas piquée des hannetons que nous vous proposons pour le mois d’octobre, mais c’est un autre sujet). En effet, contre nos propres attentes, la quasi-totalité de l’équipe était là dimanche soir pour voir Eddie Vedder et compagnie revenir à Paris, après 16 ans d’absence.

Je passerai sur le festival, car vu sa programmation éclectique (et pas très axée rock), le lieu peu accessible en métro (40 minutes de marche entre ma station et l’entrée du site) et la chaleur de plomb, il n’y avait pas grand chose pour me motiver à venir tôt. Je n’ai donc assisté qu’à Little Simz, toujours impeccable sur scène (cf Nos Primavera Sound), et A$ap Rocky à distance, ce qui était largement suffisant pour en profiter quand on n’est pas tellement sensible à sa musique. Il paraît néanmoins, selon les autres rédacteurs présents, que Turnstile était très bon (NdRC : deux d’entre eux ont mordu la poussière – au sens propre – en se laissant embarquer dans des circle pits endiablés en beuglant « Now it’s a holyday ») et les 25 dernières secondes de Ko Ko Mo excellentes, même s’il y a querelle interne à la rédac sur ces derniers.

Pearl Jam, donc, car c’est ce qui nous occupe ici. Jonathan les aura vus 18 fois à la fin de l’été, Julien Robin 7, Max en est à 5, Alain 2 ou 3 fois… bref, on m’a refilé le bousin car je suis le seul avec Julien S. à les avoir découverts sur scène hier soir, et ce dernier a refusé de s’y coller puisqu’ils sont encore vivants* (ou parce qu’il s’est déjà coltiné un des deux weekends du Hellfest, je ne sais plus).

Ma relation avec Pearl Jam a toujours été compliquée. Ce n’est pas un groupe que je déteste, loin de là, mais je trouve que leur album le plus connu et sans doute le plus apprécié est un disque de stadium rock balourdingue (je n’ai pas su choisir, j’ai mis les deux d’un coup) alors que celui que je préfère, Binaural, arrive souvent loin dans les tops de fans. Pearl Jam est un groupe plein de paradoxe, c’est le groupe qui joue 2 à 3 heures avec plein de morceaux différents tous les soirs et qui réussit à avoir des setlists où rien ne m’emballe, le groupe qui a une liste longue comme le bras de morceaux superbes et qui continue de jouer ses titres les plus médiocres, le groupe qui se produit avec un claviériste qu’on n’entend pas depuis des années mais qui invite quand même un pianiste en guest pour le seul morceau où on entend cet instrument, le groupe qui reprend les Dead Boys, les Ramones ou Neil Young et qui peut sonner comme Bruce Springsteen, voire Guns N’ Roses ou U2, le groupe qui luttait contre Ticketmaster pour que ses billets restent abordables et qui aujourd’hui vend sa place entre 80 et 150 euros, le groupe qui fait jouer Mudhoney ou les Fastbacks et qui se retrouve en tête d’affiche de festival avec David Guetta. Bref, c’est 1/2 (Jonathan me souffle « 1/2 Full », allez comprendre), mitigé, pile ou face, et je ne savais pas si ce concert allait être fantastique, moyen, ou horrible. Je ne dois d’avoir pris ma place qu’au prosélytisme de notre rédacteur en chef.

Autant dire que la setlist allait être un gros point du concert, même si je m’attendais, festival oblige, à avoir un paquet de morceaux de Ten, et que la prestation serait l’argument définitif pour décider si j’avais passé un bon moment ou non. Sachant que l’introduction du concert changeait à chaque date de la tournée et qu’ils attaquaient en général assez fort, je plaçais beaucoup d’espoir dans le premier titre et je ne fus pas déçu en reconnaissant le début de « Go »… sauf que c’était en fait la très moyenne « Why Go » ! Mauvais moment pour se rendre compte que les deux titres commencent presque pareil (ou de craquer pour confondre les deux, je veux bien mettre ça sur le compte de la chaleur et de la fatigue), et première retombée. Heureusement, l’ambiance et l’énergie sur scène compensent le choix du morceau. Le public est à fond, et puisque subir des chansons de Ten fait partie du deal, je me laisse aller. Pas longtemps, en revanche, car ils enchaînent avec un titre sans intérêt d’un de leur albums récents. Le temps semble long, mais ce n’est que le début, alors on s’arme de patience, et on a bien raison car arrive immédiatement après « Corduroy », classique de leurs concerts actuels mais premier bon morceau de la soirée.

