PARK – Park

Publié par le 22 mars 2022 dans Chroniques, Notre sélection, Toutes les chroniques

(Vicious Circle, 25 mars 2022)

À l’automne 2019, j’avais eu l’occasion d’interviewer le trio Lysistrata lors de leur passage au Noumatrouff sur la tournée de l’album Breathe In/Out. Au cours de cette sympathique rencontre, les trois musiciens (Théo Guéneau, Ben Amos Cooper et Max Roy) avaient évoqué une collaboration envisagée avec François Marry (du groupe François and the Atlas Mountains), lui aussi originaire de Saintes. Le groupe déplorait alors le manque de temps, tournées obligent, pour faire aboutir cette rencontre…

… Le covid est passé par là ensuite. Avec son lot d’annulations et d’absences de dates pour de nombreux groupes. Mais aussi avec un nouvel agenda vide à remplir, différemment. À l’annonce de la sortie du premier album de PARK (Lysistrata + Francois Marry donc), on s’est dit que finalement les Charentais n’avaient pas perdu leur temps. Et qu’il fallait prêter une oreille à cette galette qui sort chez Vicious Circle. Et bien nous en a pris. Car si l’on met de côté poliment les 3 minutes d’interludes (répartis en 3 pistes pas forcément indispensables qui confirment que… pourquoi les interludes ?), on trouve 7 titres plutôt surprenants quand on connait le pedigree du trio Lysistrata, auto-proclamé post-everything sur leur Bandcamp. Ainsi, la première écoute va dégager une impression d’apaisement, avec des titres semblant prendre le temps de la contemplation au gré d’arpèges mélodiques et de longues plages instrumentales. On se souvient alors que les trois musiciens ont évoqué le Sonic Youth du début des années 2000 lors de notre interview. Plusieurs écoutes plus tard, il convient de préciser que si l’on s’est effectivement (un peu) éloigné de l’urgence et la puissance habituelles du trio saintais, la plupart des titres ne sont pas dénués de montées de tension ou d’explosions noisy. Ainsi, l’inaugural « A Day Older » au tempo tranquille et aux arpèges hypnotiques, sur lesquels Ben Amos Cooper pose une voix sereine, connait une première tempête passée la 4e minute. En fin de disque, « Easy Living » et ses 6 minutes, la basse ronde, le refrain énergique proposera une approche comparable avec un crescendo d’arpèges assez élégant dans sa partie centrale. La jeunesse sonique fait toujours des émules. On retrouve le joli brin de voix de Ben Amos Cooper (il chante 4 titres contre 3 à François Marry) sur le splendide « Ghost », deuxième extrait paru il y a peu avec un clip à l’esthétique soignée (dans une version plus courte d’une minute que celle de l’album). On se dit alors que le confinement est passé par là, tant ce titre invite à la méditation, à une divagation délicate comme ces notes de piano discrètes et ces voix éthérées en arrière-plan. La basse ronde de Max Roy accompagne la guitare claire et habile de Théo Guéneau, tout en subtilité, entre rythmes groovy et arpèges mélodiques. C’est le même sentiment qui accompagne « Tall Grass », un poil plus dissonant sur la fin. Et l’on s’imagine dans ce grand champ, les bras écartés effleurant la végétation, le soleil au zénith. 

François Marry n’est pas en reste non plus et dès le 3e titre, « Réveil Heureux », on goûte avec plaisir les joies de cette collaboration. En 5 minutes (mais seulement 3 pour la version clippée), on retrouve les bases du style urgent de Lysistrata (tempo rapide, basse bondissante, la guitare tendue qui alterne arpèges clairs et coups de sang saturés)… et l’apparition, nouvelle, de bribes d’électronique et de nappes de claviers du plus bel effet.

« Je veux, je veux, je veux, je veux, seulement un coin tranquille ».

C’est la surprise bienvenue de ce disque, de constater que le talent du trio saintais est compatible avec les aspirations plus pop de leur comparse François Marry. Chanté en anglais par ce dernier, « Upon A Rose » est ainsi le titre le plus accessible du disque. Mid-tempo mélodique, à peine énervé sur la fin, la guitare de Théo Guéneau jamais avare de petites sucreries (harmoniques, licks mélodiques et toujours ces arpèges). Et que dire des 6 minutes splendides de « Shannon », ce riff entêtant, le chant délicat en français, toujours ces guitares et ce crescendo qui va embraser la fin du titre et le porter vers un des sommets de l’album !

On ne saura pas tout de suite (ou alors dans une prochaine interview), l’impact du Covid, des confinements sur la genèse de ce disque. Toujours est-il que l’on retrouve avec plaisir et en forme un des groupes français les plus talentueux dans cette collaboration très réussie qui va même se poursuivre sur scène (on va faire un tour au Park… vous l’avez ?). Elle est pas belle la vie ?

Sonicdragao

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