Lou Barlow @ Chair de Poule (Paris), 21/10/22 + Dinosaur Jr @ Trabendo (Paris), 22/10/22

Publié par le 1 novembre 2022 dans Live reports, Non classé

© Marie Garambois

Deux salles, deux ambiances. 

Vendredi 21 octobre 2022, le bar parisien Le Chair de Poule (dans lequel vous pourriez croiser des personnalités aussi diverses que le dessinateur David Snug, Jessica93, le Mark Lanegan français Norman Would ou Max, le poète maudit de notre rédaction) a eu l’excellente idée de programmer Lou Barlow seul en acoustique devant une quarantaine de chanceux. On passera sur le crève-cœur de ne pouvoir inviter plus largement ou sur la question légitime des dérives systémiques ouvertes par l’organisation de ce type de concerts privés, dont on débattra peut-être dans un prochain numéro du fanzine, pour se concentrer sur ce qui vous intéresse sans doute en cliquant sur ce lien : le concert en lui-même. 

Comment le dire sans être laconique ? C’était à la hauteur de ce qu’on pouvait attendre de la part de ce genre d’artiste dans ce genre de concert : il s’agissait probablement pour les chanceux qui ont pu y assister du concert de l’année. Après avoir invité Jake Wardwell, roadie de Dinosaur, à jouer quelques chansons, Lou monte sur la petite estrade qui lui a été organisée et entame sur demande d’un type du public une version déjantée de « Gimme Indie Rock ». Il ne se souvient plus de toutes les paroles ? Qu’à cela ne tienne, il interpelle le même type « allez aide-moi, tu l’as demandée, tu dois la connaître !  », puis se rattrape et finit en criant avec une fausse voix de gros dur. Ensuite, il nous explique qu’en voyant l’autel dédicacé à Townes Van Zandt dans le bar, il avait envisagé de choisir lui-même ses chansons et de ne jouer que des trucs sérieux, mais que c’est trop tard pour ça. 

S’en suivent une alternance entre demandes du public (« Free To Go », « Too Pure ») et morceaux choisis par lui-même dans le but de nous faire plaisir (« Think », « Skull ») ou simplement pour se faire plaisir (« Easy », qui, de son propre aveu n’a jamais été demandée par personne). Il avoue lui-même ne pas pouvoir jouer certaines requêtes du public (« Too Much Freedom » qu’il essaiera tout de même vers la fin sans succès, mais aussi en vrac « True Hardcore », « Lightning Bulb » ou « Your Weather ») mais essaye de faire de son mieux pour nous satisfaire, même ceux qui lui demandent des chansons de Sebadoh écrites par Jason Loewenstein

Le public est réduit, mais calé, et les morceaux piochés dans les discographies de Dinosaur Jr (« Garden », « Poledo », « Imagination Blind »), Folk Implosion, Sebadoh (« Beauty Of The Ride », « Soul And Fire », « On Fire » et de nombreuses autres), de ses albums solo (« Legendary », « Love Intervene »…) ou même les reprises (« A Hit » et « Riding ») semblent quasiment faire mouche à chaque fois. Et ce, que ce soit des raretés comme « Soulmate » ou « Sacred Attention » ou des morceaux plus récents (« Reason To Live », « I Will » ou « Sunshine » qui rappellent l’excellence de ses dernières sorties). 

Au final, qu’il soit mal à l’aise sur des morceaux peu joués à la guitare ou en état de grâce au ukulele sur des titres qu’il maîtrise parfaitement, Lou Barlow ne se défait jamais de son humilité, de son humour et de sa simplicité, trois qualités qui touchent toujours dans sa musique et qui étaient ici sublimées par le contexte. C’est effectivement crève-cœur de ne pas avoir pu partager ce moment magique avec plus de personnes et en même temps une salle plus classique et un public trois fois plus nombreux auraient peut-être rogné la magie (à défaut de pouvoir la casser complètement). Il n’y avait pas de bonne solution, mais tous ceux qui ont eu la chance d’être présents ce soir-là remercient l’équipe du Chair de Poule d’avoir porté sur leurs épaules le poids de ce dilemme pour rendre ce moment possible. 

© Emmanuel Boeuf

Autre salle, autre ambiance. Samedi 22 octobre, c’est avec Dinosaur Jr au Trabendo que l’on a retrouvé Lou Barlow, pour un concert reporté trois ou quatre fois et plein à craquer. Après avoir été à trois mètres de l’artiste la veille, j’opte pour le fond de la salle car, en ayant déjà fait l’expérience de nombreuses fois, je sais que c’est là que le son sera le meilleur. 

