Interview – Zenzile

Publié par le 13 mai 2018 dans Interviews, Notre Sélection, Toutes les interviews | 0 commentaire

Plus de 20 ans de carrière pour Zenzile et pas un faux pas à déplorer. Étendard de la scène dub française pendant les années 90, le groupe a très vite creusé son propre sillon, suivi ses envies, quitte à s’éloigner de ses racines et s’aventurer en territoires krautrock ou post punk. Sans jamais perdre la passion ni l’authenticité. En 2018, Zenzile souhaite renouer avec son passé avec une tournée logiquement intitulée “Dub Unlimited”. Ça commençait fin mars à Paris dans une Maroquinerie comble et en fusion. Quelques heures avant la tempête, rencontre avec le plus punk des groupes dub français.

 

© Vincent Fribault

Ce live « Dub Unlimited », c’est une sorte de retour aux sources ? Vous n’allez jouer que des vieux morceaux ?
Alex Raux (guitare): Pas que, non. Pas mal de nouveaux morceaux aussi qu’on va sortir dans un 5+1. Trois ou quatre. Et aussi des vieux morceaux qu’on a un peu réadaptés.

En revanche, vous avez posté une setlist sur vos réseaux sociaux qui devrait ressembler pas mal à celle de ce soir, il n’y a pas de morceaux de Berlin et Elements ?
Matthieu Bablée (basse) : Il y aura un morceau d’Elements qu’on a rajouté.

Ça signifie aussi que ces albums-là collent moins avec le Zenzile d’avant que vous cherchez à retrouver ce soir.
Matthieu : Ce qui est clair c’est qu’avec Elements, on a poussé le truc à son paroxysme. Pour nous c’est toujours la musique du groupe et, personnellement je trouve que les connexions sont toujours évidentes avec le corpus d’influences du groupe et la musique qu’on veut jouer. Mais c’est clair qu’on a poussé l’expérimentation, on est allé de plus en plus loin du dub. Après il y a des passerelles, ça reste contemplatif. Ça a plus à voir avec ce qu’on faisait sur Berlin même si je pense que le vrai retour aux sources avant ça, c’était de se retrouver à 5. Pour la première fois depuis le début du groupe.
Alex : Et il n’y avait pas de chant.
Matthieu : Et c’est même au-delà puisqu’au début du groupe on a toujours répété instrumentalement mais lorsqu’on a enregistré des disques on a toujours eu des featurings. Même sur Sachem In Salem et sur le premier maxi, Dub Promozione, on avait des samples de voix.

Et paradoxalement c’est sur Berlin que vous avez le plus exploré les territoires rock, avec du krautrock, rock progressif…
Matthieu : Complètement.
Alex : C’était aussi vachement lié au film, parce qu’il nous inspirait ça.
Matthieu : Je pense qu’il n’y aurait pas eu Elements sans Berlin mais on n’a jamais eu de plans pré-établis. Les morceaux déboulent à la suite parce qu’on baigne dans une certaine ambiance, on y va. C’est une trajectoire dynamique. Le disque a été plutôt bien reçu et vendu mais on s’est aussi éloigné grave de ce qu’on faisait à la base…

Et potentiellement de vieux fans ?
Matthieu : Oui. Là, le retour au dub n’est pas du tout calculé pour retrouver des gens qu’on a perdus, c’est plutôt nous qui sommes allés au bout de ce processus. On a vu que c’était compliqué, même à mettre en place entre nous parce qu’on a toujours des influences différentes, et que c’était pas forcément notre ADN musical à tous. C’était aussi un apprentissage parce qu’on a toujours fonctionné comme ça. Si on avait fait le même album de dub pendant 20 ans, je pense que ça fait longtemps qu’on aurait arrêté. Là, reboucler l’histoire avec un retour aux sources, c’était super casse gueule. Avant que ça arrive, j’étais moi-même dubitatif. Mais on est là pour faire de la musique, on s’est retrouvé au local assez vite puisque la tournée a été très réduite, décevante.

