Interview – J.C. Satàn

Publié par le 28 juin 2016 dans Interviews, Toutes les interviews | 0 commentaire

Villette Sonique, samedi 28 mai. J.C. Satàn doit jouer en plein air dans l’après-midi, il tombe des trombes d’eau. À tel point que le concert est incertain. Il sera maintenu et auparavant on se réfugie avec le groupe dans leur van, juste avant qu’ils attaquent leurs balances. Interview.

van

Je crois que vous êtres un groupe qui n’a pas volé sa réputation de groupe de scène, parfois usurpée. On sent que sur scène vous vous lâchez complètement. Quand vous composez vous avez déjà hâte d’y être, vous visualisez la façon dont vos morceaux vont évoluer ?

Dorian (claviers) : on le prévoit pas forcément, mais en entendant le morceau on se projette un peu, oui.

Arthur (guitare,chant) : des fois je me dis « celui-là il pourrait bien envoyer sur scène », mais ça va pas plus loin que ça. On sait pas trop ce que ça donnera sur scène. Vu qu’on refait les morceaux tous ensemble – moi je les écris, on enregistre avec Dorian -, on sait pas trop ce que ça va donner souvent. Des fois on se demande si certains passages vont pas complètement changer, c’est pas prévisible. Mais on sait que quoiqu’il arrive, même une espèce de ballade, on finit par envoyer.

Romain (batterie) : y a toujours des morceaux, on sait qu’ils vont marcher, d’autres on les teste et des fois ça marche pas et on les fait pas…

 

Je pensais à un morceau comme « Waiting For You » qui paraît assez tranquillou sur album et qui explose complètement sur scène…

Arthur : t’as « I Will Kill You Tonight » sur album qu’on joue pas.

Paula (chant) (à Arthur) : quand t’as enregistré « Waiting For You » tu pensais pas que ça rendrait quelque chose comme ça sur scène.

Arthur : pas du tout, non. Je pensais même pas qu’on pourrait le jouer.

 

Parce que toi t’écris la majorité des morceaux, et derrière vous vous retrouvez tous ensemble et vous les rebossez, c’est ça ?

Arthur : ouais. Moi j’écris la logique en gros, Paula écrit tous les textes. Avec Dorian on enregistre et tous ensemble après on voit comment ça marche.

Dorian : on les répète qu’après.

Arthur : oui, c’est vraiment deux façons complètement différentes de fonctionner. C’est un peu deux groupes. La scène c’est quand même le plus…

 

Ce qui vous éclate le plus, et puis déjà vous êtes tous ensemble. Sur le dernier album, il y a un côté un peu moins « chien fou », je dirais. D’ailleurs le premier morceau « Satan II » est trompeur parce qu’ultra bourrin par rapport au reste. L’idée c’était d’évacuer ce côté-là pour après développer d’autres choses ?

Arthur : un peu. C’est pas si réfléchi que ça mais j’aimais bien l’idée de balancer le gros morceau punk direct. C’est un peu le type de morceaux qu’on sait faire, qu’on attend un peu à chaque fois dans l’album et là ensuite, c’est là où on s’est plus marrés, enfin moi en tout cas avec des idées que j’aurais pas forcément eues dans les autres disques. Et puis c’est une bonne manière d’introduire, de présenter…

 

Mais du coup on peut se dire « tiens ils vont nous faire du JC Satan « classique » », et on est assez surpris derrière…

Arthur : après est-ce que ça existe du JC Satan classique ?

 

Je sais pas (rires) !

Arthur : il faut quand même être un groupe aussi connu que U2 pour avoir des classiques !

Dorian : après quand tu connais le groupe, oui ce morceau est…

 

C’est ptet pas pour rien qu’il s’appelle « Satan II » d’ailleurs…

Dorian : ça c’est ptet plus un hasard.

Arthur : c’était aussi la réponse à un des premiers morceaux qu’on avait fait qui s’appelait « Satan » sur un des premiers 45 (tours). C’était bien bourrin comme ça et c’est une sorte de réponse.

