Swans – leaving meaning.

Publié par le 28 novembre 2019 dans Chroniques, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Young God, 25 octobre 2019)

Rentrer dans un album de Swans est toujours un petit défi en soi. La bête en impose, impressionne, refroidit aussi, souvent. Quand Michael Gira sort un disque, il tient à ce que celui-ci soit dense. Après To Be Kind, colosse de plus de 2h, voilà leaving meaning. qui passerait presque pour un EP à côté mais s’étend tout de même sur 1h33. De quoi s’occuper.

De quoi trembler également face aux nouvelles incantations du maître, et son cortège de chansons tortueuses vous suggérant aimablement d’emprunter l’issue de secours la plus proche. Pourtant, si le minimalisme de la pochette ne tranche guère avec celui de son prédécesseur, l’effectif a été renouvelé, du moins renforcé par de nombreux invités, et non des moindres (Anna & Maria von Hausswolff, Ben Frost, The Necks, Baby Dee, A Hawk and A Hacksaw, entre autres). Et puis, leaving meaning. nous préserve de toute agression guitaristique, hausse rarement le ton, prend son temps pour affirmer son emprise. Mais celle-ci se précise, inéluctablement.

Ainsi, alors que l’album démarre assez mollement par un court instrumental suivi du récit au ralenti d’un Gira imperturbable et pas si perturbant (“Annaline”), déboule l’immense “The Hanging Man”, totalement hypnotique, qui s’apparente à un couloir sans fin où l’on ne cesse de fuir sans oser regarder derrière ni sur les côtés, craignant que quelque chose d’absolument effroyable en surgisse. Dès lors, la tension ne redescend plus guère et le couperet n’est jamais loin (même “Amnesia”, guitare-voix rassurant initial se voit envahi de chœurs imposants et cordes malveillantes alors qu’on se pensait à l’abri). 

Le morceau-titre s’étend, lui, onze longues minutes durant avec un semblant d’éclaircie au sein d’un univers d’une noirceur implacable. Puis, Gira empoigne à nouveau sa baguette de chef d’orchestre (à moins qu’il ne s’agisse d’un bâton de sorcier ?) et reprend le contrôle, déclame inlassablement jusqu’au drone final qui s’éternise. Le mode spirale infernale est enclenché, personne n’en réchappera, même le soleil ne peut rien et y laissera son arrière-train (la faramineuse “Sunfucker” à la rythmique infernale qui s’achève aux confins de l’hystérie). On est bien peu de chose. Et sans trop savoir où se mettre, on continue d’encaisser, sourire aux lèvres.

L’atmosphère prend toutefois des airs de recueillement sur “Cathedrals of Heaven” mais les superbes arrangements de cordes et notes de piano spectrales de “The Nub” nous replongent immédiatement en plein cœur d’une B.O. excessivement glauque, et nous laissent sur le qui-vive permanent (les Necks ont fait le boulot pour accentuer le malaise). Après cela, “It’s Coming It’s Real” passerait presque pour une sympathique promenade à cueillir des pâquerettes mais c’est avant tout la preuve, l’énième preuve, que l’univers des Swans est toujours capable d’exercer une fascination sans pareille, même sans user de la force ou de quelconque artifice. D’autant que Gira s’est dégoté avec les sœurs Von Hausswolf deux camarades de jeu idéales pour l’ensorcellement auditif.

La fin d’album moins palpitante (l’étonnante “What Is This?”, presque pop ensoleillée) ne suffit pas à brouiller l’impression d’ensemble (d’autant que notre palpitant avait bien besoin de répit !). Swans a évolué mais il demeure toujours aussi impressionnant, terrifiant et fascinant. De quoi se persuader que le chant du cygne n’est pas pour tout de suite.

Jonathan Lopez

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