FACS – Present Tense

Publié par le 21 mai 2021 dans Chroniques, Notre sélection, Toutes les chroniques

(Trouble In Mind, 21 mai 2021)

Pour ceux qui auraient pris le train en marche, il n’est pas inutile de rappeler que derrière l’entité FACS se cache la colonne vertébrale de Disappears : Brian Case (guitare-chant) et Noah Leger (batterie). Et maintenant que FACS a sorti presque autant d’albums que Disappears (4 contre 5) à un rythme des plus soutenus, il est très intéressant de constater l’évolution globale de DisappACS, toujours très cohérente et pourtant franchement marquée, avec des débuts (Lux en 2010) qui lorgnaient bien davantage sur le rock psychédélique avec déjà une base post-punk évidemment, mais surtout un groove omniprésent, un tempo quasiment deux fois plus rapide et, disons-le tout net, un son bien plus accessible qu’aujourd’hui. C’est finalement le phénoménal Pre Language (2012), avec la participation remarquée de Steve Shelley, doté de tubes incendiaires (oui, des tubes, des vrais !), qui a marqué la fin du Disappears d’antan. Era (2013) et surtout Irreal (2015) qui nous avait sidéré à l’époque n’étaient autre que des passerelles vers FACS. Est-ce à dire que depuis lors, cette nouvelle incarnation n’a eu de cesse de se répéter, reprenant même une formule précédemment établie ? Pas si vite. Le trio a désormais un style si marqué et unique qu’il lui est bien difficile de surprendre comme il a pu le faire auparavant. Toutefois, le curseur évolue, même si cela reste subtil. Sur Present Tense, il semblerait que des rais de lumière pénètrent plus franchement l’épaisse cuirasse impénétrable de l’édifice, là où une noirceur accablante habitait chaque recoin de Void Moments. Et un morceau comme “Strawberry Cough”, terriblement obsédant, s’appuie sur une structure plus classique, un refrain solide et un groove épidermique. Pas loin de l’ancienne époque donc, mais avec la froideur de rigueur de ces dernières années. Notons en outre la présence plus prononcée de sonorités électroniques, bien que se confondant allègrement avec ceux d’une guitare triturée. Au-delà de ça, le duo basse-batterie occupe toujours largement les avant-postes, le chant et la guitare demeurant loin derrière. Et rien. Rien ne vient s’immiscer au sein de l’implacable son minimaliste, abrasif et brutal du trio. Rien que des bruits, des ambiances, des ruptures par petites touches, subtiles avant de devenir plus marquées, des spirales qui succèdent à d’autres, de longs tunnels labyrinthiques dans lesquels il ne faut pas craindre de s’aventurer. Les répétitions si chères au groupe, fasciné par le kraut et fascinant pour sa maitrise de l’espace, sont omniprésentes. L’écoute au casque se révèle ainsi on ne peut plus hypnotique. L’ensemble, éminemment cérébral, fourmille de sons parasites, de grésillements informes (l’hypnotique “Alone Without”, le pont bizarroïde constitué de notes aigrelettes sur “Present Tense”, comme une arrivée mélodique impromptue dans cet univers froid et abscons). Noah Leger, encore auteur d’une prestation ahurissante derrière les fûts, se doit d’être salué comme de coutume et comme l’indétrônable pilier qu’il incarne, permettant à tous ces morceaux de conserver une intensité de tous les instants, en les menant par le bout de la baguette. Son jeu devient totalement frénétique sur “Present Tense” ou sur la seconde partie du colossal “Mirrored”. Brillamment intégrée, Alianna Kalaba qui n’avait jamais touché une 4-cordes de sa vie avant de rejoindre le duo pour les débuts de FACS (!), se calque à merveille sur son jeu millimétré et y va également de lignes de basse massives et goulues (“General Public”). Nous parlions de légères éclaircies, en voici donc une autre mais pas de quoi faire tourner les serviettes non plus, l’anxiété est toujours là, elle ronge de l’intérieur ces morceaux dérangés et éructe parfois pour évacuer toute cette tension, comme à la fin de “XOOT” où Brian Case se laisse aller à des cris malaisants (personne n’a oublié Suicide et CAN. Surtout pas eux !).

Conflictuel et terriblement percutant, habité et proprement fascinant, le nouveau FACS est fidèle à la réputation du groupe qui continue, sans prêter attention le moins du monde aux modes du moment. Ce post-punk-là (si tant est que l’on puisse encore faire entrer FACS dans cette catégorie) n’est pas des plus tape à l’oreille et attire logiquement moins le public avide de gouaille et de morceaux immédiats. Mais il y a fort à parier que dans quelques années, c’est vers le trio de Chicago qu’on se tournera plus volontiers (il n’y a qu’à voir comme on a usé nos disques de Disappears). En tout cas, en termes de longévité et d’intégrité, difficile de lui reprocher quoi que ce soit.

Jonathan Lopez

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