Paula : et vu que les deux parlent de Satan…

 

« On produit pas trop, on produisait juste très mal avant. (…) On n’enregistrait même pas dans des amplis, on branchait une gratte dans un ordinateur, dans des plugins. Les trois premiers disques sont faits comme ça, y a aucun ampli, pas de batterie, y a rien. » 

groupe

Et ce côté un peu plus produit que les albums précédents, plus « pop » aussi même s’il y a toujours eu une fibre pop dans vos morceaux…

Arthur : je trouve ça étonnant qu’on dise ça. Parce que finalement je trouve que le premier et deuxième sont hyper pop.

 

Plus produit plutôt.

Arthur : oui, plus produit ça c’est sûr.

 

Ça a un lien avec votre arrivée chez Born Bad ? Ils ont pu vous souffler de calmer un peu le jeu par moments ou c’est vous naturellement ?  

Romain : c’est l’évolution classique du truc. Depuis le début, les albums sont de plus en plus produits.

Paula : le disque était prêt avant qu’on sache chez qui il allait sortir.

Dorian : oui Born Bad n’a rien à voir avec ça.

Arthur : on n’a jamais enregistré un disque pour un label, on a toujours enregistré des disques et après on les sort. Ils n’ont jamais aucun truc à dire dessus.

Dorian : on a toujours enregistré nous-mêmes depuis le début donc…

Romain : t’as une progression inévitable.

 

Il était prêt bien avant sa sortie d’ailleurs. Je crois que vous avez eu une merde avec votre ancien label…

Paula : pas un ancien label, mais ça devait sortir pour un label, et c’est pas sorti, ça a mis du temps.

Arthur : ça devait être Because mais c’est des enculés donc…

(Les autres se marrent)

 

On pourra le mettre ça ou pas ?

(Tous) ouais, ouais.

Arthur : on l’a dit assez de fois.

Romain : c’était plus compliqué que ça. Because devait prendre en licence un label qui devait nous en sortir et il les a laissé tomber au dernier moment et nous on s’est retrouvés un peu comme des cons.

Paula : avec Animal Factory. Et du coup ils l’ont sorti avec Born Bad.

Arthur : c’est mieux comme ça, de toute façon.

 

Arthur crie

 

Oui, vous devez être plutôt contents. On a l’impression qu’arriver chez Born Bad aujourd’hui c’est un peu « l’accomplissement » pour un groupe indé français…

Arthur : ça, c’est l’image… Parce que c’est le seul label indé connu.

 

C’est quand même un label qui va chercher pas mal de groupes chez des labels indé plus petits.

Paula : après nous, tout ce que sort Born Bad, on adore. On aime tout ce qu’il fait, rien n’est mal fait. C’est un des meilleurs labels français indépendants et meilleur label français tout court.

Arthur : après c’est surtout le seul à ce niveau-là, y en a pas d’autres de labels gros comme eux…

 

Oui, mais ils ont un peu l’étiquette de « on récupère tout le monde ». Ils concentrent pas mal de groupes français maintenant de la scène « garage ».

Arthur : oui mais c’est pas qu’ils les récupèrent, c’est qu’ils les poussent. Y a plein de groupes qui commencent sur des petits labels, à un moment quand ils ont besoin d’un truc un peu plus gros… De toute façon à part Born Bad tu veux que ça sorte sur quoi ?

 

Oui c’est ça. Y en a beaucoup qui ont débuté chez Teenage (Menopause) ou Et Mon Cul C’est Du Tofu et qui derrière se retrouvent chez Born Bad…

Arthur : oui, oui mais de là à dire que c’est un accomplissement… C’est plutôt naturel, je pense c’est tout. Nous on parle avec JB (le fondateur de Born Bad, ndlr) de sortir un truc depuis le deuxième album en fait. Donc c’est juste que c’est arrivé à ce moment-là. Et puis il nous a bien aidé, on était un peu dans la merde, on ne savait pas trop quoi faire et il nous a sortis un peu de là. C’est un mec qui nous a toujours un peu accompagnés et qui a accompagné plein de groupes depuis longtemps. Il tient son rôle, et le fait bien.

 

Pour revenir à votre côté « plus produit » j’ose, voire « plus pop », ça ne risque pas de calmer les comparaisons avec Queens Of The Stone Age qui vous suit depuis pas mal de temps et Josh Homme lui aussi ces derniers temps a ce côté un peu…

Dorian : chiant ? (rires)

 

Chacun l’interprète comme il veut mais en tout cas plus posé, moins brut de décoffrage qu’au début. Vous, c’est une comparaison qui vous plaisait initialement mais j’imagine que vous accrochez pas avec leurs derniers trucs ?

