Interview confinement – Charly Lurat (Kongfuzi/My Favorite)

Publié par le 14 avril 2020 dans Interviews, Toutes les interviews | 0 commentaire

À circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles. Pendant le confinement, nous avons souhaité interroger des artistes et des professionnels de la musique sur la manière dont ils vivent cette situation et sur l’impact qu’elle a sur eux, afin de mieux comprendre comment chacun est touché et gère la crise.

Après Nick Oliveri (Mondo Generator, QOTSA, Kyuss…), la parole est à Charly Lurat, booker chez Kongfuzi et My Favorite, deux agences majeures en France qui comptent dans leurs rangs plus de 200 artistes parmi lesquels (en vrac) Chelsea Wolfe, Frustration, Godspeed You!Black Emperor, Swans, Damien Jurado, Daughters, Jessica93, Mudhoney, Neurosis, Tortoise et qui ont dû faire face à de très nombreuses annulations de tournée.

Comment vis-tu le confinement au quotidien ? Peux-tu continuer à travailler ?
Il me manque peut-être un petit extérieur mais franchement je ne suis pas à plaindre. Et oui je continue mes activités professionnelles, mais je travaille habituellement depuis la maison donc pas de changement majeur de ce coté-là.

Quel impact a eu le confinement sur l’activité de Kongfuzi/My Favorite ?
Alors pour te donner quelques chiffres sur la période de mi-mars à fin mai, il y a un impact sur environ 160 de nos concerts. Et pour la seconde vague qui est en train d’arriver et qui va toucher l’été (puisque le premier décret concernait les dates jusqu’à mi avril seulement), il faudra rajouter encore 120 à 130 dates. Je crois qu’on fait en moyenne 600 concerts dans l’année, donc en gros on parle ici de 50% de notre activité. On va essayer de reporter au mieux pour limiter la casse mais on sait déjà que certaines tournées resteront en l’état annulées et qu’on part sur de nombreux mois sans revenus.

Y a-t-il selon toi un moyen pertinent de continuer ton activité professionnelle malgré le confinement ou es-tu au chômage technique forcé ?
Non je ne suis pas au chômage, je continue à travailler. C’est juste le boulot en lui même peut-être qui est différent, car au lieu de monter des tournées, on s’occupe principalement du suivi des annulations avec les salles, les groupes, bref c’est beaucoup de mails pour annoncer de mauvaises nouvelles à tout le monde.

Comment envisages-tu l’après ?
Pff, franchement j’en sais rien. Certains jours je suis plein d’espoir, et le lendemain j’ai envie de tout arrêter pour ouvrir une pizzeria à la campagne, dans les montagnes. Sinon, j’espère que cette crise permettra à certaines personnes de l’industrie de se détendre un peu. Des fois c’est compliqué, tu as l’impression de parler à des robots obnubilés par les billets. Cette crise touche absolument tout le monde et ce, de façon significative. Peut-être qu’ils vont redescendre un peu et remettre un peu d’humain dans le bordel.

Dans une interview au New York Times, le conseiller du directeur général de l’OMS parle d’une reprise des concerts pas avant l’automne 2021… Comment survivre à un tel scénario ?
Chaque jour qui passe, c’est des entreprises et des associations qui vont se casser la gueule, des techniciens qui vont perdre des droits intermittence, des artistes qui vont devoir se tourner vers d’autres activités pour se nourrir. C’est hyper difficile à ce stade de savoir quand tout se calmera, on reporte des tournées sur fin 2020 et début 2021, tout en ne sachant pas si les groupes pourront voyager, si les concerts seront autorisés.

Quel serait le meilleur moyen de vous soutenir pendant et après le confinement ?
Pour ceux qui le peuvent, garder votre ticket en attendant le report de la date plutôt qu’une demande de remboursement, sera une aide précieuse pour les organisateurs de concerts et festivals.

Que penses-tu de la démarche de proposer des archives audio en ligne, des concerts enregistrés au coin du feu ou autres manières qu’ont les artistes ou maisons de disque de maintenir une exposition auprès du public ?
C’est super. Beaucoup d’artistes sans activité live deviennent très vite précaires. Quand on le peut là-aussi, il faut soutenir les groupes qu’on aime et qui ont besoin de nous un peu plus que d’habitude en ce moment.

Interview réalisée par mail. Propos recueillis par Jonathan Lopez

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