Cette douche écossaise d’entrée de jeu donne le ton de la soirée : on alterne entre les passages sympas (oh, tiens, « Satan’s Bed », pourquoi pas, « Daughter », super convenu mais pas désagréable), les moments de folie furieuse et de pur bonheur (« Go » qui finira par être jouée, « Wishlist », « Not For You » malgré sa diatribe un peu bidon sur les menteurs en plein milieu), les moments pénibles (tout ce qui est récent avec en tête de gondole leur trop long morceau à la Talking Heads) et ceux carrément gênants (non seulement les morceaux de Ten ne me plaisent pas, mais en plus ils sont quasi systématiquement agrémentés de 5 minutes de solos de guitare au milieu, comme on pourrait l’imaginer dans un live des Foo Fighters). Pour continuer les paradoxes, le concert a deux points d’orgue : dans le coin rouge, « MFC », aérien, inattendu, que la fatigue m’empêche de reconnaître mais que j’ai reconnu, même fatigué, comme le meilleur morceau du set et, dans le coin bleu, « Jeremy », morceau pas systématiquement joué qui aurait normalement dû nous être épargné puisque joué au concert précédent, et offert comme le cadeau gênant d’un tonton beauf. Je voulais rajouter quelques lignes sur une power ballad qui m’a évoqué Scorpions avec moins de briquets, jouée juste après un « Do the Evolution » salutaire, mais notre rédac chef m’a interdit de dire du mal de « Black » sous peine de nous mettre à dos tous les fans de Pearl Jam.

Autre dissonance, le groupe semble vraiment content d’être là, et le charisme et la bienveillance de leur chanteur achève de leur donner une aura de sympathie, même avec la plus grande mauvaise foi du monde. Imaginez Eddie Vedder interrompre provisoirement « Given To Fly » (autre très bon moment de la setlist) pour s’assurer qu’un fan qui avait trop bu se remette indemne d’une chute. Comme lu sur Facebook, on a effectivement envie de le prendre dans nos bras. Pourtant, chaque fois qu’il nous fait un discours sincèrement touchant sur le fait qu’ils sont contents de jouer, que leurs familles leur manquent, que c’est l’anniversaire de la fille de Matt Cameron ou qu’ils adorent la fanbase française, ils enchaînent avec un mauvais morceau. Le summum étant atteint quand Eddie rend hommage à un fan hospitalisé qui n’a pas pu se rendre au concert en lui dédicaçant « Alive ». On ne voit pas trop le problème comme ça, même si c’est un peu décevant pour commencer le rappel, mais on apprendra plus tard que le fan-club leur avait demandé « Nothing as it Seems », ni plus ni moins que leur meilleur morceau. Frustration…

Ce genre de frustration, c’est du pinaillage, et j’ai envie de dire qu’elle est rattrapée par le choix de leur excellente reprise de « Baba O’Riley » des Who pour conclure, qui pose une super ambiance. Oui, mais le groupe prend de nombreuses minutes pour saluer, et même si c’est sympa, on se dit que ce temps leur aurait permis de jouer 2 ou 3 fois « Lukin ». Pearl Jam, ou l’art de me rendre mitigé.

En conclusion de cette critique très personnelle, je vais tout de même poser quelques mots pour les fans qui auront eu le courage de lire jusqu’ici : c’était un bon concert. La prestation était irréprochable en soi, et pour peu que Ten vous ulcère moins que moi, ce qui semble être le cas de 90% des gens, vous auriez (ou avez) certainement passé un excellent moment. Je n’ai aucun regret d’être allé les voir, j’ai même passé une très bonne soirée, mais je ne peux m’empêcher de penser en parallèle à toutes ces choses qui me font me dire « c’est dommage ». J’ai conscience que le problème est majoritairement subjectif, que c’est ma perception d’un groupe qui a autant de côtés qui me plaisent que de côtés qui me refroidissent. Mais grand bien vous fasse si les deux vous vont.