Alex : Plutôt 6 mois qu’un an.

Par défaut ?

Alex : Oui on n’avait pas assez de dates donc au bout d’un moment, on a dit qu’on arrêtait la tournée.

Matthieu : En plus on avait de la vidéo, c’était un projet assez lourd et ambitieux.

Donc vous étiez beaucoup dessus et c’était trop coûteux ?

Matthieu : Oui, économiquement… Et à un moment tu te dis “la musique, y a pas besoin de tout ça”. Tu reviens à ce côté dub, tu grattes jusqu’à l’os. Du coup toute l’histoire est repartie comme ça. On a resserré les boulons au niveau de la production. On s’est dit “on fait comme au début”, on produit nos morceaux. On joue de la musique dans notre local, et maintenant on n’a pas les thunes pour aller en studio. Là tu sors le son, avec quelques bons micros, ce qui compte ça reste le jeu malgré tout. Après on est quand même mélomanes, on est fans de son et tout ça… C’est pas par défaut, attention. Moi le premier, j’aime pas le MP3, j’aime pas le son du CD, j’aime bien les bonnes productions. Mais sans parler de lo-fi, c’est aussi à l’oreille que tu fais le son. Tu peux avoir un son avec une plus grosse amplitude mais le temps que tu passes à chercher ça, à trouver les financements pour le faire… Quelque part tu tues ta musique. Alors qu’au moment où tu dois la produire, t’es au plus près de la création. C’est ce qu’on fait maintenant au local et ça marche bien (rires). Ça efface un peu toutes les questions qu’on s’est posées.

 

“On est beaucoup plus rock que reggae à la base. Ce qui nous a toujours fait faire du dub c’est le Punky Reggae Party des anglais. Des groupes comme les Ruts, Clash…”

© Sebastien Perron

C’est étonnant, à vous entendre, vous avez drainé peu de nouveaux fans avec les nouvelles directions que vous avez empruntées…

(Il m’interrompt) Matthieu : On en a plutôt perdu même tu veux dire. C’est clair.

Alors que ça fait pas mal de temps que vous êtes plus ou moins affiliés à la scène rock.

Alex : On avait un peu le cul entre deux chaises, c’est là où les gens s’y retrouvaient pas toujours.

Matthieu : On n’est pas en Angleterre aussi, c’est surtout ça l’histoire.

Alex : On a toujours fait des vieux morceaux dans nos sets ce qui n’était pas toujours évident, parce qu’il y a des couleurs différentes.

Matthieu : C’est vrai et c’est con à dire mais c’est ce qu’on a retrouvé en passant par la moulinette dub avec des ponts qui partent dans plusieurs directions. On a toujours nos influences mais la matrice elle est dub et reggae. On est beaucoup plus rock que reggae à la base, même par nos parcours et nos influences. On a tous joué dans des groupes plus rock. Ce qui nous a toujours fait faire du dub c’est le Punky Reggae Party des anglais. Des groupes comme les Ruts, Clash, cette énergie mélangée…

Oui, plus que le dub originel jamaïcain.

Matthieu : Complètement. Et on a réécrit cette phase de l’histoire qu’on adore aussi, poussée jusqu’au post punk qui renoue avec le krautrock etc. Mais qui est peut-être plus blanc, plus…

Alex : Plus froid aussi.

Matthieu : Oui, complètement. Même le côté new wave, moi je kiffe ça, et Alex aussi. C’est notre génération. On se rend compte au final que ce qu’on a inventé de plus frais, sans réfléchir, c’est ce qu’on a fait au début. Il y a aussi ce côté un peu naïf, moins cérébral et basta. C’est d’ailleurs ce qui est kiffant dans le reggae, quand ça marche. Musique black, de danse…

Alex : On a perdu des gens qui étaient vraiment strictly reggae mais les vrais fans de Zenzile…

Ils sont assez open minded a priori.

Alex : Oui, ils ont toujours apprécié tout ce qu’on a fait. Quand ils viennent nous voir, les concerts marchent. C’est toujours l’énergie de Zenzile.

