“In The Aeroplane Over The Sea” de Neutral Milk Hotel a 20 ans. Chronique

Publié par le 2 février 2018 dans Chroniques, Incontournables, Non classé, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Merge, 1998)

Un morceau qui commence par “I love you Jesus Chriiiist, Jesus Christ i love you” soit ça craint pas mal, soit ça cache quelque chose de pas net. Avec Neutral Milk Hotel, on penche pour la deuxième option. Les textes de Jeff Mangum (dont l’une des principales inspirations admises est le journal d’Anne Frank) parlent autant de garçon à deux têtes, que de roi carotte, de soeurs siamoises dévorées par un monstre, de parents cannibales, d’enfants enterrés vivants… que de Jesus Christ. Alors vous l’interprétez comme vous voulez mais le coup de l’admiration béate pour le divin enfant on a bien du mal à y croire.

De l’admiration béate c’est toutefois ce que vous éprouverez sans doute si vous avez le bonheur – comme moi il n’y a pas si longtemps – de découvrir l’œuvre immense que constitue ce survol de la mer en aéroplane. Jeff Mangum et ses comparses se livrent à un gigantesque bordel foutraque où la folk débraillée le dispute au punk lo-fi débridé.
Il n’y a pas deux groupes comme Neutral Milk Hotel mais il existe de multiples raisons de les aimer. Les réfractaires au folk un peu trop sérieux trouveront là des jerricans d’essence pour enflammer leurs préjugés, les allergiques au punk “trop répétitif” jubileront face à la richesse de ces compos, qui conservent l’esprit punk originel de part sa spontanéité et embellit l’affaire avec une prose inégalée et des détours en territoire champêtre, à grands renforts de cuivres tantôt hystériques tantôt désabusés.
Jeff Mangum n’en fait pas des caisses, ne cherche pas la justesse à tout prix, il balance aux orties tout carcan, tue dans l’œuf toute idée furtive d’autocensure, n’hésitant pas à s’envoler dans des aigus qu’il est bien incapable d’atteindre sans partir en vrille complet. Il vit sa musique à 1000%, y laisse son âme, ses tripes, son sang, sa bile, et ses cordes vocales, mises volontairement à rude épreuve.

C’est beau à en pleurer (“Communist Daughter”, la déchirante “Oh Comely”, la faussement simple mais véritablement grandiose “In The Aeroplane Over The Sea”), c’est renversant d’intensité (l’irrésistible “Holland, 1945” et sa fuzz qui vient pimenter les débats) et c’est parfois même tout ça à la fois (“The King Of Carrot Flowers, pt 2”, l’invraisemblable “Untitled” où se mêlent cornemuse, grosse disto et tour de manège désenchanté).

Cette omniprésente (mais bien accompagnée) guitare acoustique semble être jouée devant nous, dans notre chambre, comme si chaque chanson nous était adressée directement, que l’on partageait quelque chose d’intime avec son auteur, qui nous a accordé le privilège de nous ouvrir la porte de son univers. C’est trop d’honneur qui nous est fait et trop de bonheur qui nous est offert.

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