N’empêche que, en regardant la setlist à froid, j’ai aimé une dizaine de morceaux sur la vingtaine qui a été jouée. 1/2, mitigé, pile ou face… on n’en est pas sorti !

Blackcondorguy

* Blague de connaisseurs (ou autopromo malhonnête) qui ne sera compréhensible que par ceux qui ont lu le n°1 de notre fanzine.  

Setlist : Why Go – Mind Your Manners – Corduroy – Daughter – Satan’s Bed – Even Flow – Dance of the Clairvoyants – Who Ever Said – Wishlist – Not for You – Given to Fly – Untitled – MFC – Amongst the Waves – Jeremy – Do the Evolution – Black – Go – Porch.
Rappel : Alive – Baba O’Riley (The Who)

Les « vrais » fans peuvent sécher leurs larmes en retrouvant ici

tous nos articles sur Pearl Jam

(nombreux live reports, chroniques, disco express), dans l’ensemble beaucoup moins mitigés

3 Commentaires

  1. Merci BCG
    Au moins cette chronique m a détendue car je partage une partie de tes remarques (une partie seulement). C est vrai que des fois Eddie endosse un peu les habits de Mère Térésa ce qui peut sembler un peu lourd mais il est comme ça Eddie. C est vrai aussi que l époque “en guerre contre Ticket Master” est très loin désormais. Peut-être qu ils ont besoin de plus d argent en vieillissant. C est vrai que Mike MC Ready en fait parfois des tonnes, il gagnerait à plus de sobriété. J ai préféré le jeu tout en groove de Stone Gossard. C est vrai que la setlist est un peu convenue (mode festival) et laisse la part belle aux hymnes mega connus. Personnellement j ai regretté l absence de certains titres, notamment quelques perles de Riot Act, un de mes albums préférés. C est vrai que le Boom fait un peu pochette des fois… Mais si on écarte tout ça (certes ca fait beaucoup) PJ reste une bande de tueurs sur scène capable de mettre le feu (sans analogie avec la période actuelle) et ça fait un bail qu on se balade aux 4 coins de l Europe pour profiter de ces grands moments de Rock puisqu ils snobaient la France depuis un sacré bail. Merci pour ça les gars. Et merci pour le baba en dessert. Mike MC Ready est fan de Pete Townsend et ça c est cool.

  2. Les minutes ont été longues entre la fin et le rappel, c’est vrai. Mais je ne sais pas quel âge à l’auteur de ces lignes, ni si il a déjà joué 1h45 de rock à fond, peut-être avaient ils besoin de poser cinq minutes avant de relancer la machine.
    Bref, légère mauvaise foi…
    Et le fan est semble t il suffisamment malade pour que le fan club français auquel il appartient août demandé une dédicace, ce à quoi Ed s’est okie de bon cœur… Car il a un bon cœur.

    • Je tiens à préciser quelque chose qui n’est peut être pas clair dans mon article : je trouve super qu’ils aient dédicacé un morceau à ce fan (ce qui montre effectivement des côtés positifs du groupe et de Vedder). Ce que je reproche, c’est qu’ils lui aient dédicacé “Alive” (que je n’aime pas et qu’ils jouent à chaque concert) alors que les fans avaient demandé “Nothing As It Seems” (que j’adore et qui est rare). C’est, comme je le souligne, du pinaillage, mais qui illustre encore les contradictions du groupe. Mais évidemment, comme dans tout compte-rendu subjectif, il y a une part de mauvaise foi. Ils avaient peut-être d’excellentes raisons de ne pas jouer ce morceau (pas répété, pas en place, oubli des paroles…) et le principal est que le fan soit heureux de sa dédicace.
      Je n’ai rien dit sur le temps de pause avant le rappel, pour le coup ils ont évidemment le droit de souffler, je trouve juste dommage qu’alors que l’ambiance en fin de concert était excellente, qu’ils n’étaient pas venus depuis 10 ans et qu’ils ont un morceau qui dure moins d’une minute et qu’ils jouent régulièrement dans leur répertoire, ils “perdent” les 4 ou 5 dernières minutes à saluer le public. Ça ne gâche pas le concert, évidemment, mais là encore ça me laisse une petite frustration. Et c’est là encore totalement personnel et tant mieux si d’autres ont juste profité du concert sans se poser ces questions-là.

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