Zuma de Neil Young a 45 ans. Chronique

Publié par le 12 novembre 2020 dans Chroniques, Incontournables, Non classé, Toutes les chroniques

Pas simple de débuter une chronique quand on s’attaque à l’œuvre d’un des plus grands guitaristes et songwriters de l’histoire du Rock. Neil Young est en activité depuis les années 60 (!) et je serais bien incapable de prétendre maîtriser son œuvre totalement. Je crois même n’avoir pas encore débuté l’écoute de ces albums de la décennie 1980 (on me dit dans l’oreillette que ce n’est pas trop grave). Mais depuis qu’un certain Kurt Cobain m’a mis sur sa route (you know the story…), je chiale comme un gosse à chaque fin de “Philadelphia”, et je traque chaque vide-grenier fébrilement pour enrichir ma collection de vinyles du Loner.

À l’heure d’évoquer ce Zuma, qui fête ses 45 ans, force est de constater que l’ex-canadien devenu récemment américain transcende les époques et rassemble toujours plus de générations de musiciens dans son sillage. Carrière en montagnes russes, où les sommets les plus hauts côtoient les abîmes profonds, on le soupçonne même d’être le père spirituel du grunge ou au moins son parrain officiel, thèse validée avec l’album Mirrorball feat. Pearl Jam. Dans la catégorie classic rock (ères 60’s et 70’s, on va dire), je le place tout en haut, autant pour ses talents de guitariste que sa finesse de songwriter ou même sa voix si particulière. Alors, on va me dire, les Stones, les Beatles, Led Zep, Pink Floyd… t’as oublié ? Ben non… Jimmy Page n’a jamais réussi à m’émouvoir comme le solo de « On The Beach » ou l’intro mythique de « Cortez The Killer ». Les Beatles ne m’ont jamais retourné comme Neil sur « Philadelphia », « The Needle And The Damage Done » ou « Through My Sails », au hasard. Comme Michel Legrand le disait justement : “La musique est l’art le plus important parce qu’elle est insaisissable. Personne ne comprend pourquoi il est ému en écoutant une suite de notes.”

Dans la décennie youngesque phare (les 70’s), Zuma se place comme le rebond bienvenu après la séquence mouvementée entamée par le succès de Harvest suivie de la période sombre marquée par le décès du guitariste Danny Whitten en 1972, qui a profondément touché Neil, alors en dépression, et fortement assombri les deux albums suivants (On The Beach et Tonight’s The Night). En 1975, Neil Young vient de se séparer de sa femme d’alors, Carrie Snodgress, donc ce n’est toujours pas la grosse fiesta sur Zuma. Le sympathique « Don’t Cry No Tears » en ouverture est presque trompeur. Neil Young en a toujours gros sur la patate. Et on va s’en rendre compte dès le titre suivant, le sublime « Danger Bird » et ses 7 minutes mémorables. Quand on pense à Zuma, on se souvient forcément de « Cortez The Killer », un des incontournables du Loner et un des plus grands numéros de guitaristes ever. Mais ce « Danger Bird », c’est du même niveau ou pas loin, et je l’avais presque oublié avant de replonger dans cette chronique. Cette guitare magique (l’intro, le solo, le grain), la voix de Neil au bord de la rupture, cette électricité si mélancolique, ah c’est beau ! Et dans la foulée pour nous achever, le discret et acoustique « Pardon My Heart », carrément poignant dans le genre, avec la voix de Neil qui fend les pierres.

« Pardon my heart If I showed that I cared But I love you more than moments we have or have not shared. »

Un de ses plus beaux titres acoustiques. Comme le final « Through My Sails », enregistré en 1973 et qui aurait dû figurer initialement sur un album de Crosby, Stills, Nash and Young. Accompagné du Crazy Horse, son band légendaire, Neil Young ne délaisse pas pour autant l’électricité (« Barstool Blues » et son beau solo) offrant ainsi à l’album un équilibre intéressant sans pour autant être plombé comme le sombre On The Beach. « Lookin’ For A Love », plutôt enjoué, et « Stupid Girl », pas vraiment énervé non plus, dévoile les tourments amoureux du Loner, toutes guitares dehors. Le riff furieux de « Drive Back » vient quand même rappeler que ce petit monde peut faire parler la poudre et Neil hurler sa guitare. Mais la pièce maîtresse de Zuma reste ce « Cortez The Killer » mythique qui s’étire lentement sur 7 minutes et demie. Et là, c’est le génie qui parle au gré d’une intro légendaire de plus de 3 minutes où la guitare de Neil côtoie le sublime. Pas de virtuosité ultra rapide, tout est dans le grain (!), les silences, les slides, les bends, et cette guitare, lente et douloureuse, comme la complainte des populations amérindiennes décimées par les conquistadors menés par Cortez. Un des plus grands titres de l’histoire du Rock. Assurément. On peut en trouver des covers dingues sur Youtube. Notamment une noisy de Dinosaur Jr avec Bob Mould à la gratte et Lee Ranaldo au chant (et 2 batteurs !) et même une assez aride de Slint, daté de 1989. C’était l’instant Indie-geek. S’il y en avait encore pour douter de la postérité de cet album et de son impact sur la scène américaine…

Même avec son artwork simpliste, Zuma aura laissé des traces indélébiles sur plusieurs générations de musiciens, qui ne se sont toujours pas remis de ce grain de guitare, cette électricité rêche, de ce jeu si particulier, loin des démonstrations virtuoses de guitar-hero et du songwriting délicat du Neil Young acoustique. Soit les meilleures facettes du Loner dans sa meilleure décennie… Et sur son meilleur disque (?).

2020. Stay at home. Keep Calm and listen to Neil Young.

Sonicdragao

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