Matthieu : Faut avouer que la partie qui comprend notre démarche et l’accepte est réduite. Plein de fois, on a trop joué sur des œufs, c’était le mélange de plein de choses, on est parti comme des warriors…

Vous avez aussi besoin de ça pour ne pas vous emmerder dans un certain confort.

Matthieu : Il le faut, je pense. On calcule pas les trucs, quitte à se prendre des baffes.

Alex : On fait à l’envie.

Matthieu : Et d’un autre côté, on n’a jamais fait de musique prétentieuse, branchée, je déteste les gens qui ont l’impression de faire un truc hyper original. Quand on parle aux fans de musique et nous disent “ouais, ça me fait penser à ça…” Oui, bien sûr !

Ce serait quoi le dénominateur commun entre tous vos disques ?

Matthieu : C’est de la musique (rires). De la bonne.

Est-ce qu’on pourrait dire que c’est toujours de la musique qui parle autant au corps qu’à l’esprit ?

Matthieu : Bien sûr, à fond.

Alex : Et la production, je dirais. On y est très attentifs. Comment c’est enregistré, comment ça rend, comment ça sonne.

Matthieu : Et comment c’est joué parce qu’on aime bien les trucs bien produits mais aussi super roots. Les trucs de jazz avec un micro, ça joue grave. Mais ce qui est clair c’est que certains dans le groupe peuvent avoir la prétention de pouvoir jouer ça, d’autres pas. Dont je fais partie. Faut trouver le juste équilibre, mais aujourd’hui 24 ans après nos débuts, ce qui est hyper important c’est l’aventure qu’on fait, de se retrouver à faire de la musique un choix de vie collectif. On dit beaucoup aujourd’hui “ah, vous êtes trop nombreux, ça coûte cher“, “non regarde y a un ordinateur.

C’est beaucoup ça le dub actuel, de moins en moins de groupes live…

Matthieu : Je ne compare pas la qualité, entre musique live et d’ordinateur. Mais un live ça implique des gens, des vrais.

Alex : Mais l’économie actuelle veut qu’un programmateur sera plus intéressé par un mec seul ou un duo qu’un groupe à neuf. C’est un peu la mort des orchestres.

 

“On s’est mis enfin aux réseaux sociaux. Moi, je m’en bats les couilles, je fais de la musique, pas de la com’ mais je reconnais qu’il faut le faire. On a toujours eu un problème d’image.”

© Nicolas Plessis

 

Mais malgré les quelques fans perdus en cours de route, vous avez démarré à une génération où la scène française explosait avec plein de groupes hyper talentueux, il n’y en a pas tant que ça qui sont encore là… Il reste vous ou High Tone par exemple, des groupes qui se sont le plus mis en danger et remis en question.

Matthieu : Bien sûr, et c’est un mode de vie aussi. Quand ça marche, les gens apprécient ça dans le groupe. Cette camaraderie, c’est le truc le plus rare qu’on puisse présenter. Moi j’implique aussi les moments “sans”, c’est ça le live ! C’est pas pour se défausser sur le professionnalisme, évidemment que tu tends toujours vers “l’excellence” mais le fait d’avoir des hauts et des bas, c’est comme dans la vie. C’est comme ça ! C’est aussi une alchimie, une certaine magie. C’est le seul côté jazz qu’on a, y a une vraie part à l’improvisation humaine. Des fois c’est tellement impressionnant chez les ricains ou les mecs de la nouvelle génération que ça en devient froid. C’est un peu comme l’efficacité de la compression du MP3… Et au bout d’un moment tous les sons se ressemblent. L’accident fait partie aussi de la magie, on appelle ça même l’erreur.

Le dub est d’ailleurs né d’une erreur…

Matthieu : EXACTEMENT. Et nous y a plein de plans où on bifurque justement grâce à des trucs comme ça. Ce qui donne lieu à des débats terribles. “C’est faux !” “Ah moi je trouve pas !” (Rires).

