Nos Primavera Sound (Porto), du 09 au 11/06/22

Publié par le 15 juin 2022 dans Live reports, Non classé

On avait presque oublié ce qu’était un festival. Mais les habitudes sont vite revenues. Et au Nos Primavera Sound, nos habitudes sont plutôt bonnes. On se goinfre (principalement de porc ou de poissons grillés, c’est quand même pas le temple du veganisme) et on erre avec les amis dans les rues ou plages de Porto la journée, puis on se pointe à l’heure de l’apéro pour en prendre un (nous, on est plutôt caïpi mais il y en a pour tous les goûts) et pour se faire cajoler les esgourdes jusqu’à pas d’heure.

À ce petit jeu-là, Penelope Isles excelle et nous accueille comme il se doit. Le sosie de Mascis trifouille ses pédales (J serait fier) et fait tourner le looper. L’entame bien nerveuse est en trompe-l’œil, les British proposent une pop bien troussée, très décontractée, évoquant parfois le soleil californien de Woods. Les synthés sont très présents, un peu Grandaddyesques par moments (c’est mieux que New Orderiens) et le violon vient pimenter l’ensemble. Belle entrée en matière. 

Précédé d’une réputation que je n’ai jamais trouvée bien justifiée, Diiv confirme surtout son statut de sous-The Cure, ce qui est déjà pas mal, mais guère plus. J’ai toujours eu le sentiment que ce groupe avait le cul entre quatre chaises (shoegaze, dream pop, post rock voire plus heavy) tout en restant assez prévisible, ce qui en soi est une perf. Il faut avouer que « Blankenship » est très cool. Dommage, c’est la dernière.

© Ryad Jemaa

Toutes mes excuses à Kim Gordon, j’assiste au début de son concert sous un bosquet pour soulager un besoin naturel, la suite dans la queue pour prendre une bière et peu avant la fin, il faut filer pour voir Nick Cave. Il faut dire qu’elle n’a pas fait grand-chose pour nous retenir et Nick joue toujours avec son groupe historique, lui (même si le line up a bien bougé depuis ses débuts).

© Bastien Bichel

Nick l’hystérique est toujours aussi omniprésent, omnipotent et ses Bad Seeds assurent toujours autant. Le public constitué de disciples de longue date et de nouveaux adeptes boit ses paroles, se bat pour toucher l’idole voire pour avoir l’honneur d’être aspergé d’un de ses divins postillons. Comme me le suggérera un (sinistre) individu extérieur à la secte et insensible à ses charmes, Nick Cave tient son personnage, surjoue sans doute un peu et laisse bien peu de place à ses musiciens surdoués. OUI MAIS. Il a la classe comme personne dans son costard, se dandine avec vingt fois plus d’élégance que moi alors qu’il a le double de mon âge, possède une voix incroyable et un répertoire de classiques inépuisable. Ce soir-là, à deux ou trois énergumènes près, tout le monde repart comblé, se félicitant que la bête de scène daigne encore délivrer de tels récitals.

On me souffle que Black Midi joue pendant le set de Nick Cave, la question ne se pose donc pas. D’autant qu’aux dernières nouvelles, c’est toujours aussi chiant.


Le lendemain, la question se pose bien davantage avec un choix cornélien pour débuter le programme à 20h10 pétantes : Shellac ou Slowdive. Une personne du public semble d’ailleurs égarée, plantée devant le concert de Slowdive avec son t-shirt… Shellac (true story). La team Exit se divise en deux et il semblerait que celui qui a opté pour l’option noisy ait fait le choix le plus judicieux (toujours écouter son cœur de bourrin). Le power trio de Chicago délivre un set des plus énergiques, le son est au top, la prestation toujours excellente, la setlist impeccable malgré une fin pas aussi apocalyptique que d’habitude. Bonne claque d’entrée de jeu. Slowdive est appliqué, peut-être un peu trop. L’horaire n’aide pas (il fait bien jour), la grande scène non plus (c’est bien grand). Les visuels projetés, plutôt inspirés, facilitent le décollage, mais il se produira finalement assez rarement. Évidemment, nous sommes humains et ne restons pas insensibles pour autant aux classiques de Souvlaki. Entre les deux scènes, on trouve quand même des gens le cul dans l’herbe, qui n’ont jugé bon d’assister ni à Slowdive ni à Shellac. On n’aimerait pas voir leurs discothèques.