Dorian : moi ça me plait quand on parle des trois premiers albums, le reste je m’en fous.

Arthur : je comprends la comparaison mais la différence c’est que lui non seulement il pose ses albums, mais dans les derniers il les produit trop… Nous, on produit pas trop, on produisait juste très mal avant. Là on arrive à peine à un niveau un peu correct de son, on n’est pas en train de faire de la grosse prod. C’est juste qu’avant on n’enregistrait même pas dans des amplis, on branchait une gratte dans un ordinateur, dans des plugins. Les trois premiers disques sont faits comme ça, y a aucun ampli, pas de batterie, y a rien. On était vraiment au degré zéro de ce qu’on peut produire. La différence avec des mecs comme ça, c’est qu’après nous en plus on a cette façon de refaire les morceaux en live et quoiqu’il arrive, on les explose et on choisit aussi de pas forcément jouer les ballades, les trucs comme ça en live. Alors que lui est en train de se délecter à chanter hyper bien avec sa voix, en faisant du piano sur scène… On sait différencier ça, je pense qu’on a encore une vision plus ample et on sait que quand on fait des rec, c’est quand même pour tout casser. On n’est pas en train de verser dans la soupe mièvre dans laquelle lui peut tomber maintenant. Il s’écoute trop chanter. L’avantage c’est qu’on chante pas aussi bien que lui donc ça ira toujours je pense (rires).

Dorian : il a failli crever.

Romain : ça change un homme, hein !

 

Et puis maintenant qu’il bosse avec Iggy, on est mal barrés.   

(Paula se marre)

Romain : moi, je le trouve cool le disque personnellement.

 

Ba moi je préfère le dernier Queens au dernier Iggy !

Dorian : et ben on n’est pas d’accord !

Arthur : trop produit !

 

« Les milieux indés se nourrissent d’eux-mêmes constamment, alors qu’il y a des milliers de choses autour qui peuvent le rendre meilleur, différent, le faire évoluer. (…) C’est une niche stupide qui se mate le fion constamment. »

ampli

A propos de ces « gros » groupes, j’aime bien ce que vous dites sur la sphère indie, ce côté un peu snob qui consiste à jamais trop avouer apprécier et être influencés par des groupes connus et toujours devoir se référencer à des groupes un peu obscurs. Vous, vous n’avez aucun problème avec ça, vous ne vous cachez pas d’avoir trippé sur les Beatles et compagnie…

Dorian : oui on a des goûts assez éclectiques.

Arthur : de toute façon, si t’écoutes les disques qu’on fait, c’est peut-être exagéré mais pour moi c’est plus proche d’un truc mainstream américain que de certains groupes indés qu’on écoute. Qu’on écoute, quand même hein ! Mais Satàn ça n’a rien à voir avec ce genre de groupes. C’est plus proche des Pixies, des Breeders, de trucs comme ça, que de groupes indés. Moi je reconnais pas d’influence indépendante dans les morceaux qu’on fait en tout cas.    

Paula : même dans ce qu’on écoute. On écoute tout, on peut aimer des choses très différentes. Et après ta culture musicale elle est toujours là, quand tu fais des morceaux.

Arthur : et puis c’est quand même super débile quand t’aimes pas une musique mais que vu que tu sais que tu t’adresses à un certain milieu, tu vas tronquer tout ton argumentaire, juste pour parler à ce que ce milieu connaît. C’est complètement idiot. C’est des milieux qui se nourrissent d’eux-mêmes constamment, alors qu’il y a des milliers de choses autour qui peuvent le rendre meilleur, différent, le faire évoluer. De toutes façons, après c’est ce qu’il se passe naturellement. Il fallait juste que des groupes américains décomplexent les français coincés ou européens en assumant des trucs. Avant les solos de guitare c’était interdit dans le garage, maintenant t’as Ty Segall qui se permet de faire Fuzz… Des trucs hyper 70s, longs, à rallonge, c’était interdit… Maintenant tout le monde a accepté ça et on l’a fait. Donc c’est pour dire à quel point c’est une niche stupide et qui se mate le fion constamment.

 

Maintenant même aimer Ty Segall, c’est devenu presque inavouable, parce qu’il est devenu « hype ».