(Un fan nous interrompt pour prendre une photo)

Donc là vous retrouvez une vieille connaissance, Jamika. Comment vous vous êtes dit que c’était le moment de revenir ensemble ? Parce qu’il y a quand même eu un petit break, même s’il n’était pas du tout dû à des quelconques divergences j’imagine.

Alex : Non, il s’est imposé au moment de faire le ciné-concert. On n’avait pas besoin de chanteur.

Matthieu : Et ça nous a fait grave du bien.

Alex : On s’est retrouvé à 5, et sur Elements les gars voulaient chanter, Matthieu et Vince. Après on a branché Zakia (la chanteuse Zakia Gaillard, ndr) parce qu’on a vu qu’on n’avait pas non plus de grands chanteurs… (Rires) Mais y avait aucun problème avec Jamika, elle a fait plein de choses de son côté. Là on lui a proposé de refaire un truc, on a fait “Pearls” sorti il y a quelques semaines.

Matthieu : On a eu marre aussi, sans prétention aucune, d’arriver avant la bagarre. Notamment Livin’ In Monochrome, un des disques que je préfère du groupe, qui synthétise cet esprit d’ambition de production. Toujours par accident mais là c’était le vrai virage rock avec plein de choses, il était tout fou. Et ce disque a vraiment enfoncé le clou et on a perdu énormément de gens qui ont dit “putain je comprends pas…” mais deux ans après la plupart ont fait “putain il est énorme.” Donc ça c’est cool, c’est quand même l’esprit dans lequel on fait de la musique. Ça s’est reproduit après à des degrés moindres. Avec Berlin on a été plus compris mais le bémol c’est que les gens avec qui on travaille nous ont dit “c’est compliqué” parce que nous on n’a pas le réseau, on n’habite pas à Paris. N’importe qui fait un truc “wachi wacha” va jouer à la fondation Cartier. Berlin, beaucoup ont fait ce ciné-concert, certains ont fait le tour du monde, alors que ce qu’on fait est mieux. La plupart c’est avec des ordis, donc ça coûte moins cher, mais c’est pas intéressant ! Nous c’est un groupe live comme ça jouait au temps du muet, une vraie expérience. Ça nous a beaucoup bottés. Elements sera peut-être aussi compris après coup.

Quand Berlin sera compris (rires).

Alex : Non, Berlin a été très bien reçu !

Matthieu : Beaucoup nous ont découverts là. C’est là où tu vois que tout est très compartimenté, des gens nous ont découverts parce qu’on jouait dans des festivals de cinéma, ils n’ont jamais foutu les pieds dans une Smac et ils ont kiffé. Ce côté direct, c’est pour ça qu’on fait de la musique sans calcul. Là tu te dis que tu peux encore toucher plein de gens par ta musique. D’ailleurs les gens qui nous ont vus pour la première fois nous disaient “ah bon vous existez depuis aussi longtemps ?” et ils achetaient tous nos disques. Mais c’est une histoire d’économie, c’est une niche, c’est une question de réseaux. Avec Dub Unlimited, on a changé de tourneur, on se retrouve entre nous, la famille. De toutes façons, on peut pas s’en passer, il faut des partenaires. Et on s’est mis enfin aux réseaux sociaux, notre job manager nous le demandait depuis des années. Moi, je m’en bats les couilles, mais il faut. Pas sûr que ça marche mais si tu le fais pas, c’est sûr que ça marche pas. J’ai changé mon point de vue moi je fais de la musique, pas de la com’ mais je reconnais qu’il faut le faire, et le faire bien. On a toujours eu un problème d’image, c’est comme les clips, on a claqué…

Alex : … des sous qu’on n’avait pas ! Dans des clips qui nous plaisaient pas au final.

Matthieu : Les clips je m’en fous. Pour moi on fait du dub, les gens qui veulent nous voir en image, ils viennent au concert.

“J’ai pas aimé quand le dub est devenu techno, on n’avait plus le choix. On était le cul entre deux chaises, pas techno pour les “capuche-man”, pas rasta pour les autres. Allez vous faire foutre !”

