A Place To Bury Strangers – See Through You

Publié par le 6 février 2022 dans Chroniques, Notre sélection, Toutes les chroniques

(Dedstrange, 4 février 2022)

Pour sa santé mentale, il ne devait pas faire bon assister à l’enregistrement de ce nouvel album d’A Place to Bury Strangers en plein confinement. En cette période de réclusion forcée, See Through You avait de quoi assommer les claustrophobes, traumatiser les esprits tourmentés. Ce n’est pas nécessairement la guitare d’Oliver Ackermann qui triture le plus les tympans avec vice (SPOILER : elle ne les cajole guère non plus). Non, c’est surtout ce kick de batterie incessant, cette étreinte qui ne se relâche jamais et cette basse qui assène encore et encore avec acharnement un message pourtant déjà clairement assimilé : nous sommes là tout autour de toi et on ne te lâchera pas tant que tu n’auras pas pressé la touche STOP. Ce sentiment oppressant confère une véritable force d’attraction à l’album mais peut également constituer un léger repoussoir. D’abord, en instillant le sentiment un peu décourageant que tous les morceaux se ressemblent avant d’enfiler casque et armure et réaliser avec soulagement que « oui, il y a bien de la variété sur ce disque ». Après un léger ralentissement sur Pinned (2018) et l’EP Hologram (2021) laissant entrevoir des éclaircies possibles, APTBS a donc décidé de se remettre à distribuer des raclées. Et il faut parfois s’accrocher pour discerner quelques mélodies derrière le ronronnement du marteau-piqueur (l’enchainement « So Low » – « Dragged in a Hole » flashé à 150 BPM poussera les plus frêles d’entre vous à se ruer sur STOOOP). On touche parfois du doigt les limites du groupe lorsque la frénésie est à son paroxysme et qu’il oublie d’en faire des chansons (« Dragged in a Hole » donc mais aussi « Ringing Bells »). Quelques pépites bouillantes émergent toutefois du cratère et se démarquent, comme la fort cadencée (oserait-on dire chaloupée ? Allez !) « Nice of You to Be There for Me », l’excellente « Let’s See Each Other », plus hypnotique qu’hystérique, « My Head is Bleeding » et son climat inquiétant distillé par de curieuses sonorités électroniques ou encore « Anyone But You » menée tambour battant, guitare hurlant, chant galopant. Une guitare qui semble se contorsionner en de longs râles d’agonie post-refrain.

Ce n’est qu’en fin d’album qu’on a enfin le droit d’aller souffler un coup avec « Hold on Tight » et son refrain impeccable (s’il n’y en a qu’un à retenir au milieu des BRRRRR et autres KRIIII, c’est celui-là), « I Don’t Know How you do It » et « Love Reaches Out » où la brume succède aux éclairs et où l’on peut enfin succomber à la rêverie après avoir été tant roués de coups. Sur l’avant-dernière, on peut même entendre le joli brin de voix de la batteuse à quatre bras Sandra Fedowitz qui nous torture depuis plus de 40 minutes. We don’t know how she does it. Ce final étonnamment pop fait un bien fou mais See Through You constitue assurément un pas de plus vers la surdité. À ce rythme-là, on s’y dirige lentement mais sûrement, mais pour l’heure on n’est pas pressé d’appuyer sur STOP.

Jonathan Lopez

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