Mike Patton & Jean-Claude Vannier – Corpse Flower

Publié par le 11 septembre 2019 dans Chroniques, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Ipecac, 13 septembre 2019)

L’annonce de la collaboration entre Jean-Claude Vannier et Mike Patton avait de quoi surprendre de prime abord mais en y réfléchissant bien, elle coule de source. Car Mike Patton, chanteur de Faith No More/Mr. Bungle/Fantomas/Tomahawk/Mondo Cane/Dead Cross (liste non exhaustive) n’est pas à un grand écart vocal près et est un fondu de Gainsbourg. C’est d’ailleurs en travaillant sur un concert hommage à ce dernier qu’il avait rencontré Vannier, compositeur du magistral Histoire de Melody Nelson. Ils avaient alors émis l’idée d’un travail en commun. C’était il y a huit ans…

Les liens n’étaient pas rompus, il fallait simplement laisser du temps au temps… Nous y sommes enfin, et de temps nous n’avons guère besoin pour nous assurer que le duo se complète remarquablement : dès “Ballad C.3.3” en fait, où sur un air piano-jazz, Patton déroule son phrasé en mode narrateur décontracté du gland avant que les cuivres ne s’emballent soudainement. Notre fêlé préféré se fend de cris jubilatoires en fin de morceau comme s’il exultait devant cet épatant résultat. C’est un (putain de) “Camion” groovy en diable qui vient parfaire la démonstration avant que Patton n’endosse l’un de ses costumes préférés : celui de crooner/lover le temps d’une “Chanson d’amour” qui fera fondre ses dames (et doucement ricaner – à tort ! – ses messieurs).

On ne fera pas preuve du même enthousiasme sur l’ensemble de l’album qui, s’il est admirablement produit et orchestré, n’évite pas toujours les fautes de goûts. “Insolubles” est ainsi particulièrement lourdingue avec ses arrangements qui évoquent la musique méditerranéenne (grecque ? Italienne ? Ça sort de notre domaine de compétence). C’est probablement très sympa en dégustant un souvlaki en bord de mer et on aurait sans doute donné une pièce au groupe en représentation mais dans la grisaille parisienne, on préfère écouter Jessica93 (ou Souvlaki de Slowdive, n’importe où). “Pink And Bleue” atteint, elle, des sommets de mièvrerie avec ses violons mielleux et son refrain franchement pénible. Mais comment interpréter un morceau qui commence par “when i drink too much, i shit my pants” et agrémenté de “listen dumbass, douchebag” ? Sans doute pas très au sérieux.
On n’en fera donc pas un drame d’autant qu’auparavant on s’était retrouvé “On Top Of The World” après que d’aimables sifflotements furent expédiés par un refrain ravageur et ô combien jouissif, on s’était réjoui de déguster une “Cold Sun, Warm Beer” déjantée qui sonne très Mr. Bungle, on avait apprécié un petit tour de maison hantée entre frousse et rigolade, façon Sleepy Hollow (“Hungry Ghost”), on était resté interloqué devant “A Schoolgirl’s Day” où Patton se met au spoken word pour nous conter la journée fort banale d’une écolière sur une instrumentation des plus cinématographiques et on s’était esclaffé en l’entendant jouer avec la langue et la gastronomie française (“andouillette, entrecôte, filet mignon, coq au vin, escalope, pieds de cochons“) sur la très entrainante “Corpse Flower”. Toujours aussi insaisissable, Mike Patton campe parfois un Gainsbourg 2019 des plus crédibles et s’adapte à merveille aux moult ambiances déclinées par un Jean-Claude Vannier au savoir-faire affolant.

En somme, la rencontre de ces deux grands esprits créatifs aura donné lieu à un album plein de maitrise, et fort divertissant. On ne sait jamais vraiment par quel bout le prendre mais on trouve toujours de bonnes raisons d’y revenir. Tour à tour amusant, mielleux, déjanté, intrigant, Corpse Flower est surtout extrêmement généreux, à défaut d’être parfait. Mais la perfection, c’est assez chiant, non ?

Jonathan Lopez

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