Interview – Howlin’ Banana

Publié par le 5 janvier 2022 dans Interviews, Non classé, Toutes les interviews

Pour les besoins d’un article de notre fanzine (que l’on vient tout juste de réimprimer et que vous pouvez nous commander) sur les labels indépendants français, nous avons interrogé plusieurs fondateurs de labels sur leur métier. Après Stéphane Sapanel d’À Tant Rêver du Roi, Santiago et Greg de Influenza Records, voici celle de Tom de l’excellente maison de disques indie rock/garage Howlin’ Banana.

Quel est ton premier souvenir de musique/coup de cœur musical ?
Mon tout premier souvenir, ce n’est pas simple ! Quand j’étais tout gamin, j’avais un petit mange-disque portable avec des 45 tours de génériques de dessins animés, des choses comme Bibifoc ! (Rires) C’est le plus loin que je puisse remonter en tout cas. Mon premier vrai coup de cœur musical ça doit être le premier album d’Oasis, que j’avais chipé à ma sœur.

Comment passe-t-on d’un statut d’amateur de musique à « je monte un label » ? Quel a été le déclic te concernant ?
Je faisais des études pour bosser dans la musique, et j’avais envie de monter un petit projet perso, histoire de me faire la main, tout simplement. J’ai toujours eu un intérêt tout particulier pour le disque, peu importe le format d’ailleurs, et j’écoutais déjà à l’époque de la musique en partant du catalogue de labels que j’appréciais, donc ça m’a semblé assez logique de partir là-dessus. Mais je n’avais pas particulièrement d’ambition ou de vision claire de ce dans quoi je me lançais à vrai dire, c’ était juste pour essayer.

Quelle est l’histoire du nom du label et sa première sortie ?
Pour le nom, j’avais envie de quelque chose qui me permette d’utiliser un code couleur noir et jaune, donc la banane s’est rapidement imposée. Je me suis aussi librement inspiré (avec leur autorisation) d’un label allemand que je suivais de près à l’époque, Screaming Apple !

Comment se passe concrètement la signature d’un artiste ?
C’est très simple, en général c’est moi qui contacte directement des groupes pour lesquels j’ai un coup de cœur, en leur proposant de bosser sur un disque ensemble, quoiqu’il me soit arrivé de signer quelques fois des groupes qui m’envoyaient des démos. Je fonctionne par contrat de licence, qui sont des deals assez peu contraignants et qui laissent pas mal d’autonomie aux groupes, donc la suite est assez simple à mettre en place.

Comment gère-t-on un groupe de rock ? Quelles sont les relations avec les artistes ?
Ça dépend évidemment des groupes, chaque cas est un peu différent, mais en général ils se gèrent eux-mêmes en fait. J’ai plutôt un rôle d’accompagnement et de conseil, en fonction de leurs besoins. Ils ont parfois un manager qui les aide dans tout ça mais la plupart sont autonomes et se débrouillent très bien. Les relations avec les groupes sont toujours très bonnes, en partie parce que j’essaie d’être le plus transparent et bienveillant possible, pour qu’on ait une relation de « travail » aussi simple et saine que possible, et en grand partie aussi parce que j’ai la chance de m’être entouré de groupes composés de personnes très chouettes et en phase avec la vision et le fonctionnement que j’ai sur le label.

Quels sont les ressources de ton label ? Le choix d’un fonctionnement d’un DIY, c’est autant par conviction que par nécessité ?
L’essentiel des ressources provient des ventes de disques. Pour ce qui est du choix d’un fonctionnement DIY, je dirais les deux. C’est la garantie d’une véritable indépendance dans la direction artistique, qui fait partie de l’ADN du label, mais en contre-partie, les choix artistiques que je fais, plutôt de niche, condamnent un peu le label a un fonctionnement amateur.

Comment le Covid a-t-il bouleversé le quotidien ? Et quel est son impact aujourd’hui ?
Ça a surtout impacté le fonctionnement des groupes, dont l ‘économie se base malheureusement beaucoup sur le live, avec les cachets et la vente de merchandising. De mon côté, pas mal de reports, des galères de délais de pressage, et des quantités à ajuster pour prendre en compte l’absence de concerts pour les disques sortis dans cette période, mais rien d’insurmontable au fond. Les ventes en VPC et en distribution n’ont pas été trop touchées, donc ça n’a pas mis en danger l’économie et le fonctionnement global du label.

Comment avez-vous accueilli les révélations de Mediapart dans le contexte Musictoo ?
Ça m’a particulièrement touché à vrai dire, d’autant plus parce qu’un groupe avec lequel j’ai pas mal travaillé par le passé était concerné par certaines de ces révélations (NdR : Kaviar Special pour ne pas les nommer). Forcément, ça pousse à une prise de conscience et une réflexion sur le rôle d’un label et les valeurs qu’il transmet. Jusque-là, je ne m’étais jamais vraiment posé la question de ce que le label, en tant qu’entité autonome, pouvait communiquer en termes de valeurs. Aujourd’hui je pense qu’il est important de se positionner là-dessus, pour accompagner, même à petite échelle, la libération de la parole que le mouvement musictoo a initié, et participer à un changement urgent et nécessaire.

Quelle est votre position sur le retour à la mode du vinyle, les prix constamment en hausse, la rémunération du streaming ? Comment vous êtes-vous adaptés à ça ?
Sur la hausse des prix, ça me pose un réel souci. J’ai toujours vu le vinyle comme un support d’écoute et pas comme un objet de collection, donc je tiens à ce que nos disques demeurent à un prix abordable, quitte à voir la marge du label réduire d’année en année, voire à sortir à l’occasion des disques à perte quand il s’agit de pressages très limités. Concernant la rémunération du streaming, c’est absolument négligeable, donc l’essentiel de l’économie du label repose sur les ventes physiques. C’est regrettable, et évidemment qu’une évolution positive là-dessus serait souhaitable, mais malheureusement les labels de niche n’ont pas le poids nécessaire pour avoir un quelconque impact sur la question. Dans tous les cas, le streaming démocratise pas mal l’écoute de musique, et permet de toucher des générations plus jeunes, ça reste un point très positif pour moi.

Est-ce que vous avez un modèle de label référence ?
Plus vraiment, le label a maintenant bientôt 10 ans, donc j’ai peu à peu trouvé mon propre fonctionnement, même si évidemment je continue de regarder ce qui se fait ailleurs.

Que conseillerais-tu à quelqu’un qui souhaite lancer son label ?
Je pense que pour commencer, le plus simple est de se renseigner directement auprès de labels qu’on apprécie et dont le modèle semble coller à ce que l’on veut faire. Il faut un peu d’argent de côté évidemment, une vision artistique à défendre, et surtout, pas mal de temps et d’énergie !

Quels sont les projets à venir, les signatures rêvées?
La prochaine sortie sera le premier album de Johnnie Carwash le 28 janvier, un très chouette groupe garage pop lyonnais. Ensuite on a le second album des parisiens Brace! Brace! le 18 février, un très beau disque de pop dans la lignée du premier, bien content de rebosser avec eux sur celui-là. Ensuite ce n’est pas encore annoncé, mais on aura au printemps un disque de Fontanarosa, dont j’avais sorti le premier EP au printemps 2020, et du nouveau du côté de Hoorsees aussi ! Pour les signatures rêvées, je n’en ai pas trop à vrai dire, je suis déjà très content des groupes avec lesquels j’ai la chance de travailler !

Interview réalisée par Sonicdragao

Va donc faire un tour sur le site de Howlin’ Banana.

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