 


Donc concrètement c’est plus compliqué qu’auparavant pour vous ?

Matthieu : Ah oui, clairement.

Vous vendez peut-être plus de digital et moins de physique ?

Matthieu : Non mais le digital pour ce que ça représente. Un streaming c’est 0,00. Faut arrêter. C’est une escroquerie. Tant que Youtube et tous les gros payent pas ce qu’ils doivent payer aux artistes, la licence globale, c’est mort. C’est l’uberisation. Les gens découvrent ça. Ceux qui en profitent sont bien contents mais tout le monde va être touché, et là c’est moins drôle. Nous, avec la musique on est les premiers touchés.

Alex : On a toujours vendu, en CD et vinyles, entre 8000 et 10 000 exemplaires. A notre niveau, c’est énorme.

Matthieu : Sauf qu’on a perdu 70% comme l’ensemble de la musique. Donc à la fin, il reste plus grand chose.

Et vous tournez moins qu’avant. Le seul truc intéressant, c’est que maintenant les groupes comme vous ont toujours beaucoup de merch en concerts, je ne sais pas si ça vous fait des “bonnes” soirées financièrement parce qu’au moins ça va direct dans votre poche.

Alex : c’est plus un fonctionnement de groupe le merch. C’est un peu notre caisse noire. Ça aide à réparer le camion, payer quelques trucs. Mais ça dépend du nombre de gens qui viennent aux concerts, et comme beaucoup moins de monde vient nous voir qu’avant.

Le dub est moins à la mode qu’il y a quelques années aussi.

Alex : Je sais pas, y a quand même pas mal de groupes.

Matthieu : Et les gros festivals, Dub Camp et tout.

Ils vous contactent pas, ces festivals-là ?

Matthieu : Non, on n’a même pas le droit de cité, on a été dévoyé. Mais j’en ai rien à branler. Ce que j’ai pas aimé c’est quand le dub est devenu techno, on n’avait plus le choix. On était le cul entre deux chaises, pas techno pour les “capuche-man”, pas rasta pour les autres. Allez vous faire foutre !

Vous êtes un peu punk. Et les punks ça vend pas (rires).

Matthieu : Complètement. Mais quand on joue avec Zion Train…

Alex : Brain Damage…

Matthieu : Ou les groupes anglais, ils comprennent tous la démarche. Même Lee Perry. Une petite anecdote, à un festival ils ont mis plein d’affiches de reggae dans sa loge pour lui faire plaisir, il a tout arraché et dit “i never play reggae music anymore !“. Ça veut tout dire ! Moi je kiffe le reggae, mais j’ai tellement vu de concerts pourris où les mecs se foutent de la gueule du monde, ils mettent un message faux par rapport à ce qu’ils font derrière. Tous ces hypocrites. Là-dessus je suis beaucoup plus rock. Ferme ta bouche, joue de la musique et basta ! Ça nous a toujours animés. Moi j’ai fait du dub parce que j’en avais marre des chanteurs, ras le bol. Faut toujours les attendre, les textes arrivent pas… Bon on a déclaré faire du dub mais on aime le chant, c’est plus une provocation. On nous disait “c’est instrumental, ça marchera jamais“. Nous on le fait, on s’en branle que ça marche ou pas. Les gens kiffent, tant mieux. Si toi tu kiffes ce que tu fais et que t’es sincère, c’est ça l’important. Et c’est ça qui est tellement fake aujourd’hui. Je préfèrerai toujours un groupe moins bon mais qui fait un truc sincère, que ces mecs dont on a l’impression qu’ils étaient à l’école du rock, comme si ça s’apprenait. A Bordeaux, t’as la rock school…

Mais il y a une très bonne scène rock à Bordeaux !

Alex : Bien sûr !

Matthieu : Oui c’est clair. Ils sont pas réellement de Bordeaux, mais on aime beaucoup Sleepers. Et Gojira, super groupe, sincère, la famille et ils marchent à l’international. Et c’est des super gars ! On a joué sur la même scène qu’eux et c’était d’enfer !

