Aalborg – And This Is How…

Publié par le 16 février 2021 dans Chroniques, Notre sélection, Toutes les chroniques

(Araki/Atypeek/Juggernoise, 17 février 2021)

Personne n’a oublié Untitled With Drums et son formidable Hollow sorti l’an passé, n’est-ce pas ? On vous en voudrait. Et bien, revoilà deux des membres, associés à ceux de Niandra Lades et Birmingham, pour un projet tout frais, qui se veut plus aérien. Si Untitled With Drums proposait un post-hardcore nerveux évoquant par instants Slint ou Deftones, Aalborg les rapproche davantage d’un Low ou Codeine, du genre qui prend bieeeen son temps pour déployer ses ailes, peut décoller extrêmement haut et s’autorise parfois des atterrissages en terres shoegaze ou post-rock.

Soyons clairs : ce revirement n’a rien d’incongru tant le chanteur/bassiste et le batteur d’Untitled With Drums, Martin L.B. et Rémy D.* (qui n’ont pas l’air d’aimer leur nom de famille), avaient déjà démontré un talent certain pour aller loger bien profondément des mélodies dans nos petites caboches. Et au sein d’Aalborg (une ville danoise pour les férus de géographie), c’est encore plus éclatant.

Ainsi, lorsque vous cliquerez pour la première fois sur ces morceaux, nous parions que vous vous inclinerez, comme nous l’avons fait, face à la sidérante beauté de “Velvet Water”, qui se déploie au ralenti et nous fait même avaler un bon gros mensonge (“no one wants to lie anymore“) sans qu’on ne trouve à redire. C’est ainsi, il est bien vain de tenter d’y résister. Autre petite perle qui fait mouche d’entrée de jeu, “Space Ribbon” et son envolée shoegaze à filer des complexes à Slowdive. Voilà pour les évidences qui titillent immédiatement le tympan. Admettez toutefois qu’il serait dommage de devoir se contenter de cela et ça tombe bien, ces deux morceaux ne font nullement figure d’exception. Il faut simplement donner du temps au temps pour laisser venir chacun d’entre eux et plonger sans retenue dans cet album d’une grande cohésion d’ensemble.

L’entame était déjà des plus engageantes quand cette voix lancinante, quelque peu désabusée, nous prenait par la main en répétant avec insistance “dear friend” sur le ténébreux “A Ghost Made Of Ashes”. Le tout souligné de quelques arpèges délicats qui ne demandent qu’à nous éclater à la tronche et ne se priveront pas de le faire lors d’un final orageux. Car de douceur, il n’est pas uniquement question et des soubresauts sont également au menu, par le biais d’une colère rentrée difficilement contenue (“Grace” qui s’achève au terme d’une montée en intensité remarquable) ou de guitares plus lourdes (“Wind Walkers” lorgnant vers le post-metal, avec ses explosions de rigueur). En avant-dernière position, le game est définitivement plié par la splendide “The Body Became The Messenger” et ses guitares décharnées, ses synthés hantés et de nouveau, une mélodie à chérir précieusement. Il s’agit du morceau le plus long (6’35), lequel fait étalage d’une incontestable maitrise des espaces et alterne habilement accalmies bienvenues et rudoiements soudains… sans oublier d’en faire une (grande et belle) chanson, plutôt que de virer à la démonstration. Ce n’est pas donné à tout le monde mais c’est visiblement très simple pour eux. Un morceau et un disque, à l’instar de sa magnifique pochette, mouvant, complexe en apparence mais en définitive d’une beauté saisissante.

Finalement, on n’est pas bien là, cloîtrés chez nous comme des nazes ? On y croirait presque tant le cocon concocté par ces jeunes gens est réconfortant. And This is how… We believe in happiness.

Jonathan Lopez

*ici à la guitare.

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