Pornography de The Cure a 35 ans. Chronique

Publié par le 30 mai 2017 dans Chroniques, Incontournables, Non classé, Toutes les chroniques | 1 commentaire

La batterie étouffée de Tolhurst, le riff lancinant de Smith qui tournoie comme un piège qui se referme. Vous voilà pris. « It doesn’t matter if we all die » (« ce n’est pas grave si on meurt tous »), nous annonce Robert Smith. Au moins c’est clair.
« One Hundred Years » ne dure malheureusement « que » 6’30 mais il plante idéalement le décor. On va bien se marrer.

Après le post punk brumeux mais fougueux des débuts, The Cure s’est aventuré dans les ténèbres depuis Seventeen Seconds et Faith. Et il n’a jamais eu les pieds engoncés si profondément dans ce lugubre marécage. Sur Pornography, l’aller est sans retour. Une fois la galette posée sur la platine, le mal est fait.

« A Short Term Effect » semble ralentir au fur et à mesure que le morceau avance. Pour s’éteindre doucement. Comme une petite mort. Smith y occupe d’ailleurs une place quasi fantomatique, renforcée par des échos omniprésents.

« The Hanging Garden », sans se dépêtrer de cette menace qui plane au-dessus de sa tête, mène une toute autre cadence. Direction le purgatoire, au petit trot.

Puis vient la splendide mélancolie de « Siamese Twins ». C’est beau comme une journée sous des trombes d’eau. Les suites de notes délicates que Smith égrène sont autant de caresses réconfortantes.
« Is it always like this? » semble-t-il se lamenter. Always as beautiful and sad, you mean Robert ? Sur ce disque, il semblerait bien que oui.

On est en plein dans l’imagerie romantique chère à Smith… A des années lumières d’une quelconque pornographie, excepté cette absence totale de pudeur, de filtre quand il s’agit de livrer les émotions les plus glauques.

La basse de Gallup auparavant si prompte à dicter la cadence, suit une batterie sentencieuse qui se fait passer pour une boite à rythmes. De temps à autre quand l’atmosphère se fait trop étouffante, une guitare aérienne fait office de lueur, vient nous rappeler qu’il ne faut pas s’en faire, que ce n’est que de la musique. Que cette musique est belle ! C’est derrière les sentiments enfouis les plus sombres, que la lueur est la plus éclatante (la colossale « A Strange Day », « The Figurehead »). Ce type de sons, vous le connaissez bien, il a été copié 4372 fois depuis. Mais qui peut égaler le son des Cure à leur sommet ?

« Cold » et ses synthés mortuaires recouvre l’auditeur sous un linceul, et le laisse ruminer indéfiniment ses peurs, ses doutes et espoirs déchus.

Mais ce merveilleux supplice ne prendra fin qu’avec le morceau éponyme, glaçant, où se mêlent dissonances bruitistes quasi indus, et autres cris habités. Plongée encore plus extrême dans le malsain pour mieux ponctuer un disque fondamental. Un des plus noirs qui soient. Après avoir touché les abimes (et la grâce), The Cure ne s’aventurera plus aussi loin dans le radicalisme ténébreux, préférant la légèreté pop teintée de mélancolie avec plus (le merveilleux Disintegration) ou moins (Wild Mood Swings, pour ne citer que lui) de succès.

JL

 

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1 commentaire

  1. Mon album préféré des cure . Toute ma jeunesse

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