© Jonathan Lopez

Entre deux pintes de Super Bock, on rêvait de voir un super Beck. Et on a vite déchanté. Comme l’impression de voir un DJ de boîte de nuit, la présence scénique du chanteur est indéniable et quelques bons morceaux sont joués (on aura quand même chanté à tue-tête « I’m a loser babyyyyy ») mais ses rares musiciens sont trop en retrait et la musique repose sur beaucoup trop de bandes enregistrées. C’est LA grosse déception du festival.

Entre temps, on s’est éclipsé pour aller voir un vrai groupe sur scène, les Australiens de Rolling Blackouts Coastal Fever. Un agréable moment mais absolument pas inoubliable.

Beaucoup mieux toutefois que cette merde infâme inaudible de 100 Gecs sur la scène du nom de la fameuse bière locale évoquée plus haut qui a le chic de ne proposer que des groupes affreux. On se demande ce qu’on a fait pour mériter ça et on court se réfugier devant la grande scène pour assister à l’un des évènements du festival, le retour de Pavement.

© Bastien Bichel

Et d’entrée de jeu, on prend un pied énorme sur « Grounded » puis un peu plus tard sur « Trigger Cut » ou « In the Mouth a Desert ». On note la présence de deux batteries. Pourquoi donc ? Pourquoi pas. L’un des deux titilleurs de fûts, Bob Nastanovich, joue à la perfection son rôle de troubadour électron libre, s’emparant de maracas, assurant les backing vocals, longeant la fosse pour regagner l’autre bout de la scène avec une allure réjouissante de bon gros loser assumé. Pavement offre à un public très réceptif un concert fleuve, avec des variations de setlist comparé à Barcelone et des morceaux piochés dans l’ensemble de la discographie. La démarche est louable (même si elle nous prive de classiques comme « Here » et « Summer Babe », pourtant inscrits sur la setlist) et la prestation excellente, avec un groupe visiblement content d’être là et touchant dans sa simplicité, qui s’offre même un final de guitar hero (sur le bien nommé « Fin »). Pavement se l’est toujours joué plus cool que quiconque. Et il vient de prouver qu’il l’est. On s’excuserait presque de réprimer des bâillements mais c’est qu’il est plus de 2h du mat’ et demain un sacré marathon nous attend.


On attaque le dernier jour avec Dry Cleaning. Post-punk + spoken word : sur le papier, tout pour me déplaire (Blackcondorguy), mais bonne prestation énergique, avec des guitares abrasives bien en avant.

Direction Pile ensuite qui, inexplicablement, semble systématiquement invité dans les festivals de la péninsule ibérique, avec ou sans album à défendre. Inexplicable en raison de sa relative confidentialité mais ses prestations sont toujours à la hauteur. Nerveux, tendu, carré, velu.

Khruangbin apporte un peu de diversité et une touche originale sans cacher pour autant ses influences. Le batteur porte un chapeau, la chanteuse une robe verte, c’est à souligner. C’est dansant et très bien fait (faut aimer les solos de dix minutes), le public est nombreux et conquis, mais on préfère partir en milieu de set pour aller se placer correctement pour Dino, manquant ainsi (sans trop de regrets) un medley d’improbables reprises, du « Let’s Dance » de Bowie au « Wicked Game » de Chris Isaak, en passant par « Nuthin’ But a G Thang » de Dr Dre.