 

“On nous a proposés de faire le backing band de Lee Perry, j’ai refusé. C’est trop casse-gueule, on n’est pas armés pour ça.”

© Fabien Tijou

Vous avez aussi joué avec les Burning Heads pour leurs 30 ans !

Alex : Oui, ils nous ont invité sur 10 dates, c’était vraiment super !

Matthieu : Et le cousinage est vraiment là. Si on fait un projet, le 5+1 +++ ce sera avec eux !

Oui tiens, vu que vous brassez beaucoup d’influences et que vous vous nourrissez énormément des rencontres, il y a des artistes avec qui vous rêveriez de faire un album ou de jouer sur scène ?

Matthieu : Rêver, non. Je suis content quand ça se passe. Moi mon rêve ce serait que les gens que je kiffe grave tombent sur un disque de Zenzile et…

… Fassent d’eux-mêmes la démarche ?

Matthieu : Voilà. Tricky par exemple l’a pas fait pour le fric même s’il l’a fait par-dessus la jambe (le morceau “Reflection” sur Livin’ In Monochrome, ndr). C’est pas grave, ça nous a pas coûté une blinde mais il a fallu refaire tout un morceau avec un demi couplet et un refrain. T’as la voix de Tricky, tu peux marquer mon nom. Par contre, il nous a vu plein de fois, on l’a rencontré…

Et c’est sincère.

Matthieu : C’est clair, et c’est ça qui compte.

Alex : Et il aime beaucoup comment on a arrangé le morceau.

Matthieu : Y a un côté “je prends mon cacheton, je fais ça vite fait, démerde toi avec ça“. Et il a reconnu qu’on lui a troué le cul d’avoir fait un morceau aussi abouti avec ce qu’il nous a donné. Genre “ah ouais quand même !“. Après des labels nous ont déjà demandés avec qui on aimerait bosser, un mec comme Jon Spencer…

On nous a proposés de faire le backing band de Lee Perry, j’ai refusé. C’est trop casse-gueule, on n’est pas armés pour ça. Il est trop fantasque. Et une collaboration, t’es obligé que ça se passe un minimum correctement humainement. C’est pas pour être à l’usine et être traité comme un “iench”.

Trop perché le garçon ?

Alex : Ah oui, il est complètement perché.

Matthieu : Moi je l’ai vu y a 20 ans avec Mad Prof (Mad Professor), c’était génial. Après je l’ai vu un nombre de fois incalculable avec des backing bands, c’était n’importe nawak. C’est le punk des punks lui. Mais musicalement je dois reconnaitre que “oh putain !” (Rires). Pas de sondier, ça répète pas… Bon, après ce serait un bon challenge… Sauf que l’autre c’est comme Bob Dylan. Répéter ? Non. La setlist, tu sais pas… Tu joues tel morceau, il chante d’autres lyrics…

Alex : A Lille, on a joué avant lui, y a pas longtemps. Avec un jeune backing band. C’était hyper bien.

Matthieu : Oui très très bien. A l’Aeronef de Lille.

Alex : Ça dubbait hypra bien, il chantait bien…

Matthieu : On était sur Elements. Et lui a fait un set dub-reggae d’enfer. Et j’ai vu les gens avec le smile mettre une putain d’ambiance. Je me suis dit “je veux retrouver ça aussi !“. C’est vraiment clair dans la démarche de faire passer un message “happy”. Groover, danser… Entre cérébral et la danse. Faire danser les gens, les toucher c’est important. Faire un truc plus introspectif, ou mélancolique, que j’estimerais new wave ou post punk, en France c’est compliqué.

Encore qu’il y a un vrai revival post punk avec beaucoup de groupes.

Matthieu : Ba Frustration c’est un très bon groupe.

Et Born Bad cartonne bien avec pas mal de groupes dans cette mouvance.

Matthieu : Evidemment, et c’est bien. Mais c’est Paris !

Et vous êtes d’Angers…

Matthieu : C’est une ville très très rock !

