Woods – Strange To Explain

Publié par le 2 juin 2020 dans Chroniques, Notre sélection, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Woodsist, 22 mai 2020)

Vous vous souvenez de cette époque où vos seuls soucis étaient de savoir si votre patron allait être satisfait de votre compte-rendu, si votre gamin allait obtenir une bonne note à son contrôle de géo ou si votre neveu allait réussir son permis ?

C’est loin, n’est-ce pas ? Quand on allumait la télé en se disant innocemment « tiens, quelles sont donc les nouvelles du jour ? ». Pas toujours réjouissantes, loin s’en faut, mais pas continuellement déprimantes non plus. Là, les gouttes d’eau se sont accumulées et le vase n’en finit plus de déborder : il y eut la menace terroriste, les terrifiants Poutine, Kim Jong-un, Trump (place ici le nom de ton dirigeant taré préféré), le désastre écologique, la crise sanitaire qui bouscule nos vies dans des proportions que même des scénaristes de SF n’auraient osé imaginer… Au tour de ce bon vieux salopard de racisme, constamment tapi dans un coin, de ressurgir une énième fois pour nous rappeler, que oui, notre bonne vieille Terre est toujours peuplée d’un (trop) grand nombre de demeurés.

Que nous reste-il donc comme refuge ? La culture évidemment, même si le gouvernement a vite tendance à l’oublier. Un bouquin à dévorer. Un grand classique du ciné dans lequel se replonger. Un bon disque. Voilà des alliés qui seront toujours là pour nous permettre de nous évader. D’oublier toutes ces merdes qui nous pourrissent la vie.

Ce rôle-là, Woods l’a toujours endossé avec brio. Combattre la morosité ambiante semble être son éternelle devise.
D’autant que depuis la sortie de son dernier album Love Is Love (2017), son leader Jeremy Earl a connu l’un des plus grands bonheurs que cette chienne de vie daigne nous procurer, en devenant père. Et son fidèle comparse Jarvis Taveniere a cédé à l’appel du large en emménageant en Californie. Celle qui le faisait tant rêver (cf notre interview il y a quelques années). Celle qui colle on ne peut mieux à leur musique évoquant davantage le bruit des vagues que la frénésie new-yorkaise. Woods n’a jamais eu besoin d’évènements heureux pour orner sa musique de good vibes. Le deuil soudain (et de la pire des manières) de leur ami David Berman peu après leur collaboration commune sur le dernier Purple Mountains, a dû leur rappeler cruellement que Life’s a bitch, mais pas de quoi remettre en cause leur façon de concevoir leur art.

« Where Do You Go When You Dream » interroge Jeremy Earl de sa voix de fausset si apaisante et nous voilà reparti comme en 40, envoyant paître toutes préoccupations, fussent-elles de premier ordre. Plus loin, « Strange To Explain » qui donne son titre à l’album, vaut bien tous les cours de yoga du monde. C’est simple, c’est ravissant, c’est enivrant. Aussi bon qu’un cocktail savouré les pieds dans l’eau. Les deux albums précédents étaient teintés d’ambiance reggae, on retrouve ici un disque renouant avec la simplicité folk et pop psychédélique, toujours sur un rythme cooool. Prenez les percus et la guitare espagnole de « Just To Fall Asleep », ajoutez du “lalalala” façon jeune hippie insouciant. Vous êtes bien, non ? Royal.

De légères accélérations tout en maitrise permettent de ne pas sombrer dans des songes colorés la clope au bec. « Can’t Get Out » remet de l’électricité dans la machine, « Fell So Hard » hausse le tempo, offre un refrain wah-wahisant et part en bon vieux jam des familles (comme sur les désormais classiques morceaux-titres de Bend Beyond et With Light And With Love, certes sans atteindre leur niveau d’excellence).

Hormis le refrain irritant de « Light Of Day » et son clavier trop insistant, tout sonne ici juste, sans excès, et les arrangements (cuivres, piano…) sont toujours à-propos, à l’image de la courte instrumentale « The Void », délicieuse ballade au milieu d’un décor de vieux western où l’on croise également quelques cocotiers. Et lorsque le vent du week-end vous appelle (« Weekend Wind ») en fin d’album, la démonstration est étirée 7 minutes durant. On tapote du pied en suivant le rythme chaloupé d’Aaron Neveu, le groove est là, le plaisir manifeste.

Il n’y a jamais de période inopportune pour laisser entrer du bonheur dans nos vies mais ce Strange To Explain intervient incontestablement au meilleur moment. “Let the sunshine in” chantaient de vieux beatniks en leur temps. Laissons le bonheur nous envahir, et remercions Woods d’y contribuer.

Jonathan Lopez

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