Madrugada – Chimes At Midnight

Publié par le 1 mars 2022 dans Chroniques, Notre sélection, Toutes les chroniques

(Madrugada Music AS, 28 Janvier 2022)

On pensait l’histoire de Madrugada finie avec le décès prématuré de Robert Buras, son guitariste, en 2007, à l’âge de 31 ans. Le groupe norvégien, alors en train de finaliser l’enregistrement d’un album (Madrugada, plutôt bon d’ailleurs) décida de le sortir et de tourner jusqu’en novembre 2008. On imaginait alors, une fois encore, que la carrière discographique du groupe norvégien s’était achevée avec cet ultime titre de Madrugada, un « Our Time Won’t Live That Long » poignant, écrit et interprété par Robert Buras, seul à la guitare acoustique.

Je n’ai pas suivi la carrière solo du chanteur Sivert Høyem (5 albums tout de même) mais après de nouveaux concerts de Madrugada (reformé en 2018), voilà qu’il y a quelques semaines, un nouveau titre était suivi de l’annonce d’un album à venir. Et toujours le souvenir vivace de deux grands disques, Industrial Silence (1999) et surtout le crépusculaire et sublime The Nightly Disease (2001), un des albums du début du siècle (suis moins fan des 2 suivants, Grit et The Deep End). Où la voix grave si particulière de Sivert Høyem combinée à la guitare bluesy de Robert Buras, parfois hantée, parfois furieuse, faisait merveille.

À la première écoute de ce Chimes At Midnight, il faut bien reconnaitre que la guitare nous a d’abord semblé bien discrète. Non pas que Madrugada se soit toujours appuyé de manière centrale uniquement sur cet instrument pour construire ses compositions. La voix lente et mélancolique de Sivert Høyem est souvent au centre, bien aidée par une mise (très) en avant dans le mix. Les tempos plutôt lents, soutenus par une batterie subtile et une basse ronde aux intonations parfois inquiètes servent souvent de tremplin aux explosions plus ou moins sourdes de guitares (remember « Black Mambo »). En cela, le titre inaugural, le splendide « Nobody Loves You Like I Do » servira au fan de la première heure sa dose de nostalgie. Du Madrugada canal historique. Le son est ample (paye ta reverb), c’est toujours élégant (le piano discret, les cordes, quelques bidouilles électroniques discrètes) et habile dans la composition (la petite montée en tension sur la fin avec la batterie qui accélère le tempo). Le groupe norvégien va dérouler ses fondamentaux sur ces 12 titres solides sans chercher forcément à faire évoluer son style. J’ai réécouté Grit cette semaine et si je le trouve plus inégal, Madrugada y tentait de sortir de sa zone de confort, explorant d’autres influences, parfois velvetiennes. Sur Chimes At Midinght, il joue à domicile, le vent dans le dos, le public acquis à sa cause. Un classic-rock mid tempo aux intonations bluesy (« Running From the Love of your Life », « Slowly Turns the Wheel »). Comme un chaînon manquant entre Chris Isaak et Nick Cave. Cela peut parfois sembler convenu (« Help Yourself To Me ») tant la production est « propre ». Ou lorsqu’on lorgne vers des sonorités country sur « Empire Blues », pas follement convaincant. Mais quand un solo de guitare fuzz vient salir la beauté glacée de « Stabat Mater » par exemple, c’est sublime. Et on accompagne ces chœurs qui entonnent des lala lalalalala mélancoliques. On n’est pas loin de la chialade aussi sur « Imagination », d’une sobriété assez élégante (la petite mélodie de guitare) avec ces belles cordes. Ou sur la piano-song finale « Ecstasy ». Instants norvégiens. Sivert Høyem est quand même une des plus belles voix de l’indie rock des années 2000. Alors quand la guitare se met au diapason comme sur l’excellent « Call My Name » ou « The World Could Be Falling Down », on n’est pas loin de retrouver des frissons d’antan. Il porte même à lui seul certains titres et parvient souvent à éviter la sortie de route quand ça manque un poil d’inspiration comme sur « Dreams at Midnight », pas indispensable, voire sur « You Promised To Wait For Me » dont les cordes sonnent un peu too much à la première écoute (beaucoup mieux sur les suivantes en réalité).

Sans verser dans la nostalgie, on va (souvent) regretter la guitare de Robert Buras, capable d’allumer de beaux incendies ou d’illuminer la noirceur de The Nightly Disease d’étincelles noisy (quel album !). Sans compter quelques riffs bluesy addictifs, arpèges délicats et quelques gimmicks (les slides éthérés que l’on retrouve un peu quand même ici) qui manquent cruellement aujourd’hui.

Bon, on écoutera sûrement des dizaines d’albums plus ambitieux et novateurs en 2022, c’est certain. Mais Madrugada est de retour et ça fait mon bonheur du moment. Amis de l’indie-rock mélancolique de qualité, si vous êtes en quête d’un nouveau groupe à découvrir, c’est par ici. Les fans de la première heure, on peut continuer à placer en soirée (sans vergogne) que l’on connait un petit-groupe-indie-norvégien-culte que tu ne peux pas détester. Madrugada. Ça veut dire aube en portugais.

Sonicdragao

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