Je passe sur la première partie que j’ai ratée et sur laquelle je ne pourrais donc pas me prononcer. Le groupe entame son set à l’heure avec « The Lung », et je ne suis pas sourd à la fin malgré l’oubli de boules quiès. Je me demande s’ils se sont assagis ou si je suis très bien placé avant de voir Mascis remonter tous les amplis de son mur Marshall de quelques crans. 

Bon, je dois avouer qu’il n’y a pas beaucoup (voire pas du tout) de morceaux de Dinosaur Jr que je n’aime pas, c’est donc toujours appréciable de les entendre, mais le set déroule sans grosse surprise (hormis « Crumble », qui n’est pas non plus un bouleversement) en alternant classiques (« Little Fury Things », « Out There », « Start Choppin’ »…), titres du dernier album (« I Ain’t », « Garden », « I Expect It Always ») et le titre bordélique moins connu « Mountain Man » que j’ai l’impression d’avoir entendu à tous leurs concerts depuis 2016. Sur « The Wagon », Jake Wardwell vient jouer de la guitare, mais on n’entend pas le moindre son sortir de l’ampli (là encore, c’est un classique) et « Forget The Swan » avant le rappel est encore une surprisette qui fait plaisir à défaut de vraiment mettre sur le cul. 

Ce concert m’a permis de me rendre compte de quelque chose. J’en suis à plus d’une douzaine de concerts de ce groupe, et je n’attends plus de vraiment surprises de Dinosaur Jr. Je sais que j’ai peu de chances d’avoir un morceau rare en ouverture, un classique jamais joué auparavant en plein milieu de set, ni même une setlist dont une part significative change d’un soir sur l’autre comme il y a dix ou douze ans. Pourtant, je continue d’y aller systématiquement, et ce n’est pas à mettre sur le compte d’une maladie mentale (ou pas uniquement, en tout cas). Je comparerais ça avec le fait de réécouter un disque qu’on adore mais qu’on n’écoute quasiment plus (appelons ça « l’effet Nevermind »). On n’est évidemment pas surpris par ce qu’on entend, mais on prend un vrai plaisir à réentendre ces morceaux qui ne sont peut-être pas nos préférés, mais que l’ont connait par cœur. Truc de vieux ou truc de fan, je vous laisse juger. 

Quoi qu’il en soit, entre ce plaisir d’écoute et celui de voir un groupe communicatif (à la hauteur de ce que peut faire J Mascis) et visiblement content d’être là, il n’y aura eu qu’un bémol à ce concert : au rappel, J Mascis réalise le rêve de tout fan, il demande à la foule ce qu’elle veut qu’ils jouent. Et là, les gens devant, les seuls audibles par le groupe, sont incapables de crier « Raisans », qui devrait pourtant être là première réponse de tout fan. Pire, certains demandent « Just Like Heaven » qui allait évidemment être jouée en toute dernière vu que c’est leur single le plus connu (à croire que ceux-là n’étaient jamais allés à un concert de leur vie). Heureusement, on s’est retrouvé avec « Watch The Corners », pas le pire choix possible, ce qui met une dièse au bémol. 

Deux salles, deux ambiances donc, mais deux bonnes soirées et aucun regret de continuer à suivre ce groupe et ses membres en solo. Vivement la prochaine !

Blackcondorguy

Setlist Lou Barlow : Gimme Indie Rock (Sebadoh) – Free to Go (The Folk Implosion) – Too Pure (Sebadoh) – Think (Let Tomorrow Bee) (Sebadoh) – Garden (Dinosaur Jr.) – Reason to Live – Legendary – Skull (Sebadoh) – Easy (The Folk Implosion) – Love Intervene – I Don’t Like Changes – Sunshine (Sebadoh) – I Will (Sebadoh) – Soul and Fire (Sebadoh) – Not a Friend (Sebadoh) – Riding (Palace cover) – A Hit (Bill Callahan cover) – Natural One (The Folk Implosion) – The Freed Pig (Sebadoh) – Soulmate (Sebadoh) – Vampire (Sebadoh) – Beauty of the Ride (Sebadoh) – Sacred Attention – Poledo (Dinosaur Jr.) – Whitey Peach (Sentridoh) – New Worship (Sebadoh) – Ocean (Sebadoh) – Spoiled (Sebadoh) – On Fire (Sebadoh) – Too Much Freedom (finalement arrêtée car Lou n’arrivait pas à la jouer) – Imagination Blind (Dinosaur Jr.) – Together or Alone (Sebadoh song)

Setlist Dinosaur Jr. : The Lung – I Ain’t – Garden – Garden – Little Fury Things – Out There – Crumble – I Expect It Always – I Met the Stones – The Wagon – Been There All the Time – Start Choppin – Feel the Pain – Mountain Man – Freak Scene – Forget the Swan. Rappel : Watch the Corners – Just Like Heaven (The Cure)

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