Les Thugs ! Vous les avez côtoyés un peu ?

Matthieu : A fond ! Je les connais très bien.

Alex : Et c’est une ville-village, tout le monde connait tout le monde. Matthieu jouait dans Casbah Club, pas mal aidé par Black & Noir (label fondé par Eric Sourice, chanteur des Thugs et Eric Martin, ndr). Tout le monde se connait. Tout le monde a vu Les Thugs un nombre incalculable de fois. Là, ils ont remonté un truc (un nouveau projet Lane, ndr).

Matthieu : Chassez le naturel… J’en ai pas mal discuté avec PY (Pierre-Yves Sourice, bassiste des Thugs, ndr) avec qui je suis bien pote. Parce que le groupe est quand même un modèle de longévité, de carrière et un moment tu te dis ça va finir. Et là je tilte et je lui dis “putain Zenzile, plus long que Les Thugs !” (Rires). Bon, faut pas que ce soit pour les mauvaises raisons non plus… C’est con à dire, parce qu’un des groupes emblématiques que j’adore, les Ramones, dans le style séminal, tu fais qu’une musique. Ça illustre le propos de se renouveler… Il faut juste faire ce qu’on aime. Beaucoup de trucs se revendiquent du dub et c’est la 2e et 3e vague, c’est trop la recette. Ça veut pas dire que c’est pas bien, c’est comme de l’électro ou de la tek, ça marche très bien mais à part ton, demi ton… “Ah tiens je la refais à l’envers“. “Ah c’est la même !“.

Alex : Harmoniquement c’est pas très évolué on va dire.

Matthieu : Si j’étais tout seul j’aurais du mal à aller plus loin que ça en compo. Dans les bios de Zenzile ils disent (il prend une voix sophistiquée) “des musiciens qui viennent d’horizons différents“. Déjà on vient tous d’Angers ! Ça nous a suivis longtemps. Mais on a fait des collaborations avec Jamika, des gens qui venaient de partout.

Alex : Des maliens, des anglais…

Matthieu : C’est aussi notre connexion avec Lo’Jo. Les seuls d’Angers qui durent depuis plus longtemps que nous, c’est eux. Et ils ont un parcours artistique ultra respectable. Ils ont été étiqueté world music. Une partie de leurs influences est aussi présente dans Zenzile pour plein de raisons.

Alex : Ils ont d’ailleurs fait beaucoup de versions dub.

Donc dans leurs influences y a aussi du Zenzile.

Matthieu : Carrément. Leurs chanteuses sont venus chanter dès le début sur notre album Sachem In Salem. Le violoniste Richard est venu jouer avec nous, l’accordéoniste… Y a eu plein de passerelles. Des trucs auxquels j’aurais sans doute dit “c’est pas possible“, quand j’étais punk période Thugs !

Pour finir, je me demandais ce qui tourne un peu dans le van de Zenzile en ce moment ?

Alex : Sleaford Mods. On est très fans.

Matthieu : Suuns, on s’en lasse pas. Le mec de Make-Up, Ian Svenonious. Super.

Alex : Timber Timbre aussi.

Surtout du rock, donc.

Matthieu : Après moi j’écoute beaucoup d’électro aussi. Mais sur mon lecteur MP3, j’ai fait un shuffle et tous les morceaux sont mélangés et putain ça fait une playlist d’enfer. Bon, va falloir qu’on y aille. Je suis content pour cette date, c’est assez emblématique. On n’avait pas le choix après Elements, soit on arrêtait soit qu’est ce qui faisait qu’on allait continuer à faire de la musique ? De toutes façons, maintenant je sais pas quoi faire d’autre c’est trop tard. Il faut se faire plaisir, on avait besoin de ça et c’est revenu parce qu’on est des potes. On a survécu à toutes les bagarres d’égo, on est tous des bons gars avec une bonne philosophie de la vie. C’est pour ça que ça fait si longtemps que ça dure.

Entretien réalisé par Jonathan Lopez, merci à Vincent de Yotanka d’avoir permis cette rencontre.

 

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