Dinosaur Jr. avait perdu ses instruments à l’aéroport (Pile lui a gentiment prêté les siens) mais assurément pas son talent. Malgré les galères (un ampli pète dès les premiers morceaux), Barlow conserve son humour et sens de l’autodérision (« today is our lucky day! ») et le groupe, visiblement content d’être là, offre une prestation au niveau attendu, avec une setlist classique (seulement « I Ain’t » et « Garden » du dernier album) mais efficace (du tube dans tous les sens). Sans doute pas le meilleur concert du festival (hormis pour ceux comme Blackcondorguy qui n’ont plus aucune objectivité concernant ce groupe), mais néanmoins un excellent moment.

© Blackcondorguy

Encore de la variété avec Little Simz. Un set de hip hop qui vaudra en intensité pas mal de concerts de rock. Auteure avec Sometimes I Might Be Introvert d’un des meilleurs albums hip hop de l’an dernier, Simbi Ajikawo – c’est son vrai nom – est incroyable de présence sur scène, et le fait d’avoir misé sur des musiciens pour assurer l’accompagnement emporte l’ensemble, même dans les morceaux aux penchants musicaux qu’on aimerait renier. De quoi mettre Beck à l’amende, même s’il n’y a pas beaucoup de challenge.

Survient ensuite l’un des concerts les plus attendus du festival : Jawbox. Les musiciens sont en place, humbles, et font face aux galères avec le sourire (le chanteur s’excusera d’avoir laissé sa voix à Barcelone alors que sa prestation vocale était plus que correcte, la basse lâche juste avant « Savory », leur plus gros tube), de quoi déjà constituer un excellent concert. Mais quand la setlist pioche dans un répertoire du niveau de celui de Jawbox, on a simplement un des tout meilleurs (si ce n’est le meilleur) moments du festival, sublimé par le fait que le public a été drainé par Interpol qui jouait au même moment, donnant au tout un côté presque intimiste.

© Jonathan Lopez

Interpol dont on n’a entendu que la fin, de loin, mais de la part d’un groupe pour lequel nous n’avons respectivement absolument aucun et relativement peu d’intérêt, la prestation nous a semblé tout à fait correct. Pour les amateurs, c’était sans doute un bon concert (d’autant qu’ils ont joué « The New », soit la préférééééée d’une de nos bonnes connaissances).

On pouvait craindre avec Gorillaz un concert très artificiel et un ventre mou un peu chiant vu leurs derniers albums guère folichons, mais en fait c’était très centré sur la prestation des musiciens malgré quelques bandes enregistrées (dont le rap de Dan the Automator sur « Clint Eastwood » et le feat de Robert Smith sur « Strange Timez », malheureusement) et l’équilibre entre le visuel et la musique était parfait. Le fait que Damon Albarn est une bête de scène et les quelques guests (Booty Brown, Little Simz, Fatoumata Diawara et Pos de De La Soul) finissent d’en faire un excellent spectacle (en mode gros show, cela va de soi), qui réussit à nous emporter malgré la fatigue et des affinités de goûts pas toujours compatibles (notamment tous les morceaux pop disco), la variété faisant qu’on ne s’ennuie jamais. Le dernier clou dans le cercueil du concert de Beck est enfoncé par sa présence sur scène pour jouer « Valley of the Pagans » qu’il avait déjà joué seul la veille. Portée par les musiciens, la prestation est excellente et accentue en parallèle la nullité de la version karaoké du vendredi soir. Monstre de charisme, Pos de De La Soul rend « Feel Good Inc. » absolument indépassable. Merci Damon ! Après cela, on est trop cramés pour aller voir la fin du set d’Earl Sweatshirt. En même temps, ce n’était pas un cadeau de le faire jouer si tard.

Les festivals nous avaient manqué et, au-delà des nombreux excellents concerts auxquels nous avons assisté, on s’est réjoui de retrouver un festival qui n’a guère évolué depuis les dernières années où nous nous y étions rendus (en 2016 et 2017). À savoir un festival à taille humaine, très bien organisé ce qui, d’après de nombreux témoignages, le rend infiniment plus agréable à fréquenter que son grand-frère barcelonais. Voltaremos!

Jour 1 par Jonathan Lopez, jours 2 & 3 par Blackcondorguy et Jonathan Lopez

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