Paula : ouais mais c’est insupportable ça.

Arthur : ça va arriver…

Paula : non, non c’est déjà là ! Y a déjà des gens sur Facebook qui sont là « ouais Ty Segall… » mais je sais pas ce qu’il a fait… Je trouve ça pathétique.

 

Parce qu’il s’est mis à vendre !

Paula : Je trouve ça vraiment horrible, tu aimes bien un groupe juste parce qu’il est inconnu. Par contre quand il est apprécié à une plus grande échelle, tu commences à détester mais t’es con ou quoi ?! Je sais pas tu vas pas cracher dans la soupe, c’est cool que ce que t’aimes bien soit devenu plus gros et écouté par plus de monde. Mais il y en a plein qui crachent sur Ty Segall. Ou sur les Black Lips. C’est normal qu’il y ait une évolution dans leurs disques, moi aussi je préfère leurs premiers aux derniers, mais je suis contente pour eux qu’ils fassent d’énormes scènes…

Arthur : c’est plus important pour les gens de dire qu’ils étaient là quand ils étaient 5, que le groupe était nul au début. Limite ces gens vont te dire « ouais moi je les ai vus à l’époque où ils étaient vraiment mauvais sur scène, le deuxième concert c’était nul, ils jouaient trop mal, j’étais là ». Mais mec, va te faire enculer (rires). Moi je les ai vus y a pas longtemps, ça tuait, y avait 10 000 personnes à fond, c’est cool quand même non ?

Dorian : en plus, franchement quand t’écoutes le dernier album de Ty Segall, y a des intentions pas du tout mainstream.

 

Non, on ne peut pas dire qu’il soit ultra accessible.

Romain : peut-être qu’au prochain on pourra lui cracher dessus. (rires)

Arthur : le dernier Ty Segall par exemple est même vachement moins accessible que Manipulator. Y a des trucs super chelous, des influences Devo avec ses synthés.

Dorian : moi c’est mon disque préféré de lui.

Romain : mais ça marche pour tous les groupes, les (Thee) Oh Sees c’est pareil. Le nombre de gens qui te disent que maintenant les Oh Sees ils trouvent ça chiant…

Dorian : ça c’est un peu vrai.

Paula : oui ça je suis d’accord (rires).

 

Oui bon eux ont sorti 45 albums donc c’est obligatoire qu’un moment ce soit moins bon.

Paula : oui c’est sûr. Mais par contre je suis contente pour eux qu’ils jouent devant toujours plus de monde.

Dorian : bien sûr.

Arthur : les Oh Sees, je comprends mieux parce qu’ils ont une espèce de formule qu’ils répètent du début à la fin. Mais le fait qu’on reconnaisse même pas que Ty Segall a eu l’audace de changer de style, de proposer à chaque album des trucs différents et les gens reconnaissent pas ce talent, cette façon de faire qui est super cool, de jamais te gaver. Certes il sort des disques tout le temps mais il propose un truc différent à chaque fois. Pourquoi les gens reconnaissent pas, qu’ils aiment ou pas les disques, que c’est une super façon de faire. Et il se fout pas de la gueule des gens et du public, il te prend pas pour une vache à lait en disant « vous aimez cette formule, je vais vous la sortir sur 10 albums en un an ». Ce serait bien que les gens se rendent compte justement quand un artiste se fout vraiment pas d’eux. C’est hyper important, mais là, il est trop connu, il passe à la télé américaine. (D’un ton dépité) Apparemment c’est nul. C’est nul maintenant Ty Segall, c’est de la merde (rires).

 

« Aujourd’hui, ce que j’aime pas c’est qu’on parle plus que de prod, même plus de morceau. (…) Faut arrêter mec, tu veux faire un morceau psyché, tu prends une guitare, ta voix, t’écoutes les premiers trucs de Syd Barrett, y a rien d’autre, pas d’effet, rien et c’est ultra psychédélique. »

paula transe

On va revenir un peu à vous quand même. Vous ne vous êtes jamais dits que votre nom risquait de vous cataloguer dans une catégorie qui ne vous correspond pas ? Moi quand je dis à des gens que j’aime bien J.C. Satàn, on croit souvent que c’est du black metal..

Romain : si, y a plein de gens qui viennent pas nous voir à cause du nom. Mais maintenant c’est trop tard, on ne va pas changer de nom.

