Phosphene Dream des Black Angels a 10 ans. Chronique

Publié par le 13 septembre 2020 dans Chroniques, Incontournables, Non classé, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Blue Horizon, 14 Septembre 2010)

Le temps passe. Mais certains groupes n’en ont que faire. The Black Angels fêtent déjà les 10 ans de Phosphene Dream. À la pochette et à la musique psyché perdues depuis longtemps dans les limbes de l’histoire du rock. Parce que finalement, ce disque, ce groupe, des texans d’Austin dans les années 2000 ? Are you sure ? Ils ne reviendraient pas plutôt des 60’s-70’s par on ne sait quelle faille temporelle au son des Doors et de la clique rock psyché étourdie au LSD ?

Je suis loin d’être un spécialiste de cette période du rock US, et je dois avouer une (légère) aversion aux claviers et autres synthés (bon plutôt les horribles façon 80’s, les vintage, ça passe) mais ces anges noirs sont quand même un de mes groupes américains favoris. Ce troisième album n’est pas celui que je préfère ou que je conseillerais pour découvrir le groupe. Mais il marque une rupture intéressante dans leur carrière. Délaissant le long format (58 et 70 minutes pour leurs 2 premiers albums), il amorce en 10 morceaux (pour à peine 36 minutes) la transition vers un format plus concis (plus pop ?), pas encore aussi abouti que les 2 suivants (les très bons Indigo Meadow et Death Song). Mais déjà nettement moins aventureux et hypnotique que le splendide et tourbillonnant Directions To See A Ghost de 2008. Les années 60 avaient leurs « Good Vibrations », The Black Angels distillent d’entrée leurs “Bad Vibrations”. Autre ambiance. Un inquiétant rock dans le plus pur style des Texans. Claviers lancinants, petit riff obsédant, ambiance de fauve à l’affût et là, l’explosion et une dernière minute qui s’affole. Quel titre ! Quand tu ouvres un album comme ça, après, forcément faut proposer du lourd pour ne pas s’écrouler. Et là, force est de constater que l’on va osciller entre l’anecdotique et le bon, mais en tutoyant rarement à nouveau le sublime. Sans compter que le groupe a plutôt délaissé dans les thèmes de ses textes son dégoût de l’impérialisme belliqueux à la sauce de l’Oncle Sam, comme à l’époque de son album Passover en 2006 (clairement antimilitariste) ou de Death Song, le petit dernier de 2017. Du coup, et avec seulement 10 titres, on reste (un peu) sur notre faim. On passera donc assez vite sur « Haunting At 1300 McKinley » ou « Telephone », les 2 titres les plus courts (dans tous les sens du terme). Et alors qu’on peinait à s’enflammer pour « Yellow Elevator#2 », la deuxième partie du titre sauve l’affaire et nous rappelle que les Texans sont toujours capables de surprendre au détour d’une outro lancinante aux voix fantomatiques. Ou du so sixties « Sunday Afternoon », titre qu’on ne peut définitivement pas détester. Et on les adore carrément quand ils approchent à nouveau le mur du son sur le tonitruant « River Of Blood » aux rythmiques surprenantes. Ou qu’ils rejouent l’hypnose sur l’addictif « Entrance Song » tout en riffs entêtants ou la brume noisy sur « Phosphene Dream », complètement camé au trémolo. On n’est pas loin de ressortir le sitar et l’encens sur l’orientalisant et plutôt acoustique « True Believers », qui rappelle un peu les ambiances lourdes et inquiètes des précédents albums. Et avec « The sniper » en clôture, on tombe encore une fois dans l’embuscade.

Même sur leur album le plus faible, The Black Angels avec ce rock lancinant défoncé aux effets, mais ici dans un format pop plus accessible, reste incontournable. Loin d’être un simple pastiche des cadors du psychédélisme US, les texans glissent ici lentement vers un format moins hypnotique, délaissant les murs du son shoegazien de l’imparable et monumental Directions To See A Ghost, un des plus beaux disques noisy des années 2000. Pas encore aussi abouti et riffesque que les deux albums suivants, ce Phosphene Dream, supporte tout de même bien l’épreuve du temps, figé à jamais dans un fantasme brumeux de sixties sous psychotropes. Not Bad Trip.

Sonicdragao

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