The Breeders – Pod (4AD)

Publié par le 28 février 2016 dans Chroniques, Incontournables, Toutes les chroniques | 0 commentaire

The_Breeders_PodPour beaucoup, les Breeders c’est d’abord Last Splash. A ceux-là j’ai envie de répondre « oui, mais pas que. »

OK Last Splash est un putain d’album et il contient le tube interplanétaire « Cannonball » que tout le monde connaît sans connaître. En soirée quand vous la passez, on vous demandera immanquablement « c’est quoi ça déjà ?« , vous répondrez du ton condescendant qui vous caractérise « les Breeders », ce sur quoi votre interlocuteur repartira tout penaud et vous lancera un triste « ah ok » avant de se diriger vers le buffet pour reprendre du taboulé. L’interlocuteur en question fuira la confrontation de peur d’être humilié par votre science infuse mais se dira intérieurement « encore un groupe qui a sorti un bon tube et rien fait d’autre de sa carrière« . ET BEN NON CONNARD !

Réduire les Breeders à « Cannonball » c’est comme réduire les Pixies à « Where Is My Mind ? ». C’est un crime. Les réduire à Last Splash c’est déjà moins grave mais ça mérite tout de même sanction.

Car avant, il y a eu Pod, messieurs dames, et il n’y a rien à jeter sur ce disque. Et puis, Pod est représentatif du son ninetiiiieees, le fameux, celui qu’on aime tant. Parce que c’est le premier Breeders, la première infidélité de Kim Deal envers ses « amis » les lutins*. Et parce qu’on aime Kim Deal. Surtout à cette époque.

En 1990, quand paraît Pod, les Pixies qui ont sorti coup sur coup deux albums gigantesques (Surfer Rosa et Doolittle) ont besoin d’un break. Car Kim Deal prend de la place, et Frank Black n’a pas très envie qu’on lui pique la sienne. Il la trouve très bien derrière sa basse à venir chantonner les chœurs quand il lui demande. Il aime un peu moins quand ses fans lui disent que « Gigantic » (qu’elle a écrit et où elle assure le lead vocal) est le meilleur morceau de Pixies.

Tout ce petit monde va donc souffler un coup dans son coin. Mais Kim veut faire de la musique. Elle rameute sa pote Tanya Donnelly des Throwing Muses, refile sa basse à Josephine Wiggs, et s’occupe cette fois comme une grande de la guitare, du chant et du songwriting. Elle rappelle par ailleurs MONSIEUR Steve Albini à la prod, comme pour Sufer Rosa. L’aventure Breeders commence.

La voix lointaine de Kim, les doigts de Josephine caressant une adorable ligne de basse. Et le crescendo qui va bien. « Glorious », première bombinette.

La patte de Kim est partout, les fans de Pixies ne sont pas déboussolés (« Doe », « Hellbound » ou « Iris » ont clairement de faux-airs pixiens et sur « Opened » on jurerait qu’elle a réenfourché sa 4 cordes).

On retrouve le triptyque qui tue : lenteur relative, mélancolie sous-jacente, explosion soudaine. Ce qui n’empêche pas l’album d’être novateur, derrière les mélodies simples et innocentes en apparence, les tempos se montrent capricieux, les constructions des morceaux peu académiques perturbent dans un premier temps avant de séduire par leur singularité. Moi qui suis assez dubitatif généralement à l’idée de voir des reprises figurer sur un album studio, je dois bien admettre que « Happiness Is A Warm Gun » est ici parfaitement à sa place. Car il y a du Beatles chez les Breeders, indubitablement. Et les Breeders qui, comme trois musiciens sur quatre ont été influencés par les Fab Four, leur rendent ici honneur avec talent.

Les Breeders c’est aussi la science de l’épure ; un maximum d’idées calées en un minimum de temps. Aucun morceau n’excède les 3’30, la plupart nous en disent suffisamment en un peu plus de deux minutes. Ainsi, la sublime « Fortunately Gone » est un torrent d’émotion… d’1 minute 44 secondes. A méditer.

Libérée de l’étreinte du tyran-mentor Frank Black, Kim Deal a le champ libre et se lâche. Prouvant ce que tout le monde avait à peu près deviné : elle est une grande compositrice. Ce n’est pas pour rien que Pod était un des disques de chevet de Kurt Cobain et, de son propre aveu, une de ses principales influences (à entendre le riff de « Oh ! » planqué sous le violon ou la ligne de basse qui clôt « When I Was A Painter », on le croit volontiers).

Il déclara même au Melody Maker en 1992 « j’aurais aimé que Kim soit autorisé à écrire plus de morceaux des Pixies, car « Gigantic » est leur meilleur morceau et c’est elle qui l’a écrit. » Et ben tu sais quoi Kurt ? Elle a même fini par se faire virer du groupe !

JL

*Si vous êtes perdus, prenez un dico franco-anglais c’est pas si subtil que ça en a l’air.

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