Tomahawk – Tonic Immobility

Publié par le 1 avril 2021 dans Chroniques, Notre sélection, Toutes les chroniques

(Ipecac, 26 mars 2021)

Le paradoxe de Tomahawk ? C’est peut-être le groupe de Mike Patton le plus accessible pour les réfractaires à ses excentricités vocales et, a contrario, un des moins excitants pour ses fans qui, connaissant le garçon, sont toujours dans l’attente fébrile d’un coup de folie de sa part.

Toutefois, si les premiers peuvent y aller les yeux fermés, armés de certitudes, les seconds auraient tort de snober Tomahawk. Il suffit d’un rapide coup d’œil au reste du line-up pour garder l’intérêt vivace : Duane Denison (Jesus Lizard), John Stanier (Helmet, Battles) et Trevor Dunn (Melvins). Excusez du peu. Avec ces trois loustics-là, le chanteur se tient un peu plus à carreau mais Patton reste Patton. À défaut d’être totalement barge, le package inclut comme toujours onomatopées, chuchotements et cris déments. Et ce n’est pas nous qui allons nous en plaindre. Pour le reste, l’une des grandes forces de Tonic Immobility est son immédiateté saisissante. Le supergroupe, d’humeur frondeuse, se montre indéniablement inspiré et semble guidé par la spontanéité. Ainsi, il en faut peu pour être cueilli à froid dès l’entame par ce « SHHH! » qui arrive sur la pointe des pieds avant de nous plaquer au sol. Dans la foulée « Valentine Shine », moins mémorable, maintient la tension à un niveau élevé. Si huit longues années se sont écoulées depuis Oddfellows, on n’oublie pas que ce dernier bénéficiait également de quelques morceaux très accrocheurs. Il manquait toutefois de consistance en comparaison. Car outre la grande puissance qui se dégage de cet album, les riffs saignants de Denison étant particulièrement mis en avant par la production, Tonic Immobility demeure un disque varié, loin de foncer constamment tête baissée.

Pas en reste, Trevor Dunn plante quelques lignes de basse imparables au sein de morceaux qui progressent à pas de sioux mais savent faire le nécessaire pour rester captivants (la ballade claudicante « Doomsday Fatigue » qui semble prête à placer une sournoise accélération à tout moment sans jamais passer à l’acte ou « Business Casual » qui, elle, ne se fait pas prier pour nous en coller quelques-unes). On se laisse également happer par « Sidewinder », son intro de piano à la Nine Inch Nails, son rythme lancinant, ses chœurs de macchabées, finalement balayés par Patton, arrachant son t-shirt, en délivrant ce cri soudain et ultime : « THE BOTH OF UUUUS ». Lequel en fait de même sur le final hystérique de « Howlie ». On avait dit qu’il ne fallait pas l’énerver.

Mais nous ne voudrions pas paraitre plus euphoriques que nous ne le sommes réellement. L’excellent côtoie ici le plus anecdotique (la face B tient difficilement la comparaison avec la A), même si un riff convenu peut planquer un break couillu (« Dog Eat Dog »). Et pour finir sur un bémol, il ne nous apparait pas limpide que la multiplication des écoutes décuple le plaisir. Malgré la diversité des morceaux évoquée plus haut, pas de secret bien gardé ici, de mystère qui se dévoile au fur et à mesure ou de subtilités savamment dissimulées. L’oxymore du nom de l’album se révèle finalement on ne peut plus appropriée. Tonic Immobility est indiscutablement galvanisant mais tend à faire du surplace. Il n’en demeure pas moins un très bon disque “in your face” qui satisfait d’emblée et comblera sans nul doute les fans. Et peut-être même les autres.

Jonathan Lopez

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