Dorian : il est super ce nom de toute façon, il est super cool.

(Une personne de l’organisation du festival leur demande de rapprocher leur véhicule pour décharger le matériel avant d’attaquer les balances)

 

Et puis c’est pas tout à fait par hasard, j’ai l’impression que ça vous fascine ce côté un peu mystique religieux, on le retrouve aussi dans votre logo, dans vos textes…

Paula : oui, on n’est pas sataniste mais on aime bien jouer dessus. Tout à fait.

Arthur : l’imagerie est belle et cool, au-delà des signes moi je dessine aussi souvent des gravures, toute cette symbolique j’aime bien. Mais c’est pas non plus pour ça. C’est une blague.

Paula : oui par contre, on aime tout, comme pour la musique. On aime bien aussi les chats, les coeurs, les arcs-en-ciel et les licornes. Mais on aime bien aussi Satan (rires).

 

Les licornes sataniques surtout.

Paula : on aime tout.

Arthur : à la base, on s’appelait que Satan, et en fait c’est juste parce qu’on n’arrivait pas à le trouver sur Google, qu’on a dit « on va s’appeler JC Satan ». Pour te dire où on est… Nous on voulait trouver notre MySpace sur internet c’est tout.

Romain : on n’a pas échafaudé de plan marketing, on est cons.

Arthur : mais c’est vrai qu’on s’est fait engueuler des fois pour Satan. Sur le premier album, dans des chroniques ils disaient « n’importe quoi de s’appeler comme ça, c’est pas du tout satanique. C’est pas du black metal. » Mais évidemment connard !

   

Oui mais je pense que ça peut freiner pas mal de gens.

Arthur : Queens Of The Stone Age, on va leur dire un jour qu’ils ont un nom qui fait fillette ? C’est pas un groupe assez queer, finalement.

(Je finis l’interview avec Arthur, pendant que les autres déchargent le camion)

 

Pour revenir à votre nom, J.C. Satàn, je trouve que ça rejoint un peu votre côté hydre à deux têtes avec votre binationalité, le chant homme/femme, le chant français/italien, des morceaux morceaux furieux avec d’autres plus calmes… C’est une volonté, une force d’être capable de surprendre ?

Arthur : c’est tellement pas pensé, je sais pas quoi te dire là-dessus.

 

Oui vous vous êtes jamais dit « cool, on a une meuf, en plus elle peut chanter en italien »… 

Arthur : non, à la base on savait même pas qu’on allait faire un groupe. Paula c’était ma pote, on s’est rencontrés quand je tournais avec d’autres groupes, on est devenus potes, on a enregistré pour rigoler, on l’a mis sur MySpace, un label nous a dit « c’est cool, on sort un disque », « ok ». Après on nous a dit « maintenant faites un groupe », « d’accord ». Rien n’était pensé, on a pris des gens qu’on connaissait. Ce truc d’hydre à deux têtes, c’est pareil, les morceaux, y a pas de dualité. Par exemple je suis ultra fan des Beatles et ils ont fait « Helter Skelter » comme « Blackbird ».

 

Oui, oui. Bon ils étaient pas si sataniques (rires).

Arthur : non mais je veux dire quand t’aimes la musique… Moi avec Satàn ce que j’aime bien, c’est que le groupe te sort de l’indé où t’as une façon de faire les choses qui est assez monomaniaque. Moi ce que j’aimais bien c’est que dans le groupe je pouvais faire tout ce que je voulais, y a des ballades que j’adore à côté d’un truc presque metal, bourrin, plus punk. Le premier disque on l’a fait comme ça, c’est une compilation de chansons que j’ai enregistrées dans ma chambre sans me poser aucune question de style. Et le style de Satàn, on dirait que c’est devenu notre style parce qu’on fait ce qu’on veut, c’est très libre. Pour moi y a pas d’histoire de dualité c’est juste une façon de faire qui est la plus naturelle du monde. Je pense qu’il y a des milliers de groupes qui font que du garage punk et pourtant ils écoutent plein de trucs différents. C’est pas aussi compliqué qu’on peut imaginer en regardant les choses d’un point de vue extérieur, avec une meuf italienne, des français. Tout ça c’est du hasard.

 

Ali

 

J’ai lu que t’étais un peu agacé par toute cette vague de groupes qui se disent psychédéliques dès qu’ils foutent de la reverb ou du fuzz. Tu peux m’en dire plus ? Tu penses à quelqu’un en particulier ou c’est juste le fait de jouer sur cette étiquette ?

Non c’est général. Moi je suis très attaché à l’écriture des morceaux, un morceau est psychédélique parce qu’il est bien écrit et d’une façon psychédélique. Bon c’est nul de se citer, mais par exemple « Waiting For You » il a un truc psyché et pourtant y a pas une putain de reverb, pas un delay sur ce morceau. C’est ptet pas le morceau le plus psyché de la terre mais on s’en fout, c’est un exemple. C’est juste qu’aujourd’hui, ce que j’aime pas c’est qu’on parle plus que de prod, même plus de morceau. Un mec va te jouer 3 accords de rock lambda, reprendre « Satisfaction » des Rolling Stones mais il va balancer un putain de delay sur sa voix et tac on est passé dans le monde du psychédélique parce que le son est mouillé… Faut arrêter mec, tu veux faire un morceau psyché, tu prends une guitare, ta voix, t’écoutes les premiers trucs de Syd Barrett, y a rien d’autre, pas d’effet, rien et c’est ultra psychédélique. La façon dont il écrit un morceau, dont il compose, la structure des morceaux elle est incompréhensible. C’est complètement fou, et y a pas un effet. Ça c’est du putain de psyché, les histoires de style rejoignent toujours les histoires de composition. Quand tu sais bien écrire un morceau, tu peux commencer à écrire ce que tu veux. Si t’es pauvre, que t’as une guitare de merde, pas les moyens de t’acheter des pédales, amplis, etc. tu peux quand même faire ce que tu veux parce que tu sais écrire un morceau. T’as besoin de rien. C’est ça qui est important. Je suis pas énervé contre le psyché, je suis énervé contre les menteurs. Les gens qui cachent, utilisent des choses pour rentrer dans un style qui marche aujourd’hui. Tu prends les trucs gros comme Tame Impala ou Black Angels, le nombre de groupes qui ont suivi et fait la même chose, qui ont juste pris le même son… Ils ont pas écrit un seul morceau psyché, c’est juste ça qui est énervant. Faut pas usurper, on est là pour faire de la musique et faire de la musique c’est écrire des morceaux. La production c’est une autre partie de la musique. D’abord il faut un morceau.

 

(Il se prend une rasade) C’est du Ricard ?

Ouais, t’en veux ?

 

Ça va, merci. Pour conclure à propos de vos concerts. Je vous ai vus il y a peu de temps à l’EMB de Sannois, petite salle val d’oisienne, la salle était loin d’être pleine alors que vous aviez rempli La Maroquinerie (beaucoup plus grande) à Paris. Vous vous attendiez à une telle disparité ? Ça vous fait chier, concrètement ? 

Non mais c’est juste que nous on n’est pas connus, en fait.

 

Ça signifie que dès que vous vous éloignez de Paris…

Non, par exemple un dimanche soir à Lille on a fait 400 personnes. Dans des villes un peu plus grandes on voit que les gens viennent. Ils connaissent. En Bretagne, ça marche hyper bien. Mais on n’est pas connus. Sannois c’est en banlieue parisienne, tout le monde nous a vus à Paris 10 000 fois, les gens vont pas se déplacer pour venir. Tu joues devant les quelques personnes qui sont là et qui sont peut-être pas allées à Paris. Voilà. Mais c’est important de faire ça. La question se pose pas. Sincèrement on n’est pas connus. Les gens croient que si parce qu’on est passés sur Canal+. Une fois sur deux quand on est dans une petite ville à la con, y a pas de scène rock de toute façon de manière générale, donc y a moins de public. Faudrait être U2…

 

Ça ne vous surprend pas en fait, vous ne vous faites pas d’illusion.

Ça fait 10 ans que je tourne dans des salles vides, on a l’habitude. Je crois qu’on sera surpris le jour où elles seront tout le temps pleines, là ça fera vraiment chelou. Et puis vaut mieux avoir quelques salles vides de temps en temps comme ça on prend pas la grosse tête. Bon je vais me faire engueuler, faut que j’y aille !

 

Entretien réalisé par JL, photos ET

Merci à